III. — Expériences de Paris en juillet
En quittant Rome, Eusapia vint à Paris sur l'invitation d'un groupe dont faisaient partie la comtesse Jean de Ganay et la comtesse Greffulhe ; elle y séjourna plusieurs semaines. Ce groupe tint la plupart de ses séances, à Paris, chez M. Lemerle ancien élève de l'Ecole polytechnique. Les résultats furent excellents et on obtint la plupart des phénomènes déjà décrits, mais on ne fit aucun procès- verbal. Je me bornerai à signaler deux faits dont j'ai été témoin. Voici le premier. Les séances duraient de une heure et demie à deux heures, dans une obscurité plus ou moins grande. Lorsqu'on voyait le médium par trop fatigué, on cessait de faire la chaîne et on rétablissait peu à peu la lumière normale.
Eusapia reprenait ainsi, peu à peu, ses sens, se levait de sa chaise, marchait et causait, mais elle restait encore chargée pendant plus d'un quart d'heure.
Elle s'amusait souvent alors, en pleine lumière, à vous dire de poser la main à plat sur le dos d'une chaise ou sur une table, pendant qu'elle se tenait à une certaine distance ; puis elle s'approchait, posait sa propre main sur la votre et la levait. Votre main et le meuble qui était au-dessous étaient entraînés par le mouvement et le meuble restait ainsi suspendu à votre propre main pendant 40 à 50 secondes jusqu'à ce qu'il tombât brusquement pendant qu'Eusapia poussait un soupir de soulagement comme si elle venait de cesser un violent effort. — Elle recommençait l'opération plusieurs fois de suite, si on le lui demandait. et elle recommandait en riant qu'on
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prit bien ses précautions pour ne pasêlre trompé. Un soir, cela se passa avec M. Friedel, membre de l'Académie des sciences, qui fut obligé d'avouer qu'il ne voyait pas le truc, mais que le phénomène étant impossible il ne croyait pas à sa réalité.
Le second fait s'est passé chez la comtesse de Ganay qui avait invité, ce jour là, entre autres personnes le comte de Fitz- James ancien capitaine de vaisseau, etleD''B. On avait fait, comme d'habitude, la chaîne autour de la table, le D' B. tenant la main droite d'Eusapia et le comte de Fitz-James, la main gauche. 11 fallut attendre longtemps avant que rien ne se produisit. Eusapia paraissait agitée, mécontente ; enfin quelques mouvements de la table s'étant produits, le D' B. glissa sa main vers le montant qu'il contrôlait et déclara que le phénomène était certainement truqué parce qu'il avait senti le contact d'une main ; or, comme il n'avait pas abandonné celle qu'il tenait sur la table, ce devait être l'autre. Le comte de Fitz-James affirma, de la façon la plus formelle, qu'il ne l'avait pas quittée un instant. L'attitude du D' B. amena une certaine gêne parmi les assistants et la séance ne tarda pas à être levée.
Le lendemain j'endormis Eusapia et lui demandai pourquoi elle avait donné si peu chez M""® de Ganay ; elle me répondit que toute sa force avait été employée à résister aux suggestions d'un petit monsieur qui se trouvait à sa droite, et qui mentalement l'excitait à tricher.