‹ L'extériorisation de la motricité (volume 2)Chapitre 26 sur 61 · SÉANCE. — 27 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE. — 27 SEPTEMBRE

Dar.

La séance commence à 8 h. 58'.

La table, de 10 kilogrammes, est à la même place que lors de la précédente séance. Le fauteuil est derrière la table, dans l'embrasure de la fenêtre et le petit piano est sur le siège du fauteuil. Eusapia prend la même position, assise sur une chaise.

M. Sabatier tient la main droite du médium ;

M. Maxwell tient la main gauche ;

Le D' Dariex est assis par terre à la droite d'Eusapia ;

Le colonel de Rochas et son fils Charles sont à l'autre extrémité de la table et font la Max. chaîne avec M. Sabatier, Eusapia et M. Maxwell. Il y a ch.deR. une bonne lumière produite par une lampe à pétrole placée sur une table voisine.

9 heures. — Eusapia ferme les mains, serrant fortement les mains de MM. Maxwell et Sabatier, et promène vivement ses poings de gauche à droite et de droite à gauche alternativement, à O'^jlO au-dessus de la table et par conséquent sans contact avec elle. La table suit les mouvements des poings et se dirige, avec force, dans le même sens que ceux-ci.

Pendant ce temps, les deux pieds du médium sont placés : le gauche, sur le pied droit de M. Maxwell et le droit sur le pied gauche de M. Sabatier ; les jambes sont

Sab.

CoI.de a.

en contact avec celles des observateurs. D'ailleurs, il y a pleine lumière^ et Ton surveille très attentivement les membres inférieurs du médium qui ne font pas de mouvement et ne sont pas en contact avec la table. M. Dariex, assis sur le sol, se rend parfaitement compte de la position des pieds.

Eusapia prend la main droite de M. Maxwell et la porte à 0™,30 au-dessus de la table ; la table oscille et puis s'élève de ce côté. M. Maxwell presse en vain sur la table de sa main gauche pour la faire retomber; elle résiste.

9 h. 3'. — La table se soulève horizontalement des quatre pieds et reste ainsi quelques secondes. Nous observons, en pleine lumière, les quatre pieds de la table et les membre^ inférieurs d'Eusapia et ne découvrons rien de suspect. Pendant que la table est en l'air, le médium gémit et manifeste un effort pénible. La table retombe brusquement et le médium pousse un grand soupir.

9 h. 6\ — Nouvelle lévitation horizontale de la table dans les mêmes conditions, les mains du médium tenues étant situées à 0"*,10 au-dessus de la table.

A ce moment, la lampe est enlevée de la table du salon et placée sur le seuil de la porte du vestibule. Une lumière douce, mais suffisante pour distinguer les figures et les mains, pénètre dans le salon. Le contrôle reste le même, les mains étant tenues par M. Sabatier à droite et Maxwell à gauche, les pieds étant posés, le droit sur le pied gauche de M. Sabatier, le pied gauche sur le pied droit de M. Maxwell.

Trois coups sont frappés dans le bahut placé derrière M. Maxwell et séparé d'Eusapia i)ar ce dernier. A cha-

^v^^mf^^t^f^^

EXPÉRIENCES DE l'agnélas, 1895 28.7

que coup correspond un léger mouvement synchrone de la main gauche bien tenue par M. Maxwell.

M. Maxwell sent de légers attouchements sur le flanc droit. Ces attouchements se renouvellent.

On diminue la quantité de lumière en rétrécissant l'ouverture de la porte qui n'a plus que 0'",25 ; mais la lampe étant sur le seuil de la porte, la lumière permet de distinguer les silhouettes des objets, les figures et les mains. Le contrôle des mains restant le même, le D"^ Dariex, assis par terre, surveille les pieds et contribue au contrôle des membres inférieurs.

Eusapia se lève debout et, avec elle, MM. Maxwell et Sabatier qui tiennent toujours les mains.

A ce moment, la table, à la surface de laquelle se trouvent appliquées les mains tenues d'Eusapia, se soulève d'abord du côté d'Eusapia, puis horizontalement des quatre pieds et atteint ainsi environ O'^jOO au-dessus du sol. A ce nàoment, MM. Sabatier et de Rochas appuient fortement sur la table pour la faire tomber, mais en vain ; elle ne retombe que quelques secondes après. Le D'^ Dariex, qui a regardé les pieds du médium, n'a rien vu de suspect.

Tout le monde se rassied. Le contrôle restant le même, Eusapia, de la main gauche tenue par M. Maxwell, mime des coups à 30 centimètres au-dessus de la table ; ces coups sont simultanément entendus dans la table d'une manière très forte. Puis elle dirige cette même main, tenue par M. Maxwell vers le rideau derrière elle, mais sans atteindre le fauteuil caché dans l'embrasure ; aussitôt on entend ce fauteuil se mouvoir en semblant suivre les mouvements d,e la main, comme si cette main était un aimant. Contrôle parfait.

288 PRKMIÈRp PARTIE

9 h. 15'. — Eusapia, qui avait gardé ses souliers, les quitte à ce moment. Elle i^lace chacun de ses pieds sur le pied voisin de Tun des deux observateurs qui tiennent les mains. Elle dégage ses mains et prend la main droite de M. Maxwell et la frotte entre les siennes. Puis, de sa main gauche, elle fait faire à la main droite de M. Maxvs^ell les mêmes mouvements que précédemment, et les mouvements du fauteuil se reproduisent. M. Maxwell ne sent aucun effort, aucune résistance. M. Sabatier avait repris la main droite d'Eusapia dans sa main gauche et sa main droite était placée sur les deux genoux d'Eusapia, de manière à s'assurer que les membres inférieurs restaient immobiles. En outre, M. Sabatier voit bien la main droite d'Eusapia sur la table et est sûr qu'elle n'est pas rapprochée de la gauche. Les mouvements du fauteuil jettent le piano par terre ; il est remis sur le fauteuil par le D'Dariex.

9 h. 20'. — Eusapia frotte vigoureusement la main de M. Maxwell entre ses deux mains et le fauteuil se précipite contre la table.

Eusapia reprend les mains des deux observateurs, Sabatier et Maxwell, avec les siennes. Elle met ses deux pieds sur les pieds de M. Maxwell. Ce dernier contrôle est déclaré insuffisant par M. Mavwell.

9 h. 25'. — Sur la demande du médium, la lampe est enlevée du seuil de la porte, de sorte que la lumière devient très faible et l'obscurité presque complète. Les mains sont tenues : la droite, par M. Sabatier, la gauche, par M. Maxwell. L'un et l'autre sont sûrs du contrôle à ce moment. La main droite de M. Sabatier, placée sur les deux cuisses d'Eusapia, en contrôle les mouvements. La tête du médium est appuyée sur M. Maxwell. La chaise sur laquelle est assis M. Sabatier

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décrit brusquement un arc horizontal de 45" qui a iailli jeter M. Sabatier par terre M. Sabatier est pincé dans le dos.

9 h. 30'. — M. Sabatier est touché trois fois et tiré trois fois violemment par le pan gauche de sa jaquette. A ces contacts correspondent des mouvements synchrones du pied gauche tenu sous la table par M. de Rochas. Le contrôle de la main gauche est déclaré parfait par M. Maxwell. M. Sabatier tient la main droite de sa main gauche et les deux genoux de l'autre main. M. Sabatier est frôlé à la tête sur l'occiput, trois fois €onmie par une main. La chaise de M. Sabatier est encore fortement tirée, puis le rideau est lancé très violemment au-dessus de la table et des observateurs. On apporte alors la lumière pour se rendre compte des positions et vérifier le contrôle. Rien de suspect n'est remarqué.

9 h. 40'. — A ce moment, M. de Gramout remplace, 4lans la chaîne, le colonel de Rochas et se place entre MM. Charles de Rochas et Maxwell. M . Sabatier tient la main droite ; M. Maxwell, la main gauche. Le D"^ Dariex, assis sur un petit tabouret, à droite de M. Sabatier, tient les pieds du médium avec les mains ; M. Sabatier a, en outre, la main droite appuyée sur les cuisses du médium.

Le rideau se soulève et couvre M. Maxwell. Un plat rempli d'argile molle est placé par les observateurs sur la table dans le but de recueiUir des empreintes, s'il y a lieu.

On entend des bruits répétés frappés sur la table. M. Maxwell est touché onze fois de suite sur le sommet de la tête. Les coups sont reproduits synchroniquement

parle pied gauche du médium. La figure de M. Maxwell était contre ceUe d'Eusapia qui s'était penchée sur lui. La chaise sur laquelle est assis M. Sabatier est arrachée violemment et renversée ; M. Sabatier tombe à demi couché par terre.

Le contrôle est excellent et aucun des membres du médium ni sa tête n'ont fait un mouvement suffisant pour produire un tel effet. M. Sabatier tenait bien la main droite, M. Maxwell la main gauche. La main droite de M. Sabatier reposait sur les deux cuisses du médium.

9 h. 50'. — La chaise de M. Sabatier se relève, va se poser sur la tôté de M. Sabatier demi-couché sur le sol, puis va se placer à cheval sur le bras de M. Sabatier.

A ce moment, M. Edouard de Rochas remplace M. Charles de Rochas dans la chaîne.

Les pieds et les mains étant tenus comme précédemment, le piano quitte le fauteuil placé derrière Eusapia et vient tomber sur la table.

Pour venir sur la table, le piano a passé entre Eusapia et M. Maxwell qui est placé de manière à en distinguer la silhouette. Celui-ci en a vu assez bien la forme pour remarquer qu'il se mouvait comme s'il eût été fermement tenu, la face inférieure étant à peu près horizontale. 11 n'avait certainement pas l'apparence d'un objet mû par une ficelle ou par un fil de fer, car il n'eût pas gardé ainsi son équilibre. Le mouvement d'apport n'a pas été très rapide. Le piano émet deux notes accompagnées de mouvements synchrones des pieds d'Eusapia. Le clavier blanc est vu par M. Maxwell qui ne remarque pas de corps étranger passant au-dessus de lui.

EXPÉRIEIVCES DE l'aG?îÉLAS, 1895 291

A ce moment, Eusapia recommande de regarder le piano. Ce dernier se rapproche de M. Sabatier, il bondit à deux reprises et retombe sur la table. M. Sabatier voit les mouvements du i)iano. Le piano s'élève, frôle la figure de M. Sabatier. M. Sabatier n'a rien vu qui altérât ou masquât la blancheur des touches.

Eusapia fait des mouvements de la main tenue par M. Maxwell à 0'",20 au-dessus du piano, comme si elle voulait frapper sur les touches. Celles-ci rendent des sons synchrones à ces mouvements.

10 h. 5'. — Des contacts analogues à ceux d'une main sont sentis aux diverses régions du corps par MM. Maxwell, de Gramont, Dariex.

10 h. 10'. — Eusapia dit de regarder le piano. Le piano rebondit deux fois sur la table, va se poser audessus de la tête de M. Sabatier et donne quelques notes. M. Sabatier tient la main droite, M. Maxwell la gauche.

M. Sabatier déclare, à ce moment, que depuis quelques moments déjà, il observe dans les mains du médium des mouvements et des changements de situation qui l'obhgent à faire des réserves sur la garantie du contrôle des mains. Il s'expliquera après la séance.

Le plat rempli d'argile va se poser sur la tête de M. Maxwell. Le plat tombe et se casse. M. Sabatier continue à trouver le contrôle des mains insuffisant.

10 h. 15'. — Eusapia annonce qu'elle va former une tête. Elle dit : « Regardez, vous allez voir la tête. » M. Maxwell regarde. Il tenait la main gauche d'Eusapia, qui appuyait sa tête sur la sienne. Il a alors vu àO",10 de sa figure une silhouette noire qui se profilait sur la partie de la muraille du salon placée en face

de lui, et qu'éclairait la bande de lumière qui passait dans la fente de la porte. C'était une silhouette nettement découpée en haut, se perdant en bas et pouvant rappeler la silhouette d'un crâne avec une saillie recourbée ressemblant à des cheveux frisés. C'était comme une ombre sur une muraille. Cette forme s'est déplacée à droite ; puis, après un repos, est revenue à gauche, avec un mouvement très rapide. M. Maxwell seul a vu cette forme.

M. Maxwell, invité encore par Eusapia à regarder, a eu la sensation visuelle d'un avant-bras et d'une main. Il a vu se profilant sur la bande de la muraille éclairée par la fente de la porte en face de lui une main et un bras qui étaient au-dessus de la tête de M. Sabatier. Ils lui ont paru, à diverses reprises, s'abaisser et se relever comme pour toucher la tôte de M. Sabatier, qui a accusé à ce moment divers attouchements. L'avant-bras lui a paru long et mince. Il n'en a pas vu la continuité avec le bras, car il se perdait dans l'ombre, à l'endroit où aurait pu être le coude. Aucun dés autres observateurs n'a observé le fait ; mais il convient de dire que M. Maxwell seul, par sa position, pouvait saisir la silhouette sur un fond éclairé.

10 h. 20'. — M. de Gramont s'assied sur le petit tabouret entre M. Sabatier et Eusapia. 11 se charge de surveiller les pieds et les tient tout le temps entre ses deux jambes croisées, tandis qu'une de ses mains est sur les deux pieds réunis d'Eusapia et l'autre sur ses deux genoux. Le contrôle des membres inférieurs est ainsi bien assuré. En outre, Eusapia appuie sa tête sur celle de M. de Gramont. La tête de M. de Gramont

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appuie sur le bras droit d'Eusapia et aide au contrôle.

Pendant tout le temps de cette surveillance, M. de Gramont a bien observé que chaque manifestation produite par le médium est immédiatement précédée ou accompagnée d'un mouvement corrélatif du pied ou de la jambe tout entière du côté où le phénomène va se produire ou se produit. Ce mouvement est accompagné d'un effort musculaire violent, révélé par le durcissement des muscles, mais il n'a qu'une amplitude très faible et tout à fait hors de proportion avec l'effet produit. M. de Gramont s'est assuré d'ailleurs que le mouvement, ou plutôt l'effort du membre, n'avait aucune relation possible de contact ou de lien supposé, soit avec l'objet déplacé, soit avec la personne touchée, soit avec le corps frappé. Eusapia agite la jambe ou le pied gauche ; on y sent une contraction musculaire, et, en même temps, le fauteuil placé derrière le rideau et derrière eUe se déplace synchroniquement, à plusieurs reprises, derrière le rideau, comme s'il avait été mécaniquement solidaire de ce pied gauche tenu dans la main droite de M. de Gramont, qui s'assure bien de l'indépendance absolue du membre du médium, de tout lien ou de tout contact avec le fauteuil. Le contrôle des pieds et de la tête ainsi assuré, et le contrôle des mains restant ce qu'il était (c'est-à-dire peu satisfaisant à cause de leurs déplacements fréquents déjà signalés par M. Sabatier), des coups violents retentissent dans la table, accompagnés de mouvements synchrones de la jambe gauche. Plusieurs assistants éprouvent des contacts de mains. Le fauteuil s'agite. Le rideau est projeté sur la table.

10 h. 35'. — Le contrôle restant le même, une as-

te pleine de farine, placée sur la table, se déplace, blanchir la barbe de M. Sabatier et toucher la tête de de Grnmont. M. Maxwell a aperçu la silhouette blanitre de Tassiette de farine qui, après être restée quelîs temps sous son menton, a été transportée dans la ection de M. Sabatier. Elle a passé devant Eusapia, is entre celle-ci et M. Sabatier; ensuite il l'a perdue de B. Il ne la voyait pas quand elle était sous son men- I, mais Ta bien aperçue pendant qu'elle se mouvait. Si. Sabatier continue à trouver le contrôle des mains i satisfaisant. Il s'expliquera plus tard. 10 h. 50'. — MM. de Gramont, Sabatier, de Rochas it successivement touchés à la tête, à l'épaule, dans ios, au bras. A ce moment, M. Dariex, fatigué, quitte séance.

M. Maxwell cède sa place,

à gauche d'Eusapia, à M. Ed.

E.i.deR ^^ Rochas. M. de Gramont

abandonne sa situation de con- ^^^^^. trôle des jambes d'Eusapia et

passe à droite, remplaçant

M. Sabatier. M. Ed. de Rochas nt la main gauche d'Eusapia et M. de Gramont la [lin droite.

Eusapia demande que la table soit éloignée de la lêtre et portée vers le milieu du salon. Les mains nt contrôlées comme ci-dessus; les pieds d'Eusapia posent, le droit sur le pied gauciie de M. de Gramont, gauche, sur le pied droit de M. Ed. de Rochas Ce ntrôle des pieds est évidemment insuffisant, Eusapia dit à plusieurs reprises « Altare, Altare, » 3st-à-dire « S'élever, S'élever », pour indiquer qu'elle

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va s'efforcer de s'élever. Elle fait répéter à MM. de Gramont et Ed. de Rochas, qui tiennent ses deux mains, le mouvement (Taccoînpagner des mains en l'air, mais sans opérer de traction ou de résistance notable. Au bout de quelques minutes, et dans une obscurité à peu près complète, qui permet à grand'peine de distinguer les silhouettes, Eusapia, sans prendre de point d'appui sur les mains des observateurs qui suivent simplement les siennes, ni sur les pieds des mêmes observateurs sur lesquels reposaient les siens, a paru à M. de Gramont, qui tenait la main droite, être enlevée, assise j d'un mouvement continu assez rapide, non par un bond ou saut appréciable, mais plutôt comme par un ascenseur. La chaise s'élève avec elle, et les pieds d'Eusapia parviennent à peu près h hauteur de la table. Les observateurs se lèvent en même temps pour suivre le mouvement. A partir de ce moment, elle échappe au contrôle des deux observateurs, les mains étant lâchées. M. Sabatier, placé à droite de M. de Gramont, cherche à se rendre compte par le toucher, dans l'obscurité, si Eusapia, pendant qu'elle s'élève, place un genou sur la table pour lui servir de levier ; mais il n'a rien pu constater nettement. MM. de Gramont et Ed. de Rochas affirment qu'Eusapia a été soulevée avec sa chaise, un peu moins haut que la table, sans opérer de pression sur eux et sans prendre point d'appui sur leurs mains ou leurs pieds.

La surprise causée par ce phénomène extraordinaire permet seulement de constater qu'Eusapia se trouve debout avec sa chaise sur la table.

EUe essaie de s'élever encore verticalement. M. Sabatier passe rapidement la main sous la plante des pieds

d'Eusapia, et constate que les talons sont relevés audessus de la table, mais qu'Eusapia s'appuie sur Textrémité des pieds et des orteils, comme on le fait lorsqu'on se hausse sur le bout des pieds.

Eusapia s'affaisse alors ; ses voisins la reçoivent dan& leurs bras et l'asseyent à tenv.

Le récit de cette seconde séance mérite quelques explications, que nous avon^ déjà fait pressentir.

Il faut noter, en effet, que le contrôle, qui a été suffisant parfois, ne l'a certes pas été toujours. Le contrôle des pieds et des membres inférieurs a laissé à désirer toutes les fois qu'il se bornait à ceci, que les pieds d'Eusapia reposaient chacun sur un pied de l'un des observateurs plaies à côté d'elle pour lui tenir les mains.

Il ne faudrait pas cependant conclure de là que tou^ les phénomènes qui ont été produits pendant que ce contrôle des membres inférieurs était défectueux doivent être considérés comme entachés de fraude.

Il en est un certain nombre, en effet, qui n'auraient pu être produits par les pieds du médium, quelque liberj;é qu'on leur eût laissée. Mais on est en droit de prétendre que parmi ces phénomènes il a pu y en avoir d'entachés de supercherie, à côté d'autres qui étaient sincères.

D'autre part, le contrôle des mains a beaucoup laissé à désirer pendant une partie notable de la séance, et en particuher à partir du moment où l'obscurité a été assez complète pour qu'on distinguât difficilement les mains. M. Sabatier, qui tenait la main droite, a été particulièrement frappé de ce fait : 1" (pi'Eusapia lui refusait de laisser saisir cette main droite à pleine main ; 2° qu'elle

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gauche. M. Salmticr a suivi

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et et

ces mouvements. Ces manœuvres l'ont porté à penser, en ce moment, qu'Eusapia pouvait bien agir ainsi dans le but de remplacer la main gauche, tenue par M. Maxwell, par l'extrémité des doigts de la main droite, de manière à libérer la main gauche et à lui permettre d'agir dans les mouvements du piano, du plat d'argile, de l'assiette de farine, des attouchements (1), etc.

Néanmoins cette supercherie ne suffirait pas à tout expliquer, parce qu'avec sa main gauche le médium ne pouvait, sans un déplacement très considérable de tout son corps y déplacement qui eut été remarqué, aller tirer le bas de l'habit de M. Sabatier placé à droite, ni déplacer la chaise de M. Sabatier située à droite et l'arracher de dessous lui, etc. On peut encore ici, comme précédemment, penser qu'il y a eu là un mélange de faits sincères et de faits frauduleux.

On peut admettre, en effet, comme nous l'avons indiqué plus haut, que le médium voulant produire un effet et ayant à sa disposition deux moyens : l'un facile et n'exigeant que de l'habileté et de la ruse, et l'autre pénible, coûteux et douloureux, est tenté de choisir, consciemment ou mé7ne inconsciemment, celui qui lui coûte le moins.

(1) La planche de la p. 297, qui représente cinq positions successives de la main du contrôlé et des contrôleurs, montre suffisamment comment le premier peut, grâce à l'obscurité et à une série de mouvements habilement combinés, laisser croire au contrôleur de droite qu'il sent encore la main droite du sujet sur la sienne, tandis qu'il ne sent que la main gauche du sujet toujours tenue par le contrôleur de gauche ; cette main droite, devenue libre, peut produire alors un certain nombre d'effets à sa portée mais ne peut produire que ceux-là.

EXPÉRiEiscEs DE l'agnélas, 1895 299

Néanmoins le résultat général de cette séance a été pour nous bien moins affirmatif et moins satisfaisant que celui de la précédente où le contrôle s'était bien exercé ; et la Commission s'est promis de se montrer plus exigeante dans la séance suivante.

6« Séance (1). — 28 Septembre 1895

Cette séance a eu lieu à 8 heures et demie dans le même local que précédemment. Mêmes observateurs sauf M. Maxwell qui avait dû partir.

Eusapia a été prévenue que, tout en ne la soupçonnant pas de fraude, nous désirions un contrôle plus sévère qu'à la séance précédente, et que nous tenions à agir autant que possible avec une lumière suffisante. Son état moral paraît excellent ; elle s'est familiarisée avec ses observateurs ; elle promet de faire tout ce qui dépendra d'elle, et nous autorise à contrôler aussi rigoureusement que nous le désirerions.

On voit qu'il y a en eUe de l'entrain, du bon vouloir et un grand désir de succès. Déjà, avant le dîner, à 6 heures, sans transe, à l'état naturel, sur la table même où brille une lampe à pétrole^ elle nous a rendus témoins de faits frappants dont nous réservons le récit pour la dernière partie de ce mémoire.

Eusapia se place à l'extrémité de la table du côté de la fenêtre. Pour assurer le contrôle et démontrer que ses

(1) Cette séance a été précédée d'une cinquième plus courte à 6 heures du soir environ, dont il sera parlé plus tard.

mains ne saisissent pas la table pour l'agiter ou la soulever, elle demande deux verres remplis d'eau, qu'on place sur la table. Une lampe à pétrole, placée sur la grande table, à 2"*, 50 de distance environ, avec abatjour de mousseline blanche transparente, brille de tout son éclat, et nous observons en pleine lumière. Eusapia plonge chacune de ses mains dans un verre rempli d'eau (1). Le colonel de Rochas place et maintient sa main sur les genoux d'Eusapia, et par conséquent entre ses genoux et la table, pour constater que ni jambes ni genoux n'exercent aucune pression de bas en haut sur la table. La lumière étant très belle, MM. Sabatier et de Gramont surveillent les pieds d'Eusapia et constatent qu'ils n'ont aucun contact avec les pieds de la table et qu'ils ne sont pas mis en mouvement.

Eusapia, exerçant sur les parois internes des verres une pression excentrique qui les fixe aux mains, porte les verres, renfermant ainsi les mains, au-dessus de la table et même en dehors du périmètre de la table, sans aucun contact avec elle. Elle porte les mains tantôt à droite, tantôt à gauche. La table exécute des mouvements latéraux correspondants, en suivant les mains. Des coups sont frappés dans la table.

Les mains, placées dans les verres, sont portées audessus de la table sans aucun contact avec elle ; M. de Watteville saisit les genoux avec les mains ; les pieds sont vus par les observateurs. La table est enlevée horizontalement à 0"',25 de hauteur suivant le mouvement

(Il Elle voulait d'abord essayer de soulever la table, en soulevant simplement ses mains plongées dans l'eau des verres qui auraient suivi, entraînant la table; mais elle ne put y parvenir bien qu*elle eût, disait-elle, produit ce phénomène en Italie.

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des mains d'Eusapia qui s'élèvent. Elle reste ainsi quelques secondes, et puis retombe brusquement. De nouveau, dans les mêmes conditions du contrôle, la table est élevée à 0'",30 environ.

Jusque-là, les observations se sont faites en pleine lumière.

9 h. 30'. — La lampe est emportée hors du salon ; mais à travers la porte, pénètre une lumière suffisante pour distinguer les objets. Les mains sont toujours dans les verres, dont l'eau n'a pas été renversée tant Eusapia maintient ses mains dans une position constante et verticale, position qui ne leur i)ermet pas d'agir par la préhension.

M. Sabatier se couche sous la table, sur le dos, et saisit entre les mains et les bras, très fermement, les pieds et les jambes d'Eusapia Los mains d'Eusapia, renfermées dans les verres, sont maintenues hors du contact de la table,ce que lalumière permet fort bien de constater. Sur un mouvement de ces mains, la table est renversée et tombe sur les jambes de M. Sabatier. A ce moment, le médium abandonne les verres, et les mains sont saisies l'une à droite, par le colonel de Rochas, Vautre, à gauche, i)ar M. de Watteville. Chacun de ces observateurs s'applique à tenir solidement et exactement la main qui lui correspond, et la saisit par le poignet et la main qu'il embrasse. M. Sabatier, couché sous la table qui a été redressée, tient fermement les deux membres inférieurs. Eusapia est vêtue d'une robe noire très simple, d'un corsage clair et n'a pas de corset. Avant la séance, M"*" de Rochas a assisté à sa toilette de séance (car elle s'allège pour la circonstance) et M"'' de Rochas a constaté, avec grand soin Qti très minutieusemeritj qu'il nV a sur elle aucun

moyen de fraude et de supercherie, ni rien d'étranger à son costume. En outre, M. Sabatier, avant le début de la séance, a palpé très librement le médium dans presque (1) toute Vétendne du tronc et des membres, et n'a rien constaté de suspect. Cette inspection avait lieu lors des précédentes séances, mais dans le cas actuel, eUe a été exercée avec une rigueur et une liberté encore plus complètes, si possible, Eusapia l'ayant d'ailleurs sollicitée.

Sur la demande du médium, la lampe est emportée dans le vestibule, la porte en est fermée et l'obscurité est complète. Eusapia appuie sa tête sur le coude du colonel de Rochas, qui peut, parla, en contrôler les mouvements. Elle promène en tâtonnant sa main droite tenue par la main gauche de M. de Rochas, sur le bras droit de M. de Rochas ; la main gauche est maintenue immobile sur la table par M. de WatteviUe. Pendant qu'Eusapia tâtonne elle dit en italien : Je cherche, je cherche, » puis : « J'ai trouvé. » Elle s'agite et gémit beaucoup. Au bout de quelques instants, on entend, sur la table, un coup très violent, qui retentit très fort sur la tête de M. Sabatier, placé sous la table. Les membres inférieurs d'Eusapia enlacés par M. Sabatier sont restés immobiles.

On apporte la lampe, et l'on trouve, au milieu de la table, un caillou assez volumineux pesant 500 grammes. C'est un calcaire compact, mamelonné d'une part, cassure

(1) M. Sabatier dit presque parce que, naturellement, il a hésité à porter la main dans certaines parties, comme l'intervaUe des seins, on un objet aurait pu, U la rigueur être caché ; mais il faut remarquer qu'Eusapia n'avait pas de corset et que M"® de Rochas l'avait soigneusement examinée, partout, pendant qu'elle s'heibillait.

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deTautre, semblable à ceux qui se trouvent dans les moraines sur lesquelles est bâtie l'habitation de rAgnélas(l).

Après constatation, la lampe est emportée, mais la porte reste assez largement entrebâillée pour que les objets puissent être nettement distingués, hdi figure et les mains du médium sont toujours parfaitement observables et le resteront jusqu'à la fin de la séance. Le contrôle de la vue s'ajoute ainsi à celui du toucher. Quant aux membres inférieurs, ils sont maintenant tenus par M. de Watteville, qui les saisit avec les mains ; M. de Watteville est remplacé par M. Sabatier à la main droite du médium.

Le fauteuil, placé derrière Eusapia, à 1 mètre de distance au moins (car la table a été portée plus vers le miheu du salon que précédemment), se soulève plusieurs fois et frappe vivement le parquet en retombant ; la lumière est suffisante pour que les mouvements du fauteuil soient bien vus ; les mains sont vues et bien tenues ; les pieds sont bien tenus ; la tête est bien vue et immobile.

Sur un geste de la main droite du médium tenue par M. de Rochas, le fauteuil se soulève et bondit encore violemment. A ce moment, sur la demande du médium, M. Sabatier abandonne le contact de la main droite et se place à droite de M. de Rociias qui prend la main droite du médium. M. Sabatier relève la jambe droite du médium sur son genou, et en saisit le pied de la main droite, M. de Watteville tient la main gauche du médium de sa main droite, et la jambe gauche du médium de la main gauche. Le contrôle est parfait : car les mains sont tenues et vues, la tète est vue,

(1) M. Dariex, qui était fatigué, s'est retiré, après la chute du caiUou, pour aUer se reposer.

Le fauteuil se soulève ; il frappe, h plusieurs reprises, h ois coups sur le parquet.

9 h. 40'. — Eusapia demande qu'on fasse la chaîne pour lui donner de la force. M. Charles de Rochas se place entre MM. Sabatier et de Watteville, et la chaîne se fait. Le pied droit d'Eusapiaest tenu et vu par M. Sabatier, le gauche est bien tenu par M. Watteville.

Le fauteuil se soulève sur deux pieds et s'incline. M. de Watteville est touché. Eusapia s'incline alors à droite et en avant, vers M. Sabatier, c'est-à-dire du côté opposé au fauteuil, et le prévient qu'elle va lui tirer doucement les cheveux, et que, pendant ce temps, le fauteuil, placé à un inètre environ, avancera lentement de son côté. Cela se réalise parfaitement. Puis elle repousse la tête de M. Sabatier, et le fauteuil recule et «'éloigne. La lumière est suffisante pour que les bras et les deux mains du médium soient nettement vus de tous, sur la tête de M. Sabatier. Le pied droit est tenu comme précédemment par M. Sabatier, et le gauche, ])ar M. de Watteville.

Eusapia, les mains et les pieds tenus comme ci-dessus, [)révient qu'elle va tirer la clé du bahut placé à sa gau- <'he et trop éloigné d'elle pour (jue, sans se pencher très fortement, elle puisse l'atteindre soit avec les mains soit avec les pieds. D'ailleurs, M. de Watteville est placé entre le médium et le bahut, si bien que le médium ne saurait atteindre le bahut qu'en passant à côté de M. de Watteville ou même en le poussant. En outre, la lumière est suffisante pour qu'on puisse voir nettement si Eusapia dirige un de ses membres vers le bahut. Aussitôt on entend grincer distinctement la clé dans la serrure, mais la clé, mal engagée, refuse de

HpiipilAi.?*^

EXPÉRIENCES DE l'agnélas, 1895 305

sortir. Eusapia prend d'une main le poignet gauche de M. Sabatier et des doigts de Tautre main lui entoure l'index. Elle produit autour de ce doigt des mouvements alternatifs de rotation auxquels correspondent des grincements synchrones de la clé tournant tantôt dans un sens, tantôt en sens contraire.

9 h. 45'. — M""' de Rochas entre dans la chaîne entre M. de Rx)chas et M. Sabatier. Le contrôle reste le même : le pied droit tenu par M. Sabatier, le gauche par M. de WatteviUe. Eusapia se frappe les mains devenues libres, en l'air, au-dessus de la table ; ses mains sont vues de tous. Le fauteuil frappe des coups synchrones avec la mimique des mains. Elle frappe des mains et le fauteuil accompagne fidèlement de ses bonds et de ses coups les mouvements des mains. Les mains sont bien vues de tous, les pieds sont bien tenus et même vus : le contrôle est déclaré excellent par tous les observateurs.

Eusapia, saisissant de ses deux mains la main de M. Sabatier qui est assis à droite, fait des gestes saccadés de va-et-vient, comme pour ouvrir la porte du bahut située à gauche, à un mètre de distance environ, et derrière M. de WatteviUe. Aussitôt la porte du bahut s'agite et produit des sons saccadés et tumultueux comme ceux d'une porte qu'on s'efforce d'ouvrir, mais qui résiste, la serrure n'étant pas ouverte.

A ce moment, M. de WatteviUe demande s'il n'y a pas heu de dégager directement la clé du bahut, que les efforts d'Eusapia n'ont pu que faire tourner, sans l'ouvrir. Sur avis conforme des observateurs, M. de WatteviUe tourne la clé, ce qui rend libre la porte du bahut. Alors, sur un noueva geste d'Eusapia, la porte s'ouvre. Eusapia, s'inclinant vers M. Sabatier, placé à sa droite,

met chacune de ses mains sur la joue correspondante de M. Sabatier. Les pieds sont toujours bien tenus, le droit par M. Sabatier, le gauche par M. de Watteville. Ëusapia frappe des deux mains en cadence les joues de M. Sabatier : la porte de l'armoire s'ouvre et se ferme alternativement en cadence. Un coup sur les joues l'ouvre, le coup suivant la ferme. Les mains sont parfaitement vues et senties ; les mouvements de la porte sont également vus et entendus, car la porte vient frapper en s'ouvrant contre le chaise de M. de Watteville, assis devant le bahut, (entre le bahut et Eusapia), et en se fermant contre la bahut lui-môme. Les mouvements de la porte sont proportionnés comme vivacité aux mouvements des mains Après un certain nombre de coups ainsi portés, Eusapia pousse vivement la tête de M. Sabatier vers le baliut ; la porte se ferme avec violence.

Avant que tous ces phénomènes se produisissent, Eusapia les avait clairement annoncés ; aussi les observateurs sont-ils très en éveil, et le contrôle très rigoureusement observé. Les pieds sont tenus et vus, la tête l'est également ; les mains sont senties et vues par M. Sabatier, et vues par tous les observateurs. Il fut, en outre, constaté, après la séance, qu'Eusapia, de la place où elle était, ne pouvait atteindre la porte et la clé du bahut avec les pieds. D'ailleurs, la présence de M. de Watteville entre elle et le bahut, aurait fort contrarié des mouvements de cette sorte. Les mains appliquées sur les joues de M. Sabatier ne sauraient être mises en cause. En outre il est bien constaté qu'il n'y a entre Eusapia et ce bahut, ni lien, ni levier, ni les deux ficelles nécessaires pour produire ce mouvement alternatif , ni aucun moyen

EXPÉRIENCES DE l'aGXÉLAS, 1895 307

direct de transmission. D'ailleurs, on avait, au cours des expériences, changé de place et circulé entre Eusapia et le bahut, ce qui aurait dérangé le truc, s'il avait existé. A aucun moment des expériences, Eusapia n'a été vue en situation ou en action pour placer des moyens matériels de communication entre elle et le bahut et sa clé. Il est bon de répéter que les expériences se faisaient à une lumière suffisante pour que les mouvements des personnes et des objets fussent dislincieinenl vus et constatés.

L'impression laissée par cette séance sur les observateurs a été excellente, car elle s'est passée presque tout entière soit en pleine lumière, soit à une lumière suffisante pour qu'on pût suivre les mouvements d'Eusapia et des objets sur lesquels elle agissait. En effet, les mains d'Eusapia ont toujours été vues directement et distinctement ; il en est résulté que toute supercherie et tout soupçon de supercherie de cet ordre ont été absolument supprimés et rendus impossibles. Néanmoins, le médium a agité parfois ses mains, et a cherché à les rapprocher et à exécuter des mouvements semblables à ceux qui, dans la séance précédente, 7iou^ avaient fait penser à des 7na^ nœuvres frauduleuses.

• Ces mouvements peuvent donner lieu à deux explications différentes : ou bien ils pourraient être des tentatives de fraude ou de supercherie dont le médium a pris l'habitude et qu'il exécute aujourd'hui inconsciemment, alors même que les circonstances, la lumière par exemple, s'opposent à ce qu'il puisse en tirer profit ; ou bien ce sont des mouvements innocents et sans but de fraude ou de supercherie, que l'état de transe, de souffrance et d'effort provoque involontairement chez

le médium, mouvements qui sont pour lui comme un soulagement physiologique et non une tentative coupable.

La séance en question a eu encore un avantage signalé^ c'est qu'elle a été remplie par des phénomènes très variés, portant sur des objets divers situés dans des directions très différentes autour du médium. Il est évident, en effet, que pour établir un truquage capable de les expliquer tous, il faudrait une combinaison de procédés très variés et une machinerie très compliquée et très multipliée qui eût bien difficilement échappé à l'attention très éveillée de la Commission.

Quant au seul fait qui ait été produit dans l'obscurité, c'est-à-dire l'apport du caillou de 500 grammes sur la table, la Commission fait expressément ses réserves, quoiqu'elle n'ait absolument rien constaté de suspect, et qui lui permette d'incriminer une supercherie bien définie.

Trois suppositions sont possibles :

1® Ou bien le caillou a été caché sur elle par Eusapia, et a été habilement jeté par elle sur la table. Mais l'examen attentif d'Eusapia, fait par M™*' de Rochas, pendant qu'elle s'habillait, l'examen fait avant la séance par M. Sabatier par un palper très libre, n'ont rien révélé ; or, un caillou gros comme le poing et pesant 500 grammes n'est pas facile à dissimuler ; cependant cette dissimulation est possible. Reste encore néanmoins à expliquer comment Eusapia a pu saisir le caillou et le projeter sur la table sans que les personnes qui lui tenaient les mains s'en soient aperçues. — Toutefois, il faut insister sur ce point qu'Eusapia a exécuté des mouvements de tâtonnement avec la main tenue par M. de Rochas, et quel'obs-

BxpÉRiENCBs DE l'agnélas, 1895 309

€urité complète a pu en masquer le but et les résultats ; mais il est difficile de comprendre comment ces tâtonnements, exécutés sur le bras droit de M. de Rochas, le plus éloigné du corps d'Eusapia, auraient pu permettre à celle-ci de saisir une grosse pierre dissimulée dans ses vêtements.

2° Ou bien le caillou a été apporté du dehors pendant l'expérience et en vertu d'une force propre d'Eusapia. La Commission ne nie rien à cet égard, mais elle attend que la possibilité d'un fait aussi extraordinaire soit mieux établie, pour se former une opinion.

3** Enfin, Eusapîa pourrait avoir, dans la journée, ap- I)orté le caillou dans le salon, et l'avoir attiré sur la table par la puissance de ce même agent qui lui permettait de soulever les tables, les meubles, etc.

Ce serait peut-être là l'explication la plus rationnelle. Mais la Commission se borne à enregistrer le fait sans l'apprécier, attendant de nouvelles expériences pour sortir d'une réserve qu'elle croit sage et légitime.

"Quant aux autres phénomènes, et particulièrement aux mouvements imprimés à la table pendant que les mains d'Eusapia étaient plongées dans des verres remplis d'eau situés en dehors de tout contact avec la table, les faits relatifs à la clé et à l'ouverture du bahut, tous les observateurs présents les considèrent comme parfaitement authentiques, n'ayant pu découvrir ni imaginer aucune supercherie dans leur production.

D'ailleurs ces faits, qui établissent (en dehors de toute explication et de toute théorie) qvCEicsapia peut agir sur les coi^s matériels à distance et sans aucun contact, trouvent une confirmation nouvelle dans

une série de faits qui se sont produits le même jour et dont le contrôle a été aussi parfait que puisse l'être le contrôle résultant de la vue claire et directe d'un fait expérimental Voici le récit rigoureusement exact de cesfaits, tel qu'il a été noté séance tenante.

5"** Séance — 28 septembre, a 6 heures du soir.

Sur la table du salon, de 1 mètre de longueur environ, lourde et bien calée, est placée, rers l'une des extrémités, une forte lampe à pétrole donnant une belle lumière et munie d'un abat-jour en mousseline blanche. La table est brillamment éclairée.

Il est 6 heures et demie environ. On va passer pour le dîner dans la salle à manger (lui est à côté ; Eusapia est en état normal et non en transe.

Sont présents : MM. de Rochas, Sabatier, Dariex, de Gramont, de Watteville, M'^'etM"^ de Rochas.

M. de Gramont demande à Eusapia si elle se sent capable, dans cet état normal et en pleine lumière, d'agir par la simple imposition des mains sur un pèse-lettres à plateau et à bascule qu'il a dans sa valise de voyage. Eusapia répond qu'elle n'en sait rien, mais qu'elle est disposée à l'essayer. Les membres de la Commission expriment le désir qu'une semblable expérience soit faite immédialement, car le contrôle en est extrêmement fa-^ cile; son caractère improvisé ne permettrait pas de soupçonner la préparation préalable d'un artifice, et son succès, ferait dans leur esprit, disparaître bien des doutes. M. de Gramont va chercher son trébuchet à

L*Aornélas 1895.

-.e pèse-lettres en vraie grandeur.

EXPÉRIENCES DE l'aGNKLAS, 1895 • 311

plateau, dans sa chambre, au l*"" étage, et Tinstrument est placé sur la table à 0'",60 de la lampe à pétrole, de manière que l'observation en soit très facile pour tous les observateurs. Le trébuchet est muni d'un plateau et d'un contrepoids placé à l'extrémité d'un levier coudé. Le mouvement d'une longue aiguille sur un cadran indique le poids correspondant au degré d'abaissement du plateau. La situation la plus abaissée du plateau correspond à un poids de 50 grammes placé sur le plateau (Planche IX).

Eusapia se met debout, près de l'extrémité de la table où est placé le trébuchet dont l'aiguille marque 0, puisqu'il n'y a aucun poids sur le plateau. MM. de Rochas, Sabatier, de Gramont et de Watteville se disposent autour de la table et portent leurs regards très attentifs sur le plateau et sur les mains d'Eusapia. Eusapia essaie d'abord, infructueusement, de le faire mouvoir en plaçant une seule main à quelques centimètres audessus du plateau. Réunisssant alors en pointe les doigts de chacune des deux mains, elle place celles-ci l'une à droite, l'autre à gauche du plateau et concentre sa volonté sur ce point. L'extrémité des doigts de chacune des mains est distante de 3 ow 4 centimètres au moins des bords du plateau, et se trouve absolument sans contact avec ce dernier. Eusapia esquisse avec les mains quelques faibles mouvements de haut en bas. Au début, le plateau est immobile ; bientôt il oscille, à plusieurs reprises, de haut en bas synchroniquement avec les mains. Enfin, Eusapia ayant abaissé les mains, le plateau s'est abaissé à fond, c'est-à-dire jusqu'au point extrême de sa descente, et est ensuite remonté. Pendant ce temps le médiutn n'a fait aucun autre mouvement que celui des

Eor.

Roch.

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pèse-lettres

O lampo

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Uar.

mains ; la table, solidement calée, n'a subi aucune espèce d'ébranlement.

Inmiédiatement après et dans les mêmes conditions d'éclairage, l'expérience est recommencée. LeD'' Dariex, qui n'a pas assisté à la première, est venu ajouter son contrôle à celui des quatre observateurs. Il se place à droite de M. Sabatier, presque complètement en face du médium, de manière à constater très facilement les relations des deux mains avec le plateau. Eusapia placée à l'extrémité de la table, mais près d'un angle, recommence son mouvement, et au bout de quelques instants, après qu'elle a demandé à être touchée sur les épaules par ses deux voisins (le colonel de Rochas à sa gauche et M. de Gramont à sa droite) le plateau du pèselettres s'abaisse à fond. Il est évident pour tous les observateurs, dont l'attention était très aiguisée et qui regardaient de très près les doigts du médium, que ceux-ci sont toujours restés à une distance d'au moins 3 centimètres du pèse-lettres.

L'impromptu de l'expérience, imprévue pour le médium et pour les observateurs, serait déjà une raison pour exclure l'idée d'une tricherie préparée en vue du succès. Mais il est bon d'ajouter qu'avec un éclairage aussi parfait et une mise en scène si simple, le truquage eût été bien difficile. Les observateurs étaient groupés autour d'Eusapia ; il y en avait dans tous les sens, et,

EXPÉRIENCES DE l'aGNÉLAS, 1895 313

par conséquent, le contrôle saisissait les rapports des doigts d'Ëusapia et du pèse-lettres dans toutes les directions, n eût fallu que le médium eût réuni ses deux mains par un fil très fin, ou par un cheveu ; mais, outre que la préparation de cette supercherie eût eu beaucoup de chances de ne pas échapper à l'attention de l'un des cinq observateurs réunis autour du médium, il faut ajouter qu'un cheveu même très fin se voyait fort bien avec un tel éclairage, ainsi que l'épreuve en a été faite par M. Dariex après la séance.

D'ailleurs, en présence des mêmes observateurs, l'expérience a été reprise avec de nouveaux moyens de contrôle. Pour s'assurer des mouvements des mains et pour les maintenir à distance du pèse-lettres, M. Sabatier s'est placé derrière le médium et, passant les bras de chaque côté de sa taille, a saisi la main droite du médium avec sa main droite, et la main gauche du médium avec sa main gauche, les emprisonnant l'une et l'autre entre ses doigts et laissant seulement saillir un peu l'extrémité des doigts d'Eusapia réunis en pointe. En outre, en se penchant légèrement sur le côté, il voyait très bien le pèse-lettres et les mains. Dans ces conditions, il a accompagné les mouvements des mains du médium et s'est assuré qu'elles se mouvaient bien dans des plans verticaux, sans obliquer vers le pèse-lettres et sans entrer en contact avec lui. Le pèse-lettres s'est de nouveau abaissé à fond, pour la troisième fois, et aucun des observateurs n'a pu apercevoir le moindre contact.

Enfin les observateurs s'étant dispersés, et Eusapia étant restée avec M. Sabatier, le colonel. M"" et M"* de Rochas, l'expérience suivante a été faite.

Le pèse-lettres est placé à O^jSO du bord d toujours aussi bien éclairée. M. Sabatier se p vis, de manière à embrasser du regard le pèse les doux mains d'Eusapia et à pouvoir apprécî ment les distances entre ces trois objets. S mande de M. Sabatier, Ëusapia place ses de ouvertes dans deux plans verticaux parallèles côtés du pèse-lettres, et fait des mouvements dans le sens vertical, comme précédemment, une direction horizontale, comme pour im| l)èse- lettres un mouvement total de progressii un ou deux mouvements ainsi indiqués, le pè obéissant à l'impulsion des mains, dont il est ciiaque coté par une distance de 5 à 6 centimèl sans secousses sur la table, avec un mouveme hésitant et lent, mais qui s'est rapidement ac il va se projeter sur le sol à quelque distance ( la table. Le poids du pèse-lettre est del25 gra

Ici se termine le récit de nos expériences, bien long et difficile à lire.

Peut-être lui reprochera-t-on encore de n'a décrit assez minutieusement toutes les circonsti lesquelles se sont produits les phénomènes s'arrêter et comment prévoir tous les détails ji saires par un esprit fertile en objections ?

Les longues discussions sur le contrôle des des mains, auxquelles ont donné lieu les expé Milan, de Garqueiranne, de Varsovie et de C n'ont certainement changé les opinions de puisque, de part et d'autre, elles reposent sur mations dont on ne saurait donner la preuve î

EXPÉRIE.NCKS DE l'agisj^las, 1895 315

De plus, nous n'avons point voulu modifier, à l'aide de souvenirs plus ou moins effacés (et Ton sait combien, en ces sortes de choses, ils s'effacent vite à cause de la rapide succession des faits), nos procès-verbaux qui sont, pour' ainsi dire, les photographies des phénomènes, où il y a nécessairement des parties en lumière, d'autres dans l'ombre. Pour des documents de cette nature on doit proscrire toute retouche après coup.

Ce sont, en effet, de simples documents que nous présentons au lecteur. Nous n'avons pas la prétention de n'avoir pu être trompés, et encore moins celle de porter un jugement définitif sur des questions aussi délicates et aussi complexes ; mais nous devons déclarer que, malgi'é une attention très soutenue, malgré la connaissance des trucs supposés, jamais, dans les expériences de l'Agnélas, nous n'avons pris le médium en flagrant délit de tromperie, bien que nous ayons parfois remarqué et signalé des mouvements suspects.

Quant à nos conclusions, elles ressortent, dans chaque cas, de l'exposé même des faits. Leur concordance avec celles des nombreux et éminents expérimentateurs qui nous ont précédés, opérant avec des méthodes diverses et à l'aide d'appareils enregistreurs, pourra seule fonner l'opinion de la partie du public qui se donne la peine de chercher la vérité.

A. Sabatier ; A. de Rochas ;

A. DE Gramont ; Maxwell ; X. Dariex ;

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