RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ DIALECTIQUE DE LONDRES
Au mois d'août 18od, le D'' Hare, professeur émérite de Chimie à l'Université de Pensylvanie, montrait, au Congrès de l'Association américaine pour l'avancement des sciences, comment il s'était servi d'une balance à ressort pour manifester une augmentation de 18 livres dans le poids d'un objet avec lequel un médium ne communiquait qu'au travers de l'eau. La description et le dessin de cet appareil se trouvent dans l'ouvrage que le D"" Ilare publia, l'année suivante à New-York, sou? le titre : Expérimental investlgalion. Je me borne à le citer ici. parce que dans le chapitre III on le retrouvera perfectionné par M. Crookes. Le savant professeur indique, de la page 98 à la page 105, les recherches qu'il a vainement faites pour tâcher d'établir les rapports pouvant exister entre le magnétisme ou l'électricité et cette force encore non définie.
En 18G8, M. Home étant à Londres, plusieurs personnages considérables, notamment M. Cromwell Fleewod
Varley, ingénieur en chef des compagnies de télégrapliie internationale et transatlantique, aujourd'hui membre de la Société royale de Londres, avaient étudié les phénomènes qui se produisaient sous son influence. M. Varley écrivit à ce sujet au professeur Tyndall une longue lettre ouverte dont j'extrais les passages suivants :
Selon votre désir je m'efforcerai de vous décrire brièvement les phénomènes physiques que j'ai reconnus dans deux occasions, en présence de M. Home, ainsi que les précautions que j'ai prises pour éviter toute supercherie.
J'avais appris à plusieurs reprises, par des personnes bien informées, qu'en présence de M. Home, qui n'a pas toujours été apprécié à sa juste valeur, se passaient des manifestations tout à fait extraordinaires et j'étais très désireux d'en explorer la nature par moi-même...
Sa seconde séance eût lieu dans ma propre maison où jamais M. Home n'était venu.
Un grand nombre de phénomènes, semblables à ceux déjà décrits, se produisirent. Pourtant quelques-uns différèrent de ceux que j'avais vus chez lui.
Dans le courant de la soirée, M. Ilome parut devenir nerveux. Il me pria de lui tenir les mains, puis il s'écria : (I — Oh ! regardez derrière vous »! — et il parut en proie à une certaine agitation. Il plaça ensuite ses deux jambes sur mon genou gauche ; sur sa prière, je les tins entre mes propres jambes, et je saisis ses deux mains dans les miennes. Après cela, chacun de nous porta ses regards vers la direction indiquée.
Il y avait, à une distance de sept pieds derrière M. Home, une petite table placée contre une fenêtre, et dont nous étions tous les deux les plus rapprochés. Quelques instants après, cette petite table commença à se remuer. Elle était montée sur des roulettes, et fut poussée vers moi par une
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force invisible, tandis qne personne n'était près d'elle, et que je tenais fortement les mains et les pieds de M. Home.
Un grand canapé, sur lequel huit personnes pouvaient prendre place, fut poussé à travers toute la chambre et nous força de reculer jusqu'au piano.
Une tromperie était impossible...
Vous me demanderez sans doute pourquoi je n'ai pas publié cela plutôt. La réponse est simple. Vous savez bien, vous-même, de quelle manière sont accueillies, dans ce monde de discorde, toutes les découvertes nouvelles.
Je me suis efforcé, autant que l'ont permis les occasions, ma santé et mes affaires, de rechercher la nature de la force qui produit ces phénomènes ; mais, jusqu'à présent, je n'ai pu découvrir autre chose que la source d'où émane cette force phijsique, c'est-à-dire des systèmes vitaux des assistants et surtout du médium. Celte partie du sujet n'est, par conséquent, pas mûre pour la publicité...
Le 6 janvier 18G9, la Société dialectique de Londres, fondée depuis deux ans sous la présidence de sir John Lnbbock et composée des principau.x savants anglais, décidait que :
« Conformément à l'article VU, le Conseil serait prié de nommer un comité pour examiner les phénomènes prétendus spirites et faire un rapport sur la question. »
Voici quel fut le rapport du Comité :
Messieurs,
Le Comité que vous avez nommé pour examiner les prétendus phénomènes spirites vous rend compte de ses travaux comme il suit :
Cinquante séances ont été tenues, pendant lesquelles votre
Comité a reçu les constatations de trente-trois personnes qui ont décrit les phénomènes produits en leur présence.
Votre Comité a reçu de trente-et-uue personnes des rapports écrits relatifs aux phénomènes.
Votre Comité a recherché la coopération et les avis de sa" vants qui ont exprimé leurs opinions favorables ou contraires à la réalité des phénomènes.
Votre Comité a fait particulièrement appel aux personnes qui avaient publiquement attribué les phénomènes à l'imposture ou à l'illusion.
Votre Comité, cependant, tandis qu'il a réussi à obtenir des affirmations de ceux qui croyaient aux phénomènes et à leur origine surnaturelle, n'a presque pas réussi à en obtenir de ceux qui attribuent les faits à la fraude ou à l'illusion.
Comme il a paru, à votre Comité, de la plus grande importance d'observer par soi-même les phénomènes et leurs preuves, il a cru devoir se diviser en six sous-comités.
Tous ces sous-comités ont envoyé des rapports d'où il ressort qu'une grande majorité des memlDres de votre Comité a été témoin de plusieurs sortes de phénomènes, en l'absence de tout médium professionnel, bien que la plupart eussent commencé leurs recherches dans un esprit de scepticisme bien déclaré.
Les rapports que nous donnons plus loin sont essentiellement concordants et paraissent établir les propositions suivantes :
i" Que des sons de caractère varié, paraissant venir des meubles, des parquets et des murs de la chambre — souvent accompagnés de vibrations sensibles au toucher, — se produisent sans action musculaire ou mécanique.
2» Que des mouvements de corps pesants se produisent sans action mécanique d'aucune sorte, ou sans déploiement de force musculaire venant d'une personne présente, et souvent sans contact ni connexion avec personne.