MARGUERITE, RAOUL
NAROUKRITB.
En faire cadeau sans doute a sa maîtres»© ?
Parlez-en mieux. Il va le vendre pour le prix en être distribué aux pauvres.
■AROllRITB.
Ah t vous avez vos pauvres?
RAOUL
Oui, nous en avons chacun un.
HAMCIMfft.
Ne serait-ce pas lo vôtre qui vient de sortir ?
RAOUL
Je crois que oui... Mais que chantier- vous donc tout à l'heure?
RARGI RHIIK.
Une romance ou une chanson, comme il vous plaira.
RAOUL
Los deux me plaisent, car cela ressemblait à Jean qui pleui-e et Jean qui rit Une larme qui court dans le pli d'uu sourire, quoi de plus charmant? Chantez-moi cela, je vous prie. MARGUERITE.
Je ne suis pas en train, on m'a coupé la voix.
raoui .
Qui donc?
MAR6LBHITB.
Ce pauvre paravent qui va vou> chercher à dîner.
RAOUL
Vous in’y faites songer ; voulez vous monter en carrosse avec nous? nous allons a Lhaville.
MARGUERITE
Vous m’invitez?
RAOUL
Jo vous invite positivement.
H ARGUS A|r|.
! (avec quoi, mon Dieu''
RAOUL
Avec toute la courtoisie dont je suis capable.
MAHGI P.RITB.
Hélas! on ne fait plus crédit là-dessus.
RAOUL
Et pourquoi comptez vous noire paravent, s’il vous plaît ?un paravent superbe qu’ Henri a peint, utio œuvre d'art, que nous allons troquer contre son pesant d’or.
■ARGCIRJTB.
Vous croyex?
RAOUL
Parbleu! il représente Roméo et Juliette.
■ARSHIITO
C’est le sujet de ma chanson. Oui monsieur, Roméo et Juliette, ni plus ni moins. Vous connaissez l’histoire II s’en va, eu jeune homme ! il quitte fa maîtresse, il a un pied sur l'échelle de soie, ça lui fait do la peine et il dit. . M'écoutez-vous?
raoul, oui s'est mû d cheval sur une chaise à droite.
Je suis au balcon des Italiens... Eh bien, il lui dit?
MAROOBEtn (eAantr).
Air :
L’hwrf a tonné . ponr^nt U main E«l encor dana la mienne ;
Il e«t tlcjl presque demain. . ,
De moi qu'il ta «otmenne I
Epargne -moi ; ne pleure pas...
Je pars, voici l'aurore.
Non, Margot, poa encore 1 (Ait)
Souffrir uni que tu voudras ;
Mai* dire adieu, je ne tais pas.
raoul, applaudissant.
Bravo ! bravo ! Si je vous dis que vous clef charmante, ça me fora ressembler à tout le monde. (Se levant.) Mais, dites donc, dans cet air-là, au lieu du nom de Juliette, il me semble qu’il y a Margot, mademoiselle Marguerite... Tant mieux pour Itoraco, s’il existe !
MARGUERITE
En musique et en peinture seulement.
RAOUL
Tant mieux encore. J’aurais éié fâché que la place fût prise.
MARGUERITE
Vous allez me parler d'amour, je suppose.
J’en conviens.
MARSCBRITB.
A quoi bon ?
RAOUL
Quand cola ne servirait qu'à intéresser le jeu.
MARGUERITE
Dah ! il sera si court, qu'il n’aura pas le temps de nous ennuyer.
RAOUL
Qu'importe ! nous sommes deux ; il ne sera pas dit que nous n’aurons pas parlé d’amour. La belle collaboration ! le beau chefd’œuvre !
MARGUBRtTR
Est-ce que vous tenez à faire uïI chef-d'œuvre?
IIML
Poiut; mais à collaborer. Duel plaisir plus divin qu'une conversation d’amour! 0 Juliette! pourquoi pensez-vous que le hon Dieu ait fait le soleil, les bois elle dimanche, sinon pour que deux jeunes gens marchent sur l’herbe et baissent les yeux eu so disant qu’ils s’aiment? Oh t la belle chose que l'amour !
M ARC» KRITK.
Oui, le dimanche, comme vous dites ; mais le reste de la semaine, on it'en sait quoi faire. Est- CO que vous oubliez, par hasard, que j° travaille du matin au soir? Ecoulez- moi, ot, line fois pour toutes, je vous dirai là-dessus ma façon de penser. .Ne roua semble -t-il pas que ces belles dames, ces jolis petits messieurs, qui ont sans cesse ce mol charmant d'amour sur les levres, passent leur vie dans un désœuvrement tout à fait royal, ot que re sont les plus habiles gens du monde h ne rien faire? C’est pour eux que l'amour a été inventé, sans lui que deviendraient- ils? Ils ont besoin de rêver pour ii^as dormir ; et plus ces rêves sont variés, nouveaux, plus ils les chérissent!... Sans quoi, ils péii raientd'onnui un beau jour, entre deux coups de lansquenet. Moi je vais en journée, je taille des robes, je raccommoda de b dentelle... vous comprenez que si j’ai autre those en tête, je vais broder de travers ou me piquer les doigts. Ah ! si j'avais dam lo cœur un sentiment bien vrai, je ne dis pas, ces choses-là ne sont pasgnantes ; mais vos amourettes! non, mon voisin, je n'ai pas lu tempe. 11 faut que jo pense à mon petit ménage, il faut que je songe à tout et à personne ; vous voyez bien que je n’ainiprai jah ais , à moins que je n’aime toute ma vie.
RAOUL
Soit ! mais je maintiens mon dire, voisine. Vive l'amour! le nom mémo en est doux !
MARGUERITE
C'est pourquoi il n’en faut pas parler ici
L’HABIT VERT
■mu.
RAOUL
Bah I ça ne l'abîme pas ; qu'est-ce qui pourrait l’abîmer? Marguerite, écoutant.
le l'entends...
RAOUL
Qui?
Romeo. {On entend comme le bruit d'une chute.)
RAOUL
Pûlatra ! . , .
Marguerite. passant à droite et remontant.
Qu’est-ce qui arrive ?
RAOUL
En montant nos six étages, le pied lui aura manqué sur l’echclle de suie .. Décidément, vous ne voulez pas être Juliette T MARGUERITE.
Très-décidément. (flaouf ouvre la porte du fond. Henri entre avec ton devant de cheminée catté et troué, et ton pantalon déchiré au genou.)