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L’INDO-CHINE

veux portés de toute leur longueur. Sur cette coiffure s’étalent des ornements dorés, et, de chaque côté, deux ailettes étroites et longues d’un pied, s’étendant horizontalement; elles sont en gaze, brodées de fil d’or, et ressemblent assez aux ailes légères des libellules. A la taille, une ceinture en forme de cerceau, ne serrant pas les hanches, porte des pierres plus ou moins précieuses ; à la hauteur de ce cercle, des espèces de nageoires inclinées s’ajoutent à la robe et débordent en arrière la ceinture du mandarin. Pour chaussures, enfin, des bottes chinoises à grosses semelles blanches. Le complément de ce costume est une palette d’ivoire, espèce de grand couteau à papier, très épais, qui se tient les mains jointes devant la poitrine. C’est l’emblème du commandement. »

Ce couteau pourrait lui servir aussi, du reste, à se gratter, l’Annamite non francisé étant couvert de vermine, quel que soit son rang ; mais il préfère manger — c’est à la lettre — les parasites peuplant ses longs cheveux. Au Tonkin, nous avons vu les femmes ne pas payer leur coiffeuse, lorsque celle-ci, au lieu de leur passer ses prises une à une, gardait pour elle ce manger délicat1. Nous n’exagérons rien et renvoyons à tout ce qui a été écrit sur l’Annam (Cochinchine, Annam proprement dit et Tonkin). Si les Japonais sont les plus propres des Asiatiques, peut-être même des peuples du monde entier, les Annamites en sont assurément les plus sales, et leurs mandarins ne valent pas mieux à ce point de vue que les derniers de leurs coolies.

Nous employons indifféremment, on l'a remarqué peut-être, le terme mandarins ou celui de lettrés, mais c’est l’erreur commune, une des nombreuses erreurs des Français traitant les choses de l’Annam, qu’en vérité nous connaissons assez mal.

Nous appelons mandarins tous les fonctionnaires, tous les gens à parasols; mais il n’existe que neuf catégories de mandarins, chaque catégorie ayant plusieurs classes. Ces catégories vont, dans une hiérarchie décroissante, du membre de gauche du Conseil royal aux professeurs chargés d’un arrondissement et aux chefs de canton récompensés du titre de tien-ho pour leur bonne administration : les maires décorés de chez nous !

Hélas ! il est bien d’autres lettrés qui sont fonctionnaires, sans officiellement faire partie du mandarinat, et, non contents de ne point payer d’impôt, saignent à blanc chaque année le pauvre Annamite déjà grugé par ses notables et ruiné par 1a corvée. L’Annam, pour quatre millions d’habitants (?), a 200,000 lettrés qui, tous sans exception, grands et petits, nous haïssent, notre protectorat gênant leurs exactions et devant les supprimer tôt ou tard. Ce sont eux qui mènent la campagne contre nous, et nous ne pacifierons ce malheureux pays qu’en nous montrant aussi inexorables envers eux que cléments vis-à-vis du reste de la population. Nous ne sommes nullement sanguinaires; mais nous pensons, avec les officiers et administrateurs compétents, que nous devons, pour en finir, traiter les lettrés comme nous traitons les pirates. Quelques exemples répétés amèneront à se rallier les petits fonctionnaires, victimes eux-mêmes des gros, et il n’y aura qu’à faire surveiller nos nouveaux agents par les notables peu à peu transformés, comme en Cochinchine, en véritables conseillers municipaux et d’arrondissements, maîtres de leur budget spécial. Quant aux grands mandarins, ils ne se soumettront pas. L’internement à Poulo-Condore nous débarrassera des moins coupables.

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