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LES EXPÉRIENCES DE ROME EN 1893 ET

M. Henri de Siemiradski (1), ayant assisté à une cinquantaine de séances soit chez lui à Rome, soit à Varsovie chez son ami M. J. Ochorowicz, est une des personnes qui ont pu le mieux observer les phénomènes (FEusapia. Le résumé des expériences qu'il a faites h Rome et qu'il n'avait pas encore publié, est un document précieux parce qu'il nous présente une sorte de revue de l'ensemble des phénomènes constatés par les divers observateurs et mis au point, pour ainsi dire, par la même personne.

Je le reproduis ici dans son intégrité.

A. — Premier groupe : Mouvements d'objets avec ou sans contact des mains du médium*

Une petite table en bois blanc, sans rebords saillants, se dressait sur deux pieds tantôt du coté du médium,

(Ij M. de Siemiradzki, correspondant de notre Institut,

tantôt (lu côté opposé, puis se balançait d'un côté à l'autre. A mesure que la séance se prolongeait, les mouvements devenaient plus forts et la table finissait par set «létacher du parquet, restant suspendue durant 2 ou ^ secondes. Pendant la lévitation, comme du reste pendant toute la séance, les mains cCEv^apia reposaient dans les nôtres et nos pieds étaient posés sur 2es siens. C'était la règle.

Le degré de lumière variait depuis l'obscurité la plus complète jusqu'à la lumière de deux bougies ou d'une lampe, à pétrole. L'obscurité facilitait d'abord à Eusapia l'entrée en « trance » . Une fois « entrancée » les mêmes phénomènes se produisaient en pleine lumière. Alors on pouvait observer parfaitement la table détadiée éa parquet et constater, en même temps que la position <ltes mains et des pieds, l'impossibilité complète dans laqtielle se trouvait le médium de produire ces mouvement d'une manière mécanique.

Nous avons obtenu trois photographies de la lévitation de la table à l'aide d'un appareil instantané et de l'éclairage au magnésium. Dans une de ces photographies on peut constater qu'aucune des mains des assistants ne touche la table : à un moment donné Eusapia avait détaché ses mains de la table et avait soulevé celles des contrôleurs ; les autres personnes avaient imité le mouvement (Planche IV).

membre des Académies des Beaux-Arts de Samt-Pétersbourg^ Berlin, Rome, Stockholm etc, est non seulement un très grand peintrç qui a eu la médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris en 1878, mais un expérimentateur liai}itué aux méthodes précises d'investigation par les études qu'il a faites- •brillamment à la Faculté des Sciences naturelles de Kliarkof .

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Exp. w ROME. 1893-94. 127

Il est à noter que souvent, pendant la lévitation, le bas de la robe d'Eusapia se gonfle et toucbe le pied de la table. En touchamt ce bas de robe on éprouve Timpression c[ue l'étoffe subit Tactton d'un vent qui la gonfle, maïs sans qu'on puisse découvrir aucun objet solide sous les plis. On constate, en outre, que les pieds et les genoux du médium sont bien immobiles. Inutile d'ajouter que les visites les plus minutieuses de la personne et des habits d'Eusapia n'ont jamais permis de découvrir rien de suspect.

A plusieurs reprises les chaises des assistants furent enlevées et placées sur la table. C'était généralement sur le voisin de gauche que se produisaient les phénomènes. Tout le côté gauche d'Eusapia présente, en effet, plus d'irritabilité nerveuse que le côté droit ; c'est de ce côté qu'elle porte sur le crâne une blessure cicatrisée d'où se dégage un souffle très fort pendant certaines séances.

Voici comment les choses se passent d'ordinaire. Je tiens la main gauche du médium, parfois toutes les deux, de manière à constater en même temps la présence de la main du contrôleur de droite. Je sens très distinctement son pied gauche sous le mien ; ma jambe est coUée contre la jambe gauche d'Eusapia. Le contrôleur de droite fait de même pour le pied droit et la jambe droite d'Eusapia.

Une fois, je sens et j'entends un coup ou deux sur le pied de ma chaise ; la chaise commence à remuer. Je me soulève à moitié, tout en fixant toute mon attention sur les mains, sur les jambes et sur l'attitude de tout le corps d'Eusapia. La chaise fait des efforts pour monter le long de mon bras et de celui d'Eusapia. Elle y parvient enfin ; je sens qu'elle effleure mon épaule et ma tête ; enfin elle se place sur la table. Nous constatons sa pré-

it UQC allumette, ce dont se charge pendant que les deux contrôleurs îlui de gauche) gardent leurs posis mains et les pieds d'Eusapia. Nous bscurité. La chaise descend par le

3st mon cousin, M. L. Proszynski, qui « coiffé » par la chaise. Il ne bouge 5 la lumière et nous trouvons M. Prosant d'une main celle du médium, de voisin du côté opposé, et la tête enre pieds de la chaise. La chaise desaôme manière.

dée de poser sur la table un petit rès léger, connu sous le nom de héme petite boîte à musique. Aprèg attente, l'orgue commença à se mou- ; puis nous le sentîmes voltiger en semblée au dessus de nos tètes. Eu vers le milieu de la table, sans toute-

celle du médium, nous constatâmes ment. Quelques instants plus tard il tendit alors un bruit sourd comme lient sur l'orgue, puis nous enten-

un bruit semblable à celui que proit et solide tombant sur le parquet.

après, il s'échappa de l'orgue non in sourd ronflement. On fit de la t les précautions ordinaires relative-

des contrôleurs et on constata que

percé de trous qui détermine l'air enlevé et jeté à un mètre environ

de la table. En tournant la manivelle de Torgue débarrassé du disque nous obtînmes les sons monotones et ronflants qui nous avaient surpris un instant auparavant.

Lr'autre instrument (la petite boîte à musique) fut Fobjet d'une manifestation analogue. Il voltigea autour de nos têtes en produisant les sons argentins d'un air écossais et en s'appuyant tour à tour sur les fronts des assistants. Nous trouvâmes ensuite des preuves matérielles de ces contacts : quelques cheveux détachés du front des dames et engagés dans la manivelle.

Je ne ferai que citer le phénomène du rideau pesant (placé derrière Eusapia) qui se gonfle comme la voile d'un bateau et finit par l'envelopper de ses plis, mais je donnerai encore quelques phénomènes de cet ordre auxquels j'ai assisté en même temps qu'Ochorowicz.

i° Un peson à ressort fut placé sur la table ; sur le plateau du peson on posa un clectroscope composé simplement de deux boules de sureau attachées par des fils de soie à une colonne de verre. Aucun écartement des boules ne s'étant manifesté, on éteignit les bou-

Après quelques minutes d'attente, un coup formidable se fit entendre du côté du peson, puis on constata sa disparition ; après avoir allumé une bougie, on le trouva, surmonté de l'électroscope, sur le buffet. On souffla de nouveau la bougie et l'électroscope vint se placer de luimême, avec les fils de soie entortillés autour du support en verre, entre les mains de M. Ochorowicz. On aurait dit que la force occulte voulait se moquer du savant et de ses instruments de précision.

2* Les expériences se faisaient dans ma salle à manger ; une lampe non allumée était susi>endue au-dessus de la grande et massive table centrale. Ëvisapia, Ochorowicz et moi étions avec quelques autres amis autour de la petite table en bois blanc, à une extrémité de la pièce, de telle sorte qu'aucun de nous, qui formions tous la chaîne, ne pouvait atteindre la lampe à contrepoids. Un bruit très distinct nous avertit qu'il se passait quelque chose de son côté ; de petits coups sur la table à expérience avertirent que la chose était faite. On alluma la bougie et on vit^la lampe tirée en bas remuant encore, et reposant, par son extrémité inférieure, sur une chaise massive qui avait été transportée au milieu de la grande table.

3** Dans le coin de la salle se trouvait un piano, à gauche et un peu en arrière d'Ochorowicz et d'Eusapia. Quelqu'un exprima le désir d'entendre toucher le clavier. Aussitôt on entend le piano se déplacer ; Ochorowicz peut même voir ce déplacement, grâce à un rayon de lumière qui tombe sur la surface polie de l'instrument à travers les volets de la fenêtre. Le piano s'ouvre ensuite avec bruit et on entend résonner les notes graves du clavier. Je formule à haute voix le désir d'entendre toucher en même temps des notes hautes et des notes basses comme preuve que la force inconnue peut agir aux deux extrémités du clavier ; mon vœu est exaucé et nous entendons à la fois des i:iotes graves et des notes aiguës, ce qui semble prouver l'action de deux mains distinctes. Puis l'instrument se remet en marche tout seul ; il se presse contre notre groupe qui est obligé de se déplacer, accompagné de notre table d'expérience qui s^est également mise en branle, et nous ne nous arrê-

tons qu'après avoir ainsi parcouru quelques mètres..

4^ Un verre, à moitié rempli d*eau, qui se trouvait sur le buffet hors de la portée de nos mains, fut porté par une force inconnue aux lèvres d'Ochorowicz, d'Eusapia et d'une autre personne qui en burent. L'opération eut lieu en pleine obscurité avec une précision prodigieuse.

5** L'aiguille d^une boussole renfermée dans une boîte recouverte par un verre a plusieurs fois oscillé sous l'action des doigts du médium dirigés contre l'instrument à une distance d'environ cinq centimètres.

B. — Deuxième groupe : Attouchements de mains invisibles.

Ces attouchements, très nettement perçus par ceux qui <^n ont été l'objet, semblent être produits par une main matérielle et humaine qui, tantôt effleure légèrement la tête, le visage, le corps ou les membres des voisins du médium, tantôt leur serre assez fortement les mains pour soulever celles-ci au-dessus de la table et les se- <îouer à plusieurs reprises, tantôt les frappe sur le dos d'une manière assez violente pour que les autres assistants entendent très nettement le coup.

Il est arrivé quelquefois que cette main, comme pour écarter l'idée d'une suggestion ou d'une hallucination collective, a laissé des traits blancs à la craie sur nos dos et sur nos bras, juste à l'endroit où nous nous étions sentis touchés.

La démonstration de l'objectivité du phénomène est encore allée plus loin. La main mystérieuse a laissé des empreintes parfaitement distinctes de doigts avec leur

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épiderme, sur des surfaces couvertes de noir de fumée (assiettes ou morceaux de carton Bristol), alors que les medns d'Eusapia et celles des assistants ne portaient aucune trace de noir.

Nous avons pu encore constater par un procédé diffé— rent, l'existence réelle d'une main n'appartenant à aucun des assistants ; c'est par le moulage.

Nous plaçâmes un lourd bassin rempli de terre glaise à modeler sur la grande table au milieu de la salle à manger, et nous nous assîmes avec Ëusapia autour de la petite table d'expériences éloignée de la grande, de plus de 1 mètre. Après quelques minutes d'attente, le bassin vint se poser sur notre table. Eusapia gémissait, se tordait et tremblait de tous ses membres ; cependant, pas un moment ses mains ne quittèrent les nôtres. Puis elle dit : « E fatto » (c'est fait). La bougie allumée, nous trouvâmes un creux irrégulier sur la surface de la terre glaise : ce creux rempli ensuite de plâtre, nous donna un moulage parfait de doigts crispés et comme enveloppés d\me toile fine dont les plis très nettement formés laissaient voir distinctement Vempreinte du tissu. (Planche V). Deux autres moules moins parfaits furent obtenus dans les mômes conditions.

Nous voulûmes ensuite obtenir le moulage de John King ; mais le résultat ne fut pas satisfaisant : nous n'obtînmes que l'empreinte d'une surface légèrement on^dulée et enveloppée de toile que nous jugeâmes pouvoir être la face du personnage invisible, à en juger par les moulages déjà obtenus par d'autres expérimentateurs.

Je possède en effet plusieurs spécimens en plâtre de moulage de cette nature obtenus à l'aide -^Eusapia par le chevalier Ghiaïa. Les mieux réussis i^ ésentent une

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particularité singulière : le masque est enveloppe d'un voile ; une medn crispée au-dessus de la tète, tient ce voile serré. Cette main semble appartenir au fantôme. Tout récemment le D' Vizani Scozzi de Florence, entièrement sceptique au début, se rendit à Naples pour tenter des expériences avec Ëusapia et il obtint un moulage analogue ; M. Hoffmann, de Rome, m'en a fait voir la photographie. Ce moulage présente les mêmes parlicularités et M. Vizani Scozzi se porte garant de son authenticité^

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