I. — Analyse du compte-rendu de M. Lodge
M. Lodge déclare qu'il s'est rendu à l'invitation du D' Richet, très convaincu qu'il ne pouvait y avoir production de mouvements physiques sans contact, mais que ce qu'il a vu l'a parfaitement convaincu que les phénomènes de ce genre peuvent, dans certaines conditions, avoir une existance réelle et objective.
Il assista d'abord, dans un espace de 6 jours, à une première série de quatre séances d'une durée moyenne
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de 3 OU 4 heures, avec MM. Richet, Myers et Ochorowicz.
Il assista ensuite à une deuxième série de dix séances, avec MM. Richet, M. Ochorowicz, M. Lodge, M. et M"" Sigdwick et le baron de Shrenck-Notzing.
Les séances eurent lieu la nuit, de 10 heures à 1 heure du matin, dans une pièce de rez-de-chaussée, dans la maison de M. Ch. Richet qui était la seule habitation de File Roubaud, sauf le phare. Deux fenêtres ouvraient sur une vérandah, et il n'y avait qu'une seule porte dont le professeur Lodge portait la clé sur lui.
En dehors d'une de ces fenêtres presque fermées, était assis M. BelKer, secrétaire de M. Richet depuis 20 ans, qui prenait des notes à la lumière d'une lampe. Il parlait de temps en temps, avec les assistants qui pouvaient ainsi s'assurer de sa position sous la vérandah.
Dans la chambre était une grande table, d'une construction simple, sans battaiats, comme une table de cuisine de campagne, et pesant 22 kilos (1). Une autre table plus petite, servait pour les séances, elle pesait 9 kilos.
Sur une troisième table ronde, en acajou, recouverte d'une étoffe, étaient placés les objets dont on se servait pour les expériences.
Les assistants s'asseyaient autour de la petite table, avec Eusapia, en pleine lumière.
La table commençait par faire des mouvements ; la lumière étant baissée, le médium semblait entrer en
(1) Cette table, construite exprès pour les expériences, était carrée, d'un mètre de côté et sans rebords ; les piefls, de 0",75 de hauteur, étaient terminés en pointe, de manière à rendre presqu'impossible toute tentative de soulèvement par une pression exercée sous c«s pieds pointus.
transe, et, au bout d'une demi-heure environ, ^nomènes plus prononcés se présentaient, [ue matin, après la séance, on écrivait le compte ie ce qui était observé, en se servant des notes, base, mais, en examinant avec soin chaque dé- Q discutait chaque point douteux, avec minutie, tat de transe, le médium répondait plutôt au nom n (Jean), mais il parlait italien seulement ; lorsque ie transe n'était pas complet, les phénomènes élémentaires et peu satisfaisants, i la chambre il y avait un petit chalet à musique, le fabrication suisse, acheté pour la circonstance, a remontoir en dessous et un ressort au dessus ; oHj tournait la cheminée, les portes s'ouvraient Lusique jouait.
avait encore un accordéon ordinaire, de constmcnple, également acheté pour la circonstance à un n de Toulon.
iOdge dit qu'il a été poussé, pincé, qu'on appuyait tête, sur son dos, ses bras et ses genoux lorsqu'il les deux mains du médium dans les siennes, et is pieds et la tête d'Eusapia étaient observés, ces mêmes conditions, il a eu sa main empoi— nomentanément par quelque chose ressemblant main humaine, donnant l'impression distincte de ayant des ongles. Il a vu une forte main, et d'aubjets plus vaguement, qui passaient se détala nuit sur la lumière faible du ciel. Le médium DU jours soigneusement et complètement tenu, vu une chaise placée près de la fenêtre, à plupieds de distance du médium, glisser plusieurs orizontalement, puis se lever et frapper le parquet.
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Le médium était tenu, et personne n'était près de la chaise.
Au moment où il n'y avait pas la moindre brise au dehors, un lourd rideau se gonfla comme si quelqu'un était derrière, et resta ainsi gonflé un bon moment. 11 n'y avait personne de caché derrière le rideau, le médium en était distant de près de deux mètres ; cela était visible.
Une fois, le rideau fût jeté sur la table et sur les assistants ; une autre fois, le contour d'un visage se détacha contre la fenêtre, et quelque chose comme une main se leva vers ce visage.
La grande table, auprès de laquelle il n'y avait personne, était agitée souvent et même retournée, trouvée complètement renversée par terre ; ceci était fait avec soin et de manière à ne pas briser sur le plancher une batterie voltaïque et autres objets. M. J. Ochorowicz a pu, de sa place, voir la table au moment où elle se retournait.
Le médium étant bien observé, le petit chalet a été vu plusieurs fois traversant la chambre ; on entendit la clé remonter le mécanisme, et la musique jouer dans différentes parties de la chambre, quelquefois à deux mètres du médium. M. Lodge a vu ce chalet s'appuyer sur lui, puis être posé sur la table, sans que personne ne le touchât. « J'ai entendu, dit-il, quelques notes de l'accordéon, rendues loin de nous, pendant que l'instrument était sur la table et les mains du médium bien en vue ».
Dans une autre séance, il a entendu un piano donner des accords lorsque le médium en était éloigné et complètement tenu. On pouvait voir le clavier, mais pas assez pour observer la dépression des touches. Cette expérience est particulièrement intéressante. Elle a eu
lieu à Carqueiranne. Les pieds étaient tenus ; les maias tenues. — M. Sidgwick déclara alors que tout était irréprochable, sauf la bouche, et que la seule explication l)ossible du mouvement du piano (notes jouées) était le maniement d'un appareil quelconque (coupe-papier, règle... ?) tenu par les dents et la bouche. Alors M. Richet tint la bouche d'Eusapia avec sa main, toutes les autres personnes restant dans la même position, et, à deux reprises différentes, des notes furent frappées avec force sur le clavier.
Lodge a entendu, non seulement des coups frappés dans une table éloignée, mais des coups d'une violence extrême, comme donnés avec un maillet.
Il a vu, avec les autres assistants, des lumières traverser rapidement la chambre, comme des lucioles.
Il a entendu le bruit de la clé tournant dans la serrure de la porte (1) ; la clé arriva ensuite sur la table des séances, on put l'y toucher ; puis elle retourna à la porte, entra dans la serrure, fit jouer le pêne et sortant de nouveau de la serrure, elle vint se replacer entre les mains de M. Lodge pour y rester.
Il a vu de l'écriture produite sur du papier, au crayon bleu, faite avec l'ongle propre d'un doigt et à la lumière d'une bougie ; expérience absolument remarquable, car elle a eu lieu à la lumière et s'est répétée cinq fois de suite dans d'excellentes conditions.
(1) Cette porte était assez éloignée du médium pour qu'en étendant le bras et en se baissant, il pût très difficilement l'atteindre ; mais la vérification n'a pas été faite. La chambre était éclairée seulement par un rayon de lune passant à travers les fentes des persiennes.
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Une fois, on passa du bleu sur le doigt du médium et on promena ensuite sa main près de la table sur laquelle il n'y avait pas de marques bleues ; personne n'avait touché cette table, et cependant on trouva des marques bien nettes sur le côté opposé près duquel la main du médium n'avait pas passé
La grande table lut enlevée complètement du sol à environ 20 centimètres de hauteur. Les assistants étaient debout autour ; le médium, bien tenu, avait ses deux mains appuyées légèrement sur la table ; il eût été impossible au médium, même sans être tenu, de soulever la table dans la position qu'il occupait, c'est-à-dire, debout, près d'un angle, ses deux mains appuyées légèrement sur le dessus ; cela ne se pouvait, même en concédant que le médium eût ses forces décuplées par un état anormal et hystérique,
M. Lodge a entendu le médium, comme buvant au goulot d'une bouteille d'eau qui avait été posée préalablement sur un buffet ; ensuite, il a senti que cette bouteille était déposée sur la table, au moment où tous les assistants se tenaient par les mains autour de cette table.
En résumé, les faits de la réalité desquels il se porte spécialement garant et qui pouvaient être facilement observés et constatés sont :
1* Les mouvements d'une chaise éloignée, visible au clair de lune, et dans des circonstances telles qu'il n'y avait évidemment pas de connexion mécanique ;
2" Le gonflement et le mouvement d'un rideau en l'absence de vent ou d'autre cause ostensible ;
S*" Le remontage et la locomotion d'un chalet à musique sans être touché ;
4° Des sons procédant d'un piano et d'un accordéon, lesquels n'ont pas été touchés ;
5° Une clé tournée dans une serrure, en dedans de la chambre des séances, puis placée sur la table et après remise dans la serrure ;
6** Les mouvements et le renversement, par évolutions correctes et lentes, d'une lourde table, que l'on a trouvée après, ainsi retournée ;
7** Le soulèvement d'une lourde table, dans les conditions où il eût été impossible de la soulever dans les conditions ordinaires.
8° L'apparition de marques bleues sur une table, auparavant sans taches, et ceci fait sans le secours des moyens ordinaires de l'écriture (1) ;
9" La sensation de coups, comme si quelqu'un vous saisissait la tête, les bras ou le dos, tandis que la tête, les mains et les pieds du médium étaient bien en vue ou tenus et éloignés des endroits du corps touché.
M. Lodge expose ensuite les divers phénomènes qu'on attribue à Eusapia et qu'il divise en trois classes :
Classe A : opérations faciles dans les limites ordinaires du corps humain, sans préparations préalables, pourvu que ce corps ne soit pas empêché par des moyens artificiels de produire ces résultats.
(1) M. le D' Ségard insiste dans une lettre qu'U m'a fait l'honneur de m'écrire « sur l'expérience si admirable, faite en pleine clarté, de l'écriture en traits bleus, effectuée sous nos yeux, sans plume ni crayon, au gré du geste d'Eusapia, directement sur une feuille de papier, ou h travers plusieurs feuilles superposées. »
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Classe B : opérations qui, tout en étant dans les limites du corps humain, ne peuvent avoir lieu sans quelques préparations ou manipulations convenables.
Classe C : opérations qui, selon l'entendement ordi naire, sont impossibles.
Ainsi dans la classe A , on peut mettre : le soulèvement et le transport de quelques objets légers, tels que chaises, clés, chandeliers, boîtes, carafes, etc.; remonter des boîtes à musique ; faire sonner les clochettes électriques ; faire jouer les accordéons sans les toucher ; palper, tirer, ou empoigner les assistants ; faire apparaître des mains et des têtes.
Dans la classe B : le soulèvement des objets très lourds, qui dépassent la force ordinaire de Thomme ; la production de lumière et de diverses odeurs ; montrer des mains plus fortes que celles du médium ; écrire sur des objets éloignés ou sans crayon ; faire mouvoir et sortir des objets d'une boîte fermée à clé.
Dans la classe C : faire sortir des objets d'une caisse solidement fermée ou faire sortir un objet d'un tube clos hermétiquement ; faire des nœuds dans une corde sans fin ; faire pénétrer l'un dans l'autre deux anneaux en bois ; suspendre l'action comburante de corps chauffés au rouge ; produire un changement de température sans cause visible et artificielle ; séparer en ses diverses parties, une solution mélangée et fermée hermétiquement.
M. Lodge dit qu'il n'a pas vu tous ces phénomènes et ne peut, en conséquence, en garantir la réalité : par exemple, il ne peut absolument pas affirmer que les mains vueSy étaient plus grosses que celles du médium, attendu quHln'a pas pu les mesurer] il ajoute qu'il
ré qu'avec Taide du médium, on eût lait ue ce qu'aurait pu faire un être humain entrave (1) ; dans la chambre des séances, nt transportés absolument comme si une inte circulait librement et naturellement. e hypothèse que peut faire l'observateur le telle personne est actuellement présente. ; ainsi, il y aurait fraude de la part de it :
um ;
plusieurs des assistants ; u'un de dehors, introduit dans ce but.
jmunir contre la fraude, de la part du menait les plus grandes précautions ; amsi, »nt posés sur un appareil qui faisait sonner électrique quand l'un ou l'autre pied se lefois on tenait en plus les pieds et les jambes insi que ses mains, et même sa tête ; on s la position de ses pieds, tête et mains, ême où les phénomènes avaient heu.
précautions étaient acceptées par le mé- 1 n'avait du reste pas de raison pour susle foi ; mais comme on ne peut jamais se nent à une personne en état de transe, écessaires.
, connivence de la part des assistants, avec raison :
ne aussi que tous les phénomènes dont il a été iapia pourraient s'expliquer, sauf les écritures în admettant qu'elle a pu libérer ses mains. Cela sut que l'action de la force dégagée par Eusapia au-delà d'un mètre.
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« Dans certains cercles où les personnes sont incon- ' nues entre elles, une telle hypothèse peut suffire à détruire la valeur de l'évidence ; mais, dans notre cas (nous étions quatre), chacun avait au moins un ami intime présent ; et tous les quatre, engagés dans des occupations sérieuses, nous accordions un temps précieux à Tétude de ces phénomènes. Dans ce cas une telle supposition devient absurde..
« Ensuite on peut supposer que, plutôt que d'avouer que les phénomènes n'eurent point lieu, nous avons pu en produire nous-mêmes ou que l'un des assistants trompait les autres en laissant libre le médium pour la production des faits observés. »
M. Lodge répond a cette seconde objection en assurant qu'il a observé des phénomènes au moment où, seul, il tenait les mains et les pieds du médium, et que les autres ont fait de môme ; que ces phénomènes eurent lieu en l'absence de chacun des membres du groupe, que MM. Riche t et Ochorowicz en avaient eu une masse avant l'arrivée des autres observateurs et ne pouvaient, par conséquent, porter des suspicions sur les arrivants.
Il reste l'hypothèse grotesque que M. Richet luimême aurait préparé une tromperie ; mais MM. Finzi, Schiaparelli, Lombroso et d'autres, en Pologne et en Italie, ont obsecvé les mômes phénomènes en l'absence de M. Richet.
La présence ou l'absence de l'un ou de l'autre des assistants n'a donc pas eu d'action pour empocher les phénomènes pourvu que Eusapia fût présente.
Dans l'hypothèse de fraude, il faudrait suspecter tout le monde et supposer que tout le monde était d'ac-
our tromper. Le professeur Lodge fait observer ns ce cas, son propre rapport ferait partie de ce 5 fraude ; en conséquence, il ne cherche pas à se re sur ce point.
en admettant que les assistants étaient honnêtes nairement intelligents, et que le médium était e manière à être empêché de faire des choses lies avec son corps normal, que faut-il penser et d'un accomplissement possible de phéno-
faut pas oubher que ces séances eurent lieu dans 3 presque inhabitée, où il n'y avait, en dehors )érimentateurs, que la famille du garde du phare lomestiques de M. Richet, c'est-à-dire un marin, ne et sa fille.
)hare est à environ 500 mètres de la maison de \
let, et les domestiques couchaient dans un cottage î
où ils se retiraient pendant la nuit ; on pourrait cr que ces simples paysans de la Provence d'accord avec la fine Italienne, et que la dif fêle leurs langues qui empêchait toute conversation îux n'était qu'une entente préalable ; mais il est de discuter cette hypothèse absurde, car le voide ces gens n'était aucunement nécessaire j^our nomènes.
y avait à la salle des séances qu'une porte d'en— e M. Lodge fermait à clé lui-même pendant les i ; mais, même si elle avait été ouverte, personne t pu entrer sans que le fait ne fût connu. On ou— 1 divan avant les séances, pour s'assurer qu'il de. Les séances commencèrent toujours J dans la en éclairée, « et je puis positivement déclarer
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Qe, étranger à la séance, n*est entré d'une lie, car je Faurais vu et su. »
Ixtraits de la réplique de M. Ch. Richet à M. Hodgson.
t fait observer que toute l'argumentation de est basée [sur cette hypothèse que Von croit ns d'Eusapia et qu'on ne les tient pas. Voici y répond :
B nous tenions bien les mains d'Eusapia ? on ne le croit pas. M. 0. Lodge, M. Fred. Ochorowicz et moi nous le croyons. Il s'agit liner ce point.
lord il semble que M. Hodgson a tort de re- . 0 . Lpdge de ne pas donner plus de détails, que lorsque on dit, la mam est bien tenue, plus circonstanciés deviennent presque inule cela se répète près de cent fois au moins éance, il suffit de s'entendre, ce que nous instamment, sur le sens de ce mot : la main me. Cela signifie d'abord qu'on n'a aucun î côté de la main qu'on tient. Si, en tenant dant qu'un phénomène se produisait, je n'é- ^lument sûr que c'était la main droite (au cas 3ur mission de tenir la main droite) aussitôt ut, en disant, « j'ai lâché la main » ; et tous entateurs faisaient de même. De plus, nous e parti de tenir la main fortement, tous les notre paume, ou le poignet et une partie des
doigts dans notre main ; le plus souvent les deux avantbras, celui d'Eusapia et le mien, étaient côte à cote, et les deux mains, celle d'Eusapia et la mienne, étroitement unies. Enfin nous avions soin, à chaque phénomène, de nous rappeler, les uns et les autres, à l'observation exacte ; et peut-être cent fois dans le cours d'une séance, de manière à en être ennuyeux et même insupportables, ad nauseaniy nous répétions — « je tiens bien la main droite, » « je tiens bien la main gauche. »
S'il s'agissait d'expérimentateurs novices, peut-être éblouis, ou effrayés par la nouveauté des phénomènes, je comprendrais les doutes de M. Hodgson, et je les partagerais assurément. Mais il s'agit d'expérimentateurs qui avaient conservé tout leur sang-froid, et qui, certes^ ne songeaient qu'à faire une expérience dans de bonnes conditions. S'il m'est permis de parler de moi, je dirai que j'ai expérimenté avec Eusapia 5 fois à Milan, 10 fois à Rome ; 40 fois à Carqueiranne et à l'île Roubaud, o ù elle est restée trois mois. Pendant ces trois mois, déjà préparé parles expériences faites à Rome et à Milan, je n'ai pas songé à autre chose qu'à ce point très spécial, et cependant très important, de bien tenir la maiii, de manière à ne pas laisser cette main se libérer, prendre des objets, et me toucher au dos, au nez, au front. Avec Ochorowicz qui est resté presque tout le temps à l'ile Roubaud, et qui avait eu à Varsovie et à Rome une trentaine de séances déjà, nous n'avons pas songé à autre chose. Nous n'avions donc pas d'autre préoccupation que celle d'empêcher une des mains d'Eusapia de nous échapper.
Eh bien ! sans nous croire plus perspicaces et plus ha biles qu'il ne convient, il nous semble que cette constante
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préoccupation, cette idée fixe doit un peu nous garantir du reproche d'avoir conclu à la légère. Il me semble qu'après trois mois d'exercice et de méditations on peut arriver à la certitude qu'on tient bien une main humaine.
Dans une expérience (la dernière, je crois) qui a été très brillante. M"'" Sidgwick tenedt la main gauche d'Eusapia, et mon savant ami, le Dr. Ch. Ségard, médecin en chef de la marine, tenait la main droite. Il avait d'ailleurs déjà assisté à plusieurs expériences. Quinze ou vingt fois dans le cours de la séance, je lui ai demandé, ainsi qu'à M""^ Sidgw^ick : « Etes-vous bien, bien sûr de tenir la main? et la même main ? » Et, sur son affirmation, • j'ajoutais : « Prenez garde, si vous vous trompez, c'est presque de la complicité ! »
Il est certain en effet qu'affirmer solennellement, résolument, sans aucune hésitation, qu'on tient la main droite d'Eusapia, cela veut dire qu'on en est vraiment sûr, et cette affrmation, portant sur un fait facile et simple, ne comporte probablement pas d'erreur.
Cela est si vrai qu'avec Ochorowicz nous avions imaginé divers appareils électriques pour remplacer ce procédé élémentaire de la main tenue dans notre main. Je fais grâce au lecteur de la description de ces divers instruments : ils étaient très ingénieux, mais ils ne m'inspiraient aucune confiance. Je crois beaucoup aux instruments précis en physique et en physiologie ; mais, quand il faut les laisser dans l'obscurité, hvrés à la fantaisie d'un médium, je n'y attache plus aucun prix. A toute l'instrumentation je préfère, et de beaucoup, simplement ma main. Car, lorsque je tiens bien solidement la main droite d'Eusapia dans ma main ou mes deux mains, je
ûr, autant qu'humainement on peut être sûr de le chose, qu'elle ne peut pas promener cette même iroite sur mes cheveux.
[S avions aussi essayé de tenir les pieds (déchaussés) os pieds (déchaussés). Mais cela est loin de donner îcurité absolue ; car la sensibilité tactile des pieds sez grossière. De même les appareils électriques [es pieds ont été finalement tout à fait abandonnés, e n'inspirant pas une confiance suffisante ; et, pour eds comme pour les mains, le meilleur procédé 1 paru être de les tenir avec nos mains. Aussi, au dans la dernière série des expériences, Tun de ;e mettait-il par terre, ayant pour unique fonction ir avec ses deux mains les deux pieds d'Eusapia. e semble que cette méthode est encore la meilleure, aut tous les appareils, et toutes les ligatures : car (pareils se détraquent ou se faussent : les nœuds )nt, et peuvent être refaits, si bien que la convic- 'est jamais complète. Au contraire, avec la main, tient la certitude, et je suis convaincu que ce proque M. llodgson trouve défectueux, est celui au- 1 aurait recours après avoir tenté d'autres mé-
1 bien posé, il est une expérience qui me paraît mentale. Elle ne réussit malheureusement pas touet il faut parfois beaucoup de patience pour obtephénomène.
'agit de tenir les deux mains du médium ; et d'être ême touché par ime main bien distincte, st clair que, lorsque je dis une main bie7i dis- , je suppose qu'on a songé à toutes les supercheossibles. Un contact vague, ce n'est pas une main ;
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la sensation d'un moignon, ou d'une paume ne suffit pas. Une main bien distincte, c'est une main nettement forméfe, dont on sent les doigts, qui est capable de pincer le bras, de tirer les cheveux ou la barbe, de faire sentir ses doigts, de donner, en un mot, une^ sensation telle qu'une main seule peut la donner ; main vivante, animée, tout à fait identique à une main humaine.
Eh bien ! cette [eocpérience, je Vai faite; et, pour ne pas parler des expériences de Rome où elle avait réussi aussi, à l'île Roubaud 4 fois elle a réussi avec moi. Une fois entre autres, je tenais d'une main les deux d'Eusapia ; je lève mon autre main en l'air, très haut ; alors cette main qui est en l'air est saisie vigoureusement par une main qui me prend deux doigts, les tire avec force, et, après les avoir tirés, me donne, sur le dos de cette même main, une tape assez forte que tout le monde entende. Malheureusement, comme je l'ai déjà dit, cette expérience essentielle, importante, fondamentale, on ne peut pas toujours Fobtenir. On ne l'obtient même que rarement, je ne sais pourquoi, de sorte que sa rareté est une cause de doute, et même de doute assez grave. Pourquoi est-il plus facile d'avoir un contact quand chaque main est tenue par une personne différente que
quand c'est la même personne qui tient les deux mains? Et cependant ce n'est pas moi seulement qui ai été
ainsi touché par une main distincte, alors que je tenais
les deux mains d'Eusapia.
Le 9 juillet, Ochorowicz est touché dans le dos par une
main bien distincte, alors qu'il tenait les deux mains
d'Eusapia.
Le 21 juillet, Lodge, tenant les deux mains d'Eusapia,
est touché distinctement par une main à l'épaule.
,. pendant que je tenais les deux mains ;uis touché par une grande main qui se a tête.
cette sorte d expérience très instructive, absolument décisive, c'est qu'il faut adlallucination tactile, ce qui me paraît abmauvaise plaisanterie de la part d'un des lui est impossible à admettre ; ou enfin, lusion à laquelle j'arrive, quelque chose rialisation d'une main vivante ; conduits en désespoir de cause, et à laquelle je )as sans douleur.
lesquels un expérimentateur A tient les
un autre expérimentateur B est touché
sont très nombreux, presque aussi pro-
Ochorowicz tient les deux mains : je suis main. Le même jour je tiens les deux micz, à genoux, tient les deux pieds, et i tête par cinq doigts distincts, je tiens les deux mains ; Ochorowicz est nient par une main (à deux reprises).
Lodge tient les deux mains ; Myers est main.
Lodge tient les deux mains. Myers est main qui presse le bras ; puis, quelque ^odge tenant toujours les deux mains, grosse mam qui le fraj^pe dans le dos. as dans lesquels un exï)érimentateur A Q d'Eusapia ; un autre B tient l'autre pendant des objets volumineux se meuice, en même temps qu'une main est net-
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tement vue ou sentie, nous en avons des exemples si nombreux qu'il me paraît, dans cette note de critique, inutile de les rapporter.
Si encore il suffisait d'un moment d'inadvertance pour expliquer le phénomène, j'admettrais bien que pendant une longue période de une ou deux heures d'expérience, il s'est produit une négligence d'un instant, que la main d'Eusapia alors a été abandonnée, et, devenant libre, a pu prendre un des objets voisins. Jfe sais parfaitement que l'attention ne peut se prolonger pendant une heure, avec tftute certitude et toute efficacité ; mais les choses ne se passent pas ainsi. Gomme l'ont fait remarquer avec raison Lodge et Myers, comme cela est évident pour toutes les personnes qui ont assisté aux expériences d'Eusapia, les phénomènes n'ont pas lieu par surprise ; on est prévenu que quelque chose va se produire par le frémissement, l'agitation et, si je puis dire, la tension vibratoire de tout le corps du médium. C'est donc à ce moment que tout naturellement on redouble d'attention, et qu'on tient le mieux les mains du médium. A moins d'être bien détestable expérimentateur, on ne va pas choisir le moment décisif, le moment de l'expérience, pour laisser la main libres
Ce n'est pas tout. Même si la main — ce que je ne crois nullement — a pu se libérer, il faut encore qu'elle revienne en place : or, le phénomène vient de se produire ; on en a été formellement averti. Pour que, à ce moment même, on soit repris par une main qu'on a quittée un instant, et qu'on ne s'aperçoive pas de cette substitution, il faut vraiment une dose de trouble ou de négligence qui me paraît un peu forte.
Même j'admettrais que j'ai commis une fois, deux
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Des photographies nombreuses (au magnésium) ont été prises, qui montrent la manière dont la table (il ne s'agit plus de la grosse table, mais d'une table plus légère, de 7 kil.) est soulevée (Planche VI) (1). Il n'y a évidemment ni crochet, ni corde, ni appareil. La seule hjpothèse, je ne dis pas vraisemblable mais discutable, c'est qu'Eusapia met un de ses pieds (le pied droit) sous le pied gauche de la table, et, faisant contrepression avec la main, obtient ainsi un soulèvement. Mais, dans nombre de photographies, cette hypothèse ne peut être admise ; par exemple, lorsque la table est soulevée quand Eusapia se tient par le côté large, ou encore lorsque ou appUque la main sur les deux genoux qu'on maintient immobiles, ou encore lorsque Eusapia est debout. En tout cas avec la grande table de 22 kil. cela est impossible, et c'est ce qui me fait considérer comme ayant une valeur prépondérante l'expérience faite avec cette lourde table.
Ce ne sont là que les principales expériences ; celles qui sont le plus communes ; il en est quantité d'autres,
(1) Outre ces photographies de lévitation de table dans l'obscurité obtenues à l'aide de l'éclair de magnésium. M. le D' Ségard a bien voulu me communiquer celle d'une lévitation de table obtenue en plein Jour^ entre 4 et 5 heures du soir, sur la terrasse de la vUle de l'île Roubaud.
Toutes ces photographies confirment celles dont j'ai déjà donné la reproduction ; dans toutes, on voit les mains et les pieds d'Eusapia, soit tenus par les contrôleurs, soit dans une portion qui ne permet pas d'agir sur la table ; mais dans presque toutes aussi, on peut constater qu'il y a un pied de la table en contact avec le bas de la robe d'Eusapia.
Les deux photographies de la planche VI, obtenues à quelques secondes d'intervaUes, mettent en évidence la mobilité des attitudes d'Eusapia en transe. .