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Nous avons également gardé les appellations locales

Le jihu (prononcez phou) est le fonctionnaire annamite chargé, sous le contrôle de l’administrateur, de la surveillance et de l’administration d’une partie d’arrondissement. Le huyen est son inférieur. Il dirige un certain nombre de cantons. Le tony est le chef du canton. Le xû, le maire, etc. Enfin, nous donnons le titre de doc-phu-su aux phu de lre classe qui nous ont rendu des services exceptionnels.

A ce propos, il nous a semblé intéressant de publier la curieuse lettre de part ci-contre que nous

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Saigon et Cliolen, villes, possèdent leur municipalité à la française.

Les administrateurs dont nous avons parlé plus liant étaient, en 1855 (les sta-

avons trouvée à Saigon, il y a deux ans, au moment des troubles passagers, œuvre de la cour de Hué, que nous pûmes réprimer temps.

Monsieur Paul Trân-tù -Luông, phù de 1rc classe, et Mme Marie Nguycn-lhi-Tinli,' son épouse, et leurs enfants; M. Paul Trân-tù -khuê, sous-clief de canton, et Mmc Madeleine Trân-lhi-Dâng, son épouse, cl leurs enfants ; M. Thomas Nguyën-nrcrng-Tru ng, sous-chel de canton, et Mmc Marie Trân-lhj-Khoa, son épouse, et leurs enfants ; M Jacques Nguyën-phu dc-Sâcli, propriétaire, et Mmc Marie . Tran-tlij-T’an, son épouse ét leurs enfants -, M. Pierre Trân-tù-Bàn, secrétaire, et Mmc Agallie Lê-thi-Kiëu, son épouse, et leurs enfants; M. Paul Trân-tù -Tâm, ex-interprête, et Mmo Thérèse 1 1 ux nh-ihi-'Fûy , son épouse, et leurs enfants ; M. Pierre Trân-tiV Duc, propriétaire, et M1110 ^^arthe Lê-lhj-Huè, son épousé, et leurs enfants ; M. Pierre Tràn-lù-l.ù , maire de village, et. Mmc Anne Phnm-lhi-Tûc, son épouse, et leurs enfants, vous font part de la perle douloureuse qu’ils ont éprouvée en la personne de

Monsieur Pierre TRAN-TU-CÀ (Doc-phu-su),

Chevalier de la Légion cKüonncur, âgé de G2 ans, et de

Madame Marie NGUYEN THI-MAU,

son épouse, âgée de G1 ans ;

cruellement immolés pour la cause Française, dans le prétoire de llùc-môn, le- 8 février 1885.

Ils vous prient d’assister au service funèbre, qui sera célébré poulie repos de leur âme, â la Cathédrale de Saigon, le mercredi, 4 mars, à 7 heures 1/2 du matin.

tFt. I. DP.

Saigon, le 27 février 1885

giaires compris), au nombre de quarante-neuf, dont une vingtaine en congé en France ou prêtés aux différents services du protectorat (Cambodge, Annam et Tonkin). Leur titre officiel est celui d 'administrateurs des affaires indigènes; ils remplissent les fonctions de nos préfets et relèvent du directeur de l’intérieur, comme nos préfets du ministre.

L’avènement du gouvernement civil et sa conséquence principale : la séparation des pouvoirs, ont de beaucoup diminué leur importance. Cela nous semble fâcheux, car l’Annamite tenait à ses fonctionnaires et n’a pas encore compris les changements opérés, celui surtout qui enlève aux administrateurs le pouvoir judiciaire et les travaux publics.

Les administrateurs ont créé la Cochinchine actuelle — ce n’est que justice de le proclamer — et, naturellement, sont peu connus en France. Recrutés d’abord parmi des officiers de choix, intelligents, instruits et connaissant le pays, puis, plus tard, parmi les licenciés en droit ayant passé par le collège des stagiaires, ils atteignaient tous leurs grades au concours, de sorte qu’en arrivant à la tête d’un arrondissement, où ils avaient servi souvent comme élèves et toujours comme troisième, puis comme second administrateur, chargés tour à tour de la partie financière et de la partie judiciaire, ils possédaient une profonde connaissance de la langue et des mœurs annamites.

Or toute la question est là. La séparation des pouvoirs, la nomination de magistrats peuvent et doivent être d’excellentes réformes; mais les nouveaux venus, par malheur, ignorent la langue, les coutumes, ne font que passer dans le pays, et, sans le vouloir, trompés eux-mêmes, blessent l’Annamite que ces nouveautés ahurissent. Aussi dans bien des arrondissements, celui-ci persiste-t-il à s’adresser à l’administrateur, le successeur par lui reconnu des anciens gouverneurs nommés par Gia-long et ses descendants.

Ce fonctionnaire, il lui a toujours obéi, comme il sait obéir à ses maîtres. Ong Clianh et les deux administrateurs, ses lieutenants, n’avaient qu’à parler : l'arrondissement obéissait comme un seul homme. Mais Ong- Chanli, « M. l’administrateur en 1er», connaissait tout du pays, hommes et choses, car il avait appris la langue et son métier au collège des stagiaires et n’avait conquis son poste et son grade, nous le répétons,' que de concours en concours.

On a supprimé ce collège en 1878, et l’on a, depuis, ouvert la carrière à tous les bacheliers commis à la direction de l’intérieur, plus ou moins fruits secs. Du coup plus de concours ; l'avancement à l’ancienneté récompense l’employé sans protecteurs, et l'étude de l’annamite est abandonnée dès qu’on en sait les quelques mots exigés au début. Dans l'intérieur, le nouvel élève-administrateur en apprendra bien un peu, malgré lui, mais l’apprendra comme commis, et promu stagiaire trop jeune, n’obtiendra jamais de ses administrés le respect qu’en obtenaient ses aînés.

En un mot, le nouveau personnel ne vaut pas l’ancien, ne rend pas les mêmes services, nous représente moins bien vis-à-vis de l’élément indigène, et coûte aussi cher.

La Cochinchine a maintenant des magistrats1 et des fonctionnaires des travaux

1. La colonie comprend une cour d’appel divisée en deux chambres, dont le siège est à Saigon; une cour criminelle, un tribunal de première instance, jugeant en matière civile et commerciale, un tribunal correctionnel et une justice de paix ; plus six tribunaux de première instance siégeant à Gia-Dinh, Mytho, Rentré, Yinh-Long,, Chaudoc et Soitrang.

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publics, en grand nombre 1 ; mais ni la justice ni les travaux ne s’en trouvent mieux, et l’Annamite se plaint. Ses juges ignorent sa langue, le forcent à de* coûteux déplacements et sont dupés par des interprètes indigènes qui font condamner la moins généreuse des deux parties. Il y a enfin toujours procès, c’est-à-dire dépense inutile en frais divers, là où jadis intervenaient une conciliation, un arrangement imposés par l'administrateur, dont les plaideurs de leur plein gré invoquaient la paternelle autorité, qui parlait aux parties sans intermédiaire et ne pouvait, grâce à son expérience, à sa police, aux rapports des maires, être trompé ni sur la cause, ni sur l’accomplissement des promesses consenties à l’audience.

En des cas plus graves, il se transportait sur les lieux où s’était produit le délit, ofi était né le litige, et voyait de ses yeux, entendait de ses oreilles, sans supplément de frais pour personne. Sachant tout et pouvant toujours punir, il détenait, en un mot, une influence et un pouvoir que n’ont ni n’auront jamais des magistrats sans le moindre prestige aux yeux des Annamites, que l’appareil de la justice occidentale ébaubit, mais n’effraye point.

En France, où les colonies apeurent ou sont « mal vues », le recrutement de ces magistrats ne pouvait être facile.

Ce n’est un mystère pour personne que la magistrature coloniale est quelquefois l’abri de maint fruit sec des écoles de droit, de maint déclassé dont n’auraient pas voulu nos cours et tribunaux.

On y exile aussi parfois les juges et substituts métropolitains tombés en disgrâce. Nous savons qu’il y a des exceptions, mais on ne contestera pas sérieusement qu’il existe un abîme entre les deux carrières judiciaires coloniale et métropolitaine. Or rien n’est plus déplorable et .l’on ne colonisera jamais avec de tels principes.

Enlever la justice aux administrateurs était donc, si l’on veut, une excellente mesure; mais il eût fallu procéder lentement, en créant un personnel judiciaire largement rémunéré conformément aux théories anglaises dont on a vu le résultat, et, par suite, bien choisi. Il aurait passé, ce personnel, par le collège des stagiaires rétabli, agrandi, complété, et les licenciés en droit qui en seraient sortis soit substituts ou lieutenants de juges, soit administrateurs comme jadis, auraient été contraints de faire toute leur

Un chef de canton.

1. Près d’une centaine de magistrats (greffiers compris) et le même nombre environ d’ingénieurs et conducteurs.

carrière clans la colonie, condition imposable d’ailleurs à tous les fonctionnaires. Voir l'Inde... De la sorte, et stimulés par des concours les contraignant à se perfectionner dans la langue, ces magistrats auraient rendu des services. Peu à peu, on aurait augmenté leur nombre, en dépossédant progressivement les administrateurs primitifs de leur rôle judiciaire, en séparant les pouvoirs. Et, alors, on n’aurait pas vu l’Annamite, aigri déjà par les exigences croissantes du fisc, regretter les vingt premières années de notre installation et se plaindre d’avoir à courir à chaque instant à l’un des six tribunaux émaillant nos vingt arrondissements pour y perdre son temps et sou argent, alors que, jadis, une simple visite au chef-lieu suffisait à l’arrangement de son affaire! Les interprètes des magistrats s’enrichissent vite : cela dit tout. Le magistrat fût-il un Cujas ou un Portalis, c’est donc sur le dos de ses clients que s’est faite et que s’achèvera la réforme.

Pour nous, nous ne savons rien de plus tristement comique qu’un jeune homme de 23 ou 24 ans fraîchement émoulu du boulevard Saint-Michel, débarquant comme juge d’instruction et usant tout son savoir, toute sa bonne volonté, à essayer de débrouiller l’interrogatoire d’une bande d’ Annamites à qui il ne saurait demander un verre d’eau ! Trompé par l’interprète, négligemment secondé par les chefs indigènes du prévenu si ceux-ci ne sont pas de l’arrondissement où siège le tribunal, que fera-t-il de bon, lui à qui dans son propre pays on ne confierait jamais d’aussi délicates fonctions ?

Aussi que de sentences maladroites dans ces dernières années ! Et quelle déconsidération jetée sur l’autorité française ! Encore ne parlons-nous pas des luttes entre les divers pouvoirs, du va-et-vient des pièces de procédure, de tous les détails du gâchis résultant d’une excellente intention mal exécutée par les réformateurs. Au criminel, cela devient bouffon. Voyez-vous les jurés annamites allant délibérer après un plaidoyer et un réquisitoire, en français , ayant duré chacun deux ou trois heures et auxquels ils n’ont entendu goutte. On leur lit les articles du Code ! Pourquoi pas le dernier discours de réception à l’Académie française?

L’instruction publique étant placée, en Cochinchine, dans les attributions du directeur de l’intérieur, nous en parlerons ici. L 'Annuaire de 1886 nous fournit une statistique intéressante.

Il existe 17 écoles françaises dirigées par des Européens, dont 10 pour les garçons et 7 pour les filles. A citer dans le nombre, le collège Chasseloup-Laubat, celui d’Adran, celui de Mytho, et, pour les filles, le pensionnat et orphelinat de la Sainte-Enfance. 48 professeurs français et 78 annamites donnent l’enseignement aux 1,829 élèves des 10 écoles de garçons; 25 français ou françaises et 13 annamites, aux 942 élèves des 7 écoles de filles. Les écoles d’arrondissement sont à la charge de la colonie ; mais il y a un grand nombre d'écoles communales entretenues par les budgets régionaux et d’écoles diverses subsistant au moyen des subventions accordées par les villages et les particuliers.

Nos efforts sont méritoires ; mais il faut bien constater que l’Annamite aime à s’instruire, et que dans tout l’extrême Orient, bien avant qu’y parussent les Européens, l’instruction des classes populaires, qu’on dit chez nous l’apanage des

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gouvernements démocratiques, était plus répandue qu’elle ne l’est dans la moitié de l’Europe.

Ce qui manque à la Cocliincliine, ce sont les instituteurs. On lient à propos de leur recrutement, comme à propos de celui de la plupart des fonctionnaires, déplorer encore un coup le préjugé officiel qui fait des colonies le refugium peccatorum, pécheurs, en l’espèce, voulant plutôt dire médiocres que déshonnêtes.

Il manque, enfin, à notre colonie un établissement d’enseignement classique complet et deux écoles primaires supérieures, des écoles professionnelles poulies Annamites, enfin des fermes-écoles.

Le conseil colonial ayant supprimé le budget des cultes, la mission catholique de Cocliincliine et ses divers établissements sont soutenus par les œuvres de la Sainte-Enfance, de la Propagation de la foi 'et, les aumônes des fidèles. Un évêque et 4G prêtres français, aidés par 35 prêtres indigènes, y assurent le service religieux. Ils ont créé un

séminaire, une école fran- Lettré annamite et interprète chinois.

çaise et une imprimerie.

Enfin, 115 sœurs de Saint-Paul, de Chartres, prodiguent leur dévouement dans les hôpitaux militaires et indigènes, les orphelinats et les écoles. On évalue à 55,000 le nombre des Annamites chrétiens.

Après avoir montré comment nous administrons notre colonie, il serait peut-être bon d’indiquer en quelques lignes l’organisation qu’y ont reçue nos forces de terre et de mer.

Les premières, placées sous le commandement d'un général de brigade d’infanterie de marine, secondé par un état-major général et par la direction d’artillerie1, se composent d’un régiment de marche d’infanterie de marine, formé de compagnies empruntées aux quatre régiments de cette arme, d’un régiment de tirailleurs annamites à trois bataillons et de deux batteries seulement d’artillerie de marine. Avec la gendarmerie et les ouvriers d’artillerie, c’est tout, - — et c’est, insuffisant, toute cette garnison pouvant être à la fois appelée aux frontières du Cambodge ou de l’Annam, avant que la métropole ait eu le temps d’envoyer des renforts.

On peut dire surtout des officiers de ces différents corps ce que nous avons dit des fonctionnaires : leurs services, leur avenir, leur santé gagneraient à ce qu’ils ne quittassent pas la Cochincliine dès qu'ils la connaissent2. Pour les officiers chargés des tirailleurs annamites, il serait particulièrement désirable que les errements actuels prissent fin et qu’on ne se privât plus de leurs services au moment où ils commencent à apprendre la langue de leurs soldats, et par suite à s’acquitter utilement et pratiquement de leurs fonctions.

La création des tirailleurs annamites est, en effet, une des meilleures choses que nous ayons essayé d’emprunter aux Anglais. Ces troupes sont économiques 3 et permettent de ménager nos petits troupiers.

Le régiment des linh-tap, comme on les appelle à tort, a été créé par décret du 15 mars 1880. «L'uniforme des soldats est très bien approprié au climat; il consiste en un pantalon blanc très court, une chemise-vareuse bleue sur laquelle se boucle le ceinturon et un petit salaco en paille tressée à cimier de cuivre. L’armement se compose de carabines de gendarmerie, modèle 1874, avec l’épée-baïonnette. Les officiers et sous-officiers européens conservent l’uniforme de l’infanterie de marine ; les officiers indigènes ont une tenue très coquette qu'ils portent avec aisance. »

Par malheur, ceux-ci, dont la nomination peu justifiée aurait pu attendre le développement de l’instruction en Cochincliine, sont mal recrutés et ignorent leur métier. Ils devraient sortir d’une de nos écoles primaires supérieures, pfils avoir fait un stage

1. La direction du génie est passée aux mains du directeur de l’artillerie, un lieutenant-colonel. Les ouvriers sont Annamites.

2. « Ces voyages à travers le monde sont d’ailleurs un des plus graves inconvénients du service de l’infanterie de marine. Il est permis de penser que les cadres de ce corps feraient un meilleur service s’ils restaient longtemps dans un établissement où ils se seraient acclimatés et où ils se plairaient, au lieu de séjourner successivement dans trois ou quatre colonies. L’ancienne organisation de l’arme admettait ces longues résidences dans le même pays. Nous avons connu un officier qui avait tenu garnison pendant douze ans à la Guadeloupe ; il se serait évidemment moins bien porté si, dans la même période de temps, il était allé, en outre, au Sénégal et à la Guyane. Actuellement, il n’est pas rare de voir à Saigon des colons ayant dix et quinze ans de Cochincliine et qui ont une excellente santé, parce qu’ils ont eu la précaution de rentrer en France tous les trois ans. On peut en dire autant de certains officiers qui ont réussi à avoir huit ans de Cochincliine sans autre colonie. » (Bouillais et Paulus, op. cit.)

3. D’après le commandant Bouillais, un soldat français (infanterie de marine), aux colonies, coûte, tout compris, sauf les frais d’hôpital et de transport, 727 fr. 94 par an. Un tirailleur indigène n’en coûte que 351 fr. 75. Une compagnie européenne de 100 hommes revient à 90,000 francs aux colonies et à 50,000 seulement en France. Une compagnie de 252 tirailleurs, avec 10 Européens, revient à 132,515 francs, le supplément alloué aux officiers compris. Un bataillon et son état-major — bataillon double comme effectif des bataillons blancs — revient à 552,099 francs.

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clans un régiment français, à Saigon, au Cambodge, au Tonkin, sinon en Algérie, pour remplir convenablement leur rôle.

Les soldats, du reste, ne sont pas mieux recrutés. Chaque village fournit son ou ses hommes, et répond d’eux pécuniairement en cas de désertion; mais, naturellement, il se décharge de cette obligation sur les plus pauvres ou sur les mauvais sujets, tandis que nous pourrions et devrions exiger des recrues tirées de l’élément le plus solide de la population.

La création d’un second régiment s’impose. Il y faudrait toutefois augmenter le nombre des sous-officiers européens et ne pas confier à des linli-tap, sans Français pour chefs, des postes isolés où se réveillent parfois leurs instincts de douaniers , pour ne pas dire de jurâtes.

Au début, on avait douté de la valeur de ces soldats indigènes ; l’expédition du Tonkin a montré ce dont ils étaient capables. Encore leur faut - il et un cadre solide, capable de se faire comprendre d’eux, et un entraînement. Les tirailleurs de Cocliincliine envoyés au Tonkin s'y sont bravement comportés, disciplinés qu’ils étaient Interprètes annamites,

d’avance et habitués à leurs

chefs ; leurs camarades tonkinois, plus mal recrutés encore et nullement dressés au début, ont demandé plusieurs mois avant de les égaler.

Nous demandons la création d’un second régiment; mais s'il nous était permis de dévelojiper notre jiensée, qui est, nous nous en enorgueillissons, celle de plusieurs officiers distingués, nous ajouterions qu’on ne devrait pas se borner à cet effort.

LTndo-Chiue française, eu effet, nous le craignons, ne sera jamais entre nos mains une entreprise très productive, économiquement parlant, nous avons dit pourquoi ; du moins pourrait-elle, au j)oint de vue militaire et maritime, contribuer à notre succès dans les luttes futures. En deux mots, le chemin de l’extrême Orient — la voie du

canal de Suez — pouvant nous être fermé au lendemain de la prochaine déclaration de guerre d'où qu'elle vienne, nous serions désarmés pour défendre nos possessions et attaquer notre ennemi sur les mers les plus riches, si nous ne nous préparions pas dès aujourd’hui, en Indo-Cliine, à toutes les éventualités. Le temps est passé — pour nous surtout — des aliiances écrites d’avance. Les peuples aujourd’hui ne s’unissent qu’au son du canon et au fur et à mesure des événements. Une alliance franco-russe peut se produire ipso facto, sans contrat rédigé d’avance par les chancelleries, au lendemain de la première bataille sur le Rhin ou sur la Meuse. Or une telle alliance, ce serait, tôt ou tard, la lutte avec l’Angleterre. D'aucuns estiment même que ce ne serait point la payer trop cher, notre marine marchande n'étant point, hélas ! assez riche pour que nous puissions vraiment souffrir d’une guerre dans laquelle, au contraire, grâce à nos croiseurs et paquebots, nous frapperions l'enuemi au cœur, c’est-à-dire à la bourse.

Aussi bien sans discute*:' ces éventualités et pour ne s’en tenir qu’au classique si ris paeem para hélium, la cause de l’utilité militaire et maritime de l’Indo-Chine ne peut être combattue. Nous rêvons donc d’y voir s’y constituer une armée indigène encadrée par nos officiers, une armée ayant comme la nôtre ses réserves. En même temps, l’arsenal de Saigon et quelque autre dans la baie d’Along au Tonldn recevraient tout ce qui manque au premier — et il lui manque beaucoup — pour défendre la colonie et permettre à son armée de faire une diversion... dans les Détroits, ou eu Birmanie par exemple. Il y a deux ans, quand on put croire la ville de Saigon menacée par une insurrection, sa garnison étant toute ou presque toute au Tonldn, le conseil de défense qu’avait réuni le gouverneur ne trouva, ni fusils pour armer la population française, ni canons pour défendre la rivière. A peine avait-on quelques torpilles. Il est vraisemblable que les choses n’ont pas changé. Or rien ne serait plus facile que d’avoir avec une armée indigène tous les approvisionnements et toutes les munitions nécessaires en vue d’une rupture, plus ou moins longue, des communications avec la métropole, la guerre étant déclarée. Rien non plus ne serait plus aisé que de laisser à Saigon, en dehors d’une flottille de torpilleurs, un certain nombre des bâtiments de guerre qui se rouillent dans nos arsenaux en seconde catégorie de réserve. Ils auraient un état-major réduit, des sous-officiers, un noyau de marins brevetés, des vétérans si l’on veut, et dès la déclaration de guerre, s’armeraient en complétant leurs équipages avec des matelots indigènes, qu’on aurait dressés durant la paix, comme nous dressons déjà des soldats.

Alors, la fermeture du canal de Suez à nos transports et croiseurs nous laisserait indifférents, car l’Iudo-Chine pourrait se défendre toute seule et lutter sur mer par la poursuite des bâtiments de commerce ennemis, de même qu’elle pourrait enfin, le cas échéant, opérer nue diversion par une attaque des côtes voisines. Qu’on suppose simplement la Chine essayant de reprendre le Tonldn, tandis que nous aurions une guerre à soutenir en Europe, et l’on ne taxera p>as de préoccupations chimériques ou d’utopies les réflexions et les projets que nous venons de traduire en quelques lignes...

La marine est représentée en Cocliinchine par quelques canonnières de rivière et une insuffisante division navale que les côtes du Tonldn ont nécessairement, après la Chine, accaparée, mais qui, dûment augmentée, la pacification finie et la répression de

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la piraterie confiée à des avisos, reviendra bientôt, nous l’espérons, montrer ses couleurs sur les côtes de la Cocliincliine, du Cambodge, du Siam et de la Malaisie continentale, la division de la mer des Indes arrêtant son action à Singaj)ore.

Enfin, il est à souhaiter que la colonie et le ministère de la marine cessent de

Tirailleur et bonne d’enfants ! — Le brosseur du capitaine K...

s imaginer qu'ils ont fait le nécessaire pour l’armée, parce qu’ils ont construit à Saïgon des casernes, d’ailleurs trop vantées. Les soldats sont ridiculement habillés eu égard au climat; les camps d'acclimatement et les sanitaria font défaut, la vie de garnison est mal organisée contre la nostalgie, l'hydrothérapie inconnue, la nourriture mal comprise, le corps médical trop peu nombreux dans l’intérieur. Quant aux officiers, tout le monde est d’avis qu’ils sont insuffisamment payés, à Saigon surtout, que les pourvoyeurs les volent à bord des transports, et que sur les paquebots le règlement est absurde de les

faire vivre, jusqu’au grade de clief de bataillon ou d’escadrou, aux secondes classes, c’est-à-dire souvent avec les domestiques européens des voyageurs de première classe! Lorsqu’on a vu les troupes coloniales anglaises avant de voir les nôtres, on est peu fier. Sans vouloir pour nos marins, soldats et officiers, le luxe souvent ridicule des casernes et mess de l'Inde, on peut demander que le pays leur tienne mieux compte de la santé et des forces qu'ils perdent à son service dans nos possessions.

Xous n’avons point parlé des fortifications. Tout est à faire en Cocliincliine et à moderniser ou à remettre à neuf dans les rares batteries existantes.

Une canonnière.

Paysage annamite.

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