GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE
La partie orientale de l’empire chinois se compose de la Chine proprement dite, que bornent : au nord, la Grande Muraille et le territoire mandchou ; à l'ouest, les hautes terres prolongeant le plateau du Thibet ; au sud-ouest, l’Indo-Chine ; au sud et à l’est, 3,500 kilomètres de côtes baignées par le Pacifique.
Cette partie orientale, sept ou huit fois plus grande que la France, forme le onzième environ de l’Asie, et, en y comprenant les îles d’Haï-nam et Formose, renferme 405 millions d’habitants. Mais elle ne constitue pas tout à fait la moitié de l’empire chinois. Au point de vue politique, celui-ci comprend, en effet, d’autres vastes territoires dont les moins conquis sont en tout cas ses tributaires et lui appartiennent, comme nous appartient le Tonkin, à la faveur d’une sorte de protectorat déguisant mal l’annexion. Ce sont le Thibet, le Turkestan chinois, la Mongolie et la Mandchourie. La Chine revendique en outre des droits de suzeraineté sur le royaume de Corée et sur une partie du versant sud des monts Himalaya. Avec ces diverses possessions, l’empire chinois occupe le douzième environ de la superficie continentale du globe.
Mais nous ne parlerons pas de la plupart de ces territoires, ou nous le ferons en quelques mots, ce livre ayant pour titre : l 'Extrême Orient et non Y Asie. En jetant d’ail-
leurs un coup d’œil à la carte, le lecteur trouvera logique cette réserve (que nous impose, aussi bien, le manque de place), car les seuls pays chinois touchant au Pacifique peuvent être dits extrême orientaux.
Le Thibet est aujourd’hui ce qu’était la Chine jadis : un pays à peu près inabordable. Ses habitants l’appellent : Bod-Youl,les Célestes : Si-tsang ou pays des Tou-Fan. Il forme au centre de l’Asie comme une citadelle inaccessible, sur un plateau défendu
Mi K Us . — Autour de la ville impériale.
par les plus hautes montagnes du vieux monde, à 4 ou 5,000 mètres au-dessus des plaines environnantes. Son orographie et son hydrographie sont loin d’être complètement étudiées, et ce, moins à cause des obstacles physiques que par suite de la mauvaise volonté des autorités thibétaines inspirées par les résidents chinois . Rappelons seulement que dans les merveilleuses montagnes du pays se trouve le Thok-Yaloung, le lieu habité le plus haut du monde, à 4,980 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le fameux Indus prend sa source dans le Thibet, dont le plus grand fleuve est le Tsang-bo, sur lequel on navigue à 4,300 mètres d’altitude ! Ce massif montagneux et glacé, moins bien connu que le brûlant Centre- Afrique,, renferme également les sources des grands fleuves que nous avons vus enlndo-Chine et celles des principaux cours d’eau chinois.
Les Thibétains appartiennent à un même groupe de la race dite Mongole. Ils sont
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doux, humains, polis, intelligents et gais, relativement très civilisés, supérieurs aux Chinois, ne fût-ce que par leur langue, et même à certains Européens. Par contre, ils manquent de ressort, sont moutonniers jusqu’à la lâcheté devant les Célestes et aveuglément soumis à leurs innombrables lamas. Le bouddhisme fleurit en effet au Thibet,
Monument de marbre, au nord de Pékin.
en plusieurs sectes, — bouddhisme d'ailleurs assez corrompu. C’est seulement chez de rares prêtres d’un rang élevé qu’on retrouve les spéculations supérieures dont nous avons parlé à propos de Ceylan et de Sumangala. Le culte de la foule comme de la masse des lamas se traduit par de grossières pratiques et par des prières mécaniques, mais avec des cérémonies et des rites souvent pareils à ceux de nos catholiques. Le clergé, du reste, ressemble singulièrement au clergé de notre moyen âge. Il est le maître absolu du pays, possède des milliers de monastères, dont quelques-uns superbes et bondés
(le trésors. Son chef ou pape, le grand lama, incarnation de Bouddha, exerce le pouvoir politique sous le contrôle des autorités chinoises. La théocratie thibétaine compte-t-elle
Façade de pagode à Pékin.
4 ou ]] millions de sujets? On ne le sait pas au juste. Lassa, capitale et lieu de pèlerinage fameux, est une Borne asiatique, avec, croit-on, 50,000 habitants, — dont 20,000 prêtres.
Le commerce du Thibet consiste surtout, à l’importation, en thé qu’il reçoit de
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Chine, et, à l’exportation, en laines et draps qu’il envoie au Nepaul et au Kaclimyr. C'est au duvet que possèdent sous leur laine les chèvres du Thibet que l’on doit la finesse des châles dits cachemires.
Le Turkestan chinois, voisin du Turkestan russe, est surtout composé du bassin du Tarirn1, sur l’emplacement d’une Méditerranée desséchée2, et qui s’étend entre la chaîne du Kouen-lun, limite nord-ouest du Thibet, et les monts Célestes. Il renferme à l'ouest le fameux plateau de Pamir.
Environs de Pékin. — Avenue des Chameaux de pierre.
Les noms de cette région sont aussi nombreux que les races qui l’habitent : turque, mongole, thibétaine, etc. Elle comprend les royaumes de Kachgar et de Khotaii, jadis indépendants. Pour les Chinois, elle reste le Thian-chan-Nan-lou (route méridionale du Tian-chan), le versant nord des monts Célestes s’appelant Tian-chau-Pe-lou (route septentrionale du Tian-chan).
Sa superficie est généralement évaluée à 1,200,000 kilomètres carrés, et sa population de 500,000 à 1 million d’habitants seulement. Le désert règne en effet dans toutes ses parties où Peau manque. Ses oasis, avant que la contrée tombât dans l’oubli d’où les explorateurs européens la tirèrent il y a trente ans à peine, et avant qu’elle fût considérée comme faisant partie du vague et vaste « plateau de la Tartane», dont les vieilles
1. Le Tarirn reçoit les rivières du Kachgar et du Yarkand, et se jette dans le lac Lob ou Lob-noor.
2. Elle avait 2 millions de kilomètres carrés et 900 mètres de profondeur au centre de la dépression.
géographies faisaient le centre de l’Asie, servirent d’étapes aux marchands grecs, chinois, arabes, comme aux missionnaires bouddhistes, à Marco Polo et aux voyageurs du moyen âge qui suivaient la route de la Soie pour aller en Chine, en venant du bassin de l’Oxus ou même de l'Inde et de la Perse.
Le Turkestan chinois n’est pas encore entièrement exploré. On est à peu près fixé sur ses cours d'eau et lacs, sur son cirque de montagnes; mais les sables et la faim barrent encore aux voyageurs une partie du pays, à la base des monts du Kouen-lun.
Pékin. — Ruines du Pillais d’été.
Les sables y ont détruit nombre de villes, dont leur sécheresse et, ch et là, une couche de sel conservent curieusement les ruines.
Dans sa population très mélangée, on trouve des Galtcha, descendants des Persans, comme leurs frères du Turkestan russe, et des bâtards d’origine douteuse, parfois de langue et d’apparence aryennes : métis d’Arabes, de Ivirghiz, de Kalmouks, de Mongols, de Turcs de toutes tribus, d’Hindous et de Chinois. Ceux-ci, partiellement expulsés en 1863, après de grands massacres, ont reconquis le pays en 1877 et 1878. Ces divers peuples se divisent naturellement en agriculteurs, résidant dans la plaine, c’est-à-dire dans le voisinage des eaux, et en bergers fixés sur les pâturages des hauteurs. Ils parlent une sorte de dialecte turc mâtiné de chinois, sont en grande majorité musulmans, et, par suite, assez fanatiques. Leur commerce se fait surtout avec le Turkestan russe, mais le pays est pauvre, et son industrie, q^j a rétrogradé, ne prendra quelque importance que si
les Russes y font pénétrer un chemin de fer. Les monts Kouen-lun sont riches en diverses variétés de jade, cette pierre si précieuse aux Célestes. Kliotan est l’entrepôt de son commerce et demeure la ville la plus peuplée du Turkestan chinois. Ses mines d’or furent fameuses.
Il faut citer comme cités ou bourgades : au sud-est du bassin du Tarim, Sandjou : à l’ouest, Kilian ; au nord-est, Pialma ; au nord, Cfonma ; au nord-ouest, Kargalik et Posgam, enfin Forsyth et la célèbre Yarkand.
Plus près de la frontière russe est Kachgar, capitale politiquement déchue, mais centre commercial important et position stratégique de premier ordre. 11 est d’autres
Pékin. — Pont de marbre près du Palais d’été.
forteresses appelées à jouer un rôle dans les luttes futures : Maralbachi, Ouch-Tourfan, etc. A la base méridionale des monts Célestes, il existe une autre place forte, Ak-sou; mais, en nous éloignant du Tarim, nous ne trouvons que des villages dont la liste serait fastidieuse et qui présentent peu d’importance. Sur le bas Tarim et dans le bassin du Lobnor, les ruines de villes anciennes abondent.
En résumé, le Turkestan chinois, ou Tian-chan-Nan-lou, enfermé entre trois plateaux montagneux les plus hauts de l’Asie, est un pays pauvre dont le commerce se fait surtout par le Turkestan russe; mais sa situation l’appelle à un rôle remarquable, ses routes actuelles, mal connues, pouvant un jour, après les caravanes, conduire en Chine les armées. Pour l’instant, des résidents chinois et des mandarins militaires veillent au maintien de la suzeraineté du Céleste Empire dans la plupart des chefs-lieux et marchés, à Karachar, à Kliotan et h Yarkand notamment. Cette dernière ville est le siège du gouvernement général.
Par Mongolie, l’on désigne la vaste région qui occupe la plus grande partie du
plateau asiatique. L’inspection de la carte montre que sous cette appellation élastique on comprend des pays essentiellement différents.
C’est d'abord au sud le Khoukhou-Nor, autour du lac de ce nom. La province chinoise de Kan-sou le sépare du reste de la Mongolie. Le Khoukhou-Nor, région montagneuse d’environ 300,000 kilomètres carrés, semble à première vue géographiquement thibétain, encore que ses bassins du Khoukhou-Nor et du Tchaï-dam soient séparés par de triples faîtes du Thibet proprement dit, et que la pente de ce pays naturellement
Pékik. — Environs du Palais d’été.
fermé s’incline vers le désert de Gobi ou Chamo qui le borne au nord-nord-ouest. En réalité, c’est un pays à part, peu connu, dont l’exploration complète, après celle du Thibet, éclairerait définitivement la géographie physique de l’Asie centrale et résoudrait plus d’un des problèmes agités à propos des sources et des hauts bassins des principaux fleuves chinois et indo-chinois.
Le lac Khoukhou-Nor, ou lac Bleu, qui lui donne son nom, passe pour avoir 400 kilomètres de rivages et 5 à 6,000 kilomètres carrés. Il a ses tempêtes et ses îles, dont la plus grande a 10 kilomètres de tour et renferme un monastère de lamas. Dormant à une altitude de 3,200 mètres au-dessus du niveau de la mer, ses eaux d’azur reçoivent d’insuffisants affluents et, salées, s’évaporent peu à peu. D’après les légendes thibétaines et chinoises, elles ont jadis jailli de l’abîme. Leurs bords sont sacrés. En
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fait, tout le plateau et la plaine du Tchaï-dam surtout ont dû jadis former un lac immense, dont il reste çà et là quelques nappes d’eau, simples gouttelettes à côté du Ivhoukhou-Nor.
On évalue la population à 150,000 âmes seulement, nombre de steppes étant inhabités. Ces 150,000 habitants sont pour la plupart des nomades, en dehors du moins des cantons cultivés par les Tangoutes, qui vivent près de la frontière du Céleste Empire. Ces Tangoutes appartiennent à la race thibétaine et ressemblent, dit-on, aux tziganes de la Russie méridionale. Ils sont pasteurs de yacks, guerriers, pillards et
Pékin. — Dans les jardins du Palais d'été.
oppriment les nomades mongols, « tristes représentants, dit Reclus, de leur race », qui leur demeurent soumis et comme eux restent zélés bouddhistes. Les Chinois importent au Ivhoukhou-Nor de la farine, du tabac, des étoffes, du thé, et exercent leur suzeraineté depuis Sining., d’accord avec le grand-lama de Lassa, souverain spirituel du pays. Le Ivhoukhou-Nor a souvent été dévasté par les invasions des Dounganes, mahométans révoltés venus de la Dzoungarie.
Au nord du Ihibet, au nord-ouest du Khoukhou-Nor, la carte se blanchit d une vaste tache étiquetée désert de Gobi, qui commence à l’est du Turkestan chinois. Cette vaste étendue n est pas cependant la solitude désolée qu’on s’est imaginée longtemps en Europe, car le désert proprement dit n’en occupe qu’une partie relativement
petite. Partout où l'eau coule ou stagne, la vie apparaît, vie végétale et vie humaine; mais cette eau, née de la fonte des neiges des montagnes, ne pouvant se jeter dans
PÉKIN. — Pagode au Palais d’été.
aucun fleuve, se perd vite dans le sol ou dans des lacs sans issue, l’Asie centrale formant une cuvette encerclée de hauteurs. De là, cette succession de steppes, abordables grâce
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au chameau mongol, de véritables déserts, terribles et mornes, de plaines enfin où, avec le commerce, la culture renaît, auprès de vraies villes.
Cette parenthèse est nécessaire à l’intelligence de la géographie résumée de la Mongolie. L’eau, rivières ou lacs, permet en effet de diviser le désert de Gobi en deux parties ; la première et la plus petite commence à cette mer desséchée que nous avons vue daDS le Turkestan chinois. C’est la partie occidentale. Entre elle et le désert
Temple à Shanghaï.
oriental, armées et caravanes ont toujours pu, du Kansou chinois et des rives du Hoang-ho (ou, si l’on préfère, des monts Nan-chan, prolongation des monts Ivoueulun), laisser à gauche le plateau du Khoukhou-Nor et gagner l’oasis de Hami. au-dessus et à l'est du bassin du Tarim. Celui-ci, avons-nous vu, est le noyau du 1 urkestan chinois, auquel lesdites caravanes parviennent depuis Hami, eu suivant la base sud des monts Célestes ou Tian-chan. C’est par le versant nord des mêmes montagnes, par le Tian-chau-Pe-lou, qu’elles gagnent la Dzoungarie et les possessions russes. La Chine devait donc tenir à cette route. Aussi a-t-elle rattaché le pays qu’elle parcourt à sa province de Kansou, dont la sépare pourtant la fameuse Grande Muraille. C est ainsi qu’après le Khoukhou-Nor, la Mongolie comprend le Kansou mongol, qui a environ 400,000 kilomètres carrés et 8 ou 900,000 habitants : Taugoutes, Chinois, gens du
Turkestan et Mongols. Pendant un temps, les invasions des insurgés maliométans battirent les troupes impériales ; mais elles n'ont pas arrêté les colons chinois, toujours tenaces, qui font là, comme partout, la tache d’huile. Les Mongols de cette région de pâturages sont du groupe Elôt et parents des Kalmouks.
Les villes principales sont Liang-tcheou, Kan-cheou, Sou-cheou, Ngansi ou Ansi, Koua-tcheou et Cha-tcheou ; plusieurs, ruinées par les Dounganes, reprennent, depuis
Tour de Long-Hoa, près de Shanghaï.
dix ans, leur importance ancienne. Un pan de désert franchi, grâce aux oasis et villages, nous sommes à Hami, le point stratégique le plus important de l’Asie centrale, au confluent des routes du Thian-chan-Pe-lou et du Tian-chan-Nan-lou. D’autres oasis entourées de riches jardins renferment près de là Pidjan et Tourfan, repris par les Chinois en 1877 sur les Dounganes.
Sur la route d’Hami à la Dzoungarie, citons encore Barkoul, ville forte commandant le passage, Limsa et Ouroumtsi, place historique. Les armées russes, quelque jour peut-être, populariseront ces noms oubliés, dont quelques-uns, au xne siècle, désignèrent de célèbres capitales.
La géographie physique de la Dzoungarie mériterait un chapitre. L’espace nous
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est mesuré, mais l’examen de la carte remplacera notre description et fera sauter aux yeux l'importance de cette région, qui, pour la Russie, constitue maintenant la vraie porte de la Chine , au bout du couloir formé par les monts Altaï et les monts Célestes. De là, il est aisé de gagner le cœur de l’empire du Milieu, la route directe ne traversant le désert de Gobi que pendant huit jours de marche. Les Russes n'ont donc rendu le fameux territoire de Kouldja qu’en stipulant le droit de faire passer par cette porte leurs expéditions commerciales. On s’explique par la même raison l’importance que la Chine donnait à ce territoire de Kouldja, qui « s’avance comme un coin entre la Dzoungarie du Nord et la vallée du Tarim », et commande en même temps la route
Shanghai. — Temple de Confucius.
de Ivachgar et du Yarkand, c’est-à-dire de la plus importante partie du Turkestan chinois.
Les Dzoungares sont des Mongols (groupe Elot), qui, supérieurs à leurs congénères, fondèrent au xvne siècle un puissant empire et conquirent le Tliibet. Les Chinois les écrasèrent enfin en 1757. Leur race fut alors presque entièrement détruite et remplacée par les colons amenés par les vainqueurs. C’est de la province de l’Ili, séparée de la Dzoungarie proprement dite par l’arête montagneuse de Boro-Khoro, que partirent, il y a trente ans, les premières insurrections des Dounganes, mahométans sédentaires, et les Tarautchis, immigrés venus du Turkestan chinois. Motivée par l’oppression des mandarins et des soldats chinois, leur révolte donna lieu, des deux parts, à d’épouvantables massacres. Comme on se le rappelle, la Russie intervint, si bien que la Chine ne triompha qu’à demi, ses voisins ayant du coup découvert la vraie
route de Pékin et gardé nu prétexte à réintervenir pour protéger les débris des Dounganes et Tarantchis, auxquels elle a offert un territoire de refuge contre les vengeances du vainqueur.
Fidèle à notre programme, nous ne parlerons pas davantage de ce riche et pittoresque pays 1, merveilleusement placé tant au point de vue du commerce et des productions qu’au point de vue politique. Notre but, dans ce chapitre, est d’indiquer sommairement la nature des immenses possessions chinoises entourant la Chine proprement dite. Le lecteur, sans doute, a lu plus d’une relation intéressante sur le désert de Gobi, la vie des Mongols nomades , la théocratie thibétaine et l’élection du grand lama ; mais, à moins qu’il ne soit un savant, auquel cas, d’ailleurs, il ne nous ferait point l’honneur de nous lire, il y avait des chances, avons-nous cru, pour qu'il ignorât l’importance qu’aurait l’exploration du Thibet et du Khoukhou-Nor, ou quels sont le nouvel objectif de la Russie en Asie centrale et l’avenir historique de la Dzoungarie. Les géographies qu’on apprend dans nos lycées ne consacrent en effet pas plus de deux pages aux régions que nous venons de voir, sur les dix ou douze, qu’en se basant sur les programmes officiels du 22 janvier 1885, elles accordent cl tout V empire chinois ! D’autre part, les documents publiés sur lesdites régions et que, seul, croyons-nous, Reclus a compulsés, sont tous étrangers, et pour la plupart allemands ou russes.
Finissons-en avec la Mongolie.
Nous avons, en sortant du Thibet et du Turkestan, abordé ses plus importantes parties : le Khoukhou-Nor, le Kansou mongol, la Dzoungarie et le Kouldja ; cependant, ce n’est pas tout, car elle forme la moitié de l’empire. Ce qui nous en resterait à décrire est séparé de la Chine par la Grande Muraille, par la nature et le climat surtout ; mais cette région est moins inconnue du lecteur, qui sait les empiétements russes dans le pays des Khalkhas, qui, avec les fameux cavaliers mongols, a traversé les déserts partiels de Gobi dans... le Tour du monde, et qui a vu le territoire des Ordos dans la relation du père Hue. La Grande Muraille, dite des Dix Mille Li*-, l’intéresse davantage.
Elle a, ou avait, 3,300 kilomètres, en comptant toutes ses sinuosités et tous ses doublages, ce qui représentait, lorsqu’elle était tout entière debout, 1 GO millions de mètres cubes environ de maçonnerie! Pendant quatorze siècles, jusqu’à Gengis-khan, elle protégea l’empire de toute invasion venue de la Mongolie. Elle date de la fin du IIIe siècle, et certaines de ses parties défendant Pékin — une de nos gravures en représente un fragment — ont été rebâties aux xve et xvie siècles. Ce sont les seules qui restent debout; le reste n’est que ruines et, çà et là, a disparu, émietté par les chaleurs et les gelées.
Les Mongols, contre lesquels ces remparts furent bâtis, n’ont formé de nationalité
1 . La Dzoungarie et la province de l’Ili ont, croit-on, 3(15,000 kilomètres carrés et près de 500,000 habitants.
2. Le li est une mesure chinoise dont la longueur varie avec chaque province et va de G00 à 450 mètres.
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compacte que sous les ordres de conquérants demeurés fabuleux. De leur gloire ancienne, leur nom seul survit, qu’on appliqua longtemps, du reste, à tort et à travers, aux soldats de Tamerlan, par exemple, et au prince de Delhi, qui se faisait appeler « Grand- Mogol ». Aujourd'hui, les Mongols fractionnés en groupes souvent ennemis, d’où leur asservissement, sont soumis : les Khalkhas, les Kalmouks, les Bouriates, aux Busses ; les autres, Elot et Dzoungares, aux Chinois. Quant aux Tatares ou Tartares, qui passèrent jadis pour être leurs aïeux à tous, et qui souvent ont donné leurs noms non seulement aux Mongols, mais aux Mandchoux, aux Turcs et à tous les nomades guer-
Shanghaï. — Embouchure du Soochow.
riers de l'Asie et de l’Europe orientale, ils n'ont jamais constitué qu’une faible tribu d'une des sept nations mongoles; mais ils étaient, eux, des soldats d'avant-garde. Et 11’est-il pas vrai que, cosaques ou ulilans, ce sont les éclaireurs des invasions qui frappent le plus l'imagination des peuples envahis? Les vrais Tartares d’aujourd’hui sont des Asiatiques de souche turque.
En ethnologie cependant, on désigne par race mongole toute la population de l'Asie orientale; mais le vrai Mongol, le Khalkha au type resté pur, ne ressemble nullement au Chinois, étant brun et non jaune, ayant l’œil droit et non bridé. Il était dit que ce grand peuple ne garderait rien de son passé. V aincu, il a baptisé ses vainqueurs. Tout finit : gloire et conscience. Il fut puissaut, illustre et brave ; il est désuni, dispersé et, pour tout dire : lâche. La fatalité l'a d’ailleurs poursuivi de bonne heure;
l'Europe, dans sa peur, le calomniait, le traitait de barbare. Cependant, les Mongols étaient, trouvons-nous aujourd’hui, infiniment supérieurs à notre moyen âge, ne seraitce que par leur extraordinaire tolérance religieuse et par leur régime absolument libéral, entre eux comme vis-à-vis des vaincus.
Actuellement, réduits à quatre millions d’hommes, ils vivent en nomades pasteurs; l’esclavage chez eux est patriarcal ; leur culte un bouddhisme corrompu dont s’enrichissent les lamas, leurs véritables maîtres1. A moins que la Russie ne les galvanise en les réunissant tous sous un même drapeau, pour les jeter sur la Chine comme avant-garde de ses propres troupes, ils semblent condamnés à disparaître. La Terre des Herbes , ou Mongolie intérieure, est déjà plus qu’à moitié chinoise, et la marée des colonies célestes monte peu à peu; mais la fusion se fait mal entre les deux races, et les principicules, les descendants de Gengis-khan, payés par la cour de Pékin à laquelle ils sont censés fournir des soldats, se tourneraient sans doute, en cas d’invasion, contre l’empereur, leur juge et suzerain.
Le pays des Khalklias, dans la Mongolie extérieure, comme la Mongolie orientale et le pays des Tzakhars, est divisé en khans ou khanats. Les villes mongoles se trouvent surtout dans la partie colonisée par les Chinois. Ailleurs, il n’y a guère que des marchés. La capitale de la Mongolie du Nord, Ourga, est un centre de commerce très important et la principale étape des caravanes allant de Sibérie en Chine. Dans la Mongolie du Sud, il faut citer Khoukhou-Khoto et Dolon-Nor, et, dans la Mongolie intérieure, annexe du Petcliili chinois, Djehol, où se réfugia la famille impériale, après la prise de Palikao par les troupes anglo-françaises.
La Mandchourie comprend 950,000 kilomètres carrés et 12 millions d’habitants. Elle est bornée : au nord et à l’est, par les possessions russes ; au sud-est, par la Corée ; au sud, par la mer; à l’ouest, par la Mongolie. De ce dernier côté, ses limites sont indécises. Voulez-vous, lecteurs, d’autres détails? Voici tous ceux que donne la géographie officielle de E. et R. Cortambert :
« La Mandchourie est beaucoup moins riche et moins populeuse que la Chine propre; cependant, elle est revêtue d’une belle végétation. Il y fait très froid en hiver » (sic).
« Une des provinces principales est le Chin-kwg ou Liao-toung , au sud, avec la ville de Foung-thien, Chin-yang, ou Mouhden , ancien séjour des souverains mandchoux, et celle de Nieou-tchouang (460,000 habitants), près du golfe de Liao-toung.
« Kir in, grande et populeuse, n’offre qu’un amas irrégulier de chaumières.
« Une partie du nord de la Mandchourie, particulièrement la partie maritime, a été réunie à l’empire russe, qui a là son grand port militaire de Vladivostok. »
Si, après cela, les « jeunes élèves » ne connaissent pas la Mandchourie!... Pour