Navigable jusqu’à 50 milles du confluent
■j. Non navigable pour les canonnières, surtout en saison sèche.
saille qui se déplacent fréquemment et par des rochers entre lesquels il forme de nombreux rapides, dont le plus important est celui de Tac-Kaï. Du mois de novembre au mois de mars, la navigation est très facile dans cette partie du cours du fleuve ; elle est possible d'avril à la fin d'octobre pour des chalands plats qu’on tire à la cordelle ou bien qu’on pousse à la perche ou à la voile. A Tuan-Quan, la largeur du fleuve Rouge n'est que de 20 mètres ; elle augmente ensuite rapidement, à mesure que les rives s’abaissent, pour atteindre 500 mètres au niveau de Hong-hoa et un kilomètre en aval d'Hanoï. En ce dernier point la vitesse du courant est d’environ trois milles. Pendant la saison sèche la marée se fait sentir jusqu’au-dessus d’Hanoï ; elle y est nulle pendant la saison des pluies. Au-dessous d'Hanoï, le fleuve Rouge est navigable dans toutes ses parties, mais seulement pour des bâtiments d'un très faible tirant d’eau.
Toutes les embouchures du fleuve Rouge, sauf une, celle du Lach-Daï, sont obstruées par des bancs de sable qui les rendent impraticables. Le Lach-Daï lui-même ne peut être pratiqué qu’à marée haute et par des navires ne calant pas plus de 3 mètres d’eau ; à marée basse, il n’y a pas plus de 60 centimètres d’eau à son embouchure.
On entre ordinairement dans le fleuve Rouge par un bras du fleuve Tliaï-Binh, nommé Cua-Cam ou Bouche de Haï-phong, parce qu’il baigne cette ville. A la hauteur du port de Haï-phong, le Cua-Cam offre une largeur de 250 à 300 mètres. Le chenal du Cua-Cam, avons-nous dit, est difficile et se déplace souvent; l’entrée en est défendue par une barre sur laquelle il n’y a pas plus de 5m,40 d’eau à marée haute et 3m,20 seulement à marée basse. Rappelons qu’il n’y a, dans le golfe du Tonkin, qu’une marée par vingtquatre heures, et l’on aura une idée des difficultés que présente l’entrée du fleuve Rouge.
« Le fleuve du Tonkin le plus important après le fleuve Rouge est le Tliaï-Binh. Ce fleuve porte dans la partie supérieure de son cours le nom de Song-Cau. On ne sait pas exactement où il prend sa source. Quelques voyageurs le font venir des lacs Ba-Bé, dans la province de Cao-bang ; d’autres, avec plus de raison probablement, le font venir des montagnes de la province chinoise de Kouang-si. Ses principaux affluents sont le Song-Thuong et le Lue-Ngan, qui viennent du sud-ouest du Kouang-si, et d’autres qui viennent des provinces de Cao-bang et de Lang-Son. Au-dessous des lacs Ba-Bé, il passe successivement près de Tay-nguyen et de Bac-Ninh ; il envoie, au-dessus de cette ville, une branche de communication au Song-Koï, branche qui porte le nom de rivière Song-Calo; puis il se divise en un grand nombre de bras dont les principaux sont le Lach-Huyen ou bouche de Quang-Yen, le Song-Kinh-Tay, le Cua-Cam ou bouche de Haï-phong, le Lach-Tray, le Lacli-Van-Uc et le Cua-Thaï-Binh qui passe à Hai-dzuong. Le Cua-Thaï Binli et le Song-Cau, qui n’est, comme nous l'avons dit plus haut, que la partie supérieure du Tliaï-Binh, ont été remontés jusqu’à Tay-nguyen. On connaît à peine son cours au-dessus de ce point. Il y a lm,50 d’eau sur sa barre, à marée basse ; en dedans de la barre, il est navigable pour les navires calant de 4 mètres à 4m,50 d’eau. Le seul bras qui puisse permettre l’entrée des navires est, comme nous l’avons dit plus liant, le Cua-Cam. C’est par ce bras seulement que l'on peut pénétrer dans le réseau fluvial qui arrose si abondamment tout le delta du Tonkin1. »
1. L 'Expansion coloniale de la France, par J.-L. de Lanessan, 1884.
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Le climat du Tonkin est sain.
La vapeur d’eau, toujours en suspension dans l’atmosphère, y fend la chaleur des étés plus lourde et plus insupportable que dans les pays secs, oii la température s’élève davantage. Le ciel est embué de longs jours de suite et le soleil comme voilé. Celui-ci n’en est alors que plus dangereux : on s’en méfie moins. Par contre, on trouve au Tonkin une saison inconnue en Cochinchine; elle va de la mi-novembre aux premiers jours de
A Phugni, près de Son-tay.
mars, et est assez fraîche pour nécessiter du feu et des vêtements d’hiver. Grâce à elle, les organismes débilités se remettent. La température descend alors jusqu’à 0 degrés au-dessus de zéro, et l’on voit même de la gelée blanche sur les montagnes. C’est en juillet et août que la chaleur atteint son maximum (35 à 38°). Ce privilège de deux saisons opposées fait du Tonkin un véritable samtarium. Du reste, maîtres de tout le pays et pouvant passer les mois les plus durs dans les montagnes du Nord, nous nous créerons par la suite des saisons artificielles et mixtes.
Malgré les rizières, l’extraordinaire abondance des pluies et la saturation du sol, le paludisme y est excessivement bénin, grâce sans doute au surmènement de la terre, à la culture à outrance, qui utilise toute la matière organique sans rien laisser aux fermentations nuisibles. Aussi peut-on séjourner au Tonkin deux et trois ans sans y être indisposé. La prudence commande, ce laps écoulé, d’aller passer quelques mois au Japon ou en Europe. Les maladies endémiques sont les mêmes qu’en Cochinchine et ne frappent que les indigènes ou les Européens déjà malades. Le choléra qui décima nos soldats, il y a deux ans, — il était d’ailleurs d'importation algérienne ou formosienne.
— respecta la population civile que u’avaieut poiut épuisée de longs mois de campague et l'absence du plus élémentaire confort. Les plaies même insignifiantes et les blessures sout difficiles à cicatriser au Toukiu, mais pas plus que dans tous les autres pays à la fois humides et chauds.
La géographie politique mériterait nue longue étude. Malheureusement, le Tonldu traverse encore une période transitoire; il est à peiue débarrassé des Chinois et Pavillons noirs, mal pacifié, livré sur bien des points encore à la piraterie, et l’insurrection de l'Annam en détourne la plupart de nos forces. De plus, les documents manquent ou se contredisent quant à la population , aux ressources budgétaires et aux diverses statistiques. Nous pouvons dire cependant que le régime du protectorat, appliqué comme il doit l'être, commence à donner de bons résultats. Nos résidents exercent leur droit de surveillance sur tous les fonctionnaires indigènes et peuvent les faire révoquer. Dans quelques années, le Toukiu sera, comme administration, assimilé à la basse Cochincliine. Le plus tôt sera le mieux.
Le pays est actuellement divisé en treize provinces. La plus peuplée semble être celle de Nam-Dinh qui compte 70,000 inscrits, c’est-à-dire 70,000 Annamites payant la somme d’impôts nécessaire à l’exercice de ce qu’on peut appeler, à la française, le droit d’électorat municipal.
Après ce que nous avons dit de la Cochincliine et de l’Annam, le lecteur peut se rendre compte du fonctionnement de notre administration. Somme toute, nous nous bornons à supprimer les petits mandarins et à remplacer les grands par nos résidents, souvent anciens administrateurs de Cochincliine et familiers en ce cas avec toutes les questions locales. Ceux-ci surveillent les thong-doc, ou gouverneurs de jtrovince, et favorisent l’extension des libertés communales, si chères à l’Annamite, en réprimant seulement la vénalité des maires et des préfets. Ce sera parfait, le jour où l’Annam sera protégé de même façon. Jusque-là, il ne sera qu’un boulet attaché aux flancs du Toukiu.
Avant notre arrivée, l’Annamite agriculteur payait eu impôts le dixième de son revenu ; les cadeaux aux mandarins — cadeaux obligatoires — portaient son débours au huitième. Délivré de ces exactions, soumis à une équitable répartition des charges financières, il produira et payera davantage, en étant plus heureux.
Des chiffres édifieraient nos lecteurs; mais leur exjtosé n’en devant intéresser qu'un petit nombre, nous donnerons en note tout ce que nous ont appris les plus récentes statistiques, en regrettant seulement qu’elles confondent Annam et Tonlcin1.