II. — LES DEUX MÉDIAMSMES ET LES SOURCES DE LA FRAUDE
Les expérimentateurs de Cambridge n'admettent dans leur rapport que deux alternatives : le vrai phé?iomè7ie et la fraude consciente.
C'est simple — et pour les gens du monde c'est suffisant. Mais, dans une assemblée scientifique, on devrait savoir que la chose est beaucoup plus compliquée.
Devant cette négligence, tout à fait inattendue, des savants de Cambridge, le lecteur me permettra de préciser un peu quelques notions fondamentales.
Dans le vaste champ des phénomènes dits spirites, il faut distinguer les catégories suivantes :
a) Fraude consciente à la William.
b) Fraude inconsciente : )
,,,..., .,, ( Médianisme.
à 1 état de veille : /
- ,.-. t 1 , \ d ordre inférieur,
a 1 état de transe : '
c) Fraude ijartielle, automatique f Médianisme.
d) Le phénomène pur ) d'ordre supérieur.
Les rapporteurs de Cambridge n'ont trouvé chez E. P. que la première catégorie. Moi, je prétends, au con-
traire, que (du moins jusqu'ici) on a trouvé chez E. P. toutes les autres, sauf la première. Entrons un peu dans les détails.
o) La fraude consciente n'appartient pas à la science. Elle est généralement facile à constater, quand il ne s'agit pas d'une représentation publique, observée de loin. Une bonne fouille avant et après la séance, l'élimination des compères et une surveillance active des mouvements du prestidigitateur, avec connaissance des trucs professionnels, suffisent. Dans les cas simples (sans appareils), elle peut cependant être confondue avec la fraude inconsciente.
/') La fraude inconsciente peut-elle être aussi rusée que la simulation préméditée '^ Pourquoi pas ! Même davantage. M. E. von Hartmann n*a-t-il pas dit : « L'inconscient ne se trompe pas i » Et réellement, la précision, l'adresse, la finesse, la prévoyance même des actions instinctives sont en général plus parfaites que celles des actions conscientes.
En prétendant que E. P. triche sciemment, a-t-on donné une preuve quelconque de cette accusation ?
Aucune. Dans les déclarations publiées par le /ou>vm^ of tlie S. P. R. (octobre et novembre l89oj je ne trouve, en fait de preuves, que l'observation suivante :
« La fraude a été employée aussi bien en dehors de la transe, que dans la transe, vraie ou simulée, et elle fut appliquée avec tant cV adresse que la pauvre femme a dû la pratiquer longtemps et soigneusement ».
Les expérimentateurs ne savent même pas si la transe était vraie ou fausse — ce qui n'est pas étonnant, puisqu'ils n'ont fait aucune étude médicale du médium, et,
si je ne mo trompe, il n'y avait parmi eux personne ayant l'iiabitudc de divers états hypnotiques. Mais puisqu'ils admettent hi possibilité de la transe vraie, ils devraient s'apercevoir qu'il est illogique de supposer la fraude co?isciente en état de transe !
La fraude inconsciente a ceci de particulier qu'elle ne laisse aucun souvenir à l'état normal. A-t-on essayé à Cambridge de vérifier si E. P. garde après les séances un souvenir quelconque des phénomènes? Non, n'est-ce pas? Eh bien, ce ne serait pas encore une preuve de préméditation, car le médium peut se souvenir des effets produits et ne pas se souvenir des mouvements inconscients qui en furent la cause. Lorsque plusieurs personnes se mettent autour d'une table et ont la patience d'attendre la fatigue de leurs mains, posées dessus avec l'idée fixe d'obtenir un mouvement du meuble, elles finiront toujours par avoir quelques mouvements, sinon une danse complète de la table, en raison des contractions involontaires et inconscientes de leurs muscles. Les assistants vont s'accuser réciproquement de fraude, et il se peut que tous soient de bonne foi. Dans l'expérience du pendule tenu entre deux doigts, c'est le sujet qui s'abuse lui-même, en croyant que le pendule marche tout seul (1).
Dans les expériences si intéressantes de Citmberlandisme ou divination apparente des pensées ce n'est pas le magicien qui noustrompe.il devine l'endroit ou la personne, tout simplement d'après les indications in-
1) M. OchoroAvicï est peut-être ici un peu trop exclusif. Le lecteur soucieux d'approfondir cette question devra lire les travaux de Reichenbach et spécialement celui que j'ai publié sous le titre : Les effluves odiques. A. R.
conscientes de nos muscles. C'est la personne qui pense à l'objet caché, quelquefois avec l'idée de démasquer le magicien ; c'est elle qui triche sans s'en douter, puisque c'est elle qui prétend ne pas avoir donné le moindre signe, tout en indiquant par les vibrations de sa main l'endroit où l'objet avait été caché. Quelquefois cette inconscience va plus loin encore. Une dame, qui m'avait très bien conduit dans les expériences du Cumberlandisme et avait juré de ne plus faire le moindre signe inconscient, commence en arrivant près de l'objet caché (je tenais légèrement sa main droite) par m'indiquer du doigt la direction. — Je cherche un peu trop haut : sa main fait le signe de négation. — Je m'abaisse ; Oui, dit la main. — Et enfin, en pliant le doigt comme pour soulever le vase sous lequel était caché un bout de papier, elle me l'indique carrément.
Inutile de dire que je l'ai trouvé.
— C'est extraordinaire ! fit la dame ; cette fois-ci je suis absolument certaine de ne pas avoir donné la moindre indication...
Quel bonheur que cette dame, une personne très intelligente et très consciencieuse, n'ait pas été exposée à une étude semblable à celle de Cambridge. Elle eût été proclamt^e fourbe par tout le monde.
M. Lodge rappelle un petit incident de l'île Roubaud, sur lequel je donnerai quelques détailtî, car, malgré son caractère enfantin, il est très instructif et il n'a pas été bien compris.
Un jour (c'était le 22 juillet), le lendemain d'une séance fatigante, E. P. nous appelle inopinément, M. Lodge, M. Myers et moi, dans l'autre chambre, « car, dit-elle, on y entend des coups dans la table ».
EXP. DE CAMBRIDGB. 1895. 233
Nous arrivons ; E. P. se met à côté d'une grande table renversée, et nous entendons les coups frappés ; seulement, il ne fut pas difficile de remarquer que c'était elle-même qui frappait à l'aide de sa bottine. Lorsque je lui fis cette observation, elle recula un peu, tout en niant le fait.
— « C'est étrange tout de même, dit-elle, quelque chose poîisse 7)1071 jiied vers laiahle. Sentite ! Sentite !... » Elle était tellement sûre du « phénomène » qu'elle insista, afin que je lie son pied avec le mien à l'aide d'un cordon. Et quand cela fut fait, je sentis qu'elle tirait le cordon en tordant son pied ; elle le tournait de façon à pouvoir frapper la table avec son talon...
C'était évident pour tout le monde, sauf pour ellemême — et elle haussa les épaules, lorsque je lui dis que ça n'avait pas d'importance et que ce n'était pas la peine de continuer. On aurait pu croire à une plaisanterie de sa part, tandis que c'était sincère. J'ai vérifié d'ailleurs à Varsovie, à l'aide des appareils électriques, qu'il suffit à E. P. de rester quelques minutes immobile, pour perdre le sentiment de ses pieds ; et alors elle exécute divers mouvements déréglés, sans s'en douter. On devinera facilement que durant une séance, ces mouvements paraîtront suspects ; d'autant plus, qu'alors ils suive7it les représentations motrices, qui gouver7ie7it à un mo- 7nent don7ié Vitnagi7iation du inédhim.
J'ai vu des médiums taper avec leur poing sur la muraille, devant les témoins, tout en prétendant que c'était « l'esprit » qui tapait.
Un étudiant en droit, médium d'ordre inférieur, s'appliqua, en vue de tout le monde, un soufflet, dont il était très effrayé. Il n'était pas en transe constante, et il s'obs-
tinait à nous convaincre que c'était l'esprit de la Xanthippe, femme de Socrate, qui lui avait infligé cette admonestation.
Ce sont des choses bien drôles, assurément, mais ce sont des faits psydio logique s qu'il faut connaître avant d'aborder l'étude du médianisme supérieur.
Un soir, à Varsovie, E. P. dort dans sa chambre àcôté de la nôtre ; moi, je ne dormais pas encore, et tout à coup j'entends qu'elle se lève et se promène, pieds nus, dans l'appartement, puis rentre dans sa chambre et s'approche de notre porte. Je fais semblant de dormir et je fais signe à M"" Ochorowicz, qui s'est réveillée, de rester tranquille et de bien observer ce qui va suivre. Un moment après E. P. ouvre doucement la porte, s'approche de la toilette de ma femme, ouvre un tiroir, le referme et s'en va, en évitant soigneusement de faire du bruit. Je m'habille à la hâte et nous entrons dans sa chambre. E. P. dort tranquillement. La lumière de notre bougie semble la réveiller : — « Qu'as-tu cherché dans notre chambre à coucher ? — Moi ? je n'ai pas bougé de place. »
Voyant l'inutilité d'un plus long interrogatoire, nous regaguons nos lits, en lui recommandant de dormir tranquillement.
Le lendemain je lui pose la même question. Elle en est tout étonnée et même troublée (elle rougit légèrement) — « Gomment oserais-je, dit-elle, entrer dans votre chambre, dans la nuit ! »
Cette accusation lui est très pénible et elle cherche à nous persuader par toute sorte de raisons insuffisantes, que nous nous trompons. Elle nie tout, et je suis obUgé de reconnaître qu'elle ne se rappelle ni de s'être levée,
EXI>. DE CAMBRIDGE. 1895. 235
ni mcme d'avoir causé avec ?ious (c'était déjà uu autre état somnaïubuliquc).
Je prends une petite table et j'ordonne à E. P. de mettre ses mains dessus.
— « C'est bien, dit-elle, Jolin vous dira que je ne mens pas ! »
Je pose les questions :
— « Est-ce toi, John, qui es entré, cette nuit, dans notre chambre à coucher 1
— Non.
— Est-ce la femme de chambre '? (Je suggère cette idée exprès pour mettre à l'épreuve la Véracité de John).
— Non, dit-il.
— Est-ce le médium lui-même?
— Oui, dit la table... a Non, ce n'est pas vrai », s'exclame E. P. eu voyant son espoir déçu. — « Si ! » répond la table avec force.
— Est-ce dans l'état de transe?
— Non.
— Dans son état normal ?
— Non.
— Dans un état de somnambulisme spontané ?
— Oui.
— Dans quel but ?
— Pour aller chei-cher les allumettes, car elle avait peur dans son sommeil et ne voulait pas dormir sans lumière.
Et réellement il y avait toujours des allumettes dans le tiroir ouvert par E. P., sauf cette nuit par exception ; elle est donc retournée sans rien prendre.
En entendant l'explication de la table E. P. haussa les épaules, mais ne protesta plus.
Voilà donc une femme qui est capable de se trouver d'un moment à l'autre dans un état psychique tout à lait différent. — Est-il juste d'accuser une pareille créature de fraude préméditée, sans le moindre examen médical et psychologique, sans le moindre essai de vérification?...
c) Voici maintenant une catégorie qui doit nous intéresser spécialement. Il s'agit de la fraude apparente, partielle ou incomplète, des mouvements automatiques suspects, mais non frauduleux dans le sens propre du mot.
A Cambridge on a constaté queE. P. délivre sa mam, lorsqu'on la laisse faire. C'était connu ; bien qu'on ne l'ait jamais laissé user si longtemps de cette liberté. Après avoir délivré sa main, en fait-elle toujours un usage frauduleux"? Les rapporteurs de Cambridge nous le donnent à croire, mais sans preuves suffisantes.
En effet, ils se trompent. Ainsi quelquefois la main délivrée va jusqu'au point visé, touche elle-même, soulève ou transporte elle-même — mais pas toujours. Dans le premier cas c'est la fraude inconsciente complète, dans le second cas, c'est la fraude inconsciente incomplète constatée à Varsovie et dans l'île Roubaud et méconnue complètement à Cambridge. En voici quelques exemples :
1° A Varsovie, le 17 décembre 1893, le D' Mayzel, contrôleur du côté gauche, a eu ses lunettes enlevées. Il tenait la main gauche tout entière. Les lunettes ont été passées au D'' Dunin, assis un peu plus loin, également à gauche. Ce dernier, en prenant les lunettes, avance sa main et attrape la main gauche de E. P. Le médium,
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sans se débattre, demande la lumière. Je l'allume et on vérifie :
Que le D'" Dunin tient la main gauche de E. P. avec la main droite du D'' Mayzel qui ne l'a pas quitté un instant ;
Que la main droite est tenue bien séparément par le contrôleur de droite, le D'" Harusewicz ;
Qu'au moment de l'enlèvement des lunettes, la main de E. P. a fait itn petit inouveinent vers le haut, mais SANS QUITTER LA TABLE ct saus lâchcr soH Contrôleur ;
Qu'au moment où les lunettes ont été passées au D' Dunin, la main gauche du médium s est avancée dans cette direction, mais sans atteindre le D"" D. et sans quitter le D"" M. C'est à ce moment qu'elle a été attrapée par le D'' D. qui, pour cela, avança sa main droite de plusieurs centimètres.
Par conséquent, il y a eu rapprochement de la main dit médium, vers les points visés, mais sans possibilité de contact immédiat.
2° A Varsovie, le 27 décembre, je suis couché sous la table et je tiens les deux pieds de E. P. Un peu avant la lévitation de la table, le pied gauche essaye de se délivrer. Je le serre un peu ; il est sensiblement hypéresthésié ; il s'arrête. Il s'éloigne de nouveau ; je le laisse aller, en l'entourant légèrement des doigts de ma main droite. — Il va dans la direction du pied gauche de la table, le touche, revient à sa place, devient froid ; et ce n'est qu'à ce moment que la lévitation a eu lieu.
3° Le 2o septembre, à Carqueiranne, je suis dans la même position sous la table. Le piano est derrière et à gauche du médium. A un moment donné, le pied gauche essaye de se délivrer ; je ne le quitte pas, en le
tenant légèrement ; il fait quelques centimètres de chemin dans la direction du piano, devient froid — j'annonce un phénomène à gauche ! — Le pied se contracte avec effort, et à chaque mouvement du talon correspond une notç jouée sur le piano. — Si j'avais lâché le pied contrôlé (comme on le faisait à Cambridge) j'aurais cru qu'il était allé jusqu'au clavier du piano.
Il existe encore chez E. P. un autre genre de fraude inconsciente partielle ; il y a dédoublement de la main du médium, mais c'est sa main matérielle qui touche la personne visée ou transporte l'objet, tandis que le contrôleur n'est en contact qu'avec la main médianique.
Une fois, M. Richet et moi nous avons été en contact prolongé avec trois mains du médium. John se mit à rire et nous prouva que c'était sa main à lui que nous avions prise pour la troisième main du médium. Ce fait a été observé une fois à Varsovie, et beaucoup plus tôt et à plusieurs reprises par M. Chiaïa à Naples.
Voici ce qu'il m'écrit à ce sujet: «Pendant dix ans d'expériences, faites presque journellement avec E., j'ai pu constater plusieurs fois des résultats, non seulement nuls, mais contradictoires. Au commencement, ma foi a été très souvent mise à une dure épreuve et j'ai subi d'amères désillusions, jusqu'au moment où j'ai dû me convaincre de la parfaite bonne foi du médium, qui devient un instrument absolument passif de cette force occulte et intelligente qui l'assiste et qui se fait appeler John. Cette force ou esprit, comme il a'ous plaira de la nommer (1), peut produire directement tous les divers
(1) Pour moi ce u'est ni une personne étrangère au médium,
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pliénomones physiques, lorsqtieAle trouve les conditions 7nédianiques favorables ; clans le cas contraire elle se sert très souvent des bras et des mains du médium, pour ne pas trop Vépuiser ».
M. Chiaïa raconte, entre autres, le fait suivant : Tout en croyant sentir la main de E. P. sur la sienne, il voit le bras délivré du médium. Il l'attrape ; le médium subit une secousse momentanée, mais reste impassible et immobile, en prétendant qu'il n'a pas bougé. M. Chiaïa lui fait des reproches, menace de l'abandonner, etc. ; alors elle tombe en transe — et John explique que c'était sa main fluidique qui restait sur celle de M. Chiaïa, tandis qu'il s'était servi de la main du médium pour produire les attouchements, ce qui lui épargnait la tâche de matérialiser complètement la sienne. « Il m'a proposé alors, raconte M. Chiaïa, de tenir les deux mains d'E. serrées dans une des miennes, et m'a ordonné de soulever bien en l'air mon autre bras — ce que j'ai fait et je me suis senti prendre par une main, qui ma tiré en haut fortement, par les bouts des doigts » (Ecrit le 2 oct. 1893).
La déclaration franche de M. Chiaïa a suffi pour exciter l'ambition du médium, et pour contraindre John à lui donner un phénomène correct.
Précisons maintenant la question essentielle : Pourquoi le médium essaie-t-il si souvent de dégager sa main ?
ni une force nouvelle inflépend.intc et occulte, mais un état psychique spécial qui permet au dynamisme vital du médium (« corps astral » des occultistes) d'agir à distance dans certaines conditions exceptionnelles. C'est la seule hypothèse qui me paraît nécessaire, dans l'état actuel de mes connaissances. 3. 0.
Pour les expérimentateurs de Cambridge la cause en est bien simple et toujours la même : il dégage sa main pour tricher. En réalité, les causes de la délivrance sont multiples et compliquées.
l** Faisons observer tout d'abord que E. P. dégage souvent sa main, rien que pour toucher sa tète qui souffre aux moments des manifestations. C'est un mouvement réflexe naturel ; et, chez elle, c'est une habitude invétérée. Comme, le plus souvent, elle ne s'en aperçoit pas, ou du moins ne prévient pas le contrôleur, l'obscurité justifie les soupçons.
2° Immédiatement avant le dédoublement médianique, sa main est hypéresthésiée, et par conséquent la pression d'une main étrangère lui fait mal, surtout du côté dorsal ; elle place donc, le plus souvent, la main qui doit être active médianiquement, au-dessus et non audessous de celle du contrôleur, en cherchant à la toucher le moins possible. Lorsque le dédoublement est complet et la main dynamique plus ou moins matérialisée, celle du médium se crispe et appuie avec force sur le contrôleur, juste au moment du phénomène. Elle est presque insensible alors et contracturée. Dans de très bonnes conditions médianiques, le dédoublement est facile et l'hypéresthésie initiale de courte durée ; dans ce cas, le médium permet d'embrasser sa main complètement et de mettre les pieds des contrôleurs sur les siens, comme nous faisions toujours à Rome en 1893 ; mais, depuis, elle ne supporte plus cette position et préfère plutôt être tenue par les mains sous la table.
3° Suivant les lois psychologiques, la main va toujours, automatiquement, dans la direction de nos pensées {Cumberlandisme). Le médium agit par auto-sug-
i-;m'. ni- cAMi'.uiDc.i-:. 1805. 241
gestion, et rordrc (l'aller jiis(iir;i un point visé est douné l)ai' son cci'venu, en même temps à la main dynamique et à la main corporelle, puisque à l'état normal elles ne fout ([uuu. Et comme immédiatement après l'hypéresthésie initiale, son sentiment musculaire s'émousse et que la main devient engourdie, il arrive, surtout lorsque le médium procède négligemment et ne gouverne pas assez ses mouvements, que la main dynamique reste sur place, tandis que c'est sa main propre qui va dans la direction visée. La première, n'étant pas matérialisée, ne produit qu'un simulacre de pression et une autre personne, capable de voir un peu dans l'obscurité, n'y verra rien et même pourra constater par le toucher l'absence de la main du médium sur celle du contrôleur. En même temps la main du médium va dans la direction de l'objet — et il se peut encore fjuelle ne Vatleiyne pas réelleinent, en agissant à dislance par un prolongement dyna-inique.
C'est ainsi que je m'explique les cas où la main, étant délivrée, nu pas pu cependant atteindre le point visé, physiquement inaccessible, et les nombreuses expériences faites à Varsovie en pleine lumière, avec une clochette diversement suspendue, avec des boussoles de iormes différentes, avec une toute petite table de quelques lentimètres, etc., expériences dans lesquelles les doigts deE. P. étaient tout près, mais ne touchaient pas l'objet. J'ai vérifié qu'il n'y avait là en jeu aucune force électrique, mais que les choses se passaient comme si les bras du médium s'allongeaient en agissant invisiblement mais ?nécaniqiiement. Inutile de dire qu'on a d'abord mis hors de doute l'absence des cheveux. lils, etc.
Rapprocher sa main de l'objet visé dans la pensée, c'est donc encore une action réflexe, instinctive et inévitable s'il n'y a pas d'obstacles. Pour l'arrêter il faut : ou bien un obstacle mécanique (le contrôleur) ou bien un empêchement psychique (l'attention même du médium, suffisamment éveillée et excitée).
4° Indépendamment de l'hypérestésie cutanée initiale, tout le processus de dédoublement, de déchirement physiologique entre le bras et son dynamisme, s'accompagne de douleur et demande un certain excès des forces nerveuses. Lorsque le médium est épuisé, ou seulement lorsqu'il agit avec nonchalance, c'est-à-dire ■>;ans un effort spécial de sa volonté somnambulique, il affranchira sa main tout simplement pour frauder et il exécutera la substitution aussi adroitement que possible, parce que c'est beaucoup moins fatigant, et parce qu'on le lui permet. Puisque le jibénomène vrai s'accompagne de douleur — pourquoi ne pas l'éviter, quand on trouve des contrôleurs aussi complaisants que M. Hodgson %
Telle est la logique de l'Inconscient du médium, qui, sans être morale est tout à fait physiologique. Ainsi il faut le savoir une fois pour toutes : sans une excitation spéciale contraire, propre ou étrangère, le médium trie fiera toujours, automatiquement, même à l'état de veille, qui, étant un état mixte et non simple, peut être interrompu par la transe momentanée et intermittente.
A Varsovie, lorsque un de mes amis, M. Glowacki, se mit dans la tête « qu'il fallait laisser faire le médium, pour découvrir sa méthode » nous avons eu toute une séance frauduleuse et nous avons perdu notre temps inutilement. Au contraire, on a dû remarquer que dans notre mauvaise séance de l'ile Roubaud, nous avons
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obtenu quelques bons phénomènes, après avoir franchement déchiré au médium qu'il trichait.
On verra dans la suite l'importance de cette observation.
§ III. — DE QUOI DKPÉND LA VALliUR DES SÉANCES
Il est impossible, dans une étude relativement sommaire, de disséquer toutes les influences pouvant modifier l'action d'un médium.
J'espère cependant avoir mis en évidence les agents principaux dans les observations suivantes.
A). Les assistants.
1) Le meilleur 7iombre des assistants pour les séances avec E. P. est de 5 à 8. Si mes essais dynanométriques — qui ont encore besoin d'être répétés par d'autres — ne me trompent pas, en voici la raison : après chaque séance les assistants perdent une partie de leur force, et le dynamomètre nous donne une idée approximative de cette perte. La somme des pertes individuelles corresliond à peu près à la force 7noyenne d'un homme ; comme s'il s'agissait de créer un organisme dynamique à part, aux dépens des assistants, y compris le médium, Avec un seul participateur, il n'y a rien ou presque rien (chez E, P.) ; deux se fatiguent beaucoup et fatiguent beaucoup le médium ; avec '6-8 la perte se repartit modérément et le médium s'épuise moins — mais un nombre plus grand est préjudiciable, car il rend de plus en plus difficile tme certaine harmonie {(\\iQ\.(\ViQ
^44 PREMIIÎRE PARTIE
chose dans le genre de ce que les magnétiseurs appellent ((rapport ») qui doit régner entre les assistants. Et puis, une foule empêche l'unité du contrôle, ce qui est encore une condition essentielle. Dans les S(îances médianiques, une seule personne, déjà expérimentée, doit garder la dïrecAion de la séance ; autrement on perdra beaucoup de temps pour rien.
2) Les assistants ne doivent pas être malades, fatigués, sommeillants, etc. Une personne débile ou épuisée gagne au dyanomètre en faisant partie de la chaîne, au lieu de faire profiter « John » de sa force. Ce dernier élimine toujours les personnes, même très sympathiques pour lui, si elles ont sommeil par suite de fatigue ; ce qui, cependant, au point de vue de la fraude, devrait lui convenir. Une activité modérée{ « Parlate ! ») favorise les manifestations ; mais, naturellement, il faut faire attention que le contrôle n'en souffre pas ; on peut précisément parler du contrôle en évitant les exclamations, les discussions vives et tout ce qui pourrait troubler l'état psychique du médium par des éléments émotifs. En général, on ne doit pas adresser la 'parole au médium, à moins que ce soit pour des faits importants du contrôle.
3) La foi n'est pas du tout nécessaire. Ce qui est nécessaire, c'est une certaine bienveillance et surtout l'impartialité. On ne peut pas nier cependant que la foi favorise les manifestations. Je me rappelle, par exemple, deux séances consécutives à Varsovie : lune, dans une assemblée de médecins scepticiues ; Tauire dans une société de spirites.Il n'y avait pas de comparaison quanta la force, la richesse et même l'évidence des phénomènes!
Kxr. i)H CAMBKiDGi:. 189Î3. 245
Le iiK'tlinm s'exclamo souvont : « Ajutato me 1 » (Aidez-moi !) ol il faut être bien faible observateur pour douter de la sincérité de ce cri. Oui, le médium a besoin qu'on l'aide, qu'on l'aide par la pensée et par un sentiment bienveillant, non par un sentiment de fausse politesse, mais par l'unification des efforts mentaux vers le même but. Le médianisme supérieur tout entier estil autre chose qu'une création psycho-physique collective ?
4) Un point spécial, très important, et qui est en rapport avec ce que je viens de dire tout à l'heure, est le suivant : il ne faut pas trop forcer le contrôle dès le début. Le médium a besoin d'une certaine liberté pour entrer en transe et pour développer son action. Si, dès le commencement, on l'immobilise trop, si on l'entoure de tous les côtés en la regardant dans les yeux et en suivant ses moindres mouvements, on risque d'attendre longtemps et on ne verra rien de bon ; car il s'énerve, s'effarouche et s'épuise inutilement. D'ailleurs, cette faron d'agir prouve l'ignorance complète du médianisme, car les 'premiers phé7iomènes médianiqiies sont toujours d'ordre inférieur, c'est-à-dire ne consistent qu'eu contractions inconscientes des muscles, qui pressent ou poussent mécaniquemeyit . Par conséquent, au point de vue de l'observateur, cest de la fraude, nécessairement. Il faut donner au médium le temps de traverser les différentes phases de dédoublement physiologique, qui constituent le processsus du médianisme, à savoir :
a) Dédoublement entre le cerveau et les centres automatiques.
b) Dédoublement entre la conscience et les représentations ou auto-suggestions somnambuliques.
c) Dédoublement entre le dynamisme de ses membres et ces membres eux-mêmes.
Avant d'arriver à ce dernier point, qui constitue le nœud du médianisme supérieur, le médium doit nécessairement tricher, car il ne se rend bien compte, ni de la position de ses membres, qui deviennent tantôt hypéresthésiés et tantôt insensibles, ni de la différence qu'il y a entre un mouvement exécuté à distance et un mouvement direct — puisque c'est toujours son bras, une fois palpable et une autre fois impalpable, qui exécute le mouvement ordonné. — Peu à peu le dédoublement augmente, les différences subjectives s'accentuent, et alors on peut exiger qu'il A'eille sur ses réflexes ; que sa main, qui, naturellement, cherche à se délivrer et à suivre la direction de ses pensées, n'aille pas trop loin dans cette direction, et n'exécute pas elle-même le mouvement.
En attendant le développement des phénomènes on gagne toujours. On gagne d'abord parce qu'on attend moins, et ensuite parce que les phénomènes sont alors nets, et un contrôle sévère ne leur nuit plus; au contraire, il devient l'auxiliaire du médium, car alors ce dernier est obligé de se donner beaucoup de peine pour retenir sa main sur place, et on lui rend un service en la retenant. Dans ces moments-là, c'est-à-dire dans les moments des phénomènes vrais, le médium presse convulsivement avec sa main, pour ne pas la laisser s'échapper. Quelquefois cependant, lorsqu'il procède négligemment, son attention, étant distraite par l'exécution du phénomène, il n'exerce cette pression qu'ajjrès, pour
montrer que sa main est bien là ; mais ce ii'est pas une preuve de suhsliliUio7i.
En un mot, pas trop de zèle au commencement et beaucoup ensuite. Dès que les phénomènes purs semblent commencer, il 71' est plus 2)er77iis de lâche7^ la main, car alors non seulement on se condamne à ne jamais rien voir de sérieux, mais encore on crée une habitude, une accoutumance réflexe chez le médium, qui tend à se répéter indéfiniment.
C'est ainsi qu'on procédait à Cambridge. On a vicié le médium par une longue application de la méthode policière de MM. Torelli, Reichmann et Hodgson — et on s'étonna ensuite qu'avec l'apphcation des méthodes sérieuses du contrôle il n'y avait plus rien.
A Varsovie, certains médecins ont tenu si bien la main de E. P. qu'elle avait le lendemain cinq bleus correspondant aux doigts du contrôleur — c'était déjà une exagération brutale et inutile — mais ne peut-on pas tenir légèrement une main et la suivi^e cependant partout oit elle va ?
0) Après avoir vicié le médium par une permission systématique de tricher, les savants de Cambridge ont eu encore un moyen d'élever le niveau des phénomènes — un seul d'ailleurs. Ce moyen c'était la franchise. Malheureusement, ils n'en ont pas profité, et E. P. a quitté Ca77ihridge sa7is se douter de so7i échec !
J'ai constaté dans les expériences de Varsovie et de l'île Roubaud, que si, après une mauvaise série nous avons eu des séances excellentes, c'était presque toujours à la suite d'une franche déclaration faite au médium qu'il triche. Sans cette franchise une sévéïntéplus
grande du contrôle nuisait i^ilutôt. La sincérité, au contraire, lui donnait un coup d'éperon, animait son ambition, son zèle, en le rendant attentif à ses mouvements réflexes.
Il ne faut pas oublier, que, jusqu'à ce moment, nous n'avons pas de médiums éduqués ou dressés scientifiquement, par des hommes de science et avec le sentiment spécial de probité et d'exactitude scientifiques. Tous les médiums sont développés dans les cercles spirites, plus ou moins crédules, avec un contrôle à peu près illusoire ; il n'est donc pas étonnant que le médianisnie inférieur, c'est-à-dire la fraude inconsciente, domine dans leur répertoire et dans les habitudes de leur système nerveux. Déraciner ces mauvaises habitudes, redresser le sentiment d'exactitude et de probité, apprendre les médiums à ne rien donner, plutôt que de propager des simulacres et des imitations — tel est le but des hommes sérieux, qui veulent s'occuper du médianisme. Mais, certes, ce n'est pas avec la méthode de Cambridge qu'on pourra l'atteindre !
6) Après avoir reconnu que le médium n'est qu'un miroir qui reflète et dirige les idées et les forces nerveuses des assistants, vers un but idéoplastique, on ne s'étonnera pas de voir la suggestion y jouer un rôle important. Il n'est pas douteux que les assistants peuvent suggérer au médium l'acte désiré, et il n'est pas douteux non plus que les manifestations prennent le caractère des croyances ambiantes. J'ai vu « John » dans une société de matérialistes se dissoudre en une force impersonnelle que le médium appelait tout simplement : « questa forza » ; tandis que dans des cercles spirites
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intimes, il prenait la forme de personnes défuntes, plus ou moins maladroitement. De même, avec des contrôleurs imbus de l'idée de la fraude comme MM. Hodgson et Maskelyne, le médium restera sous Vemjnre d'une sugijestion de fraude. M. J. Page IIopps, qui a déjà soupçonné cette influence, n'est pas loin de la vérité. Gela ne suffirait pas pour s'expliquer l'échec de Cambridge, mais cela complète son explication. En lisant le fameux protocole de M. Hodgson, je fus frappé par son uniformité, par la régularité mécanique de son contenu. J'ai eu environ 80 séances avec E. P., mais je n'ai jamais rien vu de semblable !
E. P. n'y fait plus l'impression d'un médium, mais d'une machine à écrire, qui travaille sous les doigts de M. Hodgson. C'est tellement automatique, tellement monotone, qu'après avoir lu une page, on les connaît toutes. M. Hodgson sent la main s'échapper, il annonce le phénomène, le phénomène arrive, la main revient à sa place. Il sent le pied s'échapper, il annonce le phénomène, le phénomène a lieu, le pied retourne à sa place, et ainsi de suite.
Non, vraiment, on n'est pas si bon prophète, sans être un peu complice !
Et M. Hodgson l'était pour sûr et doublement :
D'abord parce qu'il tolérait la fraude ; ensuite parce qu'il la suggérait par ses idées préconçues et très nettes.
Mais alors, il faut admettre que E. P. est capable de subir l'influence d'une suggestion mentale 1
Certainement ; et les savants de Cambridge ont encore perdu l'occasion d'expérimenter dans ce sens avec un sujet fort intéressant.
En voici quelques preuves, entre autres (je copie dans mon journal de Varsovie).
Le 6 décembre 1893.
E. P. est très fatiguée à la suite d'une longue séance d'hier soir ; « chaque cheveu me fait mal » dit-elle ; je veux donc l'endormir et dans ce but je la fais s'asseo dans un fauteuil, en disant que je calmerais son mal de tête.
Je tiens ma main droite au-dessus de sa tête et immédiatement je sens un souffle froid. En approchant les mains des genoux, [même impression (signe d'épuisement).
Elle s'endort paisiblement au bout de deux minutes. Au commencement les bruits environnants la font tressaillir, puis elle n'entend plus rien. Elle couvre ses paupières et tourne la tète, en manifestant une hypéres thésie pour la lumière. Etat mixte, pas tout à fait aïdéique.
— Vous avez en un désagrément, me dit-elle tout à coup (C'était exact).
Je fais une passe derrière sa tête : la tête se rapproche de ma main. — Je diminue la lumière et lui couvre les yeux avec un mouchoir. Sans le chercher, je constate une iïïiitatio7i de vies mouvements :
a) J'appuie ma main sur mon front. — Elle fait e même.
b) Je croise les bras. — Elle fait de même.
c) J'écarte les bras, et je remarque qu'elle fait de même. A peine avais-je eu le ternies de formuler cet acte da7is tnon esprit, qicHl était exécuté complètement.
d) Je tape tout doucement avec mon doigt sur le dos
(le ma main. Rien. Mais sa main suit les mouvements de la mienne. — « C'est assez, dit-elle, r(''vcillez-moi, je suis bien ».
Je la réveille, par des passes transversales au-dessus de sa tête. Elle croit que j'ai seulement tenu ma main pour calmer sa douleur. Elle na aucun souvenir des expérie7ices que fai faites, elle ne sait jn&mepas quelle a dor7niet ne se rappelle pas non plus du bruit qui la fit tressaillir au commencement.
Le 24 décembre...
Je l'endors et je pense : « dans quelques minutes je lui ordonnerai mentalement de se lever, mais d'abord il faut s'occuper de sa santé » et je continue les passes. — Elle se lève et dit: — Bagno... piii freddo... lG"-tT" (elle compte sur ses doigts)... lo minutes; puis bien frotter tout le corps... bene... contenta... dormire...
Je pense ensuite :« Peux-tu, dans cet état, soulever une table ?
Quelques minutes après elle étend sa main et rapproche un petit guéridon ; elle met sa main dessus et provoque quelques mouvements par pression mécanique inconsciente— puis elle repousse le guéridon, avec mécontentement...
M. Aksakof, sachant qu'il est facile de provoquer la fraude pour les mouvements modianiques d'ordre inférieur par une suggestion mentale ou exprimée m'a demandé si je ne pensais pas qu'il en serait de môme pour les phénomènes purs. Je lui réponds que, dans ce dernier cas, la suggestion directe ^i particulière est même dangereuse — elle m'a toujours donné des résultats po-
sitifs, mais dans le sens de la fraude. Le médium, forcé par suggestion, triche. Cependant lorsqu'il s'agissait de le bien disposer pour une séance à venir, par une suggestion générale, sans préciser et fixer le temps du phénomène, elle réussissait souvent.
7) Le cercle d'assistants, une fois formé et harmonisé, doit rester le même duratit toute une série de séances. Dans ces conditions, les manifestations se développent de plus en plus, en augmentant de force et de netteté. Par conséquent, si on a la patience d'attendre, avec la même composition du cercle, on s'épargnera une quantité de mesures fatigantes pour les assistants et paralysantes pour le médium. J'ai fait cette observation d'abord à Rome, puis à Varsovie ; mais déjà les expérimentateurs de Milan (1892) ont remarqué qu'en persistant dans le même cercle, ils ont pu voir, à la lumière, les mêmes phénomènes, qui au commencement ne réussissaient que dans l'obscurité. En introduisant une nouvelle personne, il faut qu'elle ne se rapproche du médium que graduellement, — mais (sauf les cas d'un nombre insuffisant : deux, par exemple) on risque toujours d'abaisser le niveau des phénomènes.
Même une personne absente pendant quelques séances produit déjà cet effet. Si donc, au lieu de continuer avec le môme cercle, on introduit souvent des personnes nouvelles, au lieu d'avancer de A à Z, on répète l'A, B, C.
A Cambridge, on changeait la composition du cercle « de temps en temps ».
8) Une mesure qui m'a paru nécessaire, et que j'ai
Kxp, i)i; GA.Miîiuhdi:. 189,"j. 1253
introduite dt'jà dans mes expériences de Rome, c'est de vérifier tout d'abord si, parmi les assistants, il n'y a pas de personnes nettement sensibles à l'iiypnoscope, c'està-dire hyi»noli>ables. On élimine de cette façon la possibilité des hallucinations et on gagne un critère pour juger la valeur relative des sensations éprouvées dans le cercle. Il m'est arrivé par exemple à Varsovie de constater que les personnes hypnotisables ont senti nettement une main, où il n'y avait qu'un contact non défini, et vice versa, suivant les suggestions ambiantes ou les auto-suggestions. Lorsqu'une idée préconçue domine le cercle, le contrôleur suggestible ne verra et ne sentira que ce qui est conforme à cette idée.
J'ajouterai, pour information générale, que si l'une des personnes présente est facilement liypnotisable, fréquemment elle s'endort, en faisant partie de la chaîne ; et alors il vaut mieux, pour ne pas compliquer l'observation, l'éliminer, à moins d'en faire un auxiliaire sensitif, si elle est convenablement exercée à cet effet. En tout cas, elle ne doit rester près du médium que momentanément, car elle absorberait les forces destinées à ce dernier (1). Lorsque l'assistance est assez nombreuse (G-S) on peut quelquefois la laisser sans inconvénient à /'autre bout de la chaîne, vis-à-vis du médium. Deux médiums ne doivent jamais rester à coté l'un de l'autre, car ils tricheraient pour sûr, et, contrairement à certaines idées préconçues, on ne gagne rien en multipliant leur nombre. 11 est à remarquer seulement que les personnes sensibles à riiypnoscope sont plus facile-
(1) Cette affirmation ne me parait pas complètement exacte. J'ai constaté que le contraire avait lieu quelquefois. A. R.
ment atteintes par les attouchements médianiques, et que, parmi les réfractaires, on en trouve qui n'ont jamais pu éprouver un attouchement, indépendamment de leur bonne ou mauvaise disposition théorique. Ce sont cependant de rares exceptions.
B. — Le médium.
Les développements antérieurs nous permettent d'être bref en énumérant les conditions qui concernent le médium lui-même :
1) La vialadie du médium empêche le développement des phénomènes supérieurs. La menstruation cause un retard d'abord, et une grande lassitude après.
De même:
2) La fatigue des -muscles ; on attend longtemps et quelquefois en vain.
3) L'épuisement nerveux par une série de séances, ou au cours d'une même séance trop longue, supprime les phénomènes purs et prédispose à la fraude réflexe. Les séances ne doivent pas durer plus d'une heure et demie à deux heures tout au plus et il faut laisser entre elles un intervalle de 1-3 jours suivant l'état du médium.
4) Uennui provoque la fraude par négligence. D'où nécessité de distractions et, en général, de sensations agréables qui assurent une bonne disposition de l'esprit.
3) Le sommeil naturel, immédiatement avant une séance, paraît préjudiciable ; le sommeil hypnotique au contraire dispose bien. Il y a cependant une grande différence entre l'hypnose et la transe, et il ne faut pas les confondre.
KXP. DE CAMBRIDGK. 1895. 255
6) La diète. Avant une séance, le médium ne doit absolument rien manger ni boire. Toutes les séances continuées, après un intermède consacré au repas, furent médiocres et présentaient une tendance marquée à se renforcer mécaniquement.
7) Le vrtement doit être léger et commode. Tout ce qui serre la peau (le corsage, les bottines boulonnées, etc.) doit être supprimé ; car, au moment des hypéresthésies, le médium en souffre, et, pour diminuer la souffrance, il triche instinctivement. Je ne suis pas certain s'il y a une influence quelconque de l'étoffe et de sa couleur. J'ai souvent expérimenté avec E. P. en robe blanble et la soie même n'a pas empêché de très bonnes manifestations, tout en permettant, par ses frémissements, de suivre avec l'oreille l'étendue de ses mouvements.