BXP. DE G1-.\ES ET HE PALURME. 1901 KT
Pour continuer le parallèle, il est nécessaire d'entrer rcsoluinont dans le champ des interprétations que nous avons groupées dans la troisième classe.
Les phénomènes sont réels ; ils ne peuvent s'expliquer ni par la fraude ni par Thallucination. Trouveront-ils, leur explication dans certaines couches de l'inconscient, dans quelque faculté latente de Tàme humaine, ou bien révéleront-ils, l'existence d'autres entités vivant dans des conditions toutes différentes des nôtres et normalement inaccessibles à sos sens'?
En d'autres termes, l'hypothèse animique suffit-elle, pour résoudre le problème et pour écarter l'hypothèse spirite^ ou plutôt, les phénomènes qui sont incontestablement d'origine animique ne servent-ils pas ici, comme dans l'hypothèse et la psychologie des songes, à compliquer le prol)lème en masquant la solution spirite ? C'est à ce formidable point d'interrogation que je vais essayer de répondre.
Lorsque, il y a onze ans, Alexandre Aksakow posait le dilemme entre l'Animisme ou le Spiritisme, et démontrait clairement dans un livre magistral que les manifestations purement animiques étaient inséparables de celles qui nous font penser et croire à l'existence d'entités autonomes, intelligentes et actives, personne n'aurait pu s'attendre à ce que le premier terme du dilemme serait controversé et critiqué de mille manières, sous mille transformations diverses, par ceux qui s'effraient du second.
Que sont en effet toutes les hypothèses (ou les théories comme on se plait à les appeler) imaginées depuis dix ans pour ramener les phénomènes médianimiques à la
simple manifestation de qualités latentes de la psyché humaine, sinon des formes diverses de l'hypothèse animique si raillée quand elle a paru dans l'ouvrage d'Aksakow ?
De Taction musculaire inconsciente des assistants (mise en avant depuis un demi-siècle par Faraday) jusqu'à la projection de l'activité protoplasmique ou à l'émanation temporaire du corps du médium imaginée par Lodge ; de la doctrine psychiatrique de Lombroso, jusqu'à la psijchophysiologie d'Ochorowics ; de V extériorisation qu'admet Rochas à Vesopsjjchisme de Morselli ; de V aiito7natistne de Pierre Janet au dédoublement de la personnalité d'Alfred Binet; ce fut un débordement d'explications ayant pour but l'élimination d'une personnalité extérieure. t^^
Le procédé était logique et conforme aux sains principes de la philosophie scientifique laquelle, comme Ta dit Lodge, nous apprend à épuiser les possibihtés de tout ce qui est déjà connu avant de recourir à l'ordre de l'inconnu.
Mais ce principe, inattaquable en théorie, peut conduire à des résultats erronés quand on l'étend trop loin, et avec obstination dans un champ donné de recherches. Vallati a cité à ce propos une curieuse apostille de Galilée publiée récemment dans le troisième volume de l'édition nationale de ses œuvres : « — l'ambra, il diamante e l'altro matérie molto dense riscaldate attragono i corpuscoli leggieri, e cio perche attragono l'aria nel raffredarsi e l'aria fa vento al corpuscoli » . — Ainsi la volonté de faire rentrer de force un fait physique, non encore expliqué dans les lois physiques connues de son temps, a fait formuler une propo-
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sition fausse à un observateur et à un penseur aussi prudent et aussi positif que l'était (îalilée. Si quek}u'un lui avait dit que, dans cette attraction exercée par l'ambre, il y avait le germe d'une nouvelle branche de science et la manifestation la plus rudimentaire d'une énergie, « l'électricité », alors inconnue, il eût probablement répondu qu'il était inutile de « recourir à l'aide de l'inconnu ».
Mais l'analogie entre l'erreur commise par le grand physicien et celle que commettent les savants modernes peut se pousser encore plus loin.
Galilée connaissait une forme de l'énergie que la physique moderne étudie en même temps que l'énergie électrique avec laquelle elle présente des relations étroites que confirment toutes les découvertes nouvelles. S'il s'était aperçu que l'explication qu'il donnait pour le phénomène de l'ambre n'avait aucun fondement, il aurait pu porter son attention sur les analogies que l'attraction exercée par l'ambre frotté sur les corps légers présente avec l'attraction exercée par l'aimant sur la limaille de fer. Arrivé à ce point, il eût très probablement écarté sa première hypothèse et aurait admis que l'attraction de l'ambre est un phénomène ma(/nétiqiie. — Et il se serait trompé, parce qu'elle est au contraire un pliénomèiie électrique.
De même ceux-là ne pourraient-ils pas se tromper qui, pour éviter à tout prix la nécessité de nouvelles entités, insisteraient avec une trop constante prédilection sur l'hypothèse animique, alors même que celle-ci se trouverait insuffisante pour explicpier toutes les manifestations médianimiques ? Ne pourrait-il pas arriver que, comme les phénomènes électriques et magnétiques
qui sont entre eux en connexion étroite, et souvent nous paraissent inséparables, les phénomènes aniiniques et les phénomènes spirites présentent une liaison semblable 1 Et remarquons bien qu'un seul fait inexplicable par l'hypothèse animique et explicable par l'hypothèse spirite suffit à conférer à cette dernière le degré de valeur scientifique qui jusqu'à présent lui a été dénié avec tant d'énergie : absolument comme la découverte d'un phénomène tout à fait secondaire, celui de la polarisation de la lumière suffit à Fresnel pour rejeter la théorie newtonienne de l'émission et admettre celle de l'ondulation.
Avons-nous obtenu, au cours de nos dix séances avec la Paladii^, le fait qui suffit à rendre nécessaire l'hypothèse spirite de préférence à toutes les autres énumérées jusqu'ici ?
Il est impossible de répondre d'une façon catégorique à cette question parce qu'il n'est pas et il ne sera jamais possible d'aA^oir une preuve scientifique d'identé de la part des êtres qui se manifestent.
Que j'entende, que je voie, que je touche un fantôme, que je reconnaisse en lui la forme et l'attitude de personnes que j'ai connues et que le médium n'a pas connues ni même entendu nommer, que j'aie de cette apparition éphémère les plus vifs et les plus émouvants témoignages, rien de tout cela ne pourra suffire à constituer le fait scientifique irréfutable pour tous, destiné à rester dans la science avec les expériences de Toricelli, d'Archimède ou de Galvani — Il sera toujours possible d'imaginer un mécanisme inconnu à l'aide duquel la matière et la force sont tirées du médium et des assistants
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et combinées de façon à produire les effets indiqués. — Il sera toujours possible de trouver dans les aptitudes spéciales du médium, dans la pensée des assistants et dans l'attention expectante elle-même, la preuve de l'origine humaine des faits. — Il sera toujours possible de déterrer, dans l'arsenal des attaques produites contre ces études pendant les cinquante dernières années, quelque argument générique ou spécifique, ad rem ou ad ho?nmem, en ignorant ou feignant d'ignorer la réfutation qui a été déjà faite de ce même argument.
La question se réduit donc d'abord à une étude individuelle des faits vus directement, ou connus de source certaine, afin, d'une part, de se créer une conviction personnelle capable de résister aux railleries féroces des sceptiques, et, d'autre part, à préparer l'opinion publique à admettre sans trop de suspicion la vérité des faits qu'on dit observés par des personnes dignes de foi.
Sur le premier point, un expérimentateur illustre, Sidwick, a déjà dit qu'il n'existait pas de fait capable de convaincre tout le monde mais que chacun pouvait, en observant avec calme et patience, arriver au fait qui suffit pour établir sa conviction personnelle. — ,1e puis dire que, j^oiir moi ce fait existe ; il suffit de me reporter aux phénomènes qui m'ont touché personnellement dans les deux dernières séances.
Sur le second point, j'aurais beaucoup à dire, mais cela m'entraînerait hors du thème et des limites de cette étude.
D'un côté, nous avons l'universelle croyance en l'existence objective d'un monde normalement inconnu pour nous ; la confiance, base de toutes les religions, en une
vie future où les injustices de celles-ci seront réparées et où on retrouvera le bien ou le mal qu'on aura fait ; la tradition ininterrompue de pratiques spontanées oa méthodiques grâce auxquelles l'homme est constamment tenu en relation plus ou moins directe avec ce monde.
Du côté opposé nous avons la négation sceptique et désespérante des systèmes de la philosophie pessimiste et de l'athéisme, négation qui nait de l'absence de preuves positives en faveur de la survie de l'àme ; le mouvement toujours plus accentué de la science vers une interprétation monistique de l'énigme humaine ; le rattachement de tous les phénomènes connus de la vie à des organes spéciaux.
Pour décider dans une matière aussi abstruse, les expériences médianimiques ne suffisent pas ; chacun pourra tirer de celles-ci autant de foi ou d'incrédulité qu'il lui eu faudra pour résoudre ses doutes dans l'un ou dans l'autre sens ; mais il gardera toujours le substratum des dispositions que l'éducation plus ou moins positive de son esprit ou ses tendances plus ou moins mystiques auront développées en lui.
Un mot encore et j'ai fini.
En admettant comme l'hypothèse la plus probable que les entités intelligentes à qui l'on doit les phénomènes sont autonomes, préexistantes et qu'elles ne tirent de nous que les conditions nécessaires pour leur manifestation dans un plan physique accessible à nos sens, devons-nous admettre aussi qu'elles soient vraiment les esprits des défunts ?
A cette question je répondrai que je ne me sens pas encore capable de faire une réponse décisive ; du moins
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les indices que j'ai pu trouver clans notre dernière séance avec la Paladino ne me semblent pas suffisantes pour formuler une conclusion affirmative en un aussi grave sujet.
Cependant, cette conclusion affirmative me paraît, de toutes façons, moins incertaine que toutes les autres, malgré les objections sérieuses qu'on peut lui faire, j'inclinerais donc à l'admettre,»! je ne voyais la possibilité, que ces phénomènes puissent rentrer dans un autre cadre encore plus vaste. Rien en effet ne nous empêche de croire à l'existence des formes de vie tout à fait différentes de celles que nous connaissons, et dont la vie des esprits humains avant la naissance et après la mort n'est qu'u n cas spécial comme la vie organique de l'homme est un cas spécial de la vie animale.
Mais je sors du terrain solide des faits pour m'aventurer dans celui des hypothèses les plus risquées, j'ai déjà parlé trop longuement ; je demande pardon au lecteur et je m'arrête.
.le ne dirai rien des expériences qui eurent lieu à Païenne en juillet et août 1902. Elles n'ont fait que confirmer la réahté des faits déjà si souvent exposés dans ce livre. On en trouvera la relation rédigée par le D' Carmelo Samona dans les Annales des sciences psychiques. Année 1903, p. 72-82.