CHAPITRE X
LE GOMPAGViOIllfAGE £T LA DOMESTIGITâ DANS LA COMMUlfE TELLE QU'ELLE EST.
Et inimici haminis domestici ejus* (St Mathieu ,' C. X, F. 36).
Et rhomtna aura ses serviteurs pour ennemis. ,
Le compagnonnage, dont Thistoire a été, tant de fois et si complètement écrite, ne doit être ici pour nous que Tobjet d'un très-bïèf examen.
Il nous suflSit de rappeler les coalitions et les grèves d'ouvriers, les conflits, lès procès, les
eonâamnations , les chômages et les. misères qui en soBt la suite.
Il nous suffit de rappeler aussi les maux causés par les sociétés sécrètes des compagnons du devoir ou du tour de France, sociétés fondées au nom, de la fraternité et qui, rivales et ennemies les unes des autres, portent l'inimitié jusqu'aux violences les plus coupables.
Il suffit de rappeler encore la vie du cabaret, 'l'ivrognerie si commune et si dégradante et l'espèce de haine que couvent contre le reste ^e la ^eiété les habitués de ces lieux où le seul plaisir est de fumer et de boire sai^s cesse et de dég'rader concurremment TinteUigence, le sens moral et le langage.*
Il suffit enfin de rappeler l'empressement de cette tlasse de la sdciété à descendre tumultueusement sur la place pt&lique au moindre signe de malaise, de faiblesse et de trouble dans. la directioh sociale et à pi*ouver ainsi son propre malaise et ses misères.
A côté du compagnonnage , et quoique considérée par lui comme un degré social fort inférieur, nous devons placer la domesticité.
Il suffit d'entendre alternativement les maîtres €tles domestiques pour reconnaître , à leurs plaintes amènes et générales et à leurs inutations perpétuélles , qu'il y a là non pas seulement une plaie, mais un tdcère social qui devient de plus en plus douloureux et rongeur.
Le mal-aise des maîtres, \a dijJieuUé crjcntêantede se faire Servir, — comme on dit dans les yilléS) — y font un objet sérieux d'inquiétude.
Mais dans les campag^nes, où TémigratioB pour les yiUes a décuplé depuis, yingt-cinq ans ; où. les enfants eux-mêmes désertent , Sitôt qu'ils le peuvent, le toit paternel, la société se trouve beaucoup plus immédiatement menacée. L'agriculture , malgré ses progrès scientifiques , languit faute de bras comme faute de capitaux et sous Finfluence, d^^illeurs toujours croissante , du morcellèn^ent indéfini.
Et cependant au milieu de ces souffrances mutuelles, où le sentiment intime d'une sorte d^infériorité morale à laquelle on ne voit point de remède entretient et fomente Tirritation et la haine des classes ouvrières contre les classes supérieures,- — au milieu de ces soi;&ances, disonsnous, — qu'il soit fait appel au dévouement et au courage , on voit à Tiastant même se manifester à Tenvi les plus nobles élans. C'est que, malgré cet abandon presque complet dans lequel les enfants sont laissés , pendant taut d'années , exposés aux plus fâcheuses influences, les instincts généreux déposés par Dieu dans le cœur de l'homme ne sont jamais complètement étouffés.
Nous avons donc le droit de penser, qu'après l'éducation, sans lacune, de notre crèche et de nos trois Ecoles primaire, secondaire et professionnelle, nous aurons une honorable corporation de compa-
gnonnage , jamais diVisée en sociétés hostiles , mais toujours fraterirèllemeut unie par des intérêts cpmme par 4es sentiments communs sous la direction sympathique de ses maîtres, jusqu'à ce que les membres de cette corporatioiï deviennent, à leur majorité; des maîtres à leur tour.
Et ialors, quand une pareille éducation et de semblables corporations auront été établies dans tdutes les^ communes, l'humanité pourra réellement être fière de ses destinées , car il n'y aura plus rien de dégradé en elle, et, depuis le premier jusqu'au dernier échelon de ses distinctions sociales, nécessairement graduées comme Dieu luimême a gradué les forces matérielles et les intelligences,, chacun se sentajQt noblement àî sa place par un enïploi complet de ses facultés librement étudié et choisi, aucutie classe ne sera désormais un objet de honte , de crainte ou d'envie pour les autres^