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2. Rivière amenait, avec ses deux bâtiments, cinq chaloupes à vapeur. Il y avait déjà à Ilaï-phong l’Eclaireur et quatre canonnières ou avisos.
L’INDO-CHINE
convoquées et la promesse qu’on entretiendrait avec notre représentant des relations amicales. Hué ratifia cet engagement, mais le courrier qui apportait à Hanoï la nouvelle de l’acceptation de ces préliminaires et des instructions dans ce sens au thongdoc arriva trop tard : Rivière avait pris de force la citadelle le 25 avril, ainsi qu’à bord durant la traversée, et dès son départ de Saigon, il en avouait le projet 1.
Ainsi, un mois après sa nomination, moins de vingt jours après son débarquement au Tonkin, il usait de son canon, lui à qui l’on avait répété d’agir politiquement , administrativement et pacifiquement, — trois adverbes qui le faisaient rire !
Son-tay. — Mur de la citadelle.
M. Le Myre de Vilers couvrit son subordonné; les Annamites d’Hanoi, effrayés, rejetèrent tous les torts sur le gouverneur de la citadelle qui, s'étant suicidé de désespoir, ne pouvait protester, et la situation se retrouva la même qu’en 1873, — avec M. Dupuis en moins et les Chinois en plus. Comme dix ans auparavant, un mandarin allait à Son-tay inviter le prince Hoang à rallier des bandes chinoises et à lâcher les Pavillons noirs contre nous.
Rivière cependant, au point de vue militaire, n’avait peut-être pas eu tout à fait tort : on se défendait contre lui, on levait des troupes, on interdisait brusquement l’entrée de la citadelle à nos officiers qu’on accueillait, non eu alliés ou protecteurs,
1. Il la prit en trois heures avec 430 soldats, 130 marins, 20 tirailleurs annamites et 7 canons. Nous n’eûmes que 4 blessés.
mais en ennemis. Mais, d’autre part, Rivière se rendait si peu compte de la situation et s’illusionnait si fort sur le compte des Pavillons, qu'il aurait persévéré et tenté de prendre Son-tay d’assaut, avec des échelles (sic), sans l’opposition du chef de bataillon Chanu, chargé des opérations militaires. Il n’y renonça qu’en découvrant du pont de sa canonnière les formidables défenses de Son-tay que Courbet, avec dix fois plus de monde, devait avoir tant de peine à enlever plus tard, après de glorieux et sanglants sacrifices. Plus haut, à Hong-hoa, il trouvait de nouvelles défenses et tout autour des populations si hostiles que le vapeur n’osa point accoster. Il comprit alors que toutes les citadelles ne tomberaient point entre ses mains comme celle d’Hanoï, et, se trouvant embarrassé de sa conquête du 26 avril, il la restitua, mais démantelée, sans canons, avec des brèches pratiquées à deux de ses faces. Que tenter ensuite? Rien. Notre petit corps expéditionnaire resta plus de dix mois inactif.
A Paris, pendant ce temps, comme à Saigon, comme à Pékin, on négociait. La cour de Hué, tout en protestant de sa soumission et de son amitié, appelait la Chine à son aide. Tu-Due invoquait sa qualité de vassal et le marquis Tseng demandait à M. de Freycinet le rappel de nos troupes. En langage diplomatique, notre ministre ripostait que nos affaires avec l’Annam ne regardaient point la Chine. Le marquis, soufflé par les Anglais, insistait, si peu courtois, qu’on ne lui répondait même plus; mais, tandis qu'une armée chinoise pénétrait au Tonkin sous couleur de poursuivre les Pavillons noirs et déclarait, en nous traitant de rebelles, vouloir y demeurer dans la zone frontière, notre ambassadeur à Pékin, M. Bourée, de son côté, nous proposait de partager avec la Chine le protectorat du Tonkin, après création d'une zone neutre qui ne nous aurait pas permis de monter au delà de Lao-kay.
La contradiction était partout; agents et ministres parlaient différemment, la longueur des communications postales entre Paris et l’extrême Orient amenant des désaccords. Avec cela, les cabinets se succédaient, et tandis que Rivière attendait des ordres et des renforts, les projets allaient bon train, remplacés par d’autres, leurs auteurs tombant du pouvoir. L’amiral Jauréguiberry et M. Duclerc voulaient agir vigoureusement, envoyer au Tonkin 6,000 hommes, dont 3,000 de troupes françaises. A ce moment, cela eût peut-être suffi. Le plan ne fut pas exécuté, et bien que la situation empirât au Tonkin et même en Cochinchiue, les Chinois se tournant franchement contre nous, puisque leur gouvernement nous traitait de rebelles et l’Annam, tout en se fortifiant, soufflant sur le conflit, on préféra discutailler à Pékin, dont on n’avait de nouvelles que tous les deux ou trois mois. La Marine et les Affaires étrangères avaient à leur tête deux intérimaires : MM. de Mahy et Jules Ferry, quand arriva le projet Bourée. Tous deux virent le danger d’une concession pareille et de l’abandon de toute notre politique depuis les campagnes de Chine et de Cochinchine, depuis vingt-deux ans. Aussi M. Challemel-Lacour, qui prit le ministère des affaires étrangères ai>rès M. Duclerc et l’intérim de M. Jules Ferry, rappela-t-il M. Bourée que- remplaça M. Tricou.
Rivière avait pris la citadelle d’Hanoï le 25 avril, avons-nous dit. En novembre seulement de la même année 1882, le gouvernement lui faisait savoir qu’il ne tolérerait pas d’intervention chinoise dans les affaires de l’Annam, et M. Le Myre de Vilers
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lui donnait l’ordre de traiter les réguliers chinois de la façon que nous avons rapportée plus haut. Fin décembre, il était avisé d’un revirement quant à la conduite à tenir visà-vis de ces mêmes Chinois et demeurait condamné à l’inaction jusqu’au commencement de 1883. Il reçut alors 750 hommes qui arrivaient trop tard. Rivière occupa aussitôt deux forts à Haï-phoug et à Hong-gay dans la baie d’Along, ce dernier point étant précieux pour ses mines de charbon que convoitait la China merchants steam navigation Company, société financière dont nous aurons à reparler et où Li-Hung-Tchang, notre grand et habile adversaire chinois, avait engagé de gros intérêts. Le 27 mars,
Dans la citadelle de Son-tay.
le commandant enleva Nam-Dinh. Nos pertes commencèrent là : le lieutenant-colonel Carreau1, blessé, subit une amputation dont il mourut. Cette dernière expédition inquiéta le ministère. M. Charles Brun, ministre de la marine, fit donner l’ordre à Rivière par le gouverneur de la Cochinchine, M. Thomson, de ne plus rien entreprendre que si sa sécurité l’exigeait. Pendant ce temps, 4,000 Pavillons noirs et Annamites tentaient sur Hanoï un hardi coup de main.
Le chef de bataillon Bertlie de Villiers les repoussa eu leur infligeant de sérieuses pertes; mais quand Rivière revint de Nam-Dinh, le 2 avril, il les trouva réenhardis, grossis et bloquant encore la capitale du Tonkin. Vite, il demanda à l’amiral Meyer deux compagnies de débarquement; mais ces 2 ou 300 hommes et les deux compagnies
1. De l’infanterie de marine. Nous eûmes deux soldats blessés et pas d’autres morts.
envoyées de Saïgon étaient d’insuffisants renforts. Chinois et Pavillons noirs étaient évalués au nombre de 15,000; ils s’appuyaient sur Bac-Ninh et Son-tay; leur audace croissait chaque jour, et les proclamations de Liu-Vinh-Phuoc, demandant notre extermination et nous mettant hors la loi, pénétraient jusque dans Hanoï. Le commandant, à l'arrivée des marins expédiés par l’amiral Meyer, résolut, le 18 mai, de dégager Hanoï vers Phu-Hoaï, sur la route de Son-tay. L’avant-veille, une reconnaissance sur la rive gauche, quoique victorieuse, avait donné d’insuffisants résultats. Le 19 mai, au matin, la sortie eut lieu. Rivière, l’officier le plus élevé en grade, la commandait, bien qu’il eût dû, croyons-nous, d’après les règlements militaires et ses instructions, rester à Hanoï.
Prise de Son-tay. — La Porte Est après le combat.
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