Janvier
L’INDO-CHINE
4° De deux membres civils du conseil privé nommés par arrêté du gouverneur.
Les pouvoirs de cette assemblée durent quatre ans; ses membres sont renouvelés tous les deux ans, par moitié. Elle a les droits de nos conseils généraux et un peu ceux des parlements coloniaux anglais. Financièrement, elle est la grande maîtresse de la colonie ; elle correspond directement avec le ministre, procède à des enquêtes et
Notables annamites.
deviendra une véritable petite Chambre lorsqu’elle aura obtenu de nommer une commission coloniale correspondant aux commissions départementales de la métropole.
Nous avons également créé (1882) des conseils d’arrondissement que président les administrateurs , fonctionnaires dont nous parlerons plus loin. Ces conseils ont déjà
rendu de grands services en nous évitant des erreurs et en donnant aux Annamites l’éducation civique. Nos indigènes font, en effet, des conseillers modèles qui règlent dans un très intelligent esprit de progrès un budget de 600,000 piastres tant en numéraire qu’en prestations. Ils sont élus par les notables des villages et indemnisés de leurs déplacements.
Quant au pouvoir central, il est centralisé à Saïgon dans les mains du directeur de l’intérieur qui reste le vrai clief delà colonie, le gouverneur n’étant d’ordinaire nullement préparé aux fonctions auxquelles l’appelle le hasard de sa carrière préfectorale ou politique, et considérant sa colonie comme un lieu d’exil, ses fonctions comme un marchepied conduisant à une situation à la fois plus haute et moins exotique.
La direction de l’intérieur n’est guère autre chose qu’une vaste usine à paperasses dont les innombrables fonctionnaires émargent à qui mieux mieux. Cependant, les Annamites sortis de nos écoles fournissant d’excellents et peu coûteux scribes, il serait facile de réduire cette armée, en fait d’Européens, au personnel de deux ou trois préfectures de première classe en France, et d’exiger de celui-ci la valeur que nos voisins demandent au personnel administratif des Indes. Si, cela obtenu, nous décidions que l'avancement et la solde de ces fonctionnaires seront proportionnels à leurs progrès dans les langues locales, si, enfin, nous avions la sagesse de leur faire poursuivre avec de nombreux congés et de beaux appointements toute leur carrière en Cochinchine, au lieu de les promener de colonie en colonie et de leur laisser perdre les connaissances acquises dès qu’elles peuvent être utiles au bien du service, nous aurions transformé en un rouage utile, ou en tout cas incapable de nuire, la plus surannée et la plus coûteuse des administrations.
On a divisé eu vingt et un arrondissements les cinq ou six provinces que formait la Cochinchine sous Gia-long et Minh-Mang.
L’ancienne administration annamite favorisait avant tout l’esprit communal. La province administrée par un gouverneur ( tong-doc ) se divisait en une foule de départements (phu), partagés eux-mêmes en huyen ou arrondissements. Le huyen se composait de plusieurs cantons ou ton g formés d’une série de villages ayant tous leur maire et leur assemblée de notables.
Nous avons respecté dans ce système, tout en luttant contre le particularisme de ses institutions, ce qu’il était possible ou utile de garder : les franchises municipales chères aux Annamites b Les inscrits des villages (les non inscrits, vingt fois plus nombreux, forment, comme autrefois, la plèbe) élisent donc encore leurs notables qui sont, de fait, de véritables conseillers municipaux. N’était la vénalité de nombreux maires indigènes qu’il faut surveiller de près, cette organisation ne nous donnerait aucun souci.