HENRI, RAOUL. MARGUERITE
MARGUERITE
Êtes-vous blessé, monsieur Henri ?
HENRI -
Non, mademoiselle. Le mal n’est pas grand, mais le malheur est irréparable. (/I montre ton devant de cheminée crevé.) Al», mademoiselle, si vous saviez...
RAOUL
Et ton papetier?
HENRI
C’est un crétin. Si vous saviez...
Et ton pantalon ?
HENRI
C'est un accident... Vous ne savez pas.
marguerite, wonfrant une chaise Mettez votre pied là. Voici ma ménagère et je vais vous prouver que/de fil en aiguille il est avec le ciel des raccommodements. Je vais vous faire une reprise. (Henri, qui a été pendre son devant de cheminée contre U mur à droite, revient poser ton pied sur la chaise que lui présente Marguerite.)
rrnri.
Vous ôtes bien bonne; mais en ferez-vous jamais uno h cette malheureuse peinture? Ah! mademoiselle, vous ne savez pas. RAOUL.
Accoucheras-tu une fois?
HENRI
Vous ne savez pas ce que c’est que les souffrances d’un artiste.
MARGUiaiTE, cousant.
Pardon I je fais quelquefois de l’art, sur mon genou, lorsque je brode et que je compte mes points.
RAOUL
Comme moi au billard. Mais pressez lo ravaudage, mademoiaolle Margot, car les talons démangent h ce brave Henri.
HENRI
Encore une commission?
RAOUL
J’ai invité mademoiselle Margot à dîner avec nous ; dans celte conjoncture, prends conseil de ton cœur, tu me comprends " HENRI.
Nullement.
RAOUL
Montre-toi I (Lui faisant un signe.) Montre... toi!
HENRI
Va te promener. Aïe l vous rcœ piquez. (Il retire ton genou.)
MARGUERITE
Aussi pourquoi remuez-vous?
HENRI
Pourquoi? il veut que je mette ma montre en gage, mademoiselle; vous savez, ma montre !
MARGUERITE
En êtes-vous là?
HENRI
Sans doute, nous en sommes là, nous n’eu bougeons pas.
RAOUL
Henri est un imbécile, un alarmiste; ne l’écoulez pas.
MARGUERITE
Cependant...
RAOUL
Non ! il voit tout en noir. Jamais nos affaires n’ont été plus florissantes.
Jamais plus, c’est ml.
Voyons, pas de mauvaise home, mes pauvres amis. Laissezmoi vous dire quelque chose sans vous tâcher. Je ne suis pas bien riche, m*is vous Ôtes des grands fainéants 1 Et moi, je suis une petite économe qui gagne vingt-cinq sous par jour. S’il vous faut vingt-cinq francs...
RAOUL
Merci, ma bonne Margot ; nous n’emprantons jamais à nos amis.
HENRI
Et nous n’avons pis d’ennemis.
MARGUERITE
Et Munius?
henri, avec éclat.
Ohl ne me parlez jamais do cet homme. C’est un maître filou. Raoul, de mime.
Le fait est qu’il nous a volé* d’une façon bien condamnable.
MARGUERITE
Comment cela?
HENRI
Figurez-vous que nous avions un gilet. Dans la poche de ce gilet il y avait une pièce de cinq francs que j’avais amassée. MARGUERITE.
Vous m’étonnez.
HENRI
F.h bien, c’est comme ça. Pendant mon absence Raoul a vendu le gilet h Munius, il l'a vendu auarante sous. ).a pièce était dans le gousset droit, j’en suis sûr. Munius a emporté le tout, et quand j’ai réclamé mon bien, il a nié la chose et finalement il l’a gardée.
C’est inconcevable une chose pareille.
HENRI
Demandez plutôt à Raoul.
RAOUL
Je confesse ma légèreté et celle du juif.
MARGUERITE
Fh bien i 11 mo vient une idée l oui, très-bonne. Fiez-vous à moi, nous irons dtner.
HENRI
Serait-il vrai ?
MARGUERITE
Je vous en réponds. Avez-vous par hasard nn vieil habit?
HENRI
Lo hasard serait que nous en eussions un neuf.
MARGUERITE
En avez-vous un vieux?
RAOUL
Certainement nous en avons un. Nous avons lo fameux habit vert l... Est-ce quo vous ne le connaissez pas?
MARGUERITE
Nonl
L’habit vert, surnommé Conquérant... Eh bien, je vais vous le montrer 1... Conquérant va paraître!... Conquérant va sortir de son tabernacle! ... l/f ta au fond, frappe avec solennité trots coups sur rarmoire.)
HENRI
As-tu peur qu’il soit déjà sorti ?
RAOUL
R ne sort jamais seul. (Il ouvre rarmoire et en lire un habit vert.) Le voilà, mais... n en demandez pas davantage, (fl étale F habit sur une chaise, à gauchi.)
HARGUER1TR.
Et qu’est-ce que vous faites de cet habit-là?...
HENRI
Nous le motions, mademoiselle, nous le mettons à tour de rôle lorsqu’une lenuo décente est de rigueur.
MARGUERITE
Un habit pour deux? Jo serais curieuse de voir comment il vous
Il est un peu largo à Henri, je l’avoue.
HENRI
C’est-à-dire qu'il étrangle Raoul.
RAOUL
Vous allez eu juger. (Il le met et passe à droite.) N’ai-jo pa3 l’air d’un lion en négligé ?
MARGUERITE
Ou d'un parapluie dans un étui trop court. ( Raoul Ote ihabit st retourne à gauche.)
L’HABIT VERT
mnrfti.
Bravo ! il ne voulait pas le croire, le l’avais pensé, ce mol-là... A moi maintenant. Vous aller, voir. (Il passe l'habit.)
MARGUERITE
Tiens, vous passez 1a main gaucho la première T
HENRI
Je suis gaucher.
- RAOt-L.
C’ost la seule excuse de sa peinture.
HENRI, passant à gauche.
N'ai-je pas l’air d’un homme étoffé, d'un fl*s de famille?
MARGUERITE
Oui, d’un orphelin qui use son père.
RAOUL
Attrape, outre-cuidant mortel.
marguerite, à Henri.
I.’aviez-vous pen«é aussi celui-là?... Celle harde ambiguë vous va très-mal h tous deux, et vous devriez la vendre par coquetterie.
Jamais 1 nous y tenons.
h Emu. retirant i habit et allant le poser sur une chaise à droite. Et d'ailleurs on ne nous en offre que six francs.
RAOUL
Et il nous en faut vingt pour aller à Cha ville.
MARGUERITE
J’en aurai ce que je voudrai si vous me laissez faire. Ccst pain bénit de voler un voleur.