‹ L'extrême OrientChapitre 65 sur 132 · LM · texte numérisé non relu

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Il était souffrant, se tenait dans sa voiture et n’avait pas pris toutes les précautions prescrites. La colonne tomba dans l’embuscade que lui tendait un ennemi dix fois supérieur en nombre, et nos troupes décimées battirent en retraite. Si Rivière était un médiocre officier, il était brave entre les braves et le fit voir : c’est en aidant à sauver un canon imprudemment engagé qu’il fut tué b

Nous avions perdu 26 marins et soldats, et 5 officiers, dont Rivière et le commandant Bcrtlie de Villiers. Nous avions enfin 47 hommes et 8 officiers blessés.

Le commandement supérieur des troupes réunies au' Tonkin revenait au contreamiral Meyer, le chef de nos forces navales dans les mers de Chine. Il se borna à y

1. Le commandant Rivière est né à Paris, le 12 juillet 1827. Entré à l’École navale en 1834, il devint enseigne en 1840, lieutenant de vaisseau en 1856, capitaine de frégate en 1870, de vaisseau en 1880. Quand on l’envoya au Tonkin, il était commandant de la marine à Saïgon et venait de contribuer à la répression de l’insurrection canaque en Nouvelle-Calédonie.

L’INDO-CHINE

expédier un capitaine de frégate et à aviser le ministère qu’il était prêt à assurer l’évacnation de nos soldats (sic!)

Le 25 mai, à la nouvelle du désastre, le gouvernement de la Cocliincliine fit partir pour le Tonkin toutes les troupes dont il pouvait disposer: 500 hommes d’infanterie de marioe, une batterie d’ar-

tillerie, des officiers et des munitions. A leur arrivée, la garnison d’Hanoï s’éleva à 1,200 hommes : il y avait à ce moment 20,000 Chinois et Pavillons noirs entre Hanoï et Son-tay.

Mais le ministère s’était ému à l’annonce de l’échec du 19 mai : il télégraphia qu’il envoyait « 375 soldats et 100 marins ». A la Chambre, par bonheur, la mort de llivière avait réveillé la fibre chauvine et la demande de crédits, qui traînait depuis un mois du palais Bourbon au Sénat, fut votée d’enthousiasme. On fit venir deux compagnies d’infanterie de marine de la Nouvelle - Calédonie ;

2,000 hommes partirent de Toulon. Leur chef désigné était le général Bouët1, alors commandant supérieur des troupes en Co-

cllinchine. La tombe du commandant Berthe de Villiers dans le cimetière d’Hanoï.

En attendant les renforts, cet officier mit eu complet état de défense les places que nous possédions. Tombant d’un excès dans l’autre, il allait être aussi prudent que son prédécesseur avait été téméraire; mais cet excellent sous-ordre était un organisateur patient et laborieux

1. Le général Bouët, né le 6 décembre 1833, mort en 1887 entra à l’École de Saint-Cyr en 1852; lieutenant en 1857, capitaine en 1860 (en récompense des services qu’il rendit au Sénégal, sous les ordres du général Faidherbe, alors commandant du génie, et où il se distingua encore de 1863 à 1867), chef de bataillon en 1868, lieutenant-colonel en 1871, colonel en 1875 et général de brigade en 1882, il appartenait à l’infanterie de marine dans laquelle il a fait toute sa carrière.

qui, dans son rôle ingrat et ayant tont à créer, rendit de signalés services. Il ne disposait que de 2,435 hommes, les 1,322 autres garnisonnant Hanoï, Nam-Dinh et Haï-phong. Plusieurs fois, nos troupes durent repousser les Pavillons noirs qui menacèrent même Haï-phong. Près de Nam-Dinh, le colonel Badens livra le glorieux combat de Can-Gian; seulement, l’ennemi réoccupait les positions que nous ne pouvions garder après les avoir prises.

Les renforts envoyés de France n’arrivèrent que le 24 juillet. La mort du commandant Rivière n’avait pas décidé leur seul départ, mais encore celui du « commissaire général civil de la République au Tonkin ». Eu choisissant pour ces fonctions M. Harmand1, le gouvernement avait eu la main heureuse; mais il avait été moins adroit peut-être en lui rédigeant ses instructions qui préparaient d’inévitables conflits entre ce fonctionnaire et le général Bouët par le partage inégal de leurs attributions.

Le premier arriva le 2 août et supprima l’état de siège qu’avait proclamé le général et qui naturellement entravait, s’il ne le supprimait pas, son propre rôle. M. Bouët s’en fâcha. D’autre part, M. Harmand, qui avait raison en principe et d’après la teneur précise de ses ordres, ne sut peut-être pas apporter toute la souplesse nécessaire dans ses rapports avec le général. On lui a reproché d’être cassant. Le certain est qu’on le reçut avec plus que de la froideur. Or M. Harmand, l’homme qui connaît le mieux l’Indo-Chine et nous y a rendu tant de brillants et intelligents services, a le défaut des savants qui vivent trop par l’idée : convaincu d’avoir raison, scientifiquement certain de la justesse d’une théorie, il s’étonne qu’on puisse penser d’autre sorte. C’est un caractère; mais, par cela même, tout d’une pièce, il ne sait pas toujours persuader. Les hommes de cette trempe, lorsqu’ils ont son talent et ses rares facultés, réunissent autour d’eux des fanatiques et des adversaires non moins absolus. Il eut les deux; mais ceux-ci comme ceux-là ont rendu justice à sa haute valeur, à son habileté, à son énergie et à la sûreté avec laquelle il jugea la situation et prédit l’avenir. De tous les chefs qui ont passé au Tonkin, il reste celui qui comprit le mieux nos inté-

1. M. le docteur Harmand, né à Saumur le 23 octobre 1845, sortit de l’Ecole de santé militaire de Strasbourg en 18G6 et partit aussitôt pour la Cochincliine comme médecin de la marine. Il y resta jusqu’en mai 1870.

Médecin-major du Limier pendant la guerre, il fit les campagnes de la Baltique et de la mer du Nord. En 1871, il prend part à la répression de l’insurrection kabyle ; il voyage en Tunisie, puis fait campagne dans le Levant.

Au commencement de 1873, il retourne en Cochincliine ; est désigné pour faire partie, comme médecin et naturaliste, de la mission Delaporte au Cambodge ; la mission est interrompue par la maladie grave de tous ses membres, sauf M. Harmand ; envoyé au Tonkin avec l’expédition F. Garnier (prise d’IIanoï, du Phu-Hoaï, du Phu-Ly, de Haï-Dzuong; commandant militaire à Nam-Dinh).

A son retour en France, il obtient une mission scientifique, subventionnée par le ministère de l’instruction publique, le Muséum d’histoire naturelle, la Société de géographie de Paris et une souscription de la ville de Versailles où il avait fait de brillantes études.

Voyages en Cochincliine, au Cambodge, au Laos et en Annam pendant les années 1 875-70-77 ; retour en Franco au commencement de 1878 ; récompenses nombreuses (médailles d’or du ministère de l’instruction publique, de la Société de géographie ; médailles d’or et d’argent h l’Exposition universelle de 1878, section de l’enseignement supérieur).

Nommé conservateur adjoint à l’Exposition permanente des colonies, il est désigné, en 1881, pour aller occuper le poste de consul et commissaire du gouvernement à Siam et y reste jusqu’à sa nomination au Tonkin (8 juin 1883).

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rêts et le plus justement indiqua les politiques à suivre. A cette heure encore, il est le résident général tout désigné pour en finir avec l’Annam et utiliser le Tonkin, celui qui saura mener à bien ces deux tâches, sous le pavillon d’un seul gouvernement indo-chinois.

En môme temps qu’il l’envoyait de Bangkok au Tonkin, le ministère, laissant au contre-amiral Meyer le commandement de la division navale des mers de Chine, créait une division des côtes du Tonkin à la tête de laquelle il plaçait le contre-amiral Courbet. Harmand et Courbet : le gouvernement jouait une série heureuse !

Malheureusement, le conflit s’accentuait entre les pouvoirs civil et militaire, le

Miradore de la citadelle de Haï-Dzuong.

commissaire général devait à chaque instant rappeler au général Bouët les instructions que tous deux avaient reçues1, et la dualité des pouvoirs créait d’incessantes difficultés dont notre action souffrait, malgré le patriotique désintéressement que montraient les deux adversaires. Sur la demande de M. Harmand, bien inspiré même au point de vue stratégique, le colonel Brionval prit habilement Haï-Dzuong; mais le général se refusa à marcher sur Son-tay, malgré les demandes réitérées du commissaire général. Le 15 août, nous fîmes une démonstration sur la route de Son-tay (combat de Yong)2 ; mais une inondation fit de cette affaire un simple succès stratégique sans grande

1 . Voir, au Livre jaune, la partie de ces instructions officiellement publiée. On trouvera les autres dans la Conquête du Tonkin, par H. Gervais qui, dans une très remarquable brochure que nous avons déjà citée, a éclairé l’opinion en publiant nombre de documents inédits. (Bureaux delà Revue bleue, 111, boulevard Saint-Germain, Paris.)

2. Pour le détail des opérations militaires, voir l’ Indo- Chine contemporaine de Bouinais. — On écrit indifféremment Sontay, Son-tay et Son-Tay. Nous ignorons laquelle de ces trois orthographes est la bonne.

influence sur la marclie de la campagne. Le 1er septembre, une seconde reconnaissance infligea un éebec notoire à l’ennemi et assura la liberté du fleuve Rouge jusqu’à l’entrée du Day.

Pendant qu’avaient lieu ces opérations, M. Harmand et l’amiral Courbet remportaient, l'un à Thuan-an, l’autre à Hué, les brillants succès diplomatiques et militaires que nous avons relatés dans le chapitre consacré à l’Annam. A son retour à Hanoï, le commissaire général, qui venait d’imposer à Hué le traité du 25 août, s’occupa sans tarder d’organiser le Tonkin devenu nôtre, grâce à sa politique 1, et apporta à cette organisation ses précieuses qualités d’administrateur avec sa grande expérience des choses du pays. Mais les démêlés recommencèrent avec l’autorité militaire, et le général Bouët, passant le commandement au colonel Bicliot 2, demanda à rentrer en France, sous couleur de s'y rendre en mission, afin de cacher autant que possible son désaccord avec l’autorité civile (18 septembre 1883).

L’intérim de M. Bichot se prolongea jusqu’au 25 octobre. Il l'employa à de courtes reconnaissances (prise de Ninh-Binh et Quan-Yen), ne pouvant, avec son peu de monde, engager la lutte contre les Pavillons noirs et Chinois que grossissaient sans cesse de nouveaux renforts. Les 3,000 hommes que nous attendions étaient insuffisants, et l’on commença à regretter alors le temps perdu. Il aurait fallu s’emparer de Hué et s’y établir pour forcer la cour à respecter le traité du 25 août, puis, au lieu de demi-mesures, demander catégoriquement à la Chine si elle voulait la paix ou la guerre. Il n’est pas sûr qu’elle eût répondu oui, quelques cuirassés et croiseurs lui signifiant cette question. Mais, eût-elle accepté la lutte, la situation du moins était franche et nous la réglions meilleur marché en agissant sur les côtes du Céleste Empire par notre flotte, tandis que nous allons user hommes et millions à lutter à terre, sur un mauvais terrain, au Tonkin, contre des gens avec qui nous ne serons pas en état d’hostilité officiellement déclarée.

La France, isolée depuis 1870 et préoccupée par l'attitude énigmatique de l’Allemagne, ne put parler haut et ferme, et l’on ne comprit pas qu'il en coûterait plus de temps et plus de sacrifices eu' rapetissant le débat et en essa}’ant de tourner la difficulté. L’amiral Courbet dans le Petchili avec dix navires, le général Brière de l’Isle devant Son-tay avec 6,000 hommes, M. Harmand à Hué avec deux régiments et deux batteries : la campagne, on l’a vu depuis, était finie en six mois. Elle va durer quatre ans. Elle dure encore.

Le 25 octobre 1883, sur l’ordre de Paris, le contre-amiral Courbet3 prit le com-

1. Il serait injuste d’oublier que le gouverneur de la Cochinchine, M. Thomson, préconisa de bonne heure la politique et les mesures que prit M. Harmand. (Voir Gervais, op. cit.)

2. Né à Arras en 1835, entré à Saint-Cyr en 1855, sous-lieutenant (infanterie de marine) en 1857, lieutenant, pour faits d’armes en Chine, en 1860, capitaine en 1864, chef de bataillon en 1871, lieutenant-colonel en 1876, colonel en 1882, général en 1884, après Son-tay. Campagnes de Chine, de Cochinchine et de 1870-71.

3. L’amiral Courbet, dont nous aurons à parler tant de fois, naquit à Amiens en 1827. Voici quelques lignes de biographie publiées avant Son-tay et Fou-tcheou :

a L’amiral Courbet (Amédée-Anatole-Prosper) est sorti de l’École polytechnique. A vingt-deux ans il était aspirant de lre classe, à vingt-neuf ans lieutenant de vaisseau, dix ans plus tard capitaine de frégate. En 1873, il est capitaine de vaisseau et contre-amiral en 1880, à l’âge de cinquante-trois ans.

<< Comme capitaine de frégate, il a rempli les fonctions importantes de chef d’état-major de la

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mandement du corps expéditionnaire et réunit bientôt (le 1er décembre) tous les pouvoirs politiques, civils et militaires, car M. Harmand avait demandé son rappel les 16 octobre et 22 novembre et l’avait enfin obtenu le 1er décembre. Il se plaignait, non sans raison, d’être diminué et de devenir inutile, ses pouvoirs lui étant successivement enlevés. Il est certain que l’unité du commandement et la réunion de tous les pouvoirs dans une seule main s’imposaient pendant la période d’opérations militaires qui, les renforts arrivés, allait s’ouvrir; mais le laisser rentrer, c’était bien mal récompenser le négociateur du 25 août, l'homme de ressources qui avait obtenu tant de beaux résul-

tats au Tonkiu, et l’administrateur hors ligne à qui ce pays devait tout et à qui nous devions ce pays! Ne pouvait-on suspendre provisoirement ses pouvoirs au Tonkin jusqu'à la prise de Son-tay et de Bac-Ninh — puisque nous voulions alors nous borner an delta — et, en attendant, l’envoyer à Hué avec carte blanche?

La campagne commença le 12 novembre, au moment à peu près où le marquis de

division cuirassée du Nord et commandé la division navale des Antilles ; comme capitaine de vaisseau, dès sa promotion, il commande un cuirassé, par deux fois il remplit les fonctions de chef d’état-major de l’escadre d’évolutions; puis il est appelé au poste de gouverneur de la Nouvelle-Calédonie. En 1880, il commandait à Cherbourg la division dite d’essai, formée des types nouveaux dont il devait diriger les expériences.

« L’amiral Courbet, travailleur infatigable, voit et fait tout par lui -même; c’est un savant, versé dans toutes les sciences qui trouvent leur application dans l’art naval. C’est un chef froid, méthodique, donnant ses ordres avec netteté et sachant apprécier la valeur des hommes qui lui sont subordonnés. Les officiers et les équipages ont en lui la plus entière confiance ; malgré sa froideur, il sait les enthousiasmer. Très exigeant en service, juste toujours, une marque de satisfaction de sa part est estimée comme une véritable faveur. »

Tseng se décidait à nous notifier officiellement la présence au Tonkin des troupes régulières chinoises. Haï-Dzuoug, attaqué, ne fut sauvé qu’à grand’peine. Aussi, dès l’arrivée des renforts (un nouveau petit paquet qui porta à 9,000 hommes environ nos forces dans tout le Tonkin), l’amiral décida d’opérer contre Son-tay.

Bien armé, dix fois supérieur en nombre et composé en grande partie d’hommes dont la guerre était, -depuis de longues années, l’unique profession, l’ennemi pendant trois jours fit une résistance opiniâtre derrière ses formidables et savantes défenses. Un adversaire européen ne nous aurait pas donné plus de mal. Nos troupes (infanterie de marine, tirailleurs algériens, légion étrangère, matelots des compagnies de débarquement de l’escadre, tirailleurs annamites de Cochinchine) perdirent 10 pour 100 de leurs effectifs engagés : ce chiffre dit tout. Combien elles furent merveilleuses au feu, faut-il le rappeler? Grâce à l’habileté de leur chef, le 17 décembre, elles étaient maîtresses de la place, après avoir tué plus d’un millier d’hommes aux Chinois et aux Pavillons noirs et conquis 89 canons.

Cette sanglante et glorieuse affaire est une des plus belles qui aient illustré nos armes en extrême Orient, et il faut en lire le compte rendu détaillé dans le rapport si simple et si grand de l’amiral Courbet. De telles pages consolent et font espérer.

La prise de Son-tay décida Nguyen- Yan-Truong, le faiseur de rois, à ratifier devant M. Tricon, notre ambassadeur venu de Pékin, le traité Harmand. Courbet cependant ne voulait pas laisser respirer l’ennemi, et ne pouvant, vu la baisse des eaux, attaquer Hong-Hoa, se préparait à enlever Bac-Ninli, lorsqu’il apprit que la brigade de renfort qu’on envoyait au Tonkin, étant fournie par le ministère de la guerre, on lui substituait un général de division fourni par la Guerre. On lui accordait en même temps les étoiles de vice-amiral qu'il avait si bien ' gagnées, afin de pallier sans doute ce remplacement au lendemain d’une victoire.

Laisser les marins à leur bord et les soldats à terre, ne demander à chacun que ce qui ressort de sa spécialité, c’est un principe juste dont la mort de Rivière avait assez rappelé la nécessité ; mais Courbet n’était pas qu’un marin. Ce mathématicien venait de se révéler tacticien. Lui enlever l’honneur d’achever l’œuvre si bien commencée, c’était donc, en retardant cet achèvement, prendre une cruelle mesure. Nous nous rappellerons toujours cette matinée du 12 février 1884 où, digne et froid, nous le vîmes s'incliner devant son successeur, lui remettre le service et le commandement, puis, évitant toute manifestation non silencieuse, s’embarquer trois heures après sur l'Éclair, la canonnière qui venait d’amener son remplaçant...

Avec le général Millot 1 commence la période de guerre avouée avec la Chine et les réguliers chinois. Ces derniers n’avaient pas quitté le Tonkin depuis 1875, s’y étaient incessamment renforcés depuis 1882; mais nous ne les avions réellement devant nous

1. Né en 1829, sorti de Saint-Cyr en 1849, le général Millot prit part à la campagne de Chine comme capitaine et y fut décoré pour fait de guerre (1860). Commandant en 1869, il fut fait prisonnier avec l’armée de Metz et s’évada. Le gouvernement de la Défense nationale en fit un général auxiliaire que la Commission des grades remit lieutenant-colonel, car il n’était que brave et le courage ne suffit pas a faire un officier, surtout un officier général. En 1875, il fut promu colonel, général de brigade en 1880, divisionnaire en 1882.

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que depuis septembre 1883. Nous les avions battus pour la première fois à Son-tay, les 14 et 15 décembre. Jusque-là, la Chine s’était bornée à exciter contre 'nous les Pavillons noirs et à leur fournir des recrues. Les troupes impériales se tenaient en réserve derrière celles de Liu-Vinh-Phuoc, et les autres bandes chinoises, grossies des partisans réunis par le prince annamite Hoang-Ké-Vien, qui servait une solde au nom de la cour de Hué à tous ces bandits. A la fin d’août, elles s’emparèrent de Son-tay, en chassèrent les mandarins, — on sait le mépris du Chinois pour les Annamites — et, la querelle étant devenue franco-chinoise, la question de nous écarter des frontières du Ynn-nam

Porte ouest de Son-tay après la prise.

et du Quang-si primant toutes les autres, ouvrirent franchement la lutte, en dédaignant leur ancien « rideau » d’irréguliers. Même elles pendirent, comme hors la loi, les envoyés de Liu-Vinh-Phuoc, quand celui-ci, rejeté par le général Bouët au delà du Day, après les reconnaissances du 1er et du 2 décembre 1883, leur demanda à rentrer dans Son-tay. Il est vrai qu’elles ne tardèrent point à appeler Liu à leur aide lorsqu’elles nous virent arriver, et ce sont les Pavillons noirs, de vraiment rudes soldats, qui supportèrent nos assauts et perdirent le plus de monde.

A Bac-Ninh comme à Hong-Hoa, le général Millot ne devait pas les rencontrer ; il se heurta seulement aux soldats réguliers du Céleste Empire. Nous avions alors au Tonkin les marins de la flottille et les 600 fusiliers marins de l’escadre compris, 470 officiers et 16,000 hommes, dont 2,300 tirailleurs algériens et 2,170 tirailleurs annamites et tonkinois.

Le nouveau commandant en chef commença par Bac-Ninh. Courbet avait préparé la prise de cette place qu'il voulait attaquer par trois côtés et par trois colonnes, la première de celle-ci et la plus forte partant d’Hanoï et suivant la route impériale 1 qu’avait fortifiée l'ennemi ; la seconde, de Haï-Dzuong et suivant la route impériale de cette ville à Bac-Ninh ; la troisième enfin, remontant le Song-Cau avec la flottille. Ce plan était excellent ; il permettait d'utiliser les seules voies de communication pratiques et assurait une marche rapide, en même temps qu’il nous permettait de ne pas laisser échapper l’ennemi.

M. le général Millot crut devoir ne pas le suivre. Une de ses brigades, commandée par

Son-tay. — Une batterie de Phusa.

M. le général de Négrier 2, reçut l’ordre d’enlever, pour partir de là, les Sept-Pagodes, au confluent du Thaï-Binh et du Song-Cau, qui étaient une bonne base d’opérations ; mais

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