CONCLUSIONS ET HYPOTHESES
De ce qui précède on peut tirer les conclusions suivantes :
1° Les phénomènes observés chez les divers médiums présentent de très grandes ressemblances entre eux et avec ceux qui ont été constatés chez les mystiques de tous les temps et de tous les pays. Ils ne diffèrent guère que par leur degrc' d'intensité et l'obstacle plus ou moins grand que la lumière oppose à leur [iroduction. On peut en observer la progression continue depuis les plus simples, tels que l'attraction des sujets par le magnétiseur, ou les actions des effluves digitaux (i) sur les corps très légers, jusqu'aux miracles les plus étonnants f 2).
[1) A. DB Hochas, V Extériorisât ion de la sensibilité. Chap. i : De l'objectivité des effluves perçus sous forme de lumière dans l'état hypnotique. — Baron de Reichenbach, Les effluves odiques. 2 « Saint Vincent Ferrier prend dans ses mains et place sur un char une pièce de hois que dix hommes auraient eu peine à lever de terre. Une autre fois, il fait porter au couvent, sans aucune fatigue, une poutre qu'une paire de boeufs n'aurait pu
2° Quelques-uns de ces phénomènes, tels que les globes lumineux, semblent analogues à des manifestations encore inexpliquées de l'électricité atmosphérique (ecZarrs «7î Joz^Ze); d'autres paraissent dus à un développement anormal d'électricité dans l'organisme, développement qui se produit assez souvent d'une façon spontanée chez les jeunes filles à l'époque de leur puberté.
3° Tous ont pour cause première des effluves qui se dégagent de quelques parties du corps de certaines personnes, et sous une forme semblable à celle du vent électrique. Ces effluves peuvent être dirigés par la volonté du sujet A'ers l'objet sur lequel ils doivent agir : ils s'échappent par ondes dont l'intensité correspond à l'effort qui les produit. Leur émission s'accompagne de douleurs plus ou moins violentes que le sujet cherche souvent à diminuer en diminuant l'effort qu'il juge nécessaire pour agir sur un objet extérieur et par suite en rapprochant son corps de cet objet. La lumière exerce sur eux une action dissolvante ; mais ils ont paru, dans certains cas, devenir plus intenses quand le sujet était en contact bien direct avec le sol, sans interposition de substances isolantes pour l'électricité, ou quand il était électrisé par une machine statique. »
traîner, par un éclopé, lequel, après cette besogne, se trouve aussitôt guéri.
« Ces faits sont très multiplies dans les Actes des saints. A la demande d'un prêtre des idoles qui ne pouvait accepter le mystère d'un Dieu incarné, et qui A^oulait, pour y croire, un signe du ciel, saint Grégoire le Thaumaturge fit passer instantanément de son lieu à un autre, par une simple parole de sa foi, un énorme rocher qui était devant eux, et le païen se convertît, » RiBET, Mystique divine, t. II, p. 613.
CONCLUSIO.NS ET HYPOTHÈSES 'iS?
Quand on cherche à errer une science, la première préoccupation doit être de bien constater les faits, mais cela ne suffit pas.
Notre esprit se cabre en effet devant les phénomènes les mieux établis et refuse de les admettre s'ils lui paraissent en opposition avec ce que nous considérons comme des lois de la nature (1). Pour vaincre cette résistance, il faut imaginer des théories montrant le lien qu'ils peuvent avoir entre eux et celui qui permet de les rattacher à nos connaissances acquises sans se préoccuper des hypothèses actuellement en faveur. « Les faits, a dit sir Humphry Davy, sont plus utiles quand ils contredisent que quand ils appuient les idées reçues, » Dès qu'une théorie n'explique plus tous les faits de même ordre, elle est caduque ; celle qui lui succédera, sans avoir davantage la prétention d'être adéquate à la vérité, doit servir à provoquer par le raisonnement des déductions nouvelles qui l'infirmeront ou bien la confirmeront pendant un certain temps.
Ce serait perdre son temps ([ue de se borner indéfiniment à la constatation brute de pliénomènes dont la réalité est maintenant affirmée par des centaines de lé-
d) Ces phénomènes sont très complexes ; et, si l'électricité paraît jouer un rôle prépondérant dans les plus simples, elle s'efface, dans les phénomènes transcendants, devant d'autres forces encore inconnues.
Le célèbre électricien anglais Yarley a fait, à co sujet, des expériences publiées par la Société dialectique de Londres en 1871.
moins dont on ne saurait suspecter ni la sincérité ni la compétence. On a vu, par notre tentative si imparfaite de Glioisy, combien il était difficile d'expérimenter, quels obstacles apportaient les habitudes du sujet, la surprise des assistants non encore faits à ces étranges manifestations, les conditions climatériques, le petit nombre de séances dont chaque groupe a pu jusqu'ici disposer. Cependant chacun de ces groupes a fait progresser la méthode d'investigation et a apporté des données utiles sur la nature des phénomènes.
Ainsi, avec D. Home, M. Crookes avait pu enregistrer les courbes produites par les variations dans l'intensité d'émission de la force psychique. Avec le médium F., Donald Mac-Nab avait reconnu la nature toute particulière des empreintes laissées par les lueurs sur une plaque photographique. Avec Slade, Zullner a montré que la force psychique peut agir sur les aimants, aimanter des aiguilles et donner des réactions acides à des substances neutres.
Avec Eusapia : — à Milan, en 1892. on a appUqué la photographie, la balance, le dynamomètre suspendu;
— à Varsovie (1893-1894), on a fait des expériences en lîleine lumière et on a ajouté aux procédés précédents le contrôle électrique des membres ; de plus on a constaté, à l'aide du dynamomètre à main, qu'après chaque séance, les assistants avaient perdu une partie de leur force, et que la somme des pertes individuelles correspondait à peu près à la force moyenne d'un homme comme s'il s'agissait de créer un organisme dynamique à part aux dépens des assistants, y compris le médium.
— A l'île Roubaud (1894), on a continué les essais dynamométriques ; on a perfectionné l'expérience de la
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lainpc électrique et on a obtenu des photographies do lévitation à la lumière éclatante d'un jour d'été en plein air. — Les séances de Cambridge ont démontré l'influcnce sur le médium de l'état d'esprit des assistants.
— A l'Agnélas, on a obtenu l'expérience si nette du pèse-lettre, et on a fait ressortir que chaque phénomène était accompagné d'un violent effort musculaire du médium. — A Auteuil, on a remarqué que quand Eusapia roulait déplacer un objet, elle allait presque toujours le toucher auparavant avec la main, soit pour établir un lien fluidique, soit pour mesurer l'effort musculaire qu'elle aurait à faire ensuite pour le mouvoir à distance.
— A Choisy, on a constaté l'influence de l'électrisation sur l'intensité des phénomènes ; on a reconnu qu'Eusapia se comportait comme les autres siye^s sous l'influence du magnétisme animal et qu'il y avait un lien sensible, quoique invisible, entre elle et l'objet qu'elle déplaçait.
— A Montfort l'Amaury on a eu une nouvelle preuve de l'extériorisation partielle du médium, base probable de la formation des fantômes, etc. Le manque de temps seul nous a empêché de vérifier si l'on ne pourrait pas, à l'aide de suggestions, faire produire à volonté les phtnomôncs qu'on désire étudier.
Le moment paraît venu de tenter une synthèse de tous ces faits, et je partirai de ce postuladcm qu'il y a, dans riiomme vivant, un esprit et un corps.
L'esprit, nous ne pouvons nous le représenter; tout ce que nous en savons, c'est que de lui procèdent les
phénomènes de la volonté, de la pensée et du sentiment.
Quant au corps, il est inutile de le définir, mais nous y distinguerons deux choses : la matière brute (os, chair, sang, etc.), et un agent généralement invisible qui transmet à Tesprit les sensations de la chair et aux muscles les ordres de l'esprit.
Lié intimement à l'organisme qui le sécrète pendant la vie, il s'arrête, chez le plus grand nombre, à la surface de la peau et s'échappe seulement par effluves plus ou moins intenses selon l'individu, par les organes des sens et les parties très saillantes du corps, comme les extrémités des doigts. C'est du moins ce qu'affirment voir beaucoup de sujets ayant acquis par certains procédés une hyperesthésie visuelle momenlanée, et ce qu'admettaient les anciens magnétiseurs si longtemps bafoués par la science officielle (1). Il peut cependant se déplacer
Ml Feu M. Pouchet, professeur au Muséum, l'un des adversaires les plus acharnés de nos idées, écrivait dans le Temps du 12 août 1893 :
« Démontrer qu'un cerveau, par une sorte de gravitation, agit à distance sur un autre cerveau comme l'aimant sur l'aimant, le soleil sur les planètes, la terre sur le corps qui tombe I Arriver à la découverte d'une influence, d'une inbralion nerveuse se propageant sa7is conducteur matériel!... Le prodige, c'est que tous ceux qui croient peu ou prou à quelque chose de la sorte ne semblent même pas, les ignorants ! se douter de l'importance, de l'intérêt, de la nouveauté qu'il y aurait làdedans et de la révolution que ce serait pour le monde social de demain. Mais trouvez donc cela, bonnes gens, montrez-nous donc cela et voire nom ira plus haut que celui de Newton dans l'immortalité, et je vous réponds que les Berthelot et les Pasteur vous tireront leur chapeau bien bas I »
Nous n'en demandons point tant, mais nous connaissons parfaitement l'importance du but de nos efforts et nous savons par l'histoire le cas qu'il faut faire des dogmes scienti-
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dans le corps sous rinfluence do la volonté puisque Vaitontion auijnicnlc notre sensibilité sur certains points pendant que les autres deviennenl plus ou moins insensibles : on ne roil, on n'entend, on ne sent bien que ([uand on regarde, qu'on écoule, qu'on flaire, ou qu'on déguste.
Chez certaines personne qu'on appelle des sujets, ladliércnce du fluide nerveux avec l'organisme charnel est faible, de telle sorte qu'on peut le déplacer avec une facilité extrême et i)roduire ainsi des phénomènes d'iiyperesthésie et d'insensibilité dus soit à l'auto-suggestion, c'est-à-dire à l'action de l'esprit du sujet luimême sur son corps fluidique, soit à la suggestion d'une personne étrangère dont l'esprit a pris "contact avec le corps fluidique du sujet.
Quelques sujets, encore plus sensibles, peuvent pro-
fiques. Il n'y a guère plus d'un siècle que Beauraé, membre de l'Acailémie des sciences, écrivait à propos des découvertes de Lavoisier :
<i Les cléments ou principes primitifs des corps, établis par ICmpédocle, Aristote et par beaucoup de philosophes de la Grèce aussi anciens, ont été reconnus et confirmés par les physiciens (le tous les siècles et de toutes les nations. Il n'était pas trop présumable que les quatre éléments, regardés comme tels depuis l)lus de doux mille ans, seraient mis, de nos jours, au nombre des substances composée?, et qu'on donnerait avec la plus grande confiance, comme certains, des procédés pour décomposer l'eau et l'air, et dex raisonnements abnurdes, pour ne rien dire de plus, pour nier l'existence du feu et de la terre. Les propriétés élémentaires reconnues aux quatre substances ci-dessus nommées tiennent à toutes les coyinaissances jyhijsiques et chimiques acquises jusqu'à présent ; ces mêmes propriétés ont servi de base à une infinité de découvertes et de théories plus lumineuses les «nés que les autres, auxquelles il faudrait ôter aujourd'hui toute croyance si le feu, l'air, l'eau et la terre étaient reconnus pour n'être plus des éléments. »
jeter leur fluide nerveux, dans certaines conditions, hors de la peau, et produire ainsi le phénomène que j'ai étudié sous le nom d'extériorisation de la sensibilité. On conçoit sans peine qu'une action mécanique exercée sur ces effluves, hors dtc corps, puisque se propager grâce à eux et remonter ainsi jusqu'au cerveau qui l'enregistre.
L'extériorisation de la motricité est plus difficile à comprendre et je ne puis, pour essayer de l'expliquer, que recourir à une comparaison.
Supposons que, d'une manière quelconque, nous empêchions l'agent nerveux d'arriver à notre main ; celleci deviendra un cadavre, une matière aussi inerte qu'un morceau de bois, et elle ne rentrera sous la dépendance de notre volonté que lorsqu'on aura rendu à cette matière inerte la proportion exacte de fluide qu'il faut pour l'animer. Admettons maintenant qu'une personne puisse projeter ce même fluide sur vn morceau de bois en quantité suffisante pour l'en imbiber dans la même proportion ; il ne sera point absurde de croire que, par un mécanisme aussi inconnu que celui des attractions et des répulsions électriques, ce morceau de bois se comportera comme un prolùiigcment du corps de cette personne.
Ainsi s'expliqueraient aussi les mouvements des tables placées sous les doigts de ceux qu'on appelle des mediitm, et en général tous les mouvements au contact produits sur des objets légers par beaucoup de sensitifs, sans effort musculaire appréciable.
On comprend même la production de mouvements nécessitant une force supérieure à celle du médium par le fait de la chaîne qui met à la disposition de celui-ci une partie de la force des assistants.
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Cotte hypothèse simpliste ne rend pas eoniple de la formation des faces, des mains, et des antres membres qne qnelquefois on voit ou l'on touche et dont on peut obtenir l'empreinte dans des matières plastiques ; on est amené à la compléter ainsi qu il suit.
L'agent nerveux se répand le long des nerfs sensitifs et moteurs dans toutes les parties du corps. On peut donc dire qu'il présente dans son ensemble la même forme que le corps, puisqu'il occupe la même portion de l'espace, et l'appeler le double jluidiqxie de l'homme, sans sortir du domaine de la science positive.
De nombreuses expériences, qui malheureusement n'ont eu pour garant que le témoignage des sujets (du moins pour celles que j'ai faites) (1), semblent établir que ce double peut se reformer en dehors du corps, à la suite d'une extériorisation suffisante de l'influx nerveux, comme un cristal se reforme dans une solution quand celle-ci est suffisamment concentrée.
Le double ainsi extériorisé continue à être sous la dépendance de l'esprit et lui obéit même avec d'autant plus de facilité qu'il est maintenant moins gêné par son adhérence avec la chair, de telle sorte que le sujet peut le mouvoir et en accumuler la matière sur telle ou telle de ses parties de manière à rendre cette partie perceptible au sens du vulgaire.
C'est ainsi qu'Eusapia formerait les membres qui sont vus et sentis par les spectateurs.
D'autres expériences, moins nombreuses et que, par suite, on ne doit accepter qu'avec plus de réserves en-
(1) Voir « les Fantùmes des vivants, » Annales des sciences psychiques (sept-oct. 18.5) et l'expérience relatée dans mon livre sur Les sentiments^ la musique, et le (jeste, p. 261.
core, tendent à prouver que la matière fluidique extériorisée peut se modeler sous l'influence d'une volonté assez puissante, comme la terre glaise se modèle sous la main du sculpteur.
On peut supposer qu'Eusapia, à la suite de ses passages à travers divers milieux spirites, a conçu dans son imagination un John King, avec une figure bien déterminée, et que, non seulement elle en prend la personnalité dans son langage, mais qu'elle parvient à en donner les formes à son propre corps fluidique, quand elle nous fait sentir de grosses mains et qu'elle produit à distance, sur la terre glaise, des impressions de tête d'homme, comme cela lui est arrivé en Italie. Le soufflet vu par M. de Gramont n'aurait pas d'autre origine, car il n'est pas plus difficile de représenter un ustensile qu'un membre du corps humain.
Ainsi, tout ce que mes collaborateurs et moi avons vu avec Eusapia peut s'expliquer (même les lumières, qui ne seraient que des condensations très intenses de la substance nerveuse) sans l'intervention d'un esprit autre que le sien.
Mais si rien ne nous a prouvé que John existait, rien ne nous a prouvé non plus qu'il n'existait pas (1).
Nous ne sommes du reste point seuls au monde ; il y a d'autres personnes que je connais personnellement, en qui j'ai la plus grande confiance, et qui rapportent des
(1 11 faut remarquer que dans les extraits des relations des phénomènes produits par Eusapia nous avons presque toujours négligé, départi ptns, tout ce qui paraissait déceler une intelligence différente de celle du médium afin de ne point compliquer le problème et de concentrer l'attention du lecteur sur l'agent purement physique qui sert à sa manifestation.
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faits ne pouvant s'expliquer qu'à l'aide de la possession tevijioraire du corps fluiilique extériorisé, par une entité intelligente d'origine inconnue. Telles sont les matérialisations de corps humains entiers observées par M. Crookes avec miss Florence Cook, par M. James Tissot avec Eglinton, par M. Aksakof avec Mistress d'Espérance, par M. Van der xXaillen avec Miller, etc.
Le lecteur qui voudra étudier cette question devra commencer par en lire un excellent résumé dans le Psychisme expéri7)iental de jM. Erny ; puis, quand il sera familiarisé avec ces phénomènes transcendants, il pourra aborder le volumineux ouvrage de M. Aksakof, Animisme et Spiritisme, où il trouvera un chapitre relatif aux matérialisations partielles ; il terminera par un autre ouvrage du même auteur intitulé : Un cas de dématérialisation partielle du corps d'un inédiion.
Il verra que ces phénomènes, dont le simple énoncé fait hausser les épaules aux gens qui se croient des savants parce qu'ils ont plus ou moins approfondi quelques rameaux de l'arbre de la science, ne sont que le prolonf/e}ne?ït de ceux que nous avons constatés par nous-même et dont il est aujourd'hui impossible de douter.
Nous obtenons en effet un premier degré de dégagement du corps f luidique dans l'extériorisation de la sensibilité sous forme de couches concentriques au corps du sujet. La matérialité des effhives est démontrée par ce fait quils se dissolvent dans certaines substances telles que l'eau et la graisse ; mais, comme pour les odeurs, la diminution de poids du corps qui émet est inappréciable à nos instruments.
Le deuxième degré est donné par la coagulation de
ces effluves en un double sensible, mais non encore visible pour les yeux ordinaires (1).
Au troisième degré appartient la matérialisation visible et tangible, mais seulement d'une partie du corps. La matière psychique émise par le médium semble ne pouvoir produire ces effets qu'à la condition de s'agréger d'abord dans un lieu mis à l'abri des vibrations de la *umlère et des regards des assistants. Le médium peut rester en lumière, mais la matérialisation se forme dans un réduit obscur et très rapproché.
Enfin le quatrième degré correspond à la matérialisation d'une forme humaine entière. Ici, il faut presque toujours que le médium lui-même soit mis à l'abri de la lumière et des regards des assistants ; comme dans le cas précédent la forme ne se montre que quand elle a acquis un degré de matérialité suffisant, mais cette matérialité peut être assez intense pour résister plusieurs heures aux influences désorganisatrices ; elle varie du reste depuis celle d'un corps véritable en chair et en os jusqu'à celle d'un simple fantôme visible et palpable, mais fondant sous l'étreinte.
Au troisième ainsi qu'au quatrième degré, il y a comme un transport galvanoplastique de la matière du corps physique du médium, matière qui part de ce corps physique pour aller occuper une place semblable sur le double fluidique. On a constaté, un très grand nombre
(l) Certaines personnes particulièrement sensitives, le perçoivent par la vue ou le toucher. Je l'ai photographié une fois chez Nadar, mais je n'ai pu répéter l'expérience. Les photographies spirites paraissent être dues à l'action, sur la plaque, du double du sujet modelé par une intelligence étrangère, mais encore invisible, dans cet état, pour les yeux ordinaires.
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de /ois, avec la balance que le rniVlium perdait alors une partie de son poids et qne ce poids se retrouvait dans le corps matérialisé.
Le cas le plus singulier, resté jusqu'ici unique, est celui de Mistrèss d'Espérance chez qui ce transport s'est fait avec une telle intensité qu'une partie de son propre corps était devenue invisible. 11 ne restait, à la place, que le corps fluidique dont le double est seulement une ('•manation ; les spectateurs pouvaient le traverser avec la main, mais elle le sentait. Ce phénomène, poussé à sa dernière limite, amènerait la disparition complète du corps du médium et son apparition dans un autre lieu» comme on le rapporte dans la vie des saints. {Bilocation).
Dans les raatériaUsations de corps complet, ce corps est presque toujours animé par une intelligence différente de celle du médium (1). Quelle est la nature de ces intelligences ? à quel degré de la matérialisation peuvent-elles intervenir pour diriger la matière psychique extériorisée 'i Ce sont là des questions du plus haut intérêt, mais qui ne sont point encore résolues.
Je ne me dissimule point que je m'éloigne de plus en plus du domaine dans lequel un esprit •positif devrait se renfermer, d'après les scolastiques qui ont la préten-
1,1) Les phénomènes sont, en réalité, souvent plus compliqués que je ne l'indique dans ce schéma. Les foruaes humaines matérialistes peuvent en effet apparaître, successivement ou simultanément, en assez grand nombre, chacune d'elles paraissant animée par une intelligence différente.
tion de limiter la science aux faits qu'ils étudient et aux méthodes qu'ils emploient.
Mais n'est-elle point la Science par excellence, la science vers laquelle tendent tous ceux qui, osant porter leurs investigations sur des forces de plus en plus subtiles, commencent à entrevoir le moment où l'homme, assuré par des preuves expérimentales que, de son corps, peut se détacher pendant la vie quelque chose qui pense et qui sent, en conclura que ce quelque chose peut survivre à la destruction de sa chair, et remplacera alors par une conviction inébranlable l'acte de foi chancelant que lui demandent toutes les religions pour régler sa vie présente en vue d'une vie future ?