PRÉFACE VII
pérîences, je Taî fait avec toute la sincérité possible et j'ai cherché à en conserver, pour ainsi dire, ia physionomonîe de manière à ne point leur laisser attribuer une portée plus grande que celle qu'elles ont dans ma propre pensée, rien n'étant plus dangereux qu'une idée fausse lorsqu'elle est entrée dans la circulation sous le couvert d'une parole autorisée.
J'ai accumulé les documents historiques pour montrer que les phénomènes constatés par moi ne sont point aussi nouveaux, et par suite aussi invraisemblables, qu'on est tenté de le croire ; mais c'eût été, à mon avis, peine perdue que d'essayer d'y discerner le vrai du faux, ce qui nous paraît impossible aujourd'hui pouvant bien ne plus nous sembler tel dans quelques aimées. Je me suis donc borné à les puiser aux véritables sources et à les transcrire exactement pour donner au lecteur la facilité de faire, s'il le désire, le travail que j'ai jugé inutile.
Les savants du xvii** siècle, à qui Von doit de si grandes découvertes et des vues à la fois si justes et si hardies sur la nature des choses, n'ont pu cependant se soustraire tout à fait aux défauts de leur temps. La scolastique du moyen âge les avait habitués à trop se fier à la parole du Maître et à confondre le domaine de la physique ovec celui de la métaphysique; de là un manque de critique presque absolu au sujet des faits sur lesquels ils étayaient leurs raisonnements et Terreur de leurs conclusions qu'ils donnaient de confiance comme générales sans
viu l'extériorisation de la sensibilité
voir, ce qui cependant sautait aux yeux, qu'elles ne s'appliquaient en réalité qu'à des cas exceptionnels.
De nos jours, par un défaut inverse, on est porté à n'admettre comme réellement démontré que ce qu'on peut percevoir soi-même, sans réfléchir que les organisations nerveuses que nous étudions ici sont, chez les hommes, aussi différentes que les organisations intellectuelles et morales.
La vérité est entre ces deux excès : il y a des personnes qui, au point de vue de l'étendue et de l'acuité des sens, sont autant au-dessus du commun que les Napoléon, les Mozart, les Raphaël et les Archimède le sont sous d'autres rapports ; mais, comme la nature ne procède jamais par sauts, on trouve tous les degrés intermédiaires.
Si nos études avaient besoin d'être justifiées autrement que par cette noble inquiétude qui, selon l'expression de Sénèque, emporte toujours l'âme humaine vers les régions inconnues d'où elle tire sa divine origine, nous ferions observer que l'histoire des croyances populaires, comme celle des maladies mentales ou nerveuses, s'illumine quand on admet ces degrés intermédiaires de facultés anormales, jusqu'ici méconnus parce que, faute d'un grossissement suffisant, si je puis m'exprimer ainsi, ils échappaient à l'analyse.
L'Agnélas (Isère), ce 25 septembre 1894.
Albert de ROCHAS.