LA PRINCESSE, LE COMTE
LE COMTE. Au bal ! ma fille î LA PRiNCE^E. Voire fille. Cela vous étonne ! je m’y attendais.
LE CO.MTE. .Avez-vous réellement formé un pareil projet?
LA PRINCESSE. Si jc l’ai formé ! je me suis engagée pour elle.
LE COMTE. C’est impos-siblc ! songez...
LA PRINCESSE. D’abord je sui.s bien aise de vous dire qne vous n’enlendcz rien !i sa maladie.
LE COMTE. Ail '.
LA PRINCESSE. Oli ! uiais absolument rien.
Votre fille s’ennuie... vous ne vous en doutez pas! elle s’eimuic.
LE COMTE. Et pour la distraire vous proposez tout d’abord...
LA PRINCESSE. De la marier.
LE COMTE. De la marier?
LA PRINCESSE. Oui... c'est une distraction qui n’est pas toujours très-gaie, jc le sais.
LE COMTE. La marier ?
LA PRINCESSE. Ne dirait-on pas que jc vous propose quelque chose d’étrange et d’inusité?
LE COMTE. La marier maintenant?... mai.s c’est impossible... (A part.) et je ne puis lui dire... (/faut.) Esl-ce sérieusement que vous avez pensé...
LA PRINCESSE. Jc u’ai pas l’air, jc crois, d'iinc évaporée.
LE COMTE. Je vous en (iric, qu’il lie soit pas question...
LA PRINCESSE. Vous avoz un sang-froid que j’admire.
LE CO.MTE. Mais vous n’y songez pas ; ma fille est si jeune.
LA PRINCESSE. 11 faut la marier.
LE COMTE. Elle u’a pas dix-linit ans.
LA PRINCESSE. A div-sept , monsieur, j’ai épousé monsieur le prince... cl il ii 'était que temps.
LE COMTE. Mais, ma sœur...
LA PRINCESSE. Mais, uioii frère, vous me feriez dire des choses... j’en parle par ezpériencc. Sloi aussi, j’ai été rêveuse, mélanroliquc... comme elle j’ai inspire à ma famille de sérieuses inquiétudes. Ce fut alors que monsieur le prince s'offrit h mes regards, et jc ne tardai pas !i ressentir pour lui une passion qui me mit aux l'orics du tombeau. Oui, monsieur : mon étal était devenu très-grave, mon imagination fort malade. Il me semblait que i’aniour que j’épromais ne devait jamais finir ; que lui seul m'attachait à la vie, que sans lui elle me serait iusiippoiiablc... Mais enfin le mariage arriva.
L’EXTASE
lE COMTE. El cela tous guérit?
l.A PRINCESSE. Radicalrnienl. J'ai donc pensé <|uc je devais m’occuper de ma nièce, et comme cet enfant m’est diére à l'égal d’une lillc, comme je veux qu’elle soit lieureu.se, je vous demande formellement sa main pour mon fils.
LE c:oMTE,d part. Mon Dieu!... {Haut.) Plus lard sans doute, mais à présent...
LA PRINCESSE, licoutez-nioi : je .sais que TOUS avez autrefois songé i celte union (|ui rendrait ma nièce héritière des deux branches de la maison de M'aldorf ; feu monsieur le prince avait d’autres vues pour sou lils, et ce fut pour vous la cause d’un vif chagrin. Je suis heureuse de pouvoir vous le faire oublier, et s’il était besoin de vous en fournir la • preuve, j’ajouterais qu’en qualité de marraine de ma nièce , je donne à celle chère petite, comme cadeau de noce, la terre de Holsltourg, qui m'apitarlient en propre et dont le revenu net est de 1,50,000 florins.
LE co.M'l'E. Madame... masecur... combien je suis louché!.. .
LA PRINCESSE. Ne me remerciez pas, et répondez : Cela vous convient-il?
LE COMTE. Je l’avoue, cette union a été mon rêve .. .
LA pniNCE.ssE. Je vous offre de le réaliser.
LE COMTE. Croyez que j’accepterais avec joie si cela m’était possible.
LA PRINCESSE. Quel obstacle y voyez-vous 7 LECOMTE. .Mois vous le savez.. .'faut-il le répéter ?
LA PRINCESSE. Vous êtes d’une obstination qni me mettrait hors de moi. Et comme j’ai le malheur de trouvef vos raisons parfaitement ridicules, je vous demande une réponse claire... positive...
LE COMTE. N’insistez pas, je vous en conjure.
LA PRINCESSE. Jeladcinandeaujoiird'hui...
je suis eu doit de l’exiger.
le comte. Ne me pressez pas davantage...
ou malgré moi...
la PRINCESSE. Achevez, achevez, monsieur.
le comte. Vous m'y forcez... ch bien! je le dis à regret. .. je ne puis ni ne dois accepter maintenant.
LA PRINCESSE, fi&ement. C’est votre réponse déliniiivc?... Il suffit.
le co.mte. Je suis, je vous le jure, profondément peiné...
la PRINCESSE. Etmaig’réccla, vous refusez?
le comte. Si vous savitiz comme moi ce qn il m’eu coûte...
la PRINCESSE. Ah I pas un mo.f de pins sur ce sujet... je vous prie... pas un moi déplus... on je quitte la place.
LE COMTE. Non : c’est h moi de me retirer.
(.1 Ah! que je soulTrc !
Il entre dans son cabinet.