QUATRIÈME QUESTION
Les descriptions de Teffluve accusent-elles une influence particulière des agents qui représentent les différentes formes de Ténergie?
Limités par le cadre restreint que nous nous sommes imposé ici, nous avons borné cette étude aux manifestations d'effluves les plus nettes et les mieux caractérisées, c'est-àdire à celles qui se développent dans les électro-aimants et dans les aimants.
Les effets des différentes formes de Ténergie : actions mécaniques, chaleur, lumière, électricité, magnétisme et actions chimiques, ont fait Tobjet des recherches de Reichenbach, et, s'il est permis de ne pas admettre les conséquences théoriques qu'il en a tirées, il semble du moins que les descriptions faites par les nombreux sujets dont il s'est servi ne doivent plus être négligées, maintenant que nous croyons avoir démontré l'existence de l'effluve.
Nous ne nous occuperons ici que de nos recherches personnelles.'
a) Électro-aimants. — Les expériences exposées dans l'étude de la première question ont établi que le passage du courant dans la bobine détermine deux effluves, un à chaque extrémité du noyau de fer doux: ces effluves disparaissent au bout de quelques secondes après la suppression du courant lorsque le noyau est en fer doux ; si le
noyau est en acier, non préalablement aimanté, les effluves détenninés par le passage du courant subsistent.
Il y avait à résoudre une question importante : Les colo« rations des deux effluves dépendent-elles de la nature magnétique des pôles du noyau ?
Pour y répondre, nous avons enroulé autour d'un noyau de fer doux une spirale formée d*un fil de cuivre isolé ; puis nous avons fait passer dans ce fil le courant produit par un élément de pile au bichromate, en changeant de temps en temps soit le sens du courant, sans toucher à Tenroulement, soit le sens de l'enroulement, dextrorsum ou sinistrorsum, sans changer le sens du courant.
Nous avons ainsi constaté que les colorations des deux effluves dépendent, non pas de la nature magnétique des pôles produits (nord ou sud), mais de la situation de ces pôles par rapport à l'entrée et à la sortie du courant, quel que soit le sens de l'enroulement (on suppose ici, [comme on l'admet généralement, que la propagation du courant établi a lieu du pôle positif au pôle négatif de la source électrique dans le circuit extérieur). Ces colorations sont alors les mêmes que celles des fils conducteurs reliant les deux extrémités de la spirale aux deux pôles de la pile ; c'est-à-dire que l'extrémité du noyau de fer située à l'entrée du courant donne un effluve bleu, et l'extrémité située à la sortie un effluve rouge, lorsque L. n'inverse pas. {PL IV,
fig. 3.)
L'intensité et la longueur des deux effluves semblent augmenter et diminuer en même temps que l'intensité du courant. Avec la spirale employée, qui présentait une très faible résistance (environ 2 mètres de fil de cuivre de l"*"" de diamètre), il y avait, au moment de la fermeture du circuit après un long repos, un fort coup de fouet, suivi
d'une diminution rapide de Tintensité ; ces variations étaient accusées par les perceptions plus ou moins intenses du sujet.
S'il s'agit d'un barreau d'acier, il conserve les colorations d'effluve qui lui sont affectées par le premier passage du courant aimantant.
b) Aimants. — Il résulte de ce qui précède que la coloration de l'effluve de chacun des pôles d'un aimant obtenu par l'effet d'un courant électrique circulant dans une bobine dépend essentiellemeiit de la situation qu'occupait ce pôle pendant l'aimantation par rapport au sens de propagation du courant ; cette coloration est indépendante de la nature magnétique djes pôles.
Cela explique comment il se fait que, parmi plusieurs aimants présentés simultanément à un même sujet, les pôles de même nom donnent les uns une coloration bleue, les autres une coloration rouge.
Nous avions souvent constaté ce fait, dont l'explication nous a été donnée ultérieurement par les expériences exécutées sur l'électro-aimant.
Pour le sujet L., lorsqu'il n'inverse pas, la coloration bleue correspond à l'effluve du pôle d'aimant situé le plus près du pôle positif de la source électrique (en suivant le circuit) qui produit le courant aimantant ; et la coloration rouge à l'effluve du pôle d'aimant situé le plus près du pôle négatif de la source.
Mais les aimants ne sont pas toujours obtenus par l'effet d'un courant électrique; on se sert encore d'autres procédés d'aimantation, qui reviennent tous au contact d'un ou des deux pôles d'un fort aimant ou électro-aimant, avec la pièce à aimanter.
Il était donc intéressant d'examiner l'effet de ce contact ; voici ce que nous avons obtenu avec le sujet L.
Sur un barreau de fer approché d*un fort aimant, il ne voit rien. Au moment du contact, le barreau prend la coloration du pôle voisin. Si la pièce de fer est en contact avec les deux pôles de Faimant, comme cela a lieu pour l'armature posée sur les extrémités des deux branches d'un aimant en forme de fer à cheval, les deux effluves qui se projetaient dans l'air disparaissent, et chacune des deux moitiés de l'armature voisine des deux pôles de l'aimant prend la même coloration que le pôle correspondant. C'est, en particulier, l'aspect que présente l'armature du gros aimant lorsque celui-ci en est armé.
Donc, la coloration communiquée à une pièce de fer par le contact d'un pôle d'aimant est la même que celle de ce pôle, quelle que soit la nature magnétique de celui-ci ; si la pièce est en contact avec les deux pôles de l'aimant, chacune des deux moitiés prend la coloration du pôle voisin.
Toutefois la question n'est point encore bien élucidée, car le dessin reproduit dans la figure 2 de la planche IIï montre que l'effluve du pôle nord d'un barreau aimanté peut être complètement repoussé par un barreau de fer doux placé transversalement au-dessus.
Enfin, comment se comportent les effluves de deux pôles d'aimants qu'on rapproche ?
La figure 1 de la planche HT, dessinée d'après nature par Albert L. dans cinq positions différentes des aimants, montre comment ils se repoussent quand les pôles sont de même nom. La figure 4 delà même planche fait voir comment ils s'attirent et se traversent quand ils proviennent de pôles de noms contraires.