EXPERIENCES DE M. PELLETIER EN
[Extrait du rapport de M. Lemerle ingénieur, ancien élève de l'Ecole Polytechnique. — L'initiation, jm7/eï fSOt).
... C'est dans le calme de la pleine campagne, dans un joli hameau des bords de la Loire, que M. Pelletier se livre à ses patientes études avec, pour sujets, de hraves gens de son entourage, de simples cultivateurs...
Trois seulement de ses sensitifs avaient répondu à son appel, les autres étaient retenus par leurs occupations ; mais, malgré ce faible nombre et la forte chaleur (la séance avait lieu à raidi), malgré aussi l'intimidation résultant de la présence d'une personne étrangère, nous avons pu enregistrer des résultats indéniables.
C'est d'abord l'action sur l'eau contenue dans un bol placé sur une table devant laquelle se tient un sensitif, puis plusieurs, agissant par leur simple proximité, ou eu étendant les mains à ij ou 10 centimètres au-dessus de la surface ; celle-ci éprouve de temps en temps des secousses d'oii naissent, comme d'ordinaire, des ondes circulaires, à peu près comme quand un petit poisson saute hors de l'eau. Tout le monde est parfaitement immobile. Nous nous
sommes assurés qu'il faudrait frapper assez fort sur le sol avec le talon pour que l'ébranlement se communiquant par la table produisît quelque chose d'analogue. L'ébranlement par le souffle produit, d'autre part, des rides continues qui n'ont pas ce caractère d'impulsion brusque. Ces faits se produisent quelquefois au commandement de M. Pelletier, mais nous aurons à faire plus loin une remarque générale à ce sujet. Quelquefois aussi ils ont lieu dans le silence le plus complet. A plusieurs reprises nous avons constaté, en approchant la tète pour voir de plus près, une sensation très nette de vent frais qui paraissait passer entre la surface de l'eau elle réseau des mains étendues au-dessus. A ce moment les sensitifs accusaient spontanément la sensation de froid, bien connue et souvent signalée, que rendait plus remarquable la température élevée qui régnait dans la pièce dont les fenêtres et les portes étaient fermées pour éviter qu'un souffle d'air vint influer sur le phénomène. Dans ces conditions, il n'ij a j^us de doute pour nous et nous sommes persuadé qu'aA'ec un plus grand nombre de sensitifs, l'effet pourrait être considérable. Nous avons essayé en plaçant les sujets les uns derrière les autres en isonôme, les trois mains droites étendues ensemble et les trois gauches de l'autre côté au lieu de les croiser au hasard. Nous espérions augmenter l'intensité du phénomène et c'est le contraire qui eut lieu.
L'opérateur prit ensuite une aiguille aimantée d'une douzaine de centimètres de long placée sur un pivot A-ertical. Les sensitifs étendant leurs mains ensemble ou isolément au-dessus ou à côté, après qu'elle eût pris sa position dans le méridien magnétique, il y eut quelques mouvements qui ne nous paraissaient pas bien nets et qui pouvaient provenir de l'agitation de l'air causée par les mouvements des mains qui venaient prendre position.
Nous avons pris alors un petit fil à plomb monté sur poteau métallique et, ayant mis ce fil dans le méridien
EXP. W. PELLIiTIKU, 1891 o43
magnétique, il déterminait exactement le plan de ce méridien avec le pivot de l'aiguille. Les mains étant alors parfaitement immobites, nous avons pu constater des déviations très nettes en déclinaison, mais non des déviations constantes; ici encore, comme pour l'eau, comme pour ce qui va suivre, il y a des iinpulsions, à la suite desquelles l'équilibre est repris pour des oscillations ordinaires. En l'absence de dispositif pour mesurer la valeur de ces impulsions, nous estimons à 20° au moins l'amplitude de l'écartement hors de la position d'équilibre. Il n'est pas inutile de dire que le phénomène se produit aussi bien avec la main dans le méridien que perpendiculaire à ce plan. Nous avons remarqué que pendant l'expérience, les oscillations de l'aiguille reprenant son équilibre étaient comme amorties : il semblait qu'elle se mouvait dans un milieu plus résistant, c'est-à-dire ([ue, pour un écart donné, elle revenait plus vile à sa position qu'en l'absence des sensitifs...
Ce qui précède ne regarde que les mouvements en déclinaison.
L'aiguille pouvait, de par son mode de suspension, prendre aussi quelques mouvements en inclinaison ; mais ceux-ci ne nous ont pas paru assez nets pour nous y arrêter, la mobilité dans le plan x-ertical étant beaucoup trop grande et pouvant être attribuée au simple mouvement respiratoire d'un assistant assez rapproché...
Avec la pendule en balle de sureau, rien de bien caractérisé.
Nous arrivons maintenant aux corps pesants ordinaires. On mit sur le guéridon deux porte-mines ; l'un en argent, assez lourd ; l'autre en aluminium, léger. Les sujets se tenaient assis de face à la table qu'aucun ne touchait par aucune partie du corps ni des vêtements. Après quelques minutes d'attente, le plus léger de ces objets tourna sur lui-même une dizaine de fois, dans un sens et dans l'autre, avec ou sans commandement. On ajouta sur la taldc un
porte-plume en bois ordinaire et une petite boîte ronde de trois centimètres environ ; ces deux objets furent, à plusieurs reprises, poussés en avant ou en arrière d'un bord de la table à l'autre. Des bouchons qui leur succédèrent présentèrent aussi les divers mouvements mentionnés dans les communications de M. Pelletier, sauf celui de sauter hors du guéridon, et celui de se séparer après s'être joints.
Ces mouvements avaient encore été obtenus la veille, paraît-il ; mais il ne faut guère s'étonner de ne pas avoir reproduit toute la série, si l'on songe que la séance durait déjà depuis plusieurs heures et que la chaleur était étouffante.
C'est ici le lieu de faire quelques remarques générales. La manière d'être de ces phénomènes conduit à leur assigner une cause, quelle qu'elle soit, de nature intermittente, procédant par émissions séparées. Aucun fait n'a manifesté une force continue, si faible soit-elle. Tout se passe comme par chocs. Ceci est en outre corroboré par cette action du commandement, dont nous avons déjà dit un mot. Ayant remarqué que M. Pelletier a la voix forte et le commandement brusque, et ayant cru voir que ses sujets sursautaient à sa voix, nous eûmes l'idée que ce commandement pouvait agir, non par l'ébranlement physique de l'air, mais par la commotion ressentie par le sujet, commotion qui pouvait déterminer l'émission d'un flux de force psychique. Pour vérifier cette opinion, nous priâmes l'expérimentateur, à voix très basse à son oreille, de faire un commandement négatif en quelque sorte. Au commandement négatif : « Ne bouge pas » fait à la façon ordinaire, un des sujets eut un soubresaut et l'objet bougea.
En ce qui regarde ces mouvements d'objets très légers, nous nous permettrons de formuler non pas une critique mais un désir, celui de rendre les expériences absolument concluantes en prenant de très grandes précautions contre laclion du souffle ou même de la simple respiration des