I. — Conditions d'expérimentation
Mes observations embrassent une péi-iode de trois mois pendant lesquels j'ai eu à peu près une séance chaque semaine! i).J"ai toujours opéré dans le môme local en présence d'un très i)etit nombre de personnes toujours les mêmes, sauf un ou deux étrangers changeant chaque fois. Une séance hors de chez moi avec une quinzaine d'assistants fut rigoureusement nulle ; une autre chez moi avec quatorze assistants fut également nulle et une troisième au dehors avec cinq ou six assistants seulement fût très faible ; mais chez moi, avec o ou G assistants au plus, j'ai toujours obtenu quelque chose, sauf une seule fois. J'attribue cet insuccès à un temps froid et pluvieux.
... Je me suis toujours servi du même médium, sauf dans deux séances où j'ai dû le remplacer par un autre parce qu'il était en voyage, et j'ai obtenu les mêmes effets avec l'un comme avec l'autre.
(1) M. Donald Mac-Nab, mort aujoiird'liui. «Hait un ancien (Uève de l'École Centrale des Arts et Manufactures et il fut ingénieur dune Compagnie de cables sous inarins.
On appelle médium une personne dont la présence est nécessaire à la production des phénomènes. Son rôle est simplement de fournir de la force neurique ou psychique : c'est un instrument le plus souA-ent passif. Celui que j'ai employé (M. F.) n'est pas passif ; sa volonté est en jeu et il tombe rarement en catalepsie. Comme j'arrête l'expérience dès que cela arrive, les phénomènes ont toujours été obtenus pendant qu'il était ou paraissait en état de veille : il cause avec nous, nous fait part de ce qu'il voit, de ce qu'il entend, de ce qu'il sent, se comporte en un mot comme l'un quelconque des assistants. C'est un hystérique bien caractérisé et il est profondément névrosé ; il s'endort spontanément quand il le veut, et, après une courte léthargie, atteint très rapidement l'état que les psychologis tes appellent état de perception transcendante et que M. de Rochas appelle état de rapport. Quelquefois, mais rarement en dehors des séances, il subit des incarnations ; j'évite autant qu'il est possible cet état fort dangereux. Il est musicien et a un excellent tempérament artistique. Presque tous les médiums que je connais sont des artistes. Il a fait beaucoup de spiritisme phénoménal ; mais il y avait un an qu'il n'en avait fait quand je l'ai connu, ce qui explique le faible résultat des premières séances ; il ne croit pas cependant au spiritisme et il est persuadé que la cause des phénomènes est quelque chose qui sort de lui, qu'il appelle des fluides ou des essences et qu'un théosophe appellerait son corps astral. Néanmoins il est certainement la proie dentités vampiriques qui vivent de lui en aljsorbant à leur profit la force vitale évoluée par son organisme et lui suggèrent constamment des idées de suicide ; aussi a-t-il une très mauvaise santé physique et morale. 11 est très nerveux, surtout quand il fait de la musique. J'ai vu fréquemment des étincelles sortir de ses doigts quand il joue du piano dans l'obscurité, et les touches se couvrir de taches lumineuses. Cependant je n'ai pas observé que ce
KXP. DE DOXALD MAC-NAB A PARIS, 1888 1)23
phénomène fût dû à un dégagement d'électricité, ce qui serait possible.
J'ai observé les phénomènes dont je vais parler un très grand nombre de fois, tant avec lui seul qu'en présence d'autres personnes ; je n'ai jamais surpris de fraude de sa part ; il n'a d'ailleurs aucun intérêt à me tromper et opère autant pour se rendre compte lui-même que pour m'ètre agréable. Il est mon ami ; je vis intimement avec lui depuis quelques mois et je suis absolument sûr de sa bonne foi. J'ai, d'autre part, expérimenté dans des conditions de contrôle suffisantes sans avoir jamais rien remarqué qui pût ressembler à une tricherie même inconsciente de sa part (1), et enfin j'ai obtenu les mêmes phénomènes en son absence avec un autre de mes amis (M. C.,) qui assistait pour la première fois à une séance et ignorait les phénomènes que je me proposais d'obtenir.
On remarquera que beaucoup de phénomènes ressemblent à des tours de prestidigitation, ce qui n'est pas étonnant si l'on songe que les prestidigitateurs cherchent à imiter les phénomènes réels ; mais il suffit d'avoir assisté à une de mes séances pour être convaincu que les procédés de la prestidigitation ne sont pas en jeu ; il faudrait une préparation qui na pas lieu et la complicité des assistants. Toutes les personnes qui ont assisté à mes séances se sont retirées persuadées qu'il n'y avait aucune fraude dans la production du fait sensible ; toutefois les moyens m'ont manqué pour expérimenter dans les conditions rigoureuses qu'exige la
^1) Depuis que Mac-N'ab a écrit cet article, il a trouvé dans sa chambre, après une séance, une figure de carton découpée qui ne pouvait avoir été apportée que par le médium, (bien que celui-ci eût paru très surpris quand on la lui a ensuite montrée), et qui pouvait être utilisée pour des apparitions. Y a t il eu là un de ces essais de fraude plus ou moins consciente, dont la plupart des médiums fournissent des exemples ?
science moderne. J'ai surtout cherché à me rendre compte moi-même. Je raconte simplement les faits tels qu'ils se sont passés, espérant qu'à la suite de cette ébauche l'attention des savants, portée sur ce sujet, pourra postérieurement donner lieu à une expérimentation plus scientifique et pour ainsi dire définitive.
Il ne faut pas s'attendre à ce que ces recherches aient des résultats commerciaux ou industriels : c'est à la science positive qu'ils doivent profiter, en faisant connaître de nouvelles lois et en lui donnant des bases plus larges ; en montrant surtout que des faits, considérés à tort comme surnaturels, sont purement du domaine de la nature.
Les phénomènes rentrent tous dans l'une des catégories suivantes :
1° Mouvements spontanés d'objets sans contact, lévitation, écriture directe ;
2° Bruits frappés ;
3° Phénomènes lumineux ;
4° Transports d'objets;
5° Apports d'objets par désintégration ;
G" Matérialisations de fantômes ;
7° Communications de pensées à l'état de veille.