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II. — Mouvements spontanés d'objets sans contact

Je considère d'abord le phénomène de la canne qui est des plus curieux, facile à contrôler, obtenu en pleine lumière, et qui donne la clef de tous les mouvements d'objets sans contact.

Le médium s'assit tenant une canne debout entre les jambes, la frotta avec ses mains ; puis, les écartant lentement, les tint immobiles. La canne resta debout, non point tout à fait verticalement, mais un peu inclinée vers la poitrine du médium, en tremblant un peu ù la façon des

BXl'. DIÎ DONALD MAC-NAB A PARIS, 1888 525

aigiiillcs qu'on fait tenir debout sur un pôle d'aimant, le long d'une ligne de force.

Il restait parfaitement immobile et la canne s'inclinait, ;i sa volonté, à droite, à gauche, en avant, en arrière. La partie supérieure vint jusqu'à toucher sa poitrine ; la canne faisait alors avec le sol un angle d'environ 00" ; à sa volonté, elle se redressa lentement jusqu'il la position verticale.

Je le fis recommencer plusieurs fois avec trois cannes différentes, l'une très légère, l'autre contenant un noyau en acier, la dernière en jonc un peu lourde. Cette dernière donna les meilleurs résultats.

Est-il besoin de dire que je sais parfaitement qu'on peut imiter ce phénomène à l'aide d'un cheveu ou d'un fil très fin et que mon premier soin fut de m'assurer qu'il n'y avait rien de pareil.

Ayant placé une seconde canne très légère en bambou à côté de la première pendant qu'elle était en équilibre, et à une distance de dix centimètres, elle ne resta pas immobile, mais tourna sur elle-même en roulant sur le plancher et finit par se coller contre l'autre, comme si elle subissait une attraction.

Le médium pendant celte expérience, restait parfaitement immobile et la canne suivait toutes les impulsions de sa volonté sans aucun lien visible avec ses muscles de sorte qu'elle paraissait douée de mouvement spontané.

Je crois pouvoir conclure légitimement de là, ([ue la canne pendant son mouvement était en équili])re instantané sous l'influence de forces suivantes.

1° L'action de la pesanteur ;

2" Les forces magnétiques du champ neurique du médium projeté hors de son corps.

3° La volonté consciente.

En d'autres termes, les lignes de force du champ neurique agissaient comme un mécanisme de liaison entre la canne et la volonté localisée dans le cerveau.

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J'ai fait répéter cette expérience par le médium daru^ d'autres séances ; elle réussit plusieurs fois, mais plusieurs fois aussi elle ne réussit pas. Les personnes qui peuvent témoigner de ces résultats importants sont : MM. Montorgueil, rédacteur du journal Paris ; de Rochas, commandant du Génie ; Gaboriau, directeur du Lotus ; Froment, secrétaire de l'ancienne Isis, et plusieurs autres personnes de moindre notoriété. Cette expérience est rigoureusement scientifique parce qu'elle réussit toutes les fois que les conditions sont remplies, ce qui n'arrive pas toujours. Ces conditions sont la projection d'un champ neurique hors du médium et un certain effort de volonté de sa part ; cela le fatigue énormément.

Remarquons qu'il en est de même dans toute expérience de physique. Par exemple, une machine électrique à frottement ne donne pas toujours de l'électricité ; il faut que le plateau tourne, que les frotteurs soient à la terre, que les surfaces réceptrices soient isolées, que l'air ne soit pas humide. Si l'une de ses conditions n'est pas remplie, la machine ne donne pas ; néanmoins il n'est personne qui ne considère comme scientifique le fait que le frottement produit de l'électricité.

L'équilibre de la canne ressemble énormément à l'équilibre d'une poupée en moelle de sureau dans un champ électrique, et si elle se tenait simplement en équilibre, on pourrait voir là un phénomène purement électrique ; mais il y a le mouvement dont la direction et le sens dépendent de la volonté. Ainsi l'opérateur fait lui-même partie de l'appareil.

Généralisant ces considérations, on peut dire que la volonté est une force magnétique agissant spontanément dans trois directions de l'espace tandis que les centres de force électrique n'agissent que dans une direction. Ce n'est qu'en considérantles centres de force moléculaire comme des spontanéités du degré 1 et les volontés libres comme des spon-

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lanc'ités du degré lî, que la physi(|ue et la chimie pourront sortir do l'impasse où les a acculées la routine des sciences modernes.

Tiénéralisons encore ; nous avons vu une canne se mouvoir sponlanémcnt dans un champ psychique sous l'influence d'une volonté. Il paraît évident que le même effet doit se produire avec un tout autre objet, une table par exemple, et sous l'influence d'une volonté autre que celle du médium. Celui-ci n'est plus alors partie intégrante du champ de l'appareil, il ne sert qu'à fournir le champ neurique 11).

Quelles sont les autres volontés qui peuvent agir? Il paraît prouvé par les expériences de MM. Janet, de Rochas,

1) Voici comment s'exprimait sur ce sujet, six f,ns après, dans le sommeil magnétique, une dame de mes amies qui n'avait jamais au ni lu Mac-Nab.

.' Un animal se compose de trois parties : le corps matériel, l'esprit, et le fluide nerveux qui met en relation le corps et l'esprit. Pour que l'animal puisse se mouvoir, il faut que la matière soit imprégnée d'une quantité suffisante de fluide pour triompher de son inertie.

« Quand un médium s'extériorise et charge de son fluide un objet extérieur, une table par exemple, il constitue dans cette table un prolongement artificiel de son corps qui obéira à son esprit quand elle sera suffisamment vivifiée ; tant qu'elle n'a pas reçu assez de fluide, elle n'obéit pas mieux qu'un bras plus ou moins paralysé. »

La table ne pourra naturellement exécuter que les mouvements compatibles avec sa structure, c'est-à-dire qu'elle ne pourra que se lever, retomber, glisser, etc. ; mais si au lieu d'une table le médium charge par exemple une poupée articulée, il pourra faire exécuter à cette poupée tous les mouvements que comportent ses articulations. S'il agit sur un cadavre, il pourra le faire mouvoir comme un homme vivant. L'expérience a du reste été faite par M. Horace Pelletier sur un insecte mort.

Enfin il peut arriver qu'à l'esprit du médium se substitue une autre entité intelligente invisible.

etc., sur l'état second, qu'il y a au moins deux moi dans l'homme (1). Si l'on cherchait bien on en trouverait un plus grand nombre. Il suffit du reste d'interroger le sens intime pour s'assurer que nous sommes une collection de volontés différentes souvent en lutte les unes avec les autres. Chaque désir que nous réprimons est une volonté dont nous avons connaissance ; quelquefois elle fait partie de l'inconscient. Chacune de ces volontés peut, si on lui laisse le champ libre, se développer momentanément d'une façon anormale et agir à notre place ; cela arrive chez les somnambules et dans l'état second. 11 peut en résulter que les mouvements spontanés de l'objet soient guidés par une volonté qui nous paraît extérieure et qui acquiert momentanément un haut degré de conscience. C'est en un mot, une partie de nous-mème que nous projetons hors de nous.

Tout le monde sait qu'un courant électrique peut être produit sans aucun organisme ad hoc, tel qu'une pile ou une machine dynamo. On appelle cela un courant induit et ce n'est en somme qu'un mouvement induit par un autre mouvement dans un milieu approprié. C'est ainsi qu'on peut entendre une conversation téléphonique dans un fil à l'extrémité duquel on ne trouve aucun téléphone.

Si la pensée est un mouvement, ce qu'on ne fera aucune difficulté à admettre, on ne sera pas surpris que partout où se produit un pareil mouvement, même en dehors de l'organisme, il y ait là de la pensée et de la conscience. La condition pour qu'il y ait une conscience induiteest qu'une conscience inductive, évoluée par un être vivant, mette en mouvement dans un milieu spécial qui est le champ

(1) De mes expériences j'ai simplement conclu qu'on pouvait créer chez un sujet diverses personnalités factices eu supprimant momentanément certains de ses souvenirs et en en exaltant d'autres.

Exr. ne donald mac-.naiî a taris, 1888 529

neurique, des centres d'énergie potenlielle. Si le mouvement inducteur est très intense, comme dans ce milieu, les pertes d'énergie par inertie et résistances passives sont presipie nulles, il ne sera pas surprenant que le mouvement induit suljsiste plus longtemps que la cause inductrice. Comme celle-ci est d'ailleurs une volonté libre, ce qui est induit est aussi une volonté libre. Les centres d'énergie sur lesquels agit l'induction, le théosophe les appelle des clémctitaiw.

Il y a encore d'autres centres d'énergie que nous pouvons rendre conscients et intelligents momentanément ; ce sont les résidus vitaux des hommes décédés, dont la puissance vive n'est pas encore annulée. Ces derniers portent le nom cVclémentaires et apportent dans la conscience que nous leur donnons momentanément des éléments, des tendances, des instincts propres à ceux à qui ils ont appartenu, fait dont l'interprétation irréfléchie a donné lieu ù la formidable erreur des spirites.

On ne s'étonnera plus maintenant si je dis qu'un objet, une table en état de mouvement en apparence spontané, donne lieu à des manifestations intellectuelles extérieures aux assistants sans toutefois leur être tout à fait étrangères.

J'ai observé ces mouvements un grand nombre de fois et je cite seulement les cas les plus frappants.

Dans la première séance, étant très sceptique, je plaçai le médium assis entre M. R, et moi : dans l'obscurité, le guéridon placé devant nous hors de notre portée se mit à s'agiter, à glisser sur le parquet et répondit en frappant à plusieurs de nos questions.

Une autre fois, en présence de M. Labro, ingénieur, nous constatâmes les mêmes mouvements dans l'obscurité. Il y eut mrme quelque chose de plus ; à un certain moment tous les meubles furent agités en même temps ; le guéridon tomba, le lit fut traîné sur le parquet, les chaises

placées dans les coins et hors de notre portée furent renversées, traînées à travers la chambre. Tout cela eut lieu en même temps avec un vacarme épouvantable. J'allumai et tout cessa. Les chaises, le guéridon, le tabouret du piano étaient renversés, et une chaise qui se trouvait primitivement dans un coin était renversée à côté de moi. Je fis de nouveau l'obscurité quelques instants, demandant que cette chaise fût redressée, et ayant rallumé, je la trouvai debout devant moi sans que nous eussions entendu le moindre brait. Le médium était assis sur le canapé entre M. R. et moi et je ne le sentis pas bouger. Puis, encore dans l'obscurité et les mêmes conditions d'immobilité de notre fait, nous entendîmes comme des coups de marteau frappés dans le piano ; le couvercle se leva avec fracas et nous entendîmes les doigts courir sur les touches en jouant une courte mélodie.

De pareils mouvements eurent lieu dans toutes nos séances et môme malgré nous, car nous cherchions plutôt à les empêcher parce que cela nous gênait dans l'observation d'autres phénomènes plus intéressants.

L'obscurité est certes une condition favorable à la production des phénomènes, mais elle supprime le témoignage d'un sens ; aussi avais-je le plus grand désir d'obtenir de ces mouvements en pleine lumière. Voici seulement ce que je pus observer en dehors des expériences de la canne.

Un soir, à la fin dune séance, nous étions M. R..., le médium et moi, debout à côté de la fenêtre et causant avant de nous séparer, quand notre attention fut attirée par des coups frappés dans le piano, sur la tablette supérieure duquel était un chandelier contenant une bougie éteinte à moitié consumée. Nous étant tournés de ce côté, nous vîmes tous trois la bougie sauter hors du chandelier comme mue par un ressort, et tomber derrière le piano d'où nous la retirâmes.

FAP. DE DONALD MAC-.NAB A RARIS, 1888 331

L'expérience suivante eut lieu à la lueur d'une lampe de photographie à verre rouge qui permettait fort hieu de distinguer les objets. Je la fis uue promirre fois eu présence et avec la coopération de MM. Labro et Geffroy, ingénieurs des arts et manufactures, et une seconde fois avec MM. Labro, M...., Th..., ingénieurs également. Nous nous mîmes debout autour du guéridon, nous touchant mutuellement les pieds, la main gauche sur l'épaule de notre voisin et les mains droites réunies en paquet autour de la table; à un signal donné, nous enlevâmes nos mains en même temps d'une hauteur d'environ 40 centimètres et le guéridon se seuleva de terre en restant en contact avec nos mains, puis retomba à terre. Nous mîmes ensuite nos mains droites en paquet à 40 centimètres environ au-dessus du guéridon, et, sur notre demande, il se souleva de terre, vint toucher nos mains, redescendit lentement et toucha terre sans bruit.

J'observai encore de nombreux mouvements et déplacements d'objets, mais dans l'obscurité. Toutefois, comme nous avons l'habitude de nous toucher mutuellement, que nous sommes attentifs au moindre bruit, que le plus petit mouvement d'un de nous s'entend, que j'allume quand il me plaît, sans prévenir personne, je crois devoir en faire mention.

Un jour, un sabre de cavalerie fut sorti de son fourreau empaqueté dans un coin de la chambre et se trouva par terre à mes pieds ; une autre fois ce fut une sonnette... Dans une séance, le lit sur lequel j'étais assis avec le médium se souleva d'au moins oO centimètres d'un côté à trois reprises différentes et resta dans cette position inclinée pendant une demi-minute.

Dans presque toutes les séances, le guéridon se soulève au plafond et reste suspendu en l'air, quelquefois assez longtemps. Il est construit assez sommairement, de sorte qu'au moindre mouvement, il craque au-dessus de nos têtes. Une fois il s'enleva et nous entendions rouler dessus un crayon

que nous y avions mis ; il est garni d'une petite galerie, ce qui empêchait le crayon de tomber. Etant arrivé au plafond, juste au-dessus de ma tète, il y resta plusieurs minutes et îe crayon commença à écrire au plafond ces deux mots que nous lûmes après avoir allumé : la mort. Ils y sont encore.

... Je n'avais jamais voulu allumer pendant que nous entendions le guéridon se promener au plafond, car il aurait pu tomber sur la tête de quelqu'un ; pourtant, j'aurais eu, en enflammant une allumette à l'improviste, une preuve de visu. Il ne me restait comme contrôle que le toucher et je résolus d'en user.

J'avais manifesté cette intention avant la séance. Or, dans l'obscurité, le guéridon vint se placer devant moi. J'étais debout, et les pieds du meuble étaient à la hauteur de ma poitrine. Je le palpai sur tous les points et dans tous les sens, du haut jusqu'en bas, sans rencontrer aucune main. Je m'y suspendis pour juger de la force^ et je l'entraînai vers moi en éprouvant une forte résistance. La force n'était pas appliquée dans l'axe, mais, sur le bord supérieur qui m'était opposé.

Un soir, en pleine lumière, voyant le médium bien disposé, je lui fis poser la main sur le guéridon ; j'y mis aussi la mienne et presqu'immédiatement il se souleva de terre et resta, quelques secondes, suspendu à une hauteur de 20 ou 30 centimètres. Je m'assurai que le médium ne poussait pas avec son pied. Je cite le cas, bien qu'il y ait eu contact des mains parce que la lévitation était complète.

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