‹ L'extériorisation de la motricité (volume 2)Chapitre 38 sur 61 · EXPÉRIENCES AVEC HENRI SLADE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES AVEC HENRI SLADE

Son maintien était modeste mais réservé, et sa conversation (il parlait seulement l'anglais) calme et discrète... Je lui demandai s'il avait jamais essayé d'influencer une aiguille aimantée, me rappelant que le professeur Fechner avait observé un phénomème similaire avec Erdmann, professeur de chimie (fait que je considère comme étant du plus haut intérêt pour tout véritable homme de science). Slade me répondit négativement.

Le jour d'une réunion ordinaire et hebdomadaire d'amis, j'invitai Slade à prendre le thé avec nous ; je lui expliquai que nous serions complètement satisfaits, s'il pouvait seulement produire la divergence d'une aiguille aimantée dans des conditions qui pussent exclure toute idée de suspicion.

J'apportai un globe céleste qui était muni d'une boussole et le plaçai sur la table. A notre demande, Slade promena sa main, horizontalement, sur le verre convenablement serré de la boîte aimantée. L'aiguille demeura immobile, et j'en conclus que Slade n'avait pas d'aimant caché sous sa peau. A un second essai, l'aiguille fut violemment agitée comme étant sous l'action d'un grand pouvoir magnétique. J'avais ainsi un fait qui confirmait l'investigation de Fechner, bien digne d'investigation ultérieure.

La soirée suivante (vendredi 16 novembre 1877), je plaçai une table à jeu, avec quatre chaises, dans une chambre où Slade n'étais pas encore entré. Après que Fechner, le professeur Braune, Slade et moi, nous eûmes placé nos mains entrelacées sur la table, il y eut des coups frappés dans ce meuble.

J'avais acheté une ardoise que nous avions marquée ; un fragment de crayon fut déposé sur l'ardoise, que Slade plaça partiellement sous le bord de la table ; mon couteau fut subitement projeté à la hauteur d'un pied, et retomba sur la table... En répétant l'expérience, on trouva que le

fragment de crayon, dont la position fut assurée par une marque, restait à la même place sur Tardoise. La double ardoise, après avoir été bien nettoyée et munie intérieurement d'un morceau de crayon, fut tenue alors par Slade sur la tête du professeur Braune. Le grattement fut entendu, et lorsque Tardoise fut ouverte, on y trouva plusieurs lignes d'écriture.

Inopinément, un lit placé dans la chambre derrière un écran se transporta à deux pieds du mur, poussant Técran au dehors. Slade était éloigné du lit, auquel il tournait le dos, ses jambes étaient croisées ; ceci était visible pour tous.

Une seconde séance s'organisa chez moi immédiatement, avec les professeurs Weber, Scheibner, et moi ; un craquement violent, tel que la décharge d'une forte batterie de bouteille de Leyde, fut entendu. En nous tournant, assez alarmés, l'écran mentionné ci-dessus se sépara en deux pièces ; les porte-vis en bois, épais d'un demi-pouce, étaient déchirés du haut en bas, sans aucun contact visible de Slade avec l'écran. Les morceaux cassés se trouvaient à cinq pieds du médium qui tournait le dos à l'écran.

Nous fûmes tous étonnés de cette manifestation d'une force mécanique énorme, et je demandai à Slade ce que cela voulait dire. Il répondit que ce phénomène arrivait parfois en sa présence.

Comme il parlait en restant debout, il plaça un morceau de crayon sur la surface i)olie de la table, le couvrit avec une ardoise achetée et justement nettoyée par moi, puis en pressa la surface avec les cinq doigts ouverts de la main droite, pendant que sa main gauche restait au centre de la table. L'écriture commença sur la surface inférieure et, lorsque Slade la retourna, la phrase suivante s'y trouvait écrite en Anglais : « Ce n'était point notre intention de faire le mal ; pardonnez ce qui est arrivé » . La production de l'écriture dans ces conditions se faisait pendant que les deux mains de Slade étaient immobiles.

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Les phénomènes mentionnés nous parurent si extraordinaires et tellement en dehors de nos idées, que William Weber et moi, nous résolûmes de donner à quelques-uns de nos collègues roccasion de les attester. En conséquence, nous nous rendîmes, le jour suivant, chez le professeur C. Ludvvig et nous l'informâmes des faits. L intérêt qu'il prit à notre récit m'engagea à inviter deux autres amis. Je proposai nos collègues M. Fiersch, chirurgien, et M Wundt, professeur de philosophie.

Le dimanche, 18 novembre, nous étions réunis à trois heures de l'après-midi. J'avais acheté une nouvelle table à jeu en bois de noyer. Les ardoises mises h la disposil ion de Slade étaient achetées par moi et mes amis et marquées par nous. Entre les deux ardoises que Slade tenait dans sa main, au-dessus de la table, bien en vue, trois phrases furent écrites, en anglais, en français, en allemand, chacune avec une écriture différente.

Voici encore le récit abrégé de (luelques expériences faites par M. Zœllner.

Une boule de métal fut suspendue; par un cordon de soie, à l'intérieur d'un globe de verre ; celui ci étant plaoé sous la table, une lumière fut projetée dessus au moyen de bougies arrangées à cet effet, et, pendant que les professeurs Weber et Scheihner aussi bien que le professeur Zœllner observaient attentivement, la boule commença à osciller et à frapper, à intervalles réguliers, contre la surface intérieure du globe de verre.

Deux aiguilles aimantées, une grande et une petite, chacune renfermée sous verre, furent placées devant M. Weber. Les mains de Slade, entrelacées avec celles des professeurs, étant posées sur la table à environ un pied de distance des aiguilles, la petite commença subi-

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tement à se balancer et finit par i^rendre un mouvement constant, tandis que la grande n'eut que quelques oscillations.

M. Zoellner demanda alors à Slade d'essayer s'il ne pourrait pas agir sur une aiguille non aimantée. Il apporta plusieurs aiguilles à tricoter, parmi lesquelles lui et M. Weber en choisirent une qu'ils éprouvèrent à la boussole. Elle était dans les conditions voulues. Slade déposa l'aiguille sur une ardoise et la tint contre la partie inférieure de la table comme pour l'écriture ; quatre niinutss après, il la plaça de nouveau sur la table ; alors un bout de l'aiguille fut trouvé suffisamment aimanté |)our attirer de la limaille d'acier, des aiguilles à coudre, de la soie et même pour faire tourner l'aiguille de la boussole. Le bout aimanté était un pôle sud.

Dans un vase plein de fleur de farine, l'impression d'une main fut trouvée, avec toutes les sinuosités de l'épiderme parfaitement visibles. En même temps, une portion de la farine, donnant aussi les marques d'une grande et puissante main, fut laissée sur le pantalon de M. Zœllner, au genou où il s'était senti empoigné une minute auparavant. Les mains de Slade étaient restées constamment sur la table et, en les examinant, on n'y trouva aucune trace de farine. L'impression était celle d'une main plus grande que celle de Slade.

On obtint une impression plus durable avec du papier, noirci à la lumière d'une lampe à pétrole, fixé sur une planchette et sur lequel apparut la marque d'un pied nu ; à la demande des assistants, Slade se leva, ôta ses souliers, montra ses pieds, mais aucune trace de noir de fumée n'y fut constatée. Son pied, qui fut mesuré, avait <|uatre centimètres de moins que l'empreinte de Slade.

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Une autre fois M. Zœllner mit des feuilles de papier, préparées avec du noir de fumée, à Tintérieur d'une ardoise pliante et plaça Fardoise sur ses genoux, afin de la tenir sous ses yeux, dans une chambre bien éclairée. Cinq minutes après, M. Zœllner remarqua qu'il avait t^enti, à deux reprises une pression sur l'ardoise déposée sur ses genoux. Trois coups dans la table ayant annoncé que tout était fini, on ouvrit l'ardoise et deux empreintes, l'une du pied droit, l'autre du pied gauche, furent trouvées sur le papier disposé sur chaque face intérieure de l'ardoise.

Je passerai sous silence les phénomènes encore plus incompréhensibles de nœuds faits dans une corde scellée aux deux bouts auxquels M. Lodgea fait allusion dans son rapport sur les séances de Carqueiranne et je me borne à rappeler que des réactions acides ont été données à des substances neutres ; mais je vais reproduire les expériences qui ont trait à la lumière polarisée, telles <iue Zœllner, les a décrites dans le 2* volume des Wissenchaftliche Ahhandlungen.

... J'étais suffisamment encouragé pour pouvoir instituer les expériences préparées en vue de mes recherches sur la théorie d'un espace à quatre dimensions. Les expériences magnétiques avaient démontré que sous l'action des influences invisibles dont Slade était entouré, les courants moléculaires existant dans l'intérieur des corps pouvaient être renversés, c'est-à-dire changés de sens (c'est là-dessus que repose la théorie de l'aimantation d'après Ampère et Weber) ; j'avais donc l'espoir de voir réussir l'expérience indiquée dans le premier volume de mes mémoires scientifiques, c'est-à-dire que l'acide tartrique, qui fait tourner à droite le plan, de polarisation de la lumière, pourrait par

un renversement moléculaire opéré dans la quatrième dimension de l'Espace, devenir de Facide paralartrique lévo- ^yre (déviant à gauche la lumière polarisée) Dans ce but j'avais préparé un petit saccharimètre polarisateur de Mitscherlich dont le tube contenait une solution concentrée d'acide tartrique dextrogyre. La rotation du plan de polarisation était d'environ 5 degrés. J'avais l'intention de procéder comme pour Taimantation des aiguilles, de placer le tube de verre contenant la solution concentrée, — tube de 203 millimètres de long sur 15 millimètres de diamètre, — sur une ardoise et de le faire tenir par Slade sous la table ; j'espérais voir l'acide tartrique dextrogyre changé après l'expérience en acide paratartrique lévogyre. Je voulus, avant de faire l'expérience, en expliquer à M. Slade la signification ; je lui montrai d'abord, avec l'appareil même après avoir enlevé le tube de verre contenant la solution, l'action d33 deux prismes de Nicol croisés. Je 1 invitai, tandis qu'il éUiit assis sur une chaise, à placer son œil devant le nicol antérieur et à regarder à travers l'instrument le ciel fortement éclairé. L'expérience avait lieu chez moi, le 14 décem!)rc 1877 à 11 heures 3/4 du matin. Je fis lentement tourner le nicol antérieur. Je demandai alors à Slade, les deux niçois étant certainement dans des plans perpendiculaires, s'il remarquait l'obscurcissement graduel du champ visuel ■ A mon ^Tand étonnemcnt sa réponse fut négative. Je crus qu'il était trompe par la lumière qui venait de côté : je mis à angle droit les deux prismes de manière que ni mes amis ni mai ne pouvions rien voir. Slade prétendit encore n'observer aucune diminution dans l'éclat du ciel ; pour nous le prouver il se ferma l'œil gauche avec la main gauche fortement appuyée en apparence et lut au travers des deux niçois croisés un ouvrage en anglais qui était devant lui. Ce fait ne me parut pas suffisamment constaté do cette manière pour me satisfaire. Le lendemain, comme nous devions nous réunir de nouveau chez moi dans la matinée, je préparai

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