‹ L'extaseChapitre 31 sur 64 · ALBERT, HÉLÈNE, LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

ALBERT, HÉLÈNE, LA PRINCESSE

LA PRINCESSE. Embrasse-moi donc encore, petite. Je ne sais en vérité où ton père avait la tc'.c quand il m'a écrit.

ALBERT. Mon oncle a bien pu, sans mériter qu'on lui en fasse un reproche, s'exagérer à lui-jnênie...

LA PRINCESSE. Oui, certainement, c'est un excellent homme, que j'aime, que j'estime infiniment, mais au jugement duquel on ne peut s'en rapporter pour rien. Sa sotte lettre en est la preuve. Il a le mallîcur de manquer complètement d'énergie, de tout voir en noir, d'avoir peur de tout. En un mot, c'est le l)orfrait (ic votre père, feu monsieur le prince de glorieuse mémoire, qui était bien la plus grande poule mouillée...

HÉLÈNE. O ma tante ! que je suis aise de vous voir... vous aussi, mon cousin.

ALiîERT. Vous ne m'en voulez pas d'avoir accomjvngné ma mère?

HÉLÈNE. Oh! non! (.1 sa lante.) Votre arrivée nie rend doublement heureuse, car je ne m'ennuierai plus.

LA PRINCESSE. Tu l'ennuios donc?

HÉLÈNE. Oui, et entre nous voilà, je crois, ma véritable maladie... Et puis j'ai peut-être encore en outre des chagrins...

LA PRINCESSE. Tu as dcs chagrins?

ALRERT. Vous, ma cousine ?

HÉLÈNE, oh ! mais je les dù'ais que l'on ne voudrait pas les ccmiprendre.

LA PRINCESSE. Ah! Cela me rassure...

c'est qu'ils ne sont pas fort sérieux. Et qu'est-ce que ton père, dans sa har.îe sagesse, et imaginé pour combattre cet ennui dont tu te plains? quelles sont les distractions qu'il te donne, les plaisirs... ^

HÉLÈNE. Nous ne voyons personne.

LA PîiiNCESSE. .Viais il veut donc t'entorrer

toute vive! Ah ! mon Dieu! ah! le j)au-

vre lîommc ! Il faut remédier à cela dès

aujourd'liui, et je m'en l'harge. Je mo rappelle fort 'd propos que le consul d'Autriche m'a dit qu'il donnait ce soir même une fête. Ah ! ma pauvre enfant ! que serais-tu devenue si je n'étais arrivée?

ALRERT. Cependant, nia mère, il faudrait peut-être.. .

LA PRINCESSE. ."«iOnsieur mon lils, je ne voui demaiide pas vos avis, attendu qu'en général ils n'ont pas le sens commun*.

ALIÎERT , s'inclinaiit en sourianl. Bien obligé.

HÉLÈNE, has, à Albert en riant. Counno ma tante vous parle !

ALRERT, da même. Militairement.

liÉLÈNE. Et VOUS ne vous en plaignez pas?

ALHERT. Dieu m'en garde! il lui en coûterait trop de se contraindre !... Excellente mère !

HÉLÈNE, lui tendant la main. Vous n'êtes pas changé, Albert.

LA PRTNCESSï:. Cette ville offre peut-être des promenades où l'on rencontre quelqu'un... des environs qui valent la peine d'être visités... vous vous en informerez. Nous les visiterons.

HÉLÈNE. Oui, ensemble, comme nous parcourions autrefois les sites sauvages de la forêt do Waldorf, ou les riantes campagnes qui l'environnent.

La Princesse se met à une table et écrit.

ALRERT , à Hélène. Vous n'avez point oublié ces courses aventureuses où vous V!!;.-» montriez si infatigable, si gaie?

HÉLÈNE. Et vous, si compIalsant, si Ljn!

Air nouveau d» M. Doche.

Malgré l'absence, ah ! de ces heureiii jours , Oui, mon cousin, je me souviens toujours. Nous parcourions tous deux et les bois et les plaines ; Heureux de me guider dans ces courses lointaines , Vous saviez m'épargner la fatigue et les peines. Je m'en souviens toujours.

LA PRINCESSE. Ah! tu to souvicns !. .. Je mande à monsieur le consul d'Auiriche ([ue j'accepte son invitation, que j'irai avec toi.

HÉLÈNE. Avec moi !

LA PRINCESSE. iMonsieur mon fi's, j'entends que votre cousine soit la plus brillante du bi\\ et je vous charge du soin de lui composer un costume.

ALBERT. Et j'accepte.

HÉLÈNE. Vous, mon cousin ! vous auriez l'obligeance...

ALBERT. Ah! de grand cœur.

HÉLÈNE. Vous croyez qu'en si peu de tem[)s.,.

ALBERT. Reposez-Vous sur moi du soin de vous rendre la plus jolie... j'ai si peu de chose à faire pour cela !

HÉLÈNE. Ali ! mon cousin, que je vous aime !

LA PRINCESSE. Ellc cst déjà dix fois mieux que qnand je suis arrivée.

Rodolphe, qui vient d'entrer, a entendu l'avant-dernièrc phrase. H s'est arrêté un instant, s'elTorçant de corapriiiior un mouvement dont il n'a pas été maître. • La Princesse, Albert, Hélène.

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