SCÈNE PREMIÈRE
SOPHIE, rangtant ht meubUt; FRANTZ, sortant du cabinet du Comte.
SOPHIE. Est-cc que monsieur le comte est déjà remonté chez lui, monsieur Fraiitz?
FRANTZ. ,\on : je viens de déposer dans son cabinet les journaux d'aujourd'hui.
SOPHIE. Descendez-vous à l’oflict? on vous attend |)our déjeuner.
FRANTZ. J’ai perdu l'appétit.
SOPHIE. C’est ce que disait le maître d’hôtel, et dans l’espoir de vous le rendre il a mis de côté pour vous une vieille lioiiteille de vin du Rhin.
FRANTZ. Depuis que je n’ai plus faim, je n’ai plus soif, et je n’ai plus soif depuis que je ne bois que de l’ean.
SOPHIE. Ah! vous êtes toujours fidèle à votre promesse?
FRANTZ. Toujours; ce nui n’empèchera pas le feu de prendre à ma chambre, si le diable se l’est mis en tête encore une fois. Enfin sullit : on a prétendu que je n’avais pas éteint ma lumière, et que c’est pour cela que i’aclident est arrivé... je le veux liieu. Ah! tenez : voici onc Ictlre ixmr mademoiselle.
SOPHIE, regardant l'adreste. C’est de sa tante , la princesse douait ière de llormegg- AValdurf. Il y a quelque temps que nous n’avioiis reçu de ses nouvelles, et .sim silence commençait à nous sui |)rcndre. Vous savez que lorsque nous éliuns eu Allemagne, elle ne laissait point pas.scr une semaine sans nous écrire. >otrc départ a dù singulièrement l’inquiéter sur la santé de sa nièce, qu’elle a élevée et gâtée comme une fille... {Itegardant la lettre.) Tiens! sa lellre ])oiTe le timbre de .^liiai).
FRANTZ. Dépèchez-Tous de la remettre h mademoiselle.
SOPHIE. Elle est sortie.
FRANTZ. Sortie!
SOPHIE. Oui : elle a désiré faire une petite promenade à pied pour se distraire un moment; nous n’avons jamais vécu aussi retirés que depuis deux mois que nous sommes à Nice.
FRANTZ. Savez-vous que la santé de mademoiselle s’est considérablement améliorée t
SOPHIE. Sans doute : le repos, le climat, lui sont favorables; mais elle irait mieux encore si on évitait avec plus de soin ce qui peut la contrarier... Or, entre nous, on a tort de placer auprès d’elle de nouvelles figures, surtout lorsqu’elles sont aussi déplaisantes que celle...
FRANTZ. Du nouveau secrétaire, de monsieur Uodolpbc? nous y voilà; je sais que vous ne l’aimez pas.
sofiiiE. J’ai cela de commun avec toutes les personnes de la maison.
FRANTZ. Quel mal vous a t-il fait ?
SOPHIE. A moi? aucun. Mais vous conviendrez qu’il est fort extraordinaire do voir un étranger ramassé sur une grande route, s’cm|)arer aussi promptement de la coi.liance du comte, et devenir tout à coup U'i jiersonnage ici. Ajoutez que depuis qu’il y est tout parait plus singulier, plus bizanc encore que par le passe'... un isoleiiKnl complet... des médecins que l’un congédie...
Bref, je ne m'explique pas plus sa faveur que sa conduite , et je déleste trés-franrIienieDt , Irès-cordialenicui, cet être mystérieux qui est toujours renfermé chez lui, qui ne parle à personne, que personne ne connaît et qui nous mène tous.
FRA.N’iz. Et eu âme cbaritahic, vous vous
MAGASIN THKATRAG.
cITorcez d'inspirer i voue nialircsse l'aniipatliic que vous avez pour lui?
SOPHIE. .Moi? jen’ai rien à fairei cet égard auprès de mademoiselle, car je crois qu'il lui déplaît autant qu’à nous. D'abord, soit hasard, soit presseiuinient, elle a eu peur de lui la première fois qu’elle l'a vu.
FRAvrî. l.a belle histoire ! G’était dans cette maudite nuit où nous avons failli être tous brûlés ; les Hammes gagnaient déjSi l’étage où re|K)sait mademoiselle.... Pendant que le comte et les gens de la maison enfonçaient la iKiric de l’appartement, monsieur Ilodolplic y pénéu-ait en brisant la croisée ; la jeune comtesse, éveillée eu sursaut, vit un homme s’élancer dans sa chambre. Elle ne pouvait rien s’expliquer, elle fut saisie d’une frayeur affreuse; cela se conçoit...
Mais quand elle fut revenue è elle , après la crise horrible que cela lui causa...
SOPHIE. Elle ne se souvenait plus de rien.
Monsieur le comte nous défendit expressément de parler devant elle de ce qui s’était |iassé; il craignait de frapper son imagination, déjà trop malade,
FBANTZ. Et vous VOUS étes bien gardée, cette fois, de lui désobéir, de peur d’avoir à apprendre à votre lualtrcssc que ce jeune homme venait là pour la sauver comme les autres? Tenez, tenez, c’est indigne, et si je ne l’aimais pas pour le dévouement avec lequel il est venu à mon secours, je l’aimerais uniquement à cause de la cause de la haine que vous lui portez.
SOPHIE. Je ne la cache pas, et malgré le crédit qu’on lui suppose...
FBANTZ. Silence, c’est lui.
>IWMW> l ïV>TmVm‘ > T^**‘*‘*‘*“**'**‘**“^^*^**‘ *^*^^^^*****^*