CONCLUSION
c Et qu*on ne nous accuse paa de rêver un bien impossible I...
« C'est une grande et satnle mission , bien digne « d'eicitfr l'ambition des hommes , crue celle qui « consiste à apaiser les haines, à guérir les blés- « «ures , à calmer les souffrances de rhumanité en c réunissant les citoyens du même pays dans un « intérêt commun et en accélérant un avenir que « la civilisation doit amener tôt ou tard.
( Louiê-Napoléon — Extinction du Pauj^iimé)
Ntquh mim qmiqwitn egem era$ imter illos.
Car il n'y avait point de pauvres parmi eux.
(Aetes desapôtresj crap. vi, v» 34.)
La fin que nous nous S'^mmes proposée était de démontrer qu'en effet VExlinetion du paupérisme n'est ni un rêve, ni une transgression de la loi de Dieu.
Par le mot Paupérisme on n'avait point entendu seulement cette pauvreté dont les apôtres ne manquaient point alors autour d'eux , ( 1 ) pauvreté matérielle que peut en effet soulager, mais que ne guérit point l'aumône ; on eniendait encore toutes ces pauvretés que nous montrent , si dé{rforablement dans les campagnes , le langage , les manières ,
(4) Nam semper pauperes habetis vobiscum.
Car toujours vous avez des pauvres avec vous.
[St-Mat'hieu, Ch. Xri, v. 4«0
rinstroction, les sentioMats, les idées et la conduite en toutes dioses«
Les -moyens sur losquels nons avons spéculé sont tous, répétoBs-le encore, des moyens .,--< relativement nouveaux, il est vrai, — - mais connus, éprouvés et hautement patronés. Ce sont les crèches , les saUes d'asile, les écoles primaires et secondaires, les écoles d*arts et métiers, les cités ouvrières, les associations de ^secours mutuels et les caisses d*épai^es et de retraites.
Sauf quriques procédés particuliers dans les détails de l'organisation des études et des IravMix, (I) le seul moyen réellement nouveau et capital que nous ayons -proposé «st la réunion de toutes ces institutions dans la commune sous une administration unitaire , et leur fondation au moyen d*essaims de vingt enfants nouveaux-nés.
Cette administration doit représenter la commune, en gérer le territoire et les affaires générales dans lesquels chaque habitant possède une part quelconque de concours et de propriété.
Cette part de propri^é est représentée par des titres d'actions inscrites au grand livre de k propriété communale.
(4) Ces procédés seront nécessairement, en cas de réalisation, l'objet d'un i^lement qui indiquera, échelon par échelons, cadre par cadres , la fonction de chàaue élément et ses rapports avec tous les antres dans tous les atltiers et dans toutes les divisions dos études et des travaux.
Ce règlement , œuvre collecuve. élaborée depuis longtemps , ne se ferait att^dre nulle part.
Cette organisation qu'aucune oemmune ne se hasarderait à adopter avant d'en avoir vu un exemple, cette oi^anisation avait donc besoin, pour ;[M*odaire ses modèles, qu'il existât des en^ fanlis désliérités, abandonnés et trouvés, sur les* qu^s pût être faite l'épreuve de Tassoûiation' ap^^ pliquëe à la vie des familles avee des résultats non moins heureux qu'à la vie exceptionnelle des célibataires dans les communautés religieuses.
Elle en avait besoin — de ces enfants — pour que Torganisation unitaire et harmonique de la commune rurale pût remplir toutes les conditions imposées par Dieu sur la terre à Texistence de tous les è1i*es organisés: — naâtce et grandir en passant par toutes le$ pha&es de Tenfance , de la jeunesse et de TAge adulte , -^ et afin qu'on re* noneàt à l'espoir de créer une société neuve et bonne avec des éléments vieillis dans des habitudes remplies de fausses idées, de sentiments viciés et de passions déviées , aussi incompatibles avec Tordre et les intérêts généraux,^ qu'avec la dignité et le bonheur des individus.
Si les premiers essaims de ces enfants laissent encore quelques choses à désirer après les soins dont ils auront été l'objet dans notre commune , si les personnes qui se consacreront à cette œuvre ne sont pas elles*mêmes parfaitement purgées de tous leurs vieux levains^ nous supplions qu'on n'oublie point le malheur de leur origine. Il faudl'a plus d'une ^énér^tion peut-être avant que le^
traces de leur péché originel soient complètement effacées et il ne serait pas juste que notre institution en fèt responsaMe.
U naît tons les ans en France pent^tre douce mille ^e ees ettfants que recueille la charité publique.
Si tous étaient en même temps consacrés à TcBuvre que nous Tenons de décrire, six cents étaUissements seraient nécessaires et douze millions par an devraient le»r être attribués.
Cette somme est considérable sans doute; mais elle pourrait n'être qu*iine avance et, au bout de vingt ans, la France posséderait déjà six cents communes , — presque deux par arrondissement , — où le pixupérisme serait éteint.
Cette organisation peut doAc guérir la plaie du morcellement de la terre et reconstituer la grande propriété sans aucun désavantage pour nos principes politiques.
Les craintes et les objections que soulève la théorie de cette modification dans Torganisation communale sont graves dans les termes , mais beaucoup moins au fond.
On lui reproche de porter atteinte à la liberté ; mais tout prouve,
'*— Bans cette organisation qui emprunte aux couvents l'exemple fructueux de leurs vastes bâti* meni» communaux et de l'administration unitaire de la propriété commune;
~- Dans cette oigatiiâatioiD , dont radministra*- 4ion , -<- périodiquement recrutée et coatiBùellement fortifiée par le concours de toutes les jeunes capacités qui se manifestent successivement dans la communauté, -* dont Tadministration, dis-je , ne laisse jamais yieillir^ se paralyser et s'éteindre .rimpulsion primitive ;
Bans cette organisation , qui échappe ainsi aux ^conséquences fatales de cette loi par laqudle la Providence refuse m souvent , dans les familles isolées, la transmission héréditaire des facultés et des idées par lesquelles s'élèvent les créations les plus ingénieuses et les plus fécondes ;
Dans cette organisation qui assure toujours à rhomme de génie , non seulement le bonhenr de la paternité matérielle , mais la certitude de cette paternité spirituelle qui garantit son œuvre de la destruction plus ou moins complète et prolongée dont, faute de vrais continuateurs y nous voyons ou nous pouvons prévoir tant d'afSigents exemples.
— Dans cette organisation qui emprunte à l'armée l'exemple de son admirable ordre sériaire par régiments, f)ataillons, compagnies et escouades rayonnant tous vers un centre directeur qui résume en lui , pour le bien général , toutes les volontés et toutes les impulsions ;
-^- Dans cette organisation, qui emprunte à la famille tout ce qui en fait Funiôn et le charme et qui a bien le soin de partager, de disséminer entre tous les membres de la communauté et de
rendre aiBsi légers et inaperçus tons ces tfacas et toutes ces difficultés par lesquels la paix des ménages^ est si souvent et si prcrfondément altérée et détruite;
— Dans cette oi^ganisation où chacuii, entraîné seulement par Tèxemple et par Témuiation, ne £ait que ce qui lui plait, duivant ses goûts et son choix ;
— Dans cette oi^nisation enfin, où le but est d^emprunter h Dieu Texeniple de Tordre qui règne dans Tunivers où tout, — depuis la fourmi ^ TabeiUe , Thirondelle et le castor jusqu'aux sphères célestes qui peu|llent et éclairent les espaces éternels et infinis , -— où tout ce qui n'a pbint^ çonune Thomine, méconnu la Volonté ditine^ Vit en asso« ciatioii et obéit , avec bonheur , h Fattraction et non à la contrainte ;
Tout prouve, disons-nous, que dahs cette orga* nisation, la seule liberté qui n'ait pu y naître ^ est cette trïste liberté de faire à son prochain ce qu'on ne voudrait pas que le prochain nous fit 5 la liberté enfin de se nuire aveuglément à soi-» même tout en nufôant aiix autres.
On lui a reproché de crier une ewte à égalité qu'on ne trouve nulle part dans la nature ; iHais il ne faut pas oublier que cette égalité, qui a déjà le mérite de remplacer Tégalîté dans la misère, n'est pourtant qu'iqpparente et momentanée» C'est l'égalité qu'on remarque un instant parmi tous ceux qui partent ensemble d'un même point, mais
rieuH à te f&i et à Fespérance, (St Paul, 4<« anx Cormth. Chap. xmii, v. 43); la charité enfin, ll'est pas seulement cette cliai$tè qaï diatriMie Taumône, mais celle qui compatit aux souiAranceB du cœur et qui sait le mieux les adoucir.
Quel que soit le bien qu*on puisse réaliser pour tous sur la terre, ces souffrances-là n'y manque^ ront jamais.
Les accidents, les maladies et la mort sont dés conditions inhérentes à notre nature. Leur cortège sera toujours la douleur i les inquiétudes, les regrets et les larmes. L*amour du prochain, cette charité éTangélique, trouvera donc toujocm sur qui yerser ses baumes consolateurs.