‹ L'extase (volume 2)Chapitre 27 sur 55 · LA PRINCESSE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE, LE COMTE

LE COMTE. Au bal ! ma fille ?

LA PRINCESSE. Votre fille. Cela vous étonne ! je m'y attendais.

LE COMTE. Avez-vous réellement formé un pareil projet ?

LA PRINCESSE. Si je l'ai formé ! je me suis engagée pour elle.

LE COMTE. C'est impossible! songez...

LA PRINCESSE. D'abord je suis bien aise de vous dire que vous n'entendez rien à sa maladie.

LE COMTE. Ah !

LA PRINCESSE. Oh ! mais absolument rien. Votre fille s'ennuie... vous ne vous en doutez pas ! elle s'ennuie.

LE COMTE. Et pour la distraire vous proposez tout d'abord. . .

LA PRINCESSE. De la maiier.

LE COMTE. De la marier?

LA PRINCESSE. Oui... c'est une distraction qui n'est pas toujours très-gaie, je le sais.

LE COMTE. La marier?

LA PRINCESSE. Ne dirait-ou pas que je vous propose quelque chose d'étrange et d'inusité?

LE COMTE. La marier maintenant?... mais c'est impossible... {À parf.) et je ne puis lui dire... (Haut.) Est-ce sérieusement que vous avez pensé...

LA PRINCESSE. Je n'ai pas l'air, je crois, d'une évaporée.

LE COMTE. Je vous BU prie, qu'il ne soit pas question...

LA PRINCESSE. Vous avez un sang-froid que j'admire.

LE COMTE. Mais vous n'y songez pas ; ma fille est si jeune.

LA PRINCESSE. Il faut la marier,

LE COMTE. Elle n'a pas dix-huit ans.

LA PRINCESSE. A dix-sept , monsieur, j'ai épousé monsieur le prince. . . et il n'était que temps.

LE COMTE. Mais, ma sœur...

LA PRINCESSE. Mais, mon frère, vous me feriez dire des choses... j'en parle par expérience. Moi aussi, j'ai été rêveuse, mélancolique... comme elle j'ai inspiré à ma famille de sérieuses inquiétudes. Ce fut alors que monsieur le prince s'offrit à mes regards, et je ne tardai pas à ressentir pour lui une passion qui me mit aux portes du tombeau. Oui, monsieur : mon état était devenu très-grave, mon imagination fort malade. Il me semblait que l'amour que j'éprouvais ne devait jamais finir ; que lui seul m'attachait à la vie, que sans lui elle me serait insupportable. . . Mais enfin le mariage arriva.

LE COMTE. Et cela vous guérit?

LA PRINCESSE. Radicalement. J'ai donc pensé que je devais m'occuper de ma nièce, et comme cette enfant m'est chère à l'égal d'une fille, comme je veux qu'elle soit heureuse, je vous demande formellement sa main pour mon fils.

LE COMTE, à part. Mon Dieu !. . . (Haut. ) Plus tard sans doute, mais à présent...

LA PRINCESSE. Ecoutez-moi : je sais que vous avez autrefois songé à cette union qui rendrait ma nièce héritière des deux branches de la maison de Waldorf; feu monsieur le prince avait d'autres vues pour son fils , et ce fut pour vous la cause d'un vif chagrin. Je suis heureuse de pouvoir vous le faire oublier, et s'il était besoin de vous en fournir la preuve, j'ajouterais qu'en qualité de marraine de ma nièce , je donne à cette chère petite , comme cadeau de noce, la terre de Hoisbourg, qui m'appartient en propre et dont le revenu net est de 150,000 florins.

LE COMTE. Madame. . . ma sœur. . . combien je suis touché!.. .

LA PRINCESSE. Ne me remerciez pas, et répondez : Cela vous convient-il?

LE COMTE. Je l'avoue, cette union a été mon rêve .. .

LA PRINCESSE. Je VOUS Offre de le réaliser.

LE COMTE. Croyez que j'accepterais avec joie si cela m'était possible.

LA PRINCESSE. Quel obstacle y voyez-vous?

LE COMTE. Mais vous le savez... faut-il le répéter ?

LA PRINCESSE. Vous ètcs d'une obstination qui me mettrait hors de moi. Et comme j'ai le malheur de trouver vos raisons parfaitement ridicules, je vous demande une réponse claire. . . positive. . .

LE COMTE. N'insistez pas, je vous en conjure.

LA PRINCESSE. Je la demande aujourd'hui... je suis en droit de l'exiger.

LE COMTE. Ne me pressez pas davantage... ou malgré moi...

LA PRINCESSE. Achevcz , achcvez , monsieur.

LE COMTE. Vous m'y forcez... eh bien! je le dis à regret. .. je ne puis ni ne dois accepter maintenant,

LA PRINCESSE, fièrement. C'est votre réponse définitive ?. . . Il suffit.

LE COMTE. Je suis, je vous le jure, profondément peiné. . .

LA PRINCESSE. Etmalgrécela, vous refusez?

LE COMTE. Si vous saviez comme moi ce qu'il m'en coûte...

LA PRINCESSE. Ah ! pas un mot de plus sur ce sujet. . . je vous prie. . . pas un mot de plus ou je quitte la place.

LE COMTE. Non : c'est à moi de me retirer [A part. ) Ah ! que je souffre !

Il entre dans son cabinet.

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