‹ L'extase (volume 2)Chapitre 29 sur 55 · LA PRINCESSE, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE, HÉLÈNE

HÉLÈNE. Ah ! ma tante ! si vous voyiez le délicieux costume que vient de m'envoyer mon cousin ? Entre nous, je crois qu'il m'ira parfaitement... Vous savez que mon cousin m'avait promis que je seraisjolie... Mais qu'avez-vous, ma tante? vous paraissez contrariée? Est-ce que mon père ne me permet pas d'aller au bal ?

LA PRINCESSE. Votre père est un entêté avec lequel je devrais rompre pour toujours.

HÉLÈNE. Ah ! mon Dieu !

LA PRINCESSE. Si je ne le fais pas, c'est que j'espère encore que la raison le ramènera. Ah ça, qu'est-ce que j'entends dire ici ? qu'il y a quelqu'un qui s'est emparé de son esprit, de sa confiance? quelqu'un que l'on consulte sur tout? qui est le maître céans?

HÉLÈNE. Ma tante !

LA PRINCESSE. Répondez : je veux que l'on m'explique tout cela. D'autant plus, je commence à le croire, que l'influence dont on parle n'est pas étrangère au changement survenu dans les dispositions de votre père. II n'est plus le même.

HÉLÈNE , vivement. Ah ! je n'avais pas tort

— oO —

quand je vous disais que mes chagrins avaient une cause.

LA PRINCESSE. Est-ce qu'elle est sérieuse? Je n'ai pas attaché, je l'avoue, une grande importance aux paroles que tu m'as dites quand je suis arrivée... Est-ce que ton père est changé avec toi aussi ?

HÉLÈNE. Non: je n'oserais le dire, encore.. . je ne sais, voyez-vous... il faut si peu de chose pour que mon cœur s'alarme , que ma pauvre tête s'exalte ! mon esprit est faible. . . facile à impressionner, et ceux qui m'entourent en profitent pour ni'aigrir encore... Mais ce n'est pas de ce qu'on me dit que je souffre , c'est de ce que j'éprouve.

LA PRINCESSE. Comment?

HÉLÈNE. Oui... ma tante, je ne me confierais h personne... mais à vous!... Oui, il y a ici un étranger qui s'est placé entre mon père et moi, un étranger à qui il a donné toute sa confiance, qu'il aime comme un Ois... et je suis jalouse.

LA PRINCESSE. Toi ? pauvre petite!... ah! mon Dieu!... que m'apprends-tu là ?

HÉLÈNE

Air nouveau de M. Doche.

Je vous le dis, à vous, en confidence. J'ai bien souffert et je n'ai point parlé ; Mon cœur se brise à cette indifférence , Et sans témoins mes larmes ont coulé.

Ce changement qui m'afflige et me blesse. Cause l'ennui qui me tue en secret.

Non père, hélas ! pour perdre ta tendresse, Qu'ai-je donc fait '^ réponds, qu'ai-je donc fait ?

A mes côtés il reste sans rien dire , Sombre et rêveur, il me ferme ses bras. On peut souvent refuser un sourire A des enfants qui se montrent ingrats ; Mais en ce jour, c'est lui qui me délaisse. Lui qui déchire un cœur qu'il méconnaît. Mon père, hélas ! pour perdre ta tendresse, Qu'ai-je donc fait? réponds, qu'ai-je donc fait?

LA PRINCESSE. On te monte la tête... et c'est très-mal.... n'importe, tu n'en es pas

moins tourmentée, malheureuse... mais que l'on se débarrasse de cet homme , qu'on le chasse !

HÉLÈNE. 0 ma tante !

LA PRINCESSE. Est-cc doHC si difficile ? et ton père hésiterait-il si tu le lui demandais ?

HÉLÈNE. Moi?

LA PRINCESSE. Il faut qu'il parte, et le plus tôt possible. Je ne veux pas faire comme

les gens qui t'entourent , certainement

mais l'influence funeste qu'on lui prête est

réelle plus grande encore que tu ne le

penses.

HÉLÈNE. Que dites-vous?

LA PRINCESSE. J'en ai la preuve et

quand tu la redoutes, tu as raison.

HÉLÈNE. Ah! vous voyez ! vous-même...

LA PRINCESSE. Moi ?...je suis indignée... pauvre enfant ! qui se plaint à peine encore !...

HÉLÈNE. Et le puis-je? l'aurais-je osé?

non, je me tais , je souffre et je pleure.

LA PRINCESSE. Mais cette position n'est pas tolérable... il faut qu'elle cesse.

HÉLÈNE. Je pleure... oui... et je n'ai que vous... {Apercevant le Comte.) Mon père!., silence! silence!

LA PRINCESSE. Non, j'étouffe, vous tu?

ça me suffoque !

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