EXPÉRIENCES AVEC HEISRI SLADE
<ieux gros prismes de Nicol, afin d'avoir un champ visuel plus grand ; ils étaient très rapprochés l'un de r autre et pouvaient tourner Vun sur Vautre. Je les entourai d'un écran circulaire, couvrant entièrement le visage de l'observateur. L'écran était étroitement relié aux prismes de manière que Tobservateur ne pouvait voir les objets extérieurs qu'au travers de ces prismes. Je pris ensuite un livre anglais, « Faraday as a Discorérer » par Tyndall et je soulignai, en l'absence de Slade, les mots suivants h la page 81.
« The burst of power utrich had filled the four preceding years with an amount of expérimental work unparalleled in the history of science... »
Je fis d'abord regarder à Slade le ciel à travers les prismes croisés : comme la veille il ne crut remarquer pendant la rotation des prismes aucune diminution de clarté. Je l'invitai alors à s'asseoir sur une chaise et à lire les lignes soulignées par moi dans le livre que je tins à environ deux pieds de ^on visage. A notre grande surprise, il lut parfaitement les mots ci-dessus indiqués. Je fis alors remarquer à mes amis avec joie que l'on avait trouvé un réactif optique bien simple pour les médiums ; ce qui, dans le cas où les médiums seraient accusés de fraude, fournirait un moyen de justificatioi appréciable.
Environ dix minutes après, Slade essaya encore de regarder à travers les deux prismes croisés, mais il ne put rien voir ; de même, dans la soirée, l'expérience ne fut pas possible avec la lumière d'une bougie. Il m'expliqua, que dans la matinée, lorsque l'expérience projetée se préparait, il s'était senti sous l'empire d'une « influence » à laquelle il attribuait le changement qui s'était produit dans son état. Jointe aux observations du professeur Fechner sur la variabilité de l'état magnétique d'un sensitif, cette modification des facultés optiques de Slade, est une preuve du caractère transitoire de ces fonctions organiques anormales, Les observations extraordinaires que J'ai résumées nous firent
abandonner l'expérience projetée avec l'acide tartrique : je me propose de la faire lorsque j'aurai l'occasion de reprendre mes recherches sur les propriétés de Slade.
En quittant TAllemagne, Slade se rendit en Australie, puis il vint en France où il fut examiné par le docteur Gibier, qui avait eu à le soigner, et avec lequel il eut 33 séances.
Plus de la moitié de ces séances ont donné des résultats nuls ; dans d'autres, les phénomènes étaient très faibles ; un petit nombre ont été brillantes et j'ai eu la chance d'assister à l'une de ces dernières (1).
Elles ont eu lieu presque toutes dans un appartement meublé occupé par Slade, en plein jour, devant une large fenêtre donnant sur une avenue près de l'Arc de triomphe ; trois seulement eurent lieu chez le D*^ Gibier.
Slade qui présente à l'état de veille une hypéresthésie cutanée très marquée, devient insensible quand il entrt^ en transe. Le D"^ Gibier a constaté que dans ses mains le dynamomètre marquait alors :
à droite, 63 kilos ;
à gauche, 50 kilos, au lieu de :
à droite, 27 kilos ;
à gauche, 35 kilos, que donne le même instrument à l'état normal.
(1) Dans cette séance, tenue chez Slade en pleine lumière, à 11 heures du matin, j'ai été témoin de l'écriture entre deux ardoises ; j'ai vu très vaguement, mais j'ai senti d'une façon distincte, une main douce qui est venu caresser le dos de la mienne : j'ai vu un fauteuil qui était à l-,50 du médium se déplacer seul et venir se heurter contre ma chaise, quelques instants après que j'eus manifesté le désir de voir le mouvement spontané
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Slade n'entre du reste en transe que pour les phénomènes très intenses.
Je laisserai encore ici de côté les phénomènes d'Écriture directe qui ont rempli la plus grande partie des séances, pour ne m'attacher qu'aux phénomènes purement physiques : Voici les descriptions qu'en donne le D' Gibier lui-même (1).
A) Phénomènes de percussion — coups frappés — sons divers.
Dans la plupart des expériences que nous avons faites avec différents médiums, nous avons entendu, dans le meuble même sur lequel on opposait les mains, de légers craquements ou de petits coups . secs obtenus parfois sur notre demande ; mais, avec Slade, ces phénomènes de percussion s'entendaient très distinctement et étaient, dans quelques cas, très forts. Aujourd'hui, il serait enfantin do dire que les muscles péroniers de Slade ne sont pour rien dans ces bruits ; passons.
Lorsque nos mains étaient placées sur la table, on entendait, en même temps qu'on sentait, des coups sourds dans cette table. Ces coups s'entendaient dans la chaise de Slade, et nous les avons sentis maintes fois dans notre propre siège, comme si quelqu'un avait donné des coups de poing sur le dossier ; nous nous sommes assuré, à chaque fois, qu'aucun contact n'existait entre nous et le médium ni aucune autre personne. Ces coups ont été obtenus souvent sur notre demande. Ainsi, dans la séance du 11 mai 1886, ù
d'un meuble ; enfin j*ai reçu une ardoise par dessous la table, dans les conditions qui sont indiquées plus loin dans le § G.
(1) Le spiritisme, — Pms, 1882—^ p. 313 etsuiv.
10 heures et demie du matin, chez Slade, un coup violent fut ainsi frappé sur le milieu de la table, comme si on eut frappé à l'aide d'un marteau avec l'intention de briser le meuble. Pendant ce temps, les mains et les pieds du médium étaient en vue et nous n'avons perçu aucun mouvement de sa part.
Le même jour, sur notre demande encore, on entendit imiter le bruit d'un crayon écrivant sous la table.
Le 27 mai, dans notre salle à manger, où Slade entrait pour la première fois, les phénomènes de percussion furent des plus curieux. On eût dit qu'autour du médium, assis et isolé en pleine clarté de deux porte-lampe à lumière intensive, se trouvait un groupe de poules « picotant » sur le plancher. Des coups furent sentis par les personnes de notre famille et par nous-même sous la semelle de nos souliers ; l'effet ressenti n'était pas des plus agréables.
B) Mouvement de corps avec comact du médium.
Le plus curieux effet, dans ce sens, obtenu devant nous par Slade et h plusieurs reprises, a été la lévitation complète de la table qui sert à ses expériences (1) (sans mécanisme bien entendu). Parla simple apposition des mains, la table se soulevait, se relournait et allait toucher le plafond (le ses quatre pieds au-dessus de nos tètes ; cela en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Sans faire parade de force ni d'adresse, nous pouvons dire que, supérieur au médium sous ces deux rapports, il nous a été impossible d'imi ter le même phénomène.
(1) Cette table en sapin noirci avait 0'n,74 de hauteur et l'n,08 :*ur l'n,02 de superficie.
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C) MOUVEMENT DE CORPS PLUS OU MOINS LOURDS SANS CONTACT AVEC LE MÉDIUM.
Nous avons assisté souvent à ce phénomène bien remarquable ; citons quelques exemples.
Le 29 avril 1886, dans une séance de jour, Slade était assis en face de la fenêtre, ses pieds tournés de notre côté (quand il faisait face à la table, nous étions h sa droite). Tout à coup, une chaise placée à 1™.20 (nous avons mesuré exactement à l'aide d'un mètre double en ruban), fit un demi-tour sur elle-même et vint se jeter contre la table, comme attiré par un aimant.
Le 11 mai 1886, Slade, étant dans la position ordinaire (comme ci-dessus), en plein jour, à 3 heures et demie de l'après-midi, un bahut, placé à 75 centimètres de sa chaise se mit en mouvement assez lentement d.'abord (en quittant le mur où il était appuyé), pour qu'on pût s'assurer qu'aucun aontact n'existait entre ce meuble. et les objets qui l'entouraient. Puis il vint frapper violemment contre la table que nous entourions. Slade tournait le dos au bahut, M. A. et nous-même lui faisions face. Nous ne pouvons dire l'effet produit par ce meuble massif, semblant s'animer pour un instant d'une vie propre.
Le même jour, une chaise placée à côté du meuble en question fut renversée, quelques instants plus tard, à près de deux mètres du médium.
Le 12 mai, sur notre demande, une chaise fût comme mue par un ressort et s'élança à 1*",50 de hauteur.
Aussitôt, après chaque mouvement semblable aux précédents, nous nous sommes assuré, par l'examen du plancher, des murs et des meubles qu'aucune hypothèse physique ou mécanique ne pouvait expliquer, d'une manière satisfaisante, les projections auxquelles nous venons d'assister.