EXP. DB GÈNES ET DB PALERMB. 1001 ET
peuvent T-tre interprétés de diverses manières qu'on peut grouper eu quatre classes.
!• Les interprétations basées sur l'hypothèse de la fraude ;
2^ Les intorprétalious basées sur l'hypothèse de riiallucination.... ;
3° Les interprétations psychologiques ou aniiniques qui font dépendre les phénomènes exclusivement de la psyché du médium et des assistants ;
4" Les interprétations spirites qui admettent l'intervention d'autres intelligences normalement inaccessibles à nos sons.
Sur la première hypothèse je n'ai point à discourir longuement. J'ai dit et répété maintes fois de quel contrùle minutieux et incessant nous avons entouré la Paladiuo durant nos séances et combien elle-même a insisté pour que toutes les précautions nécessaires fussent prises, qu'en concédant qu'elle ait eu l'habileté et la mauvaise foi do simuler 90 "/„ des phénomènes, il est absurde d'admettre que le restant soit son (l'uvre.
J'exclus de même toute supposition relative à l'éventuelle complicité de l'un ou de l'autre des assistants. Tout soupçon (le participation volontaire à une tromperie serait une injure ; et ici, à Gènes oii nous sommes tous connus, une pareille idée ne peut venir qu'à un insensé ou à un grossier personnage. Je veux bien admettre encore que quelqu'un, dans un but louable, ne sachant ni qui je suis, ni qui sont les personnes composant le cercle, vienne à soupçonner que l'un de nous se soit prêté, par esprit de propagande, à aider Kusapia à reproduire certains phénomènes ; mais, même alors, cette hypothèse serait insuffisante pour expliquer des
faits qui exigent la coopération synclironique des divers agents ; comme par exemple le phénomène étrange du 2 juin (6' séance) dans lequel pas moins de 7 à 8 mains concoururent à produire des effets de son et de mouvement simultanément constatés . Nous arrivons ainsi inexorablement à la conclusion que, s'il y avait des compères, il devait y en avoir plus d'un ; et alors cela complique beaucoup les solutions et il est permis d'écarter, pour des raisons plus sérieuses encore, la supposition, si répugnante pour des considérations morales, que l'un de nous se soit rendu complice de la Paladino.
L'hypothèse de la fraude ne pouvant être admise, passons à l'hypothèse de l'hallucination.
L'hallucination, véridique ou non, voudra toujours dire une sensation dont l'objet déterminant fait défaut ou est différent de celui qui se présente à nous. Toute la question se réduit donc à établir jusqu'à quel point la représentation du monde extérieur, sur lequel nous basons toutes les impressions reçues par les organes des sens, correspond fidèlement à la forme et à la substance des objets perçAis.
Nous n'avons d'autres moyens de communication avec le monde extérieur que nos cinq sens, et ces organes sont eux-mêmes trompeurs ou tout au moins conduisent à une représentation de ce monde abandonnée à la conformation et à la nature des organes correspondants. Qui peut dire comment nous apparaîtrait le monde si nous avions la vue absolument daltonique aux couleurs comme les plaques photographiques ; si nous avions des organes capables de percevoir les vibrations électriques et les ultra-violettes, en plus ou à la place de ceux qui nous font percevoir comme son et comme lumière les
EXl'. DK GÈNES ET DH PALBRMB. 1901 ET 1902. 417
vibrations acoustiques et lumineuses ; si la courbure et les indices de réfraction des différentes substances qui composent notre œil étaient différents 1 Les instruments et les méthodes de recherche qua la physique a inventés pour venir en aide à nos organes, depuis la lunette jusqu'au télescope, depuis le microscope jusqu'aux appareils de llerz, n'ont-ils pas tous coopéré à nous révéler l'existence d'êtres et de phénomènes normalement inaccessibles à nos sens '^
Tout est donc hallucination ; ou, pour mieux dire, chacune de nos sensations renferme en elle des éléments hallucinatoires par lesquels l'image des objets extérieurs ne peut se projeter en nous autrement que défigurée. Et, puisque les degrés de la déformation sont innombrables et qu'on passe de l'un à l'autre par des variations insensibles, qui osera dire où l'hallucination commence à dépasser la réalité etoii elle domine toujours ?
Ici l'unique critérium est le relatif. Quand Hamlet seul, au milieu de son groupe de familiers voit le spectre de son père assassiné et en entend la voix implorant vengeance, nous disons qu'il est la proie d'une lialluci nation; et la comparaison de ce fait avec d'autres faits analogues, qu'on ne saurait expliquer par la seule action de la psyché, nous fait classer cette hallucination parmi les véridiques.
Quand Bernadette ou Marie Alacoque, dans leurs extases religieuses, voient distinctement la vierge, et que leur vision est suffisante pour faire croire à une foule enthousiaste que la vierge a réellement apparu en ce lieu, nous reconnaissons là un cas indiscutable \}î hallucination collective.
Mais quand des hommes sérieux, intègres, sceptiques
même, se réunissent pour contrôler la production de certains phénomènes, qu'ils épient, observent et enregistrent, et qu'ils se souviennent de ces phénomènes ; quand les mêmes faits sont successivement observés par des groupes de diverses personnes dont la plupart sont opposées à en admettre la réalité ; quand l'intervention d'hommes instruits, cités pour leur aversion ancienne et manifeste pour cet ordre d'investigation, ne fait qu'augmenter le nombre de ceux qui reconnaissent l'évidence des faits ; quand enfin l'hypothèse de l'hallucination ne provient que de ceux qui ne connaissent pas les conditions des expériences ; alors l'hypothèse de l'hallucination ne peut se soutenir sans une définition qui étende et modifie la signification de ce mot...
En tous cas aucun de ceux qui ont o])servé les phénomènes médianimiques n'admet cette hypothèse pour ce qu'il a vu.
Une objection sérieuse a été soulevée par un homme aussi intelligent qu'instruit. Comme j'avais dit que l'hallucination ne s'accorde pas avec l'état de veille parfaite, consciente, dans lequel nous sommes tous comparativement avec l'état hypnotique plus ou moins intense du médium, il m'a fait remarquer que, même dans le sommeil, des impressions purement hallucinatoires présentent souvent la vivacité et l'efficacité de la réahté objective. Tenant compte ensuite de la grande ressemblance de certains rêves avec les manifestations médianimiques, on pourrait être amené à en déduire qu'il s'agit de phénomènes exclusivement internes et de même ordre ; et que les états de l'homme (ici est le point vraiment original de la doctrine) pourraient affecter une série de degrés entre la veille et le sommeil,
EXr. DE Gl-NES ET DE PALERME. 1901 ET 1902. 419
plus éffendue et plus variée que celle ([u'on connaît. Les investigations scientifiques sur l'hypnotisme conduisant à une classification systématique des états hypnotiques, 'ont donné un certain fonds à cette théorie d'après laquelle un homme pourrait se trouver dans des conditions diverses, différentes de celles du sommeil ou de la veille parfaits.
L'état de transe, le somnambulisme, l'éhriété, l'extase, le ravissement, la défaillance, la fascination, l'enthousiasme, ne représentent-ils pas autant de conditions spéciales dans lesquelles l'homme peut se trouver sous l'influence d'excitations physiques et morales, comme la suggestion, l'alcoolisme, la passion, la fièvre, les créations mentales artistiques et scientifiques!..
Ceci posé — et jusqu'ici je ne vois vraiment pas pourquoi cela ne pourrait se produire — rien n'empêche de croire que l'appareil des séances médianimiques et peutêtre aussi une action encore inexpliquée qui émane du médium, suffisent à déterminer des conditions physiologiques spéciales grâce auxquelles l'observateur, tout en restant parfaitement éveillé et conscient, possède une plus grande réceptivité pour les impressions de caractère hallucinatoire d'où dépendraient les phénomènes les plus singuliers.
Contre cette théorie qui ramène à la deuxième classe lés interprétations de la plus grande partie des faits médianimiques on peut faire beaucoup d'objections quand on a, de la phénoménologie des séances, une connaissance approfondie que ne peut donner la lecture d'aucune relation, quelque détaillée et quelque fidèle qu'elle soit.
Il est certain, en effet, qu'une étude superficielle des
manifestations raédianimiques porte invinciblement notre pensée à les assimiler aux créations subjectives du monde des songes. Entre les images qui se présentent à nous dans le sommeil et celles qui se forment dans les séances médianimiques, l'analogie est, sans contredit, vraie et profonde. Les images des songes et les apparitions médianimiques sont, sans doute, des incidents également vifs et également éphémères... Mais qui peut dire que la singulière puissance représentative des premières n'est pas inhérente à l'état de désagrégation dans lequel se trouve l'esprit durant le sommeil?
Afin de faire une critique plus sure, comparons les impressions que nous laissent les rêves et celles que nouslaissent les séances médianimiques.
Dans le premier cas, nous avouons à nous-mêmes, quand nous nous les rappelons au réveil, l'incrédibilité des choses vues et l'absurdité des conditions ; nous comprenons que, pour croire à la réalité de ces choses, il fallait que nous fussions dans un état où notre faculté de raisonnement était annulée.
Dans le second cas, les mêmes objections sont soulevées à posteriori : non par nous qui avons vu, mais par ceux à qui il répugne de croire que nous avons vu juste.
Nous ne nous offensons pas si l'on nous démontre que notre rêve était absurde (nous en sommes nous-mêmes convaincus) ; mais nous ne pouvons, à bon droit, tolérer qu'on vienne nous contredire sur des faits que nous avons observés en état de veille parfaite et de conscience présente.
Mais ici ne s'arrêtent pas les différences entre les songes et les impressions médianimiques.