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Analyse et compte rendu de M. de Kranz

A. — Classificalio7i des 'phénomènes.

M. de Kranz a classé les phénomènes obtenus en dix

catégories, savoir :

1° Soulèvement partiel ou total d'une table, dont un ou tous les pieds quittent le sol ; diminution ou augmentation du poids d'une table suspendue à un dynanomètre.

et la sorcellerie, un livre très intéressant dans lequel sont exposées les expériences faites par Eusapia.

2o Mouvement d'objets non touchés par le médium.

a) — des tablettes. Observé par ;j personnes.

b) — d'une sonnette suspendue à un arceau à la

lumière. 14 personnes.

c) — de la même sonnette couverte d'un réseau en

fil de métal mince, 3 personnes.

(/^ — il'uu rideau. Demi-clarté, io personnes. e) — d'une petite table derrière le rideau, 13 personnes.

/■) — dun tambourin, d'une sonnette dans l'air au-dessus des personnes présentes. Dans l'obscurité, 10 personnes.

ff) — d'une gi-ande table. A la lumière, 8 personnes. h) — de chaises et autres objets soulevés sur la table et descendus à terre. Dans l'obscurité, 10 personnes.

?■) — de lunettes enlevées aux personnes présentes. Dans l'obscurité, 8 personnes.

k) — d'une très petite table. A la lumière, 6 personnes.

î) — d'une sonnette derrière le rideau, 14 personnes.

m) — Allumage d'une lampe électrique à distance. n) — Soulèvement d'une planchette posée sur la o) — table d'une légère planchette suspendue à une table autre par une charnière mobile. 3° Attouchements de personnes présentes : observés dans l'obscurité par lii personnes, à la lumière par 9 personnes. Vue d'une main matérialisée qui n'était pas celle du médium.

4° Sons divers sans l'intervention du médium :

a) claquements, bruits de chiquenaudes, de baisers,

Entendus par 10 personnes.

b) forts coups sur la table à laquelle était assis le

médium, 8 personnes.

c) mêmes coups sur la table ou dans une porte éloi-

gnées du médium, 10 personnes.

d) Sons d'un piano sans que le médium le touche,

6 personnes.

e) Sons d'un instrument à embouchure, 4 personnes . /) voix, ronflement, 6 personnes.

g) Son d'un accordéon, 4 personnes.

5° Soulèvement du médium sur la table, o personnes. 6'' Phénomènes lumineux, 13 personnes.

7° Signes apparaissant d'une manière anormale :

a) Sur le papier, 6 personnes.

b) sur une planchette ou des tablettes cachetées, 7 personnes.

c) sur les manchettes des personnes présentes, 7 per-

sonnes.

8° Souffle froid, 10 personnes.

9° Extériorisation de la sensibilité.

10° Nombres devinés par le médium.

B. — Lévitation de la table.

La lévitation de la table et les attouchements sont des phénomènes typiques du médianisme. Beaucoup d'autres phénomènes peuvent ne pas avoir lieu, même quand on les demande spécialement; mais les deux catégories citées apparaissent toujours, même contre le désir des assistants. La lévitation commence et termine toujours

la série des phénomènes. C'est ainsi que, sans parler des observations de ce fait dans l'obscurité, 12 personnes l'ont observé à une clarté suffisante et sans que le médium touche la table des pieds et des mains.

A Varsovie on s'est servi d'une table faite exprès dans ce but par ordre de M. Ochorowicz. Elle était en bois, sans peinture, oblongue, grande pour 6 personnes, de hauteur ordinaire ; elle se composait d'une planche posée, saîis saillie de bords, sur quatre pieds unis par des traverses, sans aucun autre accessoire, et pesait 2o livres.

Eusapia se met debout ou s'asseoit presque constamment du côté étroit de la table, disant que la lévitation ne lui réussit pas du côté large ; puis les assistants forment la chaîne, avec les mains ; les deux voisins immédiats d'Eusapia prennent chacun par une de leurs mains une des mains d'Eusapia, un peu en avant de la paume, et elle met ses pieds sur ceux des voisins. Les mains d'Eusapia reposent sur la table près des bords.

On attend lo, 30 minutes, parfois plus longtemps ; sur le demande du médium, on cause, on chante un air populaire napolitain (Sa7ita Lucia), on joue du piano, Eusapia remue beaucoup pendant ce temps.

Apparaissent alors les symptômes hystériques. La table, après quelques oscillations, s'élève à la hauteur de 30 centimètres à peu près, et de 40 centimètres au maximum, se balance légèrement en l'air pendant quelques secondes et retombe avec bruit, presque toujours sur les quatre pieds d'un coup. Sa position dans l'air est presque horizontale, mais les pieds du côté opposé au médium s'élèvent visiblement de quelques centimètres plus haut que du côté du médium. Souvent, avant,

pendant ou après les oscillations de la table, la robe d'Eusapia (quand elle est assise) commence à se gonfler, puis on voit s'avancer vers le pied de la table comme une langue large à peu près de 3 centimètres qui, couverte de la robe noire, se met sous le pied de la table et l'élève.

Cependant les clioses ne se passent pas toujours ainsi. M. Mathuszewski écrit : «J'ai vu plus de dix fois la table élevée en baut au moment où le médium ne la touchait ni des mains ni des pieds. En contrôlant, à l'aide des mains, les pieds d'Eusapia, j'y ai toujours senti une forte tension et comme un effort violent mais réprimé, d'effectuer le mouvement nécessaire pour soulever la table par les moyens ordinaires, mouvement qui pourtant n'a jamais lieu. L'effort paraissait proportionnel à l'intensité du phénomène. » Le D' Higier témoigne : « Une seule fois j'ai vu la lévitation de la table dans les circonstances suivantes : lumière à peu près suffisante ; le médium vêtu d"un jupon hlanc du côté large de la table ; les contrôleurs tenaient leurs mains sur le genoux du médium ; j'étais assis vis-à-vis du médium. Tension considérable des muscles des cuisses et des mollets pendant la lévitation, mais sans trace de contact avec la table. » Enfin M. OchoroAvicz raconte : « Le 20 décembre, Eusapia, vêtue d'un court jupon blanc de ma femme et de bas couleur de bronze, mais sans chaussures, était assise non sur une chaise comme d'habitude, mais sur un divan bas matelassé devant le côté large de la table. Les genoux d'Eusapia, réunis, étaient également distants de 2o centimètres environ des pieds voisins delà table ; et à peu près à la même distance du bord inférieur de la traverse qui est de son côté. J'étais

Exp. PB VARSOVIE. 1893-94. 145

assis à la gauche du médium, Swieucicki à droite ; les autres assistants formaient une chaîne en forme de demicercle ouvert, en découvrant entièrement le large cùt('' de la tahlc. Les mains d'Eusapia reposaient sur ses genoux et chacun des deux contrôleurs (Swiencicki et moi) tenait, d'une de ses mains, une de celles du médium avec un de ses genoux; en outre, nos genoux touchaient les siens, et ses pieds reposaient sur les miens qui étaient largement écartés pour faire voir la position. Personne (et spécialement Eusapia) ne touchait la table, ni par la main, ni parle pied, ni parle jupon. Dans ces conditions, à la lumière obscurcie mais permettant aux plus proches de voir toutes les formes, la table, sans oscillations préalables, s'éleva des quatre pieds à la fois, tout à fait horizontalement ; cette lévitation se répéta trois fois dans les conditions analogues.

« Dans la même séance, Eusapia, assise du côté large de la table, s'écria soudain : — « Maintenant je vais lever la table à l'aide du genou gauche ! « — ■ Elle s'avança la jambe sous la table, leva le genou gauche, et la table, dont la planche était à un quart d'aune au-dessus de son genou, exécuta le même mouvement. Le genou s'éleva d'environ 15 centimètres, et la table au moins de 20 centimètres. — « Je la lèverai maintenant à l'aide des deux jambes ! x — cria Eusapia encouragée par le succès. Et elle étendit les jambes raides en avant de façon que les jambes passèrent de l'autre coté de la table où elles furent vues distinctement par les assistants ; s'inclinanl alors en arrière, elle leva les deux jambes raides et unies. Avec elle la table, que personne ne touchait, se leva et retomba. Eusapia était alors à l'état d'hypnose, car, le lendemain, elle ne se souvenait point de ces cx-

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périences et m'affirmait que la lévitation était impossible dans ces conditions. »

Le D"" Ochorowicz employa, pour contrôler mécaniquement les mouvements des pieds d'Eusapia, l'appareil suivant : Deux boîtes à cirage profondes et droites furent placées sous la table et Eusapia y mit ses pieds, sans chaussures. Les boîtes avaient des fonds doubles et étaient munies d'un dispositif électrique tel qu'on pouvait y manœuvrer librement les pieds en les promenant de deux pouces dans toutes les directions ; mais, si l'on voulait sortir le pied de la boîte, la sonnette électrique se mettait à sonner dès la moitié du chemin à parcourir pour celaet ne se taisait que lorsque le pied était retourné à sa place. Eusapia ne peut pas se tenir absolument tranquille pendant les séances : elle avait ainsi la liberté de ses mouvements, mais il lui était absolument impossible de se servir des jambes pour lever la table. Dans ces conditions, la table pesant 2o livres se leva deux fois sans que la sonnette se fît entendre ; pendant la seconde lévitation on photographia la table d'en bas. On voit sur la photographie les quatre pieds de la table ; le gauche est en contact avec la robe d'Eusapia, comme cela a toujours lieu quand la lumière est vive, mais les boîtes avec les pieds du médium sont à leur place. Immédiatement après l'expérience, les assistants vérifièrent que la sonnette se faisait entendre, non seulement quand on sortait le pied, mais encore quand on l'élevait trop haut dans la boîte.

M. Ochorowicz mentionne des lévitations de la talile obtenues par Eusapia, les pieds liés et tenus sous la table par une personne qui y restait à genoux, d'autres avec les deux pieds visibles à la lumière.

E.\i\ itn VAKsoviE. 1893-94, 147

La lévitation s'est produite aussi sous plusieurs autres formes. Ainsi les deux pieds de la table qui se trouvaient près d'Eusapia debout s'élevaient très haut et la table s'appuyait sur les deux autres faisant avec le plancher un angle de 45°. Les mains de tous les assistants s'élevaient alors au-dessus de la table en cessant de la toucher. Seules les mains d'Eusapia et des contrôleurs reposaient sur la table près des bords. Elle enlevait tantôt lune de ses mains tantôt l'autre comme en jouant.

Pour mesurer la diminution et l'augmentation du poids de la table dues à l'influence du médium, on la suspendit à un dynanomètre rattaché, à l'aide d'une corde, à un croc fixé dans le plafond. La table s'accrochait au d}Tianomètre par un autre croc, vissé près d'un bord de la table, dans une série d'expériences ; ou au centre de la table dans une autre série.

Dans le premier cas les deux pieds du côté opposé au dynamomètre s'appuient sur le plancher et Eusapia se met debout du côté du dynamomètre qui est en l'air. Elle met ses doigts sous la traverse, la touchant d'en bas ; la table s'avance vers elle sans changement de poids ; alors elle recommande de tenir les pieds opposés et enfin le dynamomètre accuse une augmentation de poids de 7 à 8 livres. Elle produit le même effet quand ses doigts touchent la traverse par leurs côtés supérieurs ou quand ils en sont séparés par les doigts des contrôleurs ; pas de contact avec la robe, lumière moyenne mais suffisante.

Une dimùiution de poids de 6 à 7 livres a lieu quand le médium met sa main sur la table; le gonflement de la robe se glisse alors sous un des pieds de la table.

Cette catégorie de phénomènes a été vue par 8 personnes (1).

Dans le deuxième cas, celui de la table suspendue par le centre, les lévitations et gravitations ont été vues par sept personnes et ont donné lieu à la remarque suivante de M. Reichman. « Eusapia pose les mains sur la table. Après une longue attente, la table s'élève ; le dynamomètre montre une diminution de poids. Placé de l'autre côté et regardant sous la table, je vois le contact de la robe : Eusapia, qui est debout, exécute quelques mouvements involontaires comme quelqu'un qui cherche son équilibre. »

M. Matuszewski fait une courte mention des changements de poids qui eurent lieu sans que la table fût touchée d'une façon quelconque et qui seuls lui parurent décisifs.

M. Ochorowicz en donne la description suivante. « Le

(1) Voici comment M. de Siemiradzki m'a décrit cette expérience importante :

Deux bougies allumées avaient été disposées sur le parquet. Eusapia s'avança et toucha d'abord la table à plusieurs reprises comme pour lui communiquer son fluide ; puis elle les en détacha complètement et les souleva à la hauteur de 10 à 15 centimètres. La table balança et suivit le mouvement des mains du médium ; nous pûmes nous convaincre qu'entre les mains d'Eusapia et la table, il n'existait aucun lien matériel (ficelle, cheveux, etc.). L'opération en sens inverse réussit parfaitement ; le bout de la table qui était suspendu en l'air s'abaissait verticalement, malgré la résistance du dynamomètre, en suivant les mouvements d'Eusapia agenouillée en pleine lumière devant la table. Ses mains, la paume tournée A-ers le parquet, semblaient faire des efforts comme pour tirer en bas la table au moyen d'attaches invisibles.

Dans de telles conditions, il est absolument impossible de supposer l'existence d'un^ truc.

31 décembre, la lumière n'était pas affaiblie. Eusapia avait les pieds soigneusement liés à l'aide d'un ruban blanc à traversles bottines complètement déboutonnées; le bout libre de ruban, tendu de façon à éloigner les deux pieds d'Eusapia du pied gauclie de la table, était tenu par un des assistants. On recouvrait en outre les les deux pieds de la table par la main. Dans ces conditions, et sans aucun mouvement en arrière ou en avant, la pression exercée sur le dynamomètre par la table qu'Eusapia ne toucliait point, diminua sous l'influence de ses mains serrées en l'air l'une contre autre, de 7, S à 0, puis la pression augmenta et revint à 6,5, oîi elle resta stationnaire quelques instants, pour remonter encore jusqu'à 9,5 et à 10. Nous avons remarqué que la robe se gonflait ; ce que j'aidais moi-même en tenant les plis dans ma main, mais les jambes du médium restèrent immobiles. »

M. Ochoro^^'icz ayant placé sur la table un dynamomètre enregistreur elliptique, chacun des spectateurs présents, parmi lesquels se trouvait M. de Siemiradzki, essaya sa force sur l'instrument. Eusapia fit de même.

Au bout de quelques instants le dynamomètre grinça sous une étreinte vigoureuse et, en consultant l'index de l'instrument on constata que la force déployée pour amener l'aiguille au point indiqué était trois fois supéo'ieureh la force indiquée pour Eusapia et notablement plus considérable que celle de M. Ochorowicz luimême qui était le plus fort des assistants.

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