‹ L'extériorisation de la motricitéChapitre 34 sur 108 · C. Une séance d'itnitation · texte numérisé non relu

C. Une séance d'itnitation

(le 7 aoiit 1894.)

Le lendemain nous laissons E. P. en repos. Elle va se coucher de bonne heure, dans sa chambre au pre-

(1) Sa force musculaire, qui est normalement d'environ 20 kilos à droite et 25 kilos à gauche, et qui pendant la séance « avec l'aide de .John » augmente considérablement, retombe imrai'^dialement après presque à 0, pour se reconstituer graduellement au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure. J. 0.

EXP. DE CAMBRtnGK. 189o. 227

raier, et nous restons en bas, en discutant la question delà fraude. M. Bellier, qui nous écoute, est étonné de nous entendre parler froidement de la fraude ( il l'aurait été encore davantage s'il avait su qu'elle n'a été « découverte » qu'un an après par M. Hodgson), tout en admettant la réalité des phénomènes, et il émet des doutes quant à la possibilité de produire frauduleusement des manifestations aussi éclatantes que celles dont il était question tout à l'heure. Je lui réponds que ioul dépend des conditions, et que je considère moi-même notre dernière séance comme correcte, ce qui n'emj)êche pas que la précédente eût été en grande partie frauduleuse. Et comme M. B. devait prendre part à nos séances suivantes pour augmenter le nombre, insuffisant d'après John, de deux assistants, je lui propose de l'initier afin de le rendre plus apte à nous aider et nous arrangeons une séance d'imitation, dans laquelle je joue le rôle du médium ; M. B. est contrôleur à gauche et R. à droite.

Je commence par une lévitation de la table en demi lumière. Après avoir exécuté une substitution des pieds, que M. B. ne remarque pas et que R. tolère en souriant, je bascule la table par une pression latérale à droite, je glisse mon pied libéré sous son pied gauche et avec l'aide d'une contre-pression de la main gauche par dessus la table, la lévitation est faite.

En frappant quatre « coups intimes » , d'abord avec les bouts des doigts en les glissant insensiblement sur le bois (non verni) de la table, et ensuite plus fort en frappant avec mon pied libre — je demande Meno luce. Dans l'obscurité, je m'empare d'abord du marteau, que je tiens entre mes dents ; avec mon pied libre je touche

M. B. au flanc trois fois de suite, et après avoir bien fait sentir aux contrôleurs qu'ils ont chacun une main différente, je laisse tomber le marteau sur la table. Enfin, connaissant bien l'arrangement derrière le rideau (après avoir manipulé la table pour me rapprocher un peu de ce côté), à l'aide de mon pied libre, je secoue la balance et j'allume la lumière électrique...

En ce moment un bruit formidable, provenant du premier étage, nous effraye tous les trois. C'était, dans le silence de la nuit, comme si quelqu'un frappait avec colère des coups de poings sur l'une des portes du premier. Nous montons précipitamment, nous entrons dans la chambre de E. P. et nous la voyons dormir paisiblement dans son lit. Elle remue cependant un peu, se tourne vers nous et prononce de sa voix de transe : — Sono io... (c'est moi, John).

Puis, elle semble se réveiller ; mais elle passe seulement à l'état de somnambulisme ordinaire, et nous prie de lui laisser une bougie allumée, « parce qu'elle a peur» . Dans ce nouvel état il n'y a plus de John, et elle ne se rappelle rien.

Le lendemain, elle ne garde aucun souvenir, ni du tapage nocturne, ni de ses propres paroles.

Etait-ce un phénomène médianique pur, ou bien estce elle-même, qui, dans l'état de noctambulisme, avait frappé à la porte de sa chambre, et s'était cachée ensuite dans son lit, avant que nous eûmes le temps d'arriver!.. A-t-elle réellement ressenti par télépathie le choc moral de raillerie dans notre séance d'imitation — ou était-ce un simple jeu du hasard'^...

Penchant plutôt vers cette dernière alternative, nous n'avons pas trop insisté pour élucider la question.

KXP. DI- CAMBRIDGE. 1895. 229

A Varsovie nous avons eu plusieurs faits spontanés de ce genre, dont quelques-uns bien observes, et j'en donnerai un exemple, en parlant de la fraude inconsciente.

Puisque le lecteur sait maintenant ce que nous appelons une mauvaise séance, une bonne séance et une simple imitation, nous pouvons entrer dans le fond de la question.

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