‹ L'extrême OrientChapitre 101 sur 132 · Le traité Harmand · texte numérisé non relu

Le traité Harmand

répétée sur tous les t07is: déclarer la guerre à la Chine , brûler ses ports, ruiner sa marine 1.

Courbet avait raison. L’expérience enfin prouva qu’on pouvait donner une leçon à la Chine sans faire naître de complications avec les puissances neutres.

La division des mers de Chine, commandée par M. le contre-amiral Lespès, n’avait pas plus servi que celle du vice-amiral Courbet. Elle se trouvait à Tché-fou et venait de recevoir, en l’honneur de la paix, la visite de Li-Hung-Tcliang, lorsqu’elle apprit la violation du traité de Tien-tsin par la bagarre des 23 et 24 juin. Nos marins songèrent alors à prendre leur revanche de leur longue inaction en se jetant sur la flotte impériale, forte de 9 canonnières, de 3 croiseurs en bois et de 2 en acier, qui venait de mouiller près d'eux, sous le commandement de l'amiral Ting, secondé par deux officiers anglais2. Les chances semblaient pour nous dans cette lutte et il nous était indiqué de nous emparer de cette escadre, car sa prise eût instantanément contraint Li-Hung-Tchang à accepter nos conditions. Courbet n’eût pas manqué ce beau coup d’audace; mais il était encore au Tonkin et son futur lieutenant, M. Lespès, ne se sentait pas assez d’autorité pour le tenter sans ordre, sous sa responsabilité.

Devant leur silence, les marins chinois, joyeux de la rupture de la paix, menacèrent les nôtres, puis brusquement disparurent, jugeant, après les premières fanfaronnades, plus prudent d’aller soustraire à nos coups le matériel de l’arsenal de AVeïhaï-'wei, puis de s’abriter sous les forts de Takou, à l’entrée du Peï-ho.

Cependant, à Paris, le ministère faisait parvenir, le 12 juillet seulement, au gouvernement chinois Yultimatum exigeant l’évacuation du Tonkin par les troupes impériales et le payement d’une indemnité de « 250 millions au moins » (sic) ; « autrement, ajoutait-on, le gouvernement français serait dans la nécessité de s’assurer directement les garanties et les réparations qui lui étaient dues ».

Entre temps, Courbet avait été nommé commandant en chef des deux divisions réunies de la Chine et du Tonkin et recevait l’ordre de monter à Shanghaï. Si, à ce moment, on lui avait accordé pleins pouvoirs, nul doute qu'il n’eût rapidement mené les choses et obtenu une paix aussi honorable que définitive. Il était d’ailleurs redouté des Chinois. Depuis Son-tay justement, le terrible Coupa, ainsi qu’ils l’appelaient, était devenu légendaire.

Malheureusement, la France préféra négocier^ malgré l’avis même de notre diplomate, M. Patenôtre. C'est ainsi qu’encourageant le gouvernement chinois à la résistance et lui donnant le temps de se préparer à la lutte, elle abandonna sa demande d’indemnité pour ne plus exiger qu’un dédommagement pour les familles des victimes de Bac-Lé et le maintien sur le pied de guerre de nos forces de terre et de mer en extrême Orient, puis, lui accorda des répits à l’échéance de T ultimatum du 12 juillet.

A Shanghaï, Courbet, sans perdre une minute, préparait sa campagne, avec cette savante prévoyance, ce sang-froid et cette netteté de vues qui caractérisaient son génie

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