‹ L'extériorisation de la motricitéChapitre 8 sur 108 · II. — Son histoire, sa personne · texte numérisé non relu

II. — Son histoire, sa personne

M. de Kranz, rapporteur de la commission qui a étudié Eusapia à Varsovie, pendant l'hiver de 1893-1894. a résumé les documents qui lui ont été fournis par différents observateurs, et spécialement par le D' Harusewicz, sur la personne d'Eusapia, ses antécédents, et son attitude avant, pendant et après la séance. J'ai ajouté à ce travail mes propres observations lors des expériences, faites à l'Agnélas en septembre 189o, dont on trouvera plus loin le procès-verbal.

Eusapia est née à Minervino Murge (province de Bari)

d) M. Aksakof qui rapporte cette expérience dans son livre Anîinisme et Spirilistne {p. 509j dit que M. Otéro, avec qui il correspondit à ce sujet, lui assura qu'il n'avait conservé aucun doute sur la réalité des faits, bien qu'il eût abordé ces séances avec les idées préconçues d'un matérialiste « enragé » selon sa PpOpre expression.

en 1834. Sa chevelure épaisse et encore noire, présente, à la partie antérieure de la région temporale gauche, une bande blanche recouvrant une cicatrice qu'elle s'est laite, il y a longtemps, dans un accès de délire, ayant le typhus. Les bras et les jambes, bien nourris, sont plus développés que d'ordinaire chez les femmes de la même complexion ; on peut en dire autant des os. La taille est basse, l'embonpoint assez considérable ; les jambes relativement courtes la rendent un peu lourde et maladroite au premier abord ; mais, quand elle s'anime pendant les séances, ses mouvements deviennent élastiques ; son corps et ses membres prennent de la souplesse.

Malgré son air sain, des médecins qui l'ont examinée plus ou moins sommairement, n'ont pas hésité à diagnostiquer chez elle Vliystérie à tendance erotique. De plus un léger état parétique de la moitié droite du corps explique la supériorité musculaire des extrémités gauches sur les droites (la main droite au dynamomètre 45, la main gauche oO), quoique Eusapia ne soit pas gauchère. On constate le même rapport au point de vue de la sensiblité. La sensiblilité à la douleur est normale. Eusapia dit qu'elle éprouve souvent des constriçtions ascendantes de l'œsophage {boule hi/stérique). D'ailleurs, les fonctions physiologiques sont régulières, mais chaque émotion un peu forte provoque des troubles propres à l'hystérie erotique.

« Elle fait, dit le D'' llarusewicz, l'impression d'une femme douée par la nature d'une intelligence remarquable, mais peu développée et même déviée par des influences mauvaises ; elle s'oriente vite dans une position inattendue et sans connaître notre langue, com-

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prend souvent ce dont on parle par la gesticulation et le jeu des visages (1). Ajoutons à cela un tempérament variable et irritable, une ambition démesurée, un certain enivrement de sa gloire médianimique, » un grand désintéressement, et nous aurons une idée du caractère de cette Italienne, mélange curieux de franchise et de dissimulation.

Appartenant à une obscure famille de paysans, elle fut, dès son enfance, témoin de scènes terrifiantes. Son père mourut assassiné par les brigands. Complètement dévalisée elle-même à Naples, peu après son retour de Varsovie, par les voleurs qui lui ont enlevé l'argent et les nombreux cadeaux qu'elle avait rapportés de ses voyages, elle est devenue très craintive. A l'Agnélas elle laissait sa porte entièrement ouverte, toute la nuit, pour qu'on put facilement venir à son secours.

Dès l'âge de huit ans, elle fut sujette à une hallucination obsédante à l'état de veille : des yeux expressifs la regardant de derrière un amas de pierres ou un arbre, toujours à droite. Elle ne se souvient pas d'autre anomalie nerveuse, mais elle a des songes fréquents et très nets.

Les premières manifestations médianimiques coïncident avec l'apparition de la menstruation, vers l'âge de 13 ou 14 ans ; c'est là une concordance qui se retrouve dans presque tous les cas où l'on a observé la singulière

(1) Etudiée successivement par des savants en Italie, en France, en Angleterre, en Allemagne et en Pologne, elle les a si bien observés de son côté qu'elle en imite adraii-ablement quelques-uns, quand elle est dans un milieu qui a sa confiance. Elle dit en plaisantant qu'elle a des amis de toutes sortes : en xi, en oui, en yes, en ia et en lac.

propriété de la production des mouvements à distance, dont nous rapporterons quelques-uns dans la suite de ce livre.

A ce moment de sa vie, on remarqua que les séances spii'ites auxquelles on la conviait réussissaient beaucoup mieux quand elle s'asseyait à la table. Selon son propre récit, elle renonça à ces séances qui l'ennuyaient et elle s'abstint de toute expérience pendant 8 ou 9 ans.

Ce n'est que dans sa 22^ ou 23'' année que commença la culture spiritique d'Eusapia dirigée par un spirite fervent, M. Damiani. C'est alors qu'apparut la personnalité de John King, qui s'empare d'elle quand elle est à l'éclat de transe. Ce John King dit être le frère de la Katie King de Crookes et avoir été le père d'Eusapia dans une autre existence. C'est John qui parle quand Eusapia est en transe ; il parle d'elle en l'appelant « ma fille » et donne des conseils sur la manière dont il faut la soigner. M. Ochorowicz pense que ce John est une personnalité créée dans l'esprit d'Eusapia par la réunion d'un certain nombre d'impressions recueillies çà et là dans les différents milieux auxquels sa vie a été mêlée Ce serait à peu près la même explication que pour les personnalités suggérées qui ont été étudiées successivement par M. Richet et par moi, et pour les variations spontanées de personnalité observées par MM. Azam, Bourru, Burot, etc.

Eusapia a été fréquemment magnétisée par le D"" Ochorowicz. Je l'ai priée de me permettre de la soumettre à quelques passes que j'ai faites d'abord sur sa main ; j'ai déterminé ainsi l'extériorisation de la sensibilité, mais quand, après avoir reconnu l'existence d'une pre-

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