‹ L'extirpation du cancer du seinChapitre 1 sur 48 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

A. MALOINE, ÉDITEUR

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AVANT-PROPOS

L’ouvrage que je soumets à P appréciation tlu public chirurgical a pour origine le mémoire présenté à l'Académie de Médecine pour le concours du prix Daudet (1901) sur le sujet suivant imposé : Des meilleures méthodes chirurgicales à opposer au cancer du sein.

Ce premier travail que l'Académie a bien voulu honorer d’une récompense a été remanié dans son plan et augmenté dans son fond pour acquérir sa forme actuelle. En effet, depuis la clôture du concours du prix Daudet (février 1901), d'importants travaux sur la question avaient paru : en France, l’article de mon maître, M. le Professeur agrégé Cestan, le livre de M. le Professeur Le DenLu, la thèse de mon ami Oulié, un article d'Ozenne et le mémoire de M. le Professeur agrégé Chavannaz; à l’étranger, les travaux de Gage, de Rosenstein, Banks, Butlin, etc., puis de nouvelles opérations • avaient été faites à Toulouse avec mon assistance ou par moi-même, et tous ces documents devaient naturellement trouver place dans la réfection de mon mémoire. Ces lectures, ce que j’ai vu faire et fait moi-même n’ont

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fait que confirmer les conclusions de mon premier travail où j’exprimais ma sincère adhésion à la technique récente dont je reconnais la supériorité opératoire et thérapeutique.

Depuis 1894, nous est venue de l’autre côté de l’Atlantique une technique nouvelle dont les résultats particulièrement heureux dans une affection d’un si sombre pronostic ont éveillé l’attention du monde chirurgical ; quelques hardis pionniers du progrès se sont engagés dans la voie fraîchement ouverte, et ils n’ont eu qu’à se louer de leur tentative. Mais pour la diffusion de cette méthode qui constitue, de l’avis de tous ceux qui la possèdent à fond, « un progrès nouveau, un vrai, un grand »*, car elle atteint d’après Banks, le « maximum d’efficacité » contre un mal inexorable, il faut l’exposer complètement dans ses diverses phases évolutives, par les données anatomiques et cliniques justifier ses parties essentielles, et par l’amélioration des statistiques expliquer sa supériorité. Or, il n’existe pas en France ni à l’étranger, sauf l’article de M. Cestan, un travail d'ensemble sur ce sujet et dans cet esprit. J’ai conçu le téméraire projet de m’essayer à cette tâche, encouragé par le bonheur que j’eus de pouvoir assister M. Cestan dans de nombreuses amputations du sein, d’en pratiquer à mon tour dans son service, ce qui m’a permis de posséder ainsi une petite expérience personnelle d une technique qu’il faut avoir appliquée à la lettre pour la juger sainement. En outre, grâce à la bienveillance de

‘ Le Donlu. Cancer du sein, I vol. 190-. p, 110.

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ni

MM. les Professeurs Jeannel, Bauby et Braquehaye qui me font l'honneur de me confier leurs observations, sans oublier l’insigne faveur dont me comblent MM. Halsted et Bloodgood 1 en voulant bien me communiquer personnellement leur statistique la plus récente, j ai pu enrichir mon travail de documents inédits qui rachèteront ses imperfections.

11 m’a paru indispensable de commencer par une étude étendue des raisons anatomo-cliniques qui motivent les précoces et larges exérèses de peau, de muscles et de ganglions lymphatiques qui sont comme le trépied de la méthode de Meyer-Halsled. On y verra combien cette technique découle logiquement des recherches anatomo-pathologiques sur l’altération de ces divers tissus, lesquelles expliquent les récidives si désespérantes des anciennes méthodes. Je dirai plus loin que cette méthode de Halsted n’est pas un cas isolé; mais une manifestation des tendances nouvelles de la chirurgie dans sa lutte contre le cancer, et dont les tentatives de Quénu, de Poirier, de Wertheim, de Jonnesco, de Cunéo et de Y illard pour le rectum, la langue, l’utérus, l’estomac, le larynx et le testicule sont les plus récents exemples.

Cette technique nouvelle sera ensuite longuement exposée avec les modifications qui y ont été introduites; et, de la comparaison des résultats qui déjà peuvent être mis en parallèle avec ceux des anciennes méthodes, se déduiront des conclusions favorables.

' Jc ne sais comment remercier MM. Halsted et Bloodgood do la bonno grâce qu ils ont mise à me fournir ces documents inédits dont ds doivent se servir pour un ouvrage qu’ils feront paraître prochainement sur ce sujet à Baltimore.

AVANT-PROPOS

Mais si je suis un adepte des méthodes d’exérèse nouvelles dans la chirurgie du cancer du sein, je pense qu’il ne faut pas renier notre passé, car il est possible — ainsi que je le ferai voir dans un des premiers chapitres — de trouver dans le texte de nos vieux maîtres français certains des éléments de cette technique nouvelle: « la science moderne, a dit Cheinisse, n’est pas arrivée au monde tout armée, comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter », mais plutôt faut-il envisager la venue des nouveautés scientifiques avec cette philosophie qui faisait dire à Guy de Ghauliac que « les sciences se font par addition, n’étant possible qu’un même commence et achève ».

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