‹ L'extase (volume 2)Chapitre 30 sur 55 · LE COMTE, LA PRINCESSE, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA PRINCESSE, HÉLÈNE

LE COMTE, entrant une lettre à la main, à part. Encore là ! (Haut.) Je vous croyais sortie , ma sœur, et j'allais envoyer à votre hôtel. Des nouvelles que je reçois, et qui sont relatives à mon procès , me forcent à faire partir pour la Bohême un homme de confiance. Je voulais prendre vos ordres avant son départ.

LA PRINCESSE , tfèit-aigrement. Voilà une belle occasion, monsieur, de vous débarrasser

— Sade iM. Rodolphe... Mais ce n'est pas lui que vous allez charger de cette mission , sans doute ?

LE COMTE. Que dites-vous ?

LA PRINCESSE. Je dis, monsieur, qu'il eût été heureux pour tout le monde que votre choix fût tombé sur la personne que j'ai nommée , et dont la présence jette le trouble dans cette maison.

LE COMTE. Qui vous donue lieu de supposer, madame?...

LA PRINCESSE. Tout ce que j'ai vu depuis que je suis ici, monsieur, tout ce que j'ai entendu. Au reste, ce n'est pas moi qu'il faut interroger. Regardez votre fille , monsieur ses larmes vous répondront.... {Â

Hélène, qui détourne la tête.) Fais-moi le plaisir de ne pas les essuyer.

LE COMTE *. Ses larmes? parlez, Hélène : qu'y a-t-il donc?

LA PRINCESSE. Ce qu'il v a, monsieur?. ..

il y a que cette enfant souffre qu'elle est

habituée à être aimée... que votre préférence pour un étranger, un aventurier, a alarmé sa tendresse. . . il y a. . .

LE COMTE. Assez, je vous prie. Ma fille n'a jamais pu s'étonner d'un sentiment de bienveillance légitime, mérité.... ma fille n'a jamais pensé que mon amour pour elle en pût être altéré.... que je l'aimasse moins... . Elle ! mon Hélène !... jalouse!

HÉLÈNE. C'est vrai !

LE COMTE. Vous!...

HÉLÈNE. C'est vrai! j'ai tremblé de perdre une part de cette tendresse qui était à moi seule... j'ai craint de l'avoir perdue...

LE COMTE , avec une douleur concentrée.

Hélène!... oh! .. je ne crois même pas devoir essayer de vous rassurer... vous êtes un enfant dont on cherche à tromper les sentiments, à égarer l'esprit...

LA PRINCESSE. Voilà tout ce que vous

La Princesse, le Comte, Hélène.

trouvez à répondre? Et après ce qu'elle vous a dit , il est encore ici ? vous ne l'avez pas

renvoyé? ^. . , «. ,

LE COMTE, à sa fille, en faisant effort

pour se contenir. Je n'ai pas besoin de me

fustifier, je pense... Je le répète... vous êtes

un enfant AUons... rentrez Iheure

avance, et votre tante veut vous condmre au bal... rentrez. , .

HÉLÈNE, avec larmes. Ah! vous ne m aimez plus !

LE COMTE. Ma fille !

HÉLÈNE. Vous m'auriez ouvert vos bras autrefois , vous m'auriez serré contre votre cœur. . .

LE COMTE. Hélène !

HÉLÈNE. Et vous restcz muet ! et vous ne trouvez pas une parole pour me consoler...

LE COMTE. Eh ! ne voyez-vous pas que votre injustice me blesse , que votre ingratitude me révolte ?

HÉLÈNE. Mon père !

LE COMTE. Malheureuse enfant! qui ne sait même pas tout ce qu'U y a d'amer pour moi dans ses paroles , de déchirant dans ses reproches!

HÉLÈNE. Mon père !

LE COMTE. Mais vous êtes cruelle , mais vous me mettez à la torture ! . . .

HÉLÈNE. Mon père !... oh ! ne me parlez pas ainsi!... oui... j'ai eu tort... je me trompais vous m'aimez autant toujours. . .

LE COMTE. Elle en donte!..

HÉLÈNE , avec une sorte d'égarement.

Non !.... plus à présent.... je me trompais ma tante... je me trompais.

LE COMTE , qui est redevenu maître de lui, lui prenant la main. Oui... vous avez eu tort... mais moi aussi j'ai des reproches a

me faire j'aurais dû être plus maître de

moi Hélène! ma fille!.... allez!

allez !...

HÉLÈNE. Oui... oui.

Elle se dirige vers son appartement et tombe sur un fauteuil.

LA PRINCESSE , avec emportement, après un instant de silence. Vous êtes un tyran.

LE COMTE. Madame...

LA PRINCESSE, Ah! n'espérez pas que je me taise... j'ai gardé le silence jusqu'à présent... et Dieu sait ce que cela m'a coûté... mais il faut que je vous dise ce que j'ai sur le cœur.

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