‹ L'extériorisation de la motricitéChapitre 9 sur 108 · I..V rnRSON.NK d'eusapia · texte numérisé non relu

I..V rnRSON.NK d'eusapia

niièro couche sensible sur la peau, j'éloignais mes doigts pour cherdier une autre couche, sa main suivait la mienne. Le phénomène de la sensibilité se transformait en celui de l'attraction passive. Cette sorte d'attraction était du reste très fortement développée chez elle, même à l'état de veille ; car il m'est arrivé, quand elle était assise, les jambes croisées, avec un pied en l'air, de profiter de ce qu'elle était distraite par la conversation pour approcher mon pied du sien, sans le toucher, le laisser ainsi quelques secondes, puis entraîner son pied et sa jambe, même assez haut sans qu'elle s'en aperçut, en soulevant mon propre pied.

Un jour elle s'est décidée à se laisser endormir en présence de M'"" de Rochas (elle a été si souvent martyrisée par les savants qu'elle est devenue craintive). Elle est rapidement parvenue aux états profonds de l'hypnose et a vu apparaître alors, à son grand étonnement, sur sa droite, un fantôme bleu. Je lui ai demandé si c'était John ; elle m'a répondu que non, mais que c'était de cela dont John se servait. Puis elle a pris peur et ma demandé instamment de la réveiller ce que j'ai fait, regrettant beaucoup de n'avoir pu continuer des recherches dans cet ordre de phénomènes.

Un autre jour, le 2i septembre, le comte de Gramont se plaignant de la migraine, je lui dis de prendre les deux mains d'Eusapia et je fis quelques passes allant de lui à elle ; au bout de deux ou trois passes, Eusapia se sauvait avec un air effrayé en se plaignant que je lui donnais mal à la tête. Elle ajoutait que la douleur lui était venue de M. de Grainont par la main et le bras « comme par ondes successives ».

Le même jour, voulant m'assurer si elle était sugges-

tible et si la suggestibilité obéissait chez elle aux mêmes lois que chez les autres sujets, je l'amenai dans le vestibule, près de la porte d'entrée de la maison alors ouverte, et, pressant sur son front le point de la mémoire somnambulique, je lui dis que M. Richet, qu'elle aime beaucoup, venait d'arriver, qu'il était sur le perron. Aussitôt, Eusapia se précipita avec violence vers la porte, les yeux fixes, croyant le voir. On eut peine à lui persuader qu'elle avait été le jouet d'une hallucination.

Quelques instants après, M. de Gramont mit le bras d'Eusapia en catalepsie, avec quelques passes longitudinales ; elle parut fort surprise. L'insufflation et quelques passes latérales ramenèrent le bras à l'état normal.

On a cru remarquer qu'Eusapia se préparait consciemment ou inconsciemment à la séance en ralentissant sa respiration qui reste régulière ; en même temps, le pouls s'élève graduellement de 88 à 120 pulsations par minute et devient extrêmement vigoureux. Est-ce une pratique analogue à celle qu'emploient les fakirs de l'Inde ou un simple effet de l'émotion, qu'éprouve, avant chaque séance, Eusapia qui tient énormément à convaincre les assistants et n'est jamais sure de la production des phénomènes ?

Ces phénomènes sont liés aux symptômes convulsifs hystériques et présentent même avec eux une proportionalité aussi bien qualitative que quantitative ; ils apparaissent généralement à des intervalles qui varient entre trois et dix minutes ou même plus, tantôt laissant la conscience intacte, tantôt la troujjlant ou l'abolissant.

On n'endort pas Eusapia ; elle entre d'elle-même en transes quand elle fait partie de la chaîne des mains.

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Elle commence à soupirer très i)rofoiidément, puis elle éprouve des bâillements, elle a le hoquet. Le visage passe ensuite par un série d'expressions différentes. Tantôt il prend une expression démonia(|ue accompagnée d'un rire saccadé tout à fait semblable à celui que Gounod donne à Mei)liistopliclès dans l'opéra de Faust et qui précède presque toujours un phénomène important. Tantôt il rougit ; les yeux deviennent brillants, mouillés et largement ouverts ; le sourire et les mouvements caractérisent l'extase erotique; elle appelle» mio caro », s'appuie sur l'épaule de son A'oisinet cherche des caresses quand elle le croit sympathique. C'est alors que se produisent les phénomènes dont la réussite lui cause des frissons agréables, môme voluptueux. Pendant ce temps les jambes et les bras sont dans un état de forte tension, presque de raideur, ou bien éprouvent des contractions convulsives, parfois une trépidation, qui s'étend au coqis entier.

A ces états de suractivité nerveuse succède une période de dépression caractérisée par la pâleur presque cadavérique du visage qui souvent se couvre de sueur, et l'inertie presque complète des membres ; si on soulève sa main, elle retombe sous son propre poids.

Puis les mômes symptômes se reproduisent alternativement un grand nombre de fois pendant les séances, qui. à l'Agnélas, ne duraient jamais beaucoup plus de deux heures, au bout desquelles Eusapia était complètement épuisée et presqu'inconsciente ; son visage exprimait alors la fatigue,, la souffrance ; elle paraissait même vieillie. Elle se soutenait à peine et présentait l'apathie la plus complète : on était oblige de la prendre sous les bras pour la conduire à la salle à manger oîi on lui don-

nait quelques réconfortants. Elle était toujours très altérée et demandait avec insistance de l'eau pure qu'on lui refusait parce qu'en transe, John King avait prescrit de ne lui faire boire que du vin quand elle serait dans cet état (à table elle buvait ordinairement du vin pur). Le D"" Haruzewicz, le D" Higier et M. Siemiradzki ont observé que, dans cet état, elle présentait le phénomène du toucher à distance, c'est-à-dire de Yextériorisation de la sensibilité ; je n'ai pas eu l'occasion de le vérifier à ce moment, mais je l'ai constaté dans d'autres circonstances ainsi que je l'ai dit plus haut. Cet épuisement dure de dix minutes à un quart d'heure, puis se dissipe peu à peu de lui-même. Quand on cherche à dégager Eusapia par des passes transversales ou le souffle, cela a peu d'effet.

Après les séances réussies elle a le sommeil tranquille ; après les séances difficiles ou manquées elle dort mal.

Pendant la transe, les yeux sont convulsés en haut, on n"en voit que le blanc. La présence d'esprit et la conscience en général est diminuée ou môme abolie : pas de réponse ou réponse retardée sur les questions. Aussi le souvenir de ce qui s'est produit pendant les séances n'existe-t-il chez Eusapia que pour les états très voisins de son état normal et par conséquent, ils ne sont généralement relatifs qu'à des phénomènes de peu d'intensité.

Souvent, pour aider aux manifestations, elle demande qu'on lui donne de la force en mettant une personne de plus à la chaîne. Il lui est arrivé plusieurs fois, quand je n'en faisais pas partie, de m'appeler, de méprendre les doigts et de les presser comme pour en extraire quelque chose, puis de les repousser brusquement disant qu'elle avait assez de force « magnétique », et que

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ce (lu'il lui fallait inaintonant c'était de la force « mctlianiini(iuc ». Dans une des séances de lévitation auxquelles j'ai assisté, un de ses voisins faillit se trouver mal tant il se sentait épuisé.

A mesure que la transe s'accentue la sensibilité à la lumière s'accroît. Le simple passage d'une lampe allumée dans une chambre voisine dont la porte est entr'ouverte finit par provoquer chez Eusapia de véritables, quoique peu durables, spasmes du corps entier ; elle retourne alors la tète en gémissant et son visage exprime la souffrance. Selon le médium lui-même, la lumière subite lui cause de la difficulté à respirer, des battements de cci'ur, la sensation de la boule hystérique, l'irritation générale des nerfs, le mal de tête et des yeux, le tremblement du corps entier et les convulsions, excepté quand elle demande la lumière ellemême ce c[ui lui arrive souvent quand il y ades constatations intéressantes à faire au sujet des objets déplacés), car alors son attention est trop fortement portée ailleurs.

Elle remue constamment pendant la période active des séances : on pourrait attribuer ces mouvements aux crises d'hystérie qui alors la secouent ; mais je crois ({u'il faut les considérer comme nécessaires à la production des phénomènes. On verra en effet dans le procèsverbal des expériences de l'Agnélas, que, toutes les fois, qu'un mouvement devait se produire à distance elle le simulait soit avec ses mains, soit avec ses pieds et en développant une force bien plus considérable que celle qui serait nécessaire pour produire le mouvement au contact.

Voici ce qu'elle raconte elle-même de ses impressions

quand elle veut produire un mouvement à distance : Tout d'abord, elle désire ardemmeiit exécuter le phénomène; puis elle éprouve l'engourdlssenienl et la chair de poule dans les doigts ; ces sensations croissent toujours ; et en même temps, elle sent da^is la région inférieure de la colonne vertébrale comme U7i courant qui s'étend rapidement dans le bras jicsqu'ait coude oii il s'arrête doucement. C'est alors que le phéno^nène a lieu.

Pendant et après la lévitation des tables, elle éprouve de la douleur dans les genoux ; pendant et après d'autres phénomènes, dans les coudes et les bras entiers.

On trouvera des renseignements complémentaires répartis ça et là dans les chapitres suivants.

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