‹ L'extase (volume 2)Chapitre 15 sur 55 · FRANTZ, RODOLPHE · texte numérisé non relu

FRANTZ, RODOLPHE

RODOLPHE. Le comte de Hormegg? il s'est informé de moi?., encore un coup, c'est impossible.

FRANTZ, se mettant à table à gauche. Vous me permettez de rester ici, monsieur?

RODOLPHE. Sans doute. ( î part.) Si par

lui je pouvais éclaircir ce qui jusqu'ici me paraît inexplicable. .. (//awf.) On s'est trompé en vous disant tout à l'heure, que je vous priverais de la chambre qui vous était destinée ; dans quelques minutes je vais me remettre en route pour l'Allemagne.

FRAMZ. Est-ce que vous êtes Allemand aussi, monsieur?

RODOLPHE. Oui...

FRANTZ. A votre santé. {Il 6ot<.) Bonvin!

RODOLPHE. Nous ne suivons pas le même chemin, je crois?

FRANTZ. Non.

Il chante.

Que la gaieté soit ta compagne...

[Parlé.; Vous me permettez de chanter, monsieur?

RODOLPHE. A votre aise. Vousallezen Italie?

FRANTZ. Oui.

Il boit.

RODOLPHE. Savez-vous si votre maître... attendait quelqu'un ici ?

FRANTZ. Quelqu'un? non. Pourquoi?

RODOLPHE, oh! pour rien. [A part.) C'est singulier!

FRANTZ, chantant.

Que la gaieté soit ta compagne, Afin d'oublier qu'ici-bas Un malheur toujours t'accompagne.

Et que la mort est sur tes pas.

{Parlé. ) Vous dites donc que vous allez reprendre la route d'Allemagne ?

RODOLPHE. Oui. [Frantz soupire.) Il semblerait que vous me portez envie? {Frantz soupire.) Pourquoi?

FRANTZ. (// boit.) Pour rien.

Il boit.

RODOLPHE. Vous êtes au service du comte, et vous devez vous y trouver bien. Le comte de Hormegg est un riche seigneur?

FRANTZ. Très-riche, moins cependant que feu son frère aîné le prince de Hormegg Waldorf..., qui laisse une veuve, la princesse douairière et...

RODOLPHE. Et votre maître habite ordinairement ?. . .

FRANTZ. La Bohème. . . (// boit. ) Pourquoi me demandez- vous tout cela, monsieur?

RODOLPHE. C'est que l'on avait pensé un moment, ici, que je le connaissais; on s'est trompé.

FRAMZ. C'est probable... (// boit.) De nom je ne dis pas, mais autrement. ... il ne voit personne.

Il chante.

Que la gaieté...

RODOLPHE. Aussi lui suis-je inconnu. Vous n'avez rien remarqué qui pût vous faire penser le contraire ?

FRANTZ. Rien.

Il boit.

RODOLPHE. On prétendait qu'il s'était informé de moi.

FRANTZ. Ah ! ça ne serait pas encore impossible.

RODOLPHE. Sans me connaître ?

FRANTZ. Qu'est-ce que ça prouve? Il y a des familles où il se passe des choses si extraordinaii-es ! {Remplissant son verre. ) C'est de l'eau, absolument de l'eau...

RODOLPHE. Vous parliez de choses étranges, en effet.

FRANTZ, déjà gris. Des choses étianges,

monsieur?... il n'y a que ça nous vivons

là-dedans, nous autres... dans les choses étranges. Moi qui vous parle, je m'attends à tout... mais bast! s'il fallait se laisser mourir de faim et de soif parce qu'il doit vous arriver un malheur. . .

RODOLPHE. Un malheur?

FRANTZ. Infailliblement.

RODOLPHE. Qui vous le fait penser ?

FRANTZ. Qui?... Mademoiselle l'a dit...

et quand elle a dit quelque chose. . .

RODOLPHE. Mademoiselle ?

FRANTZ. Voilà pourquoi je bois... justement. . . afin d'oublier un peu. . .

RODOLPHE. Quelle sorte d'accident avezvous à craindre ?

FRANTZ, se grisant de plus en plus. On n'en sait rien... c'est ce qui en fait le charme. . . Si on le savait, parbleu ! mais on est

agréablement surpris Comme ce pauvre

M. Max; il ne s'en est pas plaint, lui...

RODOLPHE. Max?

FRANTZ. Le secrétaire du comte. . . un brave jeune homme... il se portait comme vous et moi... mais mademoiselle avait annoncé la mort prochaine de l'un de nous, et en suivant un chemin escarpé dans la montagne, patatras !... voilà tout à coup M. Max qui roule avec son cheval au fond du précipice, et qui se trouve enterré à cent pieds plus bas que les autres chrétiens.

RODOLPHE. Que veut dire ceci?

FRANTZ. Si vous passez à Indemberg , on vous racontera cette histoire-là... ça vous distraira... Pauvre M. Max! ce sera peut-être demain mon tour. . .

Il chante.

Que la gaieté soit ta compague...

{Parlé. ) Du vin!

Reste chez toi , ta maison croule ; Dans un ravin ton cheval roule.

( Parlé. ) Du vin !

RODOLPHE. Tout cela est singuUer, et si je ne devais partir. . .

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