SOPHIE, LA PRINCESSE
SOPHIE. Monsieur le comte avait donné l'ordre d'atteler dans le cas où madame la princesse voudrait aller visiter l'hôtel que l'on vient de louer pour elle . La calèche est à ses ordres.
LA PRINCESSE. Est-cc que mon frère est devenu fou?
SOPHIE. Madame ?
LA PRINCESSE. Vous ne vous êtes pas aperçu qu'il eût le cerveau un peu dérangé?... Je suis outrée.
SOPHIE. Est-cc que madame la princesse n'avait pas témoigné le désir de se rendre. . .
LA PRINCESSE. Eh ! qui vous parle de cela, ma bonne? ce que je dis a rapport à une conversation que je viens d'avoir, à une réponse que l'on m'a faite... à grand peine, il est vrai. . . il a fallu l'arracher, mais enfin. . .
SOPHIE. Si c'est de monsieur le comte que parle madame la princesse , il eût peut-être été bien aise, avant de se prononcer, de consulter monsieur Rodolphe.
LA PRINCESSE. Monsieur Rodolphe ! qu'estce que c'est que ça?,.. Vous ne savez ce que vous dites. Monsieur Rodolphe n'a que faire là dedans.
SOPHIE. Ah! pardon... j'ignore de quoi il est question ; mais comme rien ici ne se fait sans son avis... Comme mademoiselle ellemême redoute son influence, je pensais...
LA PRINCESSE. Hein ? plaît-il ?
SOPHIE. J'ai peut-être tort, et il est possible qu'il se borne à l'administration des biens de monsieur le comte, qui lui a confié toute sa fortune, quoiqu'il ne lui fût recommandé par personne, et qu'il ne le connût pas, avant de l'avoir rencontré dans une misérable auberge du Frioul.
LA PRINCESSE, à part. Ouais! qu'est-ce ceci ? et que vient-on me conter ?
SOPHIE. Dans tous les cas , je prierai madame la princesse d'oublier mes paroles, surtout lorsqu'elle se trouvera auprès de mademoiselle. Il lui est si désagréable d'entendre parler de cet étranger, qu'elle nous a défendu...
LA PRINCESSE. Assez, ma mie : gardez vos recommandations pour vos pareils et vos confidences pour qui vous les demande. {Sophie sort.) Est-ce que cet homme serait pour quelque chose dans le refus que je viens d'essuyer ?