SCÈNE III
LE COMTE, aeul; il s'asseoit.
Je touche au terme de cette longue et douloureuse épreuve... personne ne saura jamais ce que j'ai souffert depuis trois mois, depuis le jour oii Rodolphe m'a fait l'aveu de son amour, où j'ai été obligé de lui dire : Restez auprès de ma fille que vous aimez !... {Il se lève. ) Lui aussi il a dû souffrir ! Mais il a enfin dompté cette passion violente qui l'avait égaré un instant ; il a repris son calme, sa tranquillité... combien je m'en applaudis, en ce moment surtout ! Ma belle-sœur attribuait aux conseils de ce jeune homme mon refus de consentir au mariage qu'elle m'avait proposé. Afin de mettre un terme à ses suppositions indiscrètes, de détourner les soupçons que déjà elle avait conçus, je dus m'empresser de lui reparler de cette union... En fallait-il davantage pour qu'une personne de son caractère la regardât comme arrêtée entre nous ? Ce qui n'était qu'une promesse dans l'avenir est devenu un engagement formel, et les choses ont marché depuis beaucoup plus vile que je n'aurais voulu. Ah! quelque avantageux que soit ce mariage que j'ai tant désiré autrefois pour ma fille, je me reproche presque d'y consentir aujourd'hui, comme si quelqu'un ici devait en être malheureux. Il faut, il en est temps encore, que je voie Hélène, que je l'interroge... La voici!