CHAPITRE XIIL
LA CITÉ AGRICOLE DANS LA COMMUNE TELLE Qu'eLLE POURRAIT ÊTRE.
Dans nos fermes modèles , la classe ouvrière sera à la fois travailleur , fermier, propriétaire. Ses bénéfices seront donc immenses
Ainsi.. .. Tassociation ouvrière reconstruira la grande propriété et la grande culture. (LouU'^apoléon Bonaparte).
Nous avons, dans le chapitre précédent, montré le mariage, la famille et les mœurs tels que les ont faits Finsolidarité et Tantagonisme des intérêts. L'esquisse que nous en avons tracée n'a rien emprunté à Timagination et nous croyons que son exactitude ne saurait être sérieusement contestée.
Nous avions de même, dans les chapitres II, IV, VI, Vni et X, montré la part que l'éducation, telle qu'elle est généralement pratiquée, peut justement réclamer dans cet aspect et dans cet état si peu satisfaisants qu'offrent, surtout dans les campagnes , les individus , leurs habitudes , leur langage , leurs mœurs et leurs .relations.
Si, de Fétat moral de la famille dans la cornfhune telle qu^elte est, nous passions aux conditions physiques qui Tentourent, nous ne la trouverions pas moins malheureusement partagée et nous devrons sans peine en comprendre la cause:
La solidarité manque presque partout jusqu'à présent dans les rapports sociaux qui sont d'institution humaine ; mais elle ne manque jamais entre l'esprit et la matière dont Tassociâtion vient de Dieu et qui doivent subir ensemble les conséquences de la manière dont Fhomme, en gouvernant cette association, accomplit la part - d'action que le créateur a laissée à sa charge.
Nous avons déjà dit les conditions fatales qui, pour la santé, résultent de rétablissement des habitations sur le bord des eaux et quelquefois près des marais les plus insalubres.
Nous avons dit les épidémies périodiques, les maladies chroniques et les inondations qui, en frappant les hommes et les animaux, déciment et ruinent les populations.
Nous devons rappeler de même les épidémies
diTcrseà qui séyisseat sur. les plantes et sur les plus nécessaires h la vie de rbomme, le Ué^ les pommes de terre, la yigiie, les arbres fruitiers^ etc.
Nous devoBs dire aussi les myriades d'insectes qui concourent, avec les maladies, aux tourments directs de Thumanité ou qui dévorent les produits de l'agriculture.
Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas omettre enfin ces maludies cruelles, r- et nous ne citerons que les dartres, la carie et les scrofules, — qui ne comptent presque jamais dans les calculs de dot dont le mariage est l'objet et que tant de pères, sans souci de Favenir, sans remords de conscience ou sans le savoir, transmettent imperturbablement et incessamment de générations en générations.
La famille; teUe qu'elle existe dans notre état social, isolée de fait et d*intéréts, ne peut évidemment rien de réellement e£Scace contre tous ces fléaux.
6i quelques-unes d'elles mettent !«vec zèle leurs soins à les combattre, eHes ne peuvent établir de cordon sanitaire entre elles et celles qui n'ont pas la même prévoyance ; puis, fatiguées bientôt du retour incessant des maux que le voisinage leur renvoie sans cesse, elles finissent par se décourager ou se résigner, soit en murmurant contre la Providence, soit en la rem^^ciant, comme Job, des épreuves qu'elles supposent envoyées par Elle ÏK)ur les éprouver et les épucer.
Les gouTernements eux-mêmes ont fléchi quelquefois devant les difiEicuItés que nous Tenons d'indiquer et, pour n'en citer qu'un exemple « il a cessé, presque partout, d'exiger Texéèution de sages règlements relatifs à Téchenillage, parce que ce soin, confié à chaque famille en particulier , n'était jamais exactement accompli par la plupart d'entre elles.
Dans la commune sociétaire , au contraire , tous ces maux doivent céder peu à peu à des efforts continus et unitairement dirigés, et lorsque, grâce à Féducation générale, les administrations communales auront pu comprendre les avantages de la solidarité entre elles et de l'accord général dans les mesures de salut, les maux, combattus et détruits partout à la fois, devront s'éteindre enfin, faute d'asile et de pâture et c'est alors que, sur la terre comme au ciel, la volonté de Dieu commencera à être faite.
Contre les maladies de toutes natures, un système général et uniforme de comparaison des méthodes de traitement indiquera , chaque année , le nombre de maladies semblables, les moyens employés centre elles, la durée du traitement et des convalescences et le nombre des guérisons et des décès.
De ces résumés comparatifs généraux , dont notre trop faible voix a en vain émis le vœu depuis dix ans, (1), résulteront des statistiques qui ne per-
(1 ) Dernier examen de conscience d'un médecin (p. 4 5à 4 8 et 59). Un Naufrage au Texas ( p. 69 à 70 ).
mettront plus de se faire illusion sur la Yàleur des doctrines et des nombreuses méthodes , trop différentes et souvent trop opposées , qui se partagent le traitement d'une même maladie Ces statistiques ne laisseront plus de place à Toubli des résultats, à la persistance dans les pratiques malheureuses et à Tassoupissement dans la routine.
Quant aux maladies héréditaires et à- celles que l'art vétérinaire a nommées cas rédhibitoires , les registres de la commune ne laisseront à aucun la possibilité d'être induit en erreur à leur sujet tant que la source n'en aura pas été tarie. Le secret, en pareil cas , ne peut bénéficier qu'à ceux qui veulent tromper , et , dans une société élevée suivant les vues de Dieu , toutes les considérations individuelles doivent être subordonnées aux intérêts de la vérité , qui sont ceux de l'humanité tout entière.
Par opposition aux cinq chapitres. rappelés p. 205, nous avions montré aussi, dans les chapitres III, V, YII, IX et XI, la supériorité d'une éducation commencée dès le berceau et continuée , sans lacunes, jusqu'à la majorité des enfants.
Les moyens que nous avons employés n'ont rien qui puisse inquiéter l'ombrageuse sollicitude des personnes que les nouveautés effraient : ce sont les enfants-trouvés , pauvres abandonnés dont il serait difficile d'accroître les misères; ce sont là crèche, la salle d'asile, l'école primaire, l'école
4'arts et métiers , toutes choses plus ou moids vieilles, connues et éprouvées.
Les sommes à avancer sont relativement modiques. Elles commencent à décroître dès la treizième année et sont remplacées par des bénéfices croissant d'année en années.
Ptous n'avons porté en compte que des recettes certaines et laissé en réserve tous les bénéfices que peuvent et que devront produire des industries intelligemment dirigées.
Nous n'avons pas même spéculé sur les œuvres de cliarité auxquelles uotre établissement pourrait avoir part , ni sur les secours des ministères qui , n'ayant plus à entretenir, dans les maisons de correction ou autres, les enfants qui habiteront la nôtre, aimeront, nous l'espérons, à reporter sur eux, en faveur de leur conduite exemplaire, une partie des sacrifices qu'ils leur coûtaient auparavant.
Les seules nouveautés dont notre œuvré ait eu besoin , nous le répétons , c'est d'abord la continuité et l'unité de l'éducation. Cette nouveauté est trop bien reconnue nécessaire par toutes les personnes qui ont fondé ou dirigé des crèches et des asiles de toute nature ; elle fait trop défaut à leurs œuvres pour qu'elle ne soit pas tout d'abord approuvée dans la nôtre.
Ce qui mériterait peut-être davantage le nom de iiouveautés , ce sont les menus détails de Torgaoisation des travaux et l'emploi, pour des œuvres
utiles en même t^ftps qu'amasantes, de raeti^ité physique et intellectuelle dont les enfants manifestent le besoin de si bonne heure.
Ces nouveautés, nous Fespérons, ne sont pas de nature à inquiéter mtoie les imaginations les pim timorées.
Une Traie nouveauté , c^est ropération pKt laquelle nous avons transformé en actions (p. t61 à 169 ), la part de plus value qui revient à nos élèves dans la propriété foncière et qui les a ainsi rendus co-propriétaires avec notre fondateur et participants à tous les développements progressils de l'œuvre commune.
La concentration des forces vitales , a dit M. Hichelet, suppose avant tout la fixité du foyer; cette fixité a manqué jusqu'ici k tous les élèves de nos asiles et de nos colonies d'enfants. Us savent que ces maisons ne sont pour eux que des Ueiix de passage et il en est peu qui puissent s*y atta* cher.
Nous croyons que l'acte que nous venons de rappeler et qui ne pourrait avoir d'autres conséqucDces fâcheuses qu'une liquidation en cas de non-succès, doit avoir l'avantage capital d'attacher plus positivement encore nos élèves à la terre qui. les a nourris. Ils ont pour elle rattachement que nous avons tous pour les lieux qui nous ont vus naître. Pour eux cet attachement s'augmente du souvenir de l'éducation bonne et douce qu'ils y ont reçue et éa bien-èlare dont m
7 jouit. Le sentiment de la propriété ecHiiplëtera puissamment tous ces motifs de constante résidence sur cette terre si véritablement hospitalière et dont les habitants constituent si réellement jusques-là Fessence de la famille chrétienne.
Hais il nous reste à voir quelle influence le mariage de nos enfants exercera sur cette commun, uté et comment leur union produira cette commune sociétaire , qui pourra, longtemps encore, secourir le paupérisme environnanU mais qui H*aura point de contingent individuel à fournir à son eatretien et qui, conséquemment , aura réalisé «on êxtincHoUj si, comme on n'en saurait douter, les autres communes trouvent intérêt à imiter successivement un aussi fécond exemple.
Pendant les deux ou trois dernières années dont BOUS venons de nous occuper, notre fondateur a prévu les conditions nouvelles qu'allait créar y âge de majorité de nos élèves. Il a, suivant toujours les prévisions de son plan général , ajouté aux constructions déjà faites une maison divisée en appartements composés d'un plus ou moins grand nombre de pièces, pouvant élre réunies où séparées suivant les besoins et les demandes et desservies par plusieiirs escaliers.
Cette maison doit être construite sur un plan qui permette de la développer succcessivement dans les conditions déjà prévues d'une cité ouvrière et pour une population de douze à quinze cents personnes^
Si les bannières de nos différents groupes de
tnavaîllenrs doivent être , ainsi que nous TaTons dit, une mine féconde pour l'imagination des peintres, les cités agricoles n'offriront pas, dans leur simplicité, un champ moins vaste à Timagi* nation des architectes.
Nous concevons la nôtre telle que , voisine des écoles et des établissements généraux de cuisine, de blanchissage, d'industries et de réunions de toutes natures, chaque petit ménage n'ait littéralement besoin que d'une chambre à coucher et des petites dépendances nécessaires à la toilette , auxquelles, ainsi que nous venons de le dire, il serait du reste toujours possible de feire toutes les annexes que nécessiteraient la diversité des fortunes et des goûts et la réunion de plusieurs branches de la même famille.
Chacun de ces petits appartements sera l'objet d'un loyer dont b prix sera le premier article de compensation avec les rétributions affectées au travail»
Ce prix de loyer pourra être établi de telle sorte qu'au bout d'un certain nombre d'années , la propriété de l'appartement ainsi que du mobilier soit acquise au locataire qui n'aurait alors plus rien à payer, qui serait propriétaire incommutable avec tous les droits ordinaires d'échange, de vente, de location, de donation et d'héritage.
Cette combinaison qui ferait, en même temps que les intérêts, rentrer, par annuités, le capital avancé, serait l'objet d'une opération financière facile, dont les résultats seraient simultanément
utiles à rétabllsseipent et aux habitants, et qui pourrait, approximativement, se résumer ainsi : Un premier bâtiment devant loger au 1®' et
au 2" étages, cent personnes ou cinquante petits ménages séparés, et offrir au rez-de-chaussée diverses salles destinées à des services généraux, coûterait au maximum 30,000 fr.
Le mobilier, à 250 fr. par personne coûterait 25,000
Total ..... 55,000 fr.
Pour devenir propriétaires de leur appartement meublé et de la jouissance collective des pièces réservées aux services généraux, chaque locataire aurait donc à payer un capital de 550 fr.
Cette somme divisée en dix annuités donnerait par an 55 fr.
Il faudrait y ajouter 27 fr. 50 c. pour intérêts ou ensemble 82 fr. 50 c.
Dç sorte que le capital primitif reconstitué au bout de dix ans, aurait, pendant ce temps, produit intérêt à 5 Vo et bénéficié, en sus, des intérêts que chacune de ces annuités rentrées pourrait successivement produire.
Mais il importe de savoir si nos jeunes maîtres ouvriers pourront ajouter cette dépense à celles que doivent nécessiter, avant tout, leur nourriture, leurs vêtements, etc.
Nous devons donc nous rendre compte ici de leur budget:
BUDGET DE I.*OUVRlEU A SA MAJOKITÉ*
Chacun de nos ouvriers, devenus majeurs et maîtres, possède, en moyenne (avons-nous dit
p. I6t), un capital fo^^^^^/^ 453 fr. 96 c. représenté par des
titres d'actions et dont le reyenu à 2 I/2Vo^stde. . . .
n possède en outre , provenant de la répartition du pécule réservé pendant les quatre années gui précèdent la majorité (p. 162, 161, 162 et 167), une somme de 91 fr. 25 c. Nous supposons que cette somme a été déposée à la caisse d'épargne et qu'elle produit annuellement à 4 7o
Le prix du travail, au minimum de 1 fr. 50 c. par jour, sera , pour 3CfO journées, de . .
Telles sont les recettes sur lesquelles doivent être réglées les dépenses :
A reporter
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fr.
Dépenses* fr.
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La nourriture et le blanchis* sage à 60 c par jour ....
Les vêtements (habits, linge, coiffure et chaussure) . . .
Logement meublé, évalué pour la construction , à 300 fr. et pour le mobilière 250 fr., ensemble 550 fr. doit être loué, intérêts et amortissement compris (1) . .
Assurance générale contre tous les risques: maladies, incendies, inondations, grêle, épizooties, incapacités de travail , surcroît d'enfants, retraites, etc.
La communauté devant se garantir et garantir chacun de ses membres contre tous ces risques, il est juste que tous contribuent à la constitution du fonds nécessaire à toutes ces choses.
Total des dépenses. . .
Excédant de recettes . « Recettes
RtetUen.
Dépecjet.
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(1) Nos jeunes ouvriers et ouvrières ne pourront guère être cpie locataires avant leur mariage. Ce n'est qu'après, (|u'ils auront un véritable intérêt à adopter la combinaison indiquée à la page précédente:
Telle est, grâce à la vie sociétaire, la position de nos jeunes ouvriers et ouvrières à leur majorité :
Ils ont reçu une éducation théorique et pratique très-supérieure à celle que reçoivent beaucoup d'enfants dans la classe bourgeoise ;
Ils possèdent les professions qui convenaient le mieux à leurs facultés ;
Us ont contribué à recréer la grande propriélè ef la grande culture, sans aturun désavantagé pour nos principes politiques]
Ils sont co-propriétaires de la terre et de la maison dans laquelle ils ont été élevés et ils y jouissent de tout ce qui rend heureuse la vie de la campagne, c'est-à-dire: d'une existence simplet mais confortable et qui peut s'améliorer tous les ans par des économies; de travaux conformes à leurs goûts; de délassements agréables et utiles; d'une société choisie et de la gloire d'avoir coutribué à VExtinetwn du paupérisme.
Enfin leur dépense et leur recette sont, dès l'origine, équilibrées de manière qu'ils puissent, tous les ans , ajouter quelque chose à leurs épargnes, tout en continuant de contribuer, par leur travail, à l'augmentation de la propriété générale. Dans les produits de celle-ci ils ont de plus, deux parts: eelle du bien-être général et progressif et les dividendes annuels afférents à leurs actions foncièrçs.