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GÉOGRAPHIE DE LA COCHINCHIXE

Située entre 8° et 11° 30' de latitude Nord, 102° 5' 55" et 105° 9' 55" de longitude Est, la basse Cocliinchinc est, après l’Algérie, la plus grande de nos colonies.

D’un côté, elle possède des frontières naturelles ; de l’autre, elle touche à des royaumes (Cambodge et Annam) placés sous notre protectorat.

Sa plus grande longueur est de 385 kilomètres du nord-est au sud-ouest, pour une largeur maxima de 330 kilomètres de l’ouest à l’est. Elle forme un quadrilatère irrégulier dont la superficie est de 50 à 60,000 kilomètres carrés, le dixième environ de la France. Ses 820 kilomètres de côtes méridionales, depuis le cap Baké jusqu’au cap Caman ou Cambodge, passent pour les plus mal éclairées du globe.

Le point le plus connu du littoral est le cap Saint-Jacques. C’est cc une petite montagne granitique et symétrique de 250 mètres, terminée par une petite presqu’île de 20 kilomètres de longueur sur une largeur de 3 à 5 ».

Petit, tout est petit, à en juger par ces deux lignes des géographies officielles : Petite presqu'île, petite montagne! Cependant, lorsqu’on atterrit, un peu las de la

grande plaine verte, monotone et plate, on la trouve presque jolie, cette colline de Saint-Jacques, et pompeusement on l’appelle montagne.

En voyage, tout est affaire de comparaison, tout est relatif, et les voyageurs qui décrivent, agaceraient moins ceux de leurs émules qui n’écrivent point, si toujours ils indiquaient avec précision leurs itinéraires. De la sorte, on comprendrait leurs impressions en reconstituant le crescendo ou le decrescendo de leurs désillusions et de leurs enthousiasmes !

Sur un des sommets du cap Saint-Jacques, sommet distant de 700 mètres de la pointe sud et haut de 140 mètres, s’élève le phare, — notre unique phare de Cocliin chine.

C’est un feu blanc et fixe de première classe, d'une portée de 28 milles, dont la tour fournit le jour un bon relèvement. Un sémaphore desservi par des timoniers annamites y est adjoint.

Quelques indigènes occupent cette presqu’île qu’on prend volontiers de loin pour trois îles, en venant de l’ouest. Des marécages à demi salés l’entrecoupent.

Le cap abrite une haie, dite baie des Cocotiers. L’huile des cocotiers dont elle est plantée constitue son unique produit. Il est vraiment inexplicable qu’en vingt ans on n’ait pas mieux utilisé ce point! Sans doute, la haie est peu profonde; mais il serait pourtant facile d'en tirer parti, puisqu’elle est abritée contre la mousson du nord-ouest. On n'y a même pas créé le sanitarium que réclame impérieusement Saigon et rétablissement de bains de mer qu’appelait sa plage étendue, sablonneuse et balayée par les brises rafraîchissantes du large. Cela n’empêche pas les relations de voyage de s'exclamer sur le parti que nous avons su tirer de la Cochinchine. Il est certain, de fait, qu’à côté de la Guyane, par exemple, la colonie asiatique semble un paradis de confort et de bien-être ; mais, pour quiconque arrive comme nous de Singapore et pour qui connaît enfin Hong-Kong, Saigon n’offre rien dont puisse s’enorgueillir un amour-propre chauvin.

Supposons maintenant que le lecteur suive notre texte sur la carte et disons un mot de l’hydrographie de la Cochinchine, hydrographie si compliquée qu’elle fait de notre colonie un des pays les plus arrosés du monde. Dans un paysage plat, monotone, d'une verdure terne, le delta des fleuves commence à l’ouest du cap et, parfois, salit la mer d’une nappe boueuse. « Il y a, dit l’ Indo-Chine française contemporaine , douze embouchures qui sont, en allant de l’est à l’ouest :

« 1° La bouche de Cangiou, véritable entrée de la rivière de Saigon, par laquelle pénétrèrent les forces françaises en 1858. Elle est aujourd’hui munie d'un bateau-feu fixe blanc, élevé de 10 mètres au-dessus de la mer, visible à 10 milles par une atmosphère sereine et qui sera bientôt remplacé par deux phares sur pieux à vis, actuellement en construction. Au village de Cangiou résident les douze pilotes de la rivière.

« 2° La bouche de Dong-Tranch ; 3° la branche de Soirap (ces trois embouchures déversent les eaux du Donnai); 4° l’estuaire de Cua-tien 1 ; 5° celui de Cua-dai; 6° celui de Cua-balai; 7° celui de Cua-ham-long ou de Bang-cung; 8° celui de Cuaco-chien; 0° celui de Cua-codg-haû ou de Ba-dông (les bouches précédentes sont les

] . Eu annamite, Cita signifie porte.

L’INDO-CHINE

déversoirs du fleuve antérieur); 10° la branche de Cua-dinh-an; 11° celle de Cuabatliac, ou Bassac; 12° celle de Cua-tran-dê. Ces trois dernières portent à la mer les eaux du fleuve postérieur. » Ce simple échantillon est pour démontrer que la géographie de la basse Cochinchine, avec son régime d ’arroyos et de fleuves, dont le moindre a plusieurs embouchures, constitue un joli casse-tête, qu’en l'espèce, on ne saurait appeler que chinois.

Nos lecteurs nous sauront donc gré d’abréger et nous ne retiendrons de ce confus

La rade de Saïgon.

dénombrement que le nom de la bouche de Cua-tien, la seule qui soit accessible aux bâtiments d’un tirant d’eau de cinq mètres. Les autres peuvent seulement recevoir les petites jonques chinoises et les sampans annamites. Les bancs de sable ou de vase obstruent tous ces cours d’eau.

A l'ouest des bras du Mékong, la côte semble mal connue. Le cap Cambodge, ou pointe de Caman, est assez peu élevée pour qu’on ne la distingue pas du large à plus de 9 milles. Quant au littoral du golfe de Siam, il est bas, vaseux, d’accès difficile. Vers le nord, il atteint une longueur de 160 kilomètres jusqu'aux bouches des nombreux cours d'eau de la dépression centrale de la presqu’île de lîacligia qui s’écoulent dans la baie du même nom. Cette dépression, analogue à celle de la plaine des Joncs, est désignée par les habitants sous le nom de Lang-bien.

Lu cap Talde à Hatieu, la côte se dirige au nord-est.

La Cochinchine a deux bassins bien tranchés : nous trouvons à l’est le Donnai, la rivière de Saigon, les Yaïco ; à l’ouest, le Mékong et son delta.

Nous avons étudié plus haut le fleuve formant ce dernier bassin, sans retrancher de notre brève description la partie consacrée aux possessions cochinchinoises qu’il arrose dans la dernière partie de son cours. Nous n’y reviendrons donc pas.

Les deux Yaïco sont en communication directe avec le Mékong au moment des inondations annuelles. Ils prennent naissance dans le royaume du Cambodge et se réunissent pour former le Yaïco proprement dit et se jeter dans la mer par la bouche du Soi-rap, après s’être réunis au Donnai.

La rivière de Saigon, ou Cang-U, sort de l’Annam. Elle reçoit quelques affluents

Village annamite inondé.

importants avant d’arriver à Saigon, où elle offre une largeur de 400 mètres et une profondeur de 10 mètres. A marée haute, son niveau s’élève de 4 mètres en plus. En aval de notre capitale, elle se réunit au Donnai, puis s’en détache, entre les forts Rigault de Genouilly et Reynaud, pour se jeter, après maints détours, dans la baie de Canli- Ray. Par malheur, sa partie maritime est obstruée, sur une longueur de 1,200 mètres, par un banc dit de corail, dont la présence indique bien que, jadis, toute la basse Cochinchine formait un golfe qu’ont peu à peu comblé les alluvions des fleuves, en même temps qu'un soulèvement volcanique incessant et lent exhaussait le sol formant aujourd’hui les côtes de l’Indo-Chine.

Ce banc est un obstacle à la navigation, pour les grands paquebots surtout. Il est étrange que les projets de M. l’ingénieur Renaud dorment encore dans les cartons, alors qu’il serait relativement si peu coûteux d’annihiler en tout ou partie cette barricade.

Le Donnai, lui aussi, est un fils de l’Annam. C’est à 10 kilomètres en aval de la ville qu’il rejoint la rivière de Saigon. Il n’est que très imparfaitement et très inégalement navigable.

Dans tous ces cours d’eau, la marée se fait sentir très loin. Dans le Donnai, son

L’INDO-CHINE

action porte à 200 kilomètres de l’embouchure, e est-àde Saigon.

Pour être complet, nous devrions citer les fleuves côtiers coulant au sud de la province de Baria et les cours d’eau sillonnant la contrée marécageuse et boisée comprise entre le Bassac et le golfe de Siam. Nos postes de Daingaï, Soc-Trang, Bac-Lieu, commandent leur réseau; mais bien qu’un d’entre eux, le Song-Doc, soit la voie préférée

diÿe à 100 kilomètres en amont

Passage d’un arroyo.

des jonques venues de Singapore ou du Cambodge, nous pouvons les tenir pour secondaires, à cause des barres défendant leurs embouchures.

Autour de Caman rayonnent le Geoug-Ivé, le Bach-Dua et le Cang-Hao, sans compter nombre ü arroyo s secondaires. Le Bach-Dua unit Saigon à Caman, par Bac- Lien, et permet le commerce du riz ainsi que celui du sel, grâce auquel se conserve le poisson exporté à Singapore. « Tous ces fleuves, ajoute le commandant Bouinais, communiquent entre eux d’une manière permanente ou temporaire, par des arroyos, canaux naturels régularisés dans leur cours ou dans leur profondeur pour faciliter la navigation, ou canaux entièrement creusés par la main des hommes. Les bouches du Bhin et de la Meuse en Europe, le delta du Nil en Afrique et celui du Mississipi en Amérique, peuvent seuls donner une idée de celui du Mékong. » Le fâcheux, c’est que ces canaux nécessitent de constants dragages, à cause de la vase qui s’y accumule. Mais ils n’en sont pas moins la vie de la Cochinchine.

« Ils facilitent les transports et tripleront la fertilité du sol, le jour oii, par les travaux qu’indique la nature du pays, nous en aurons fait des instruments d’irrigation pour les mois de la saison sèche. »

Veuillez noter, lecteurs, qu’à propos des travaux indispensables, les livres officiels

publiés sur la Cochinchine, ainsi d’ailleurs que sur toutes nos autres colonies, s’expriment toujours au futur, ceux imprimés d’hier, comme leurs aînés écrits au lendemain de la conquête !

Sur les arroyos circulent des jonques et des sampans. Ceux-ci sont des bâteaux de 3 à 10 mètres dè longueur pour une largeur de 90 centimètres à lm,50, très

effilés des extrémités, pontés en partie et recouverts au centre d'un toit de bambou.

Ce réseau de routes aquatiques nécessita la création des canonnières à l’aide desquelles nous avons pacifié le pays. Il sert aujourd’hui à relier Saigon avec le Cambodge, et même le Siam, et à unir notre chef-lieu avec la plupart des arrondissements.

Pour finir, il faut citer parmi ces arroyos, le canal de Vinh-té, œuvre de Gia-Long et de son fils Miuh-Mang 1 ; le canal de Rach-gia, autre création de Gia-Long 2 ; le Vamnao qui fait communiquer les deux bras du Mékong ; l'arroyo de la Poote, le plus fréquenté de tous, qui va de Mytho à Tanan et réunit au Mékong le Yaïco occidental ; le canal Commercial, ou canal de Dang-giang qui, nettoyé et dragué, relierait Vingh-Long à Cliolen ; enfin, Varroyo chinois, canalisé en 1820, qui rattache Cholen à la rivière de Saigon et à Mytho.

L’orographie aurait dû précéder l'hydrographie, dans cette rapide étude. Il est vrai qu’elle tient en quelques lignes, les montagnes mères des cours d'eau que nous avons cités ne faisant point partie de notre colonie. Nous l'avons écrit : la Cochinchine est un présent de ses fleuves, du Mékong surtout. C’est dire que sa partie méridionale, tout alluvionnaire, est plate et de formation relativement récente. Ce -ou ces deltas sont couverts de rizières dans les endroits habitables, de palétuviers sur les points de constitution géologique plus rapprochée où les bancs de vase ou de sable, les petites lagunes et les îlots boueux attendent encore des travaux de drainage ou d’assèchement.

La seconde partie de notre possession comprend les hautes terres commençant à Saigon et s’étendant par les provinces de Bien-Hoa et de Baria jusqu’au Cambodge et jusqu'à l’Annam. « On y rencontre des sites charmants qui rappellent les

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Un boy annamite.

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