LA PRINCESSE, HÉLÈNE
HÉLÈNE. Ah ! ma tante ! si vous voyiez le délicieux costume que vient de m'envoyer mon cousin ? Entre nous, je crois qu'il m'ira parfaitement... Vous savez que mon cousin m'avait promis que je seraisjolie... Mais qu'avez-vous, ma tante? vous paraissez contrariée? Est-ce que mon père ne me permet pas d'aller au bal ?
LA PRINCESSE. Votre père est un entêté avec lequel je devrais rompre pour toujours.
HÉLÈNE. Ah ! mon Dieu !
LA PRINCESSE. Si je ne le fais pas, c'est que j'espère encore que la raison le ramènera. Ah ça, qu'est-ce que j'entends dire ici ? qu'il y a quelqu'un qui s'est emparé de son esprit, de sa confiance? quelqu'un que l'on consulte sur tout? qui est le maître céans?
HÉLÈNE. Ma tante !
LA PRINCESSE. Répondez : je veux que l'on m'explique tout cela. D'autant plus, je commence à le croire, que l'influence dont on parle n'est pas étrangère au changement survenu dans les dispositions de votre père. II n'est plus le même.
HÉLÈNE , vivement. Ah ! je n'avais pas tort
— oO —
quand je vous disais que mes chagrins avaient une cause.
LA PRINCESSE. Est-ce qu'elle est sérieuse? Je n'ai pas attaché, je l'avoue, une grande importance aux paroles que tu m'as dites quand je suis arrivée... Est-ce que ton père est changé avec toi aussi ?
HÉLÈNE. Non: je n'oserais le dire, encore.. . je ne sais, voyez-vous... il faut si peu de chose pour que mon cœur s'alarme , que ma pauvre tête s'exalte ! mon esprit est faible. . . facile à impressionner, et ceux qui m'entourent en profitent pour ni'aigrir encore... Mais ce n'est pas de ce qu'on me dit que je souffre , c'est de ce que j'éprouve.
LA PRINCESSE. Comment?
HÉLÈNE. Oui... ma tante, je ne me confierais h personne... mais à vous!... Oui, il y a ici un étranger qui s'est placé entre mon père et moi, un étranger à qui il a donné toute sa confiance, qu'il aime comme un Ois... et je suis jalouse.
LA PRINCESSE. Toi ? pauvre petite!... ah! mon Dieu!... que m'apprends-tu là ?
HÉLÈNE
Air nouveau de M. Doche.
Je vous le dis, à vous, en confidence. J'ai bien souffert et je n'ai point parlé ; Mon cœur se brise à cette indifférence , Et sans témoins mes larmes ont coulé.
Ce changement qui m'afflige et me blesse. Cause l'ennui qui me tue en secret.
Non père, hélas ! pour perdre ta tendresse, Qu'ai-je donc fait '^ réponds, qu'ai-je donc fait ?
A mes côtés il reste sans rien dire , Sombre et rêveur, il me ferme ses bras. On peut souvent refuser un sourire A des enfants qui se montrent ingrats ; Mais en ce jour, c'est lui qui me délaisse. Lui qui déchire un cœur qu'il méconnaît. Mon père, hélas ! pour perdre ta tendresse, Qu'ai-je donc fait? réponds, qu'ai-je donc fait?
LA PRINCESSE. On te monte la tête... et c'est très-mal.... n'importe, tu n'en es pas
moins tourmentée, malheureuse... mais que l'on se débarrasse de cet homme , qu'on le chasse !
HÉLÈNE. 0 ma tante !
LA PRINCESSE. Est-cc doHC si difficile ? et ton père hésiterait-il si tu le lui demandais ?
HÉLÈNE. Moi?
LA PRINCESSE. Il faut qu'il parte, et le plus tôt possible. Je ne veux pas faire comme
les gens qui t'entourent , certainement
mais l'influence funeste qu'on lui prête est
réelle plus grande encore que tu ne le
penses.
HÉLÈNE. Que dites-vous?
LA PRINCESSE. J'en ai la preuve et
quand tu la redoutes, tu as raison.
HÉLÈNE. Ah! vous voyez ! vous-même...
LA PRINCESSE. Moi ?...je suis indignée... pauvre enfant ! qui se plaint à peine encore !...
HÉLÈNE. Et le puis-je? l'aurais-je osé?
non, je me tais , je souffre et je pleure.
LA PRINCESSE. Mais cette position n'est pas tolérable... il faut qu'elle cesse.
HÉLÈNE. Je pleure... oui... et je n'ai que vous... {Apercevant le Comte.) Mon père!., silence! silence!
LA PRINCESSE. Non, j'étouffe, vous tu?
ça me suffoque !