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nos trois circonscriptions, c'est à Saint-Didace que ce moyon d'existence a de beaucoup le plus d'importance, et c'est à Maskinongé qu'il en «a le moins, La raison est facile à saisir, C'est à Saint-Didace, avons-nous vu, que les conditions physiques sont le moins favorables ; que le travail agricole et industriel, le commerce et lu richesse sous toutes ses formes, prennent le moins de développement, Ses habitants d'une part retirent de l'exploitation de leurs domaines moins que ceux de Saint-Justin ou de Maskinongé ; d'autre part, ils trouvent moins facilement que ceux-ci un complément au revenu de la terre, dans l'exercice sur place de métiers ou d'industries, à salaire ou autrement, Même la grande exploitation forestière, après avoir pris le meilleur de leur bois, les a délaissés pour chercher dans l'intérieur des massifs plus riches. Lu plupart des enfants sont contraints de quitter bien jeunes le foyer paternel pour trouver un gagne-pain dans les chantiers en arrière, ou dans les centres do fabrication des Etats- Unis, On m'assure qu'un tiers peut-être de la paroisse va et vient sans cesse,
Par contre, Maskinongé et la plaine basse offrent sur place à la population plus de ressources que Saint-Didace où même Saint-Justin, Le sol y est naturellement plus productif ; la fabrication et le commerce, et comme nous le verrons plus loin, les professions libérales et les ordres religieux offrent plus de débouchés aux jeunes gens,
L'Epargne.—Nous avons vu que les divers travaux exécutés par Casaubun ne se développaient que dans la mesure restreinte des besoins de la famille, Quelques-uns, cependant, comme l'élevage, l’industrie laitière, les travaux de charpenterie et de tissage, donnent un notable excédent. Partie de cet excédent est employée à combler par voie d'achat les quelques lacunes de la production domestique, à payer les services de quelques petits spécialistes, comme le forgeron, le cordonnier, à payer certaines redevances, comme les rentes seigneuriales, la location des bancs à l'église, etc., et le reste constitue l'épargne.
Les habitants de cette région ne déposent généralement pas leurs épargnes dans les banques. À Saint-Justin, la pratique est de prêter cet argent à quelque voisin, sur billet payable à demande ou à courte échéance et portant intérêt à six pour cent. À Maskinongé, les épargnes sont plus souvent déposées entre les mains du notaire, qui s'occupe d'en faire le placement.
L'épargne en argent, en vue de l'acquisition de pièces de terre, est un phénomène courant et caractéristique dans ce milieu. Les cas de Casaubon et de Gagnon dont j'ai parlé ci-haut sont de bons exemples de la puissance d'épargne de beaucoup de familles rurales canadiennes-françaises, puissance qui a tant aidé à l'expansion paisible de lu race. Notonsle, ce n’est pas l'emploi de procédés de culture intensifs, à forts rendements, qui a permis de constituer ces épargnes. Celles-ci ont été simplement le résultat des habitudes de frugalité des familles prévoyantes, jointe aux
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pratiques de dépendance communautaire de leurs membres, lesquelles ont facilité singulièrement la question de la main-d'œuvre, Ce régime a été favorisé, particulièrement à l'origine, par l’abondunce du sol arable disponible, de grande fertilité naturelle et facile de défrichement, La faculté d'épurgne, liée au travail commun en famille et à l'occupation de terres neuves, s6-montre beaucoup moins effective aujourd'hui que les meilleures terres de ln plaine sont toutes occupées, qu'elles ont perdu leur fertilité première et qu'il a fallu s'engager sur les sables formant ceinture à la plaine vers l'intérieur, ou sur les terres des régions montagneuses plus difficiles de culture. Cette faculté d'épargne subit encore de rudes assauts par suite de l'introduction dans les campugnes du commerce, qui inspire à ces familles, jadis simples, le goût des dépenses de luxe et d'apparat ; pur suite, encore, du développement des voies de transport qui rapprochent ces ruraux des centres industriels avec leurs fortes tentations de salaires relativement élevés en argent. Aussi cet excellent type quasi-patriurcal de Gagnon établissant solidement le domaine pater. nel et installant sur des terres cinq ou six de ses garçons, n'est-il plus du tout commun.
L'épargne pratiquée par ceux qui se sont séparés du groupe familial pour aller louer leurs services au loin, diffère sous plusieurs rapports de celle que nous venons de voir pratiquée dans le milieu domestique rural. D'abord elle se produit moins fréquemment ; la proportion des imprévoyants, de ceux qui vivent au jour le jour, est plus forte, Ensuite cette épargne est beaucoup moins souvent employée en acquisitions de terres agricoles, le plus grand nombre de ceux qui émigrent, particulièrement vers les centres urbains finissant par y rester. Enfin, ceux qui au moyen d’épargnes amassées dans ces milieux étrangers reviennent s'établir dans leur milieu originaire, y introduisent un esprit nouveau, moins d’attachement pour les anciennes pratiques traditionnelles de solidarité familiale ou paroissiale, et parfois plus d'initiative personnelle.
Finalement, si nous embrassons d’un coup d'œil toutes les formes de propriété, nous voyons, que de nos trois circonscriptions, c’est à Maskinongé que la richesse est le plus développée, mais c'est aussi là qu'elle est le plus instable. Quelques familles, moins par leur initiative propre, que grâce aux conditions faciles du milieu physique et à la faveur de quelques années de hauts prix pour le foin, sont arrivées à la petite fortune. Mais souvent elles n’ont pu s’y maintenir ; elles ne se sont pas prémunies contre les fluctuations du commerce ; elles n'ont pas résisté aux séductions de la vie facile, elles se sont ruinées par l'inconduite ou des. dépenses extravagantes. Aussi, les habitants de Saint-Justin considèrent-ils que, en dépit des apparences, leur situation est meilleure, en tout cas plus solide, que celle des habitants de Maskinongé.
À Saint-Didace, d'autre part, à cause de la dureté des conditions physiques, bien peu de familles ont pu s'élever même à l’aisance, et celles-là
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n'y sont arrivéos que par un travail pénible et beaucoup de privations, Si J'avais à caractériser d'un mot les trois circonscriptions sous ce rapport, je dirais : Saint-Diduce, gêne fréquente ; Saint-Justin, aisance générale ; Maskinongé, apparition spasmodique de la richesse instable: +
La MAMILLE OUVRIÈRE: Grouvrement ET FonMATIoN QUASI-COMMUNAUTAIRES,
Le Père.—bLe chef de ln famille Cusuubon est un vieillard respecté, de bonne conduite ot “eraignant Dieu”, pour mo servir de l'expression populaire. François Gagnon dit l'Enfant, dont nous avons aussi fait la connaissance, était non soulement très avisé, mais encore d'un jugement très droit ; il a joui jusqu'à sa mort (il y à quelques années), d'une grande réputation de sugosse, Un signe manifoste de l'autorité dont jouissent cos pères de funille, c'est le maintien chez leur descendance de nombreux usages traditionnels, comme je l'ai déjà fait voir; c'est aussi la concorde qu'ils ont su faire régnor au sein dos groupements nombreux placés sous leur direction,
Toutefois, cette autorité des pères de famille ne paraît pas aussi entière, ou du moins, ne se manifeste pas pur des signes aussi sensibles que dans les provinces de France d'où sont venus les ancêtres, Au Canada elle est limitée, nous allons le voir, pur l'asvendant acquis à la mère, par l'indépendance accrue des enfants, et je dirais aussi, par le prestige plus grand du curé,
La Mère.—M""® Casaubon est une fomme énergique et entendue. Elle paraît occuper dans lu famille une position à peu près égale à celle du père, Los soins du ménage ot la gouverne intérieure du foyer lui sont spécialement confiés, Plus instruite que son mari, elle est chargée de la lecture ot de lu correspondance ; elle préside aux exercices de piété et récite à haute voix les prières dites en commun, |
M. Baudrillart (Populations agricoles de la France, Vendée, p. 184) nous montre le paysan vendéen attablé et mangeant pendant que sa “ créature ” so tient humblement debout à ses côtés pour le servir, Telle n'est pas la position de la femme d'habitant à Saint-Justin. Elle est bien encore désignée familièrement ‘ créature ”, mais ce terme n'a pas ici une signification avilissante, Elle peut bien parfois ne pas être à la table pendant que les hommes mangent; mais c'est plutôt parcequ'il y a presse d'ouvrage, que la table est trop petite et lo service trop limité. Elle ne se considère pas l'inférieure de son mari. En vertu de son contrat de mariage les biens qu'elle a apportés en dot, où qui lui sont échus depuis le mariage lui restent propres, Elle coopère avec le mari à la confection du testament, et en cas de survivance lors de la dissolution de la communauté pur
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la mort de son conjoint, elle entre en possession de la moitié des biens accumulés pendant le mariage par le travail des époux, et elle acquiert la jouissance viagère (ou durant viduité) de la part laissée par son mari, Fait signiticntif, son mari manque rarement de lu consulter avant de conclure le moindre marché.
Les époux Casaubon ont eu dix enfants; c'est un trait général des mères do famille ici que ln fécondité. Le phénomène semble résulter de la rencontre de plusieurs conditions : abondance relative du sol disponible dans la province, facilités d'établissement et d'existence ainsi offertes aux habitants, simplicité du régime du travail et mœurs simples favorisant les unions hâtives, enfin influence de la religion,
Les Enfants—Je me rappelle avoir entendu dire à un religieux originaire de lu province de Maine (France), que dans les bonnes fumilles de son pays on ne permettait guère aux enfunts d'élever lu voix dans le cercle de la famille. Rien de tel ne s'observe ici, Des Français récemment arrivés au Canada m'ont exprimé leur surprise de l'absence de contrainte des enfants canadiens en présence de leurs parents. Cette liberté d'allures n'exclut pourtant pas chez ces enfants une réclle déférence pour leurs père et mère, Un jour chez Casaubon, au moment où celui-ci fit son apparition dans la chambre où nous étions sept ou huit personnes à causer, je remarquai l'empressement avec lequel le plus jeune fils, Ovide, se leva pour offrir sa chuise au père. Le jour de l'An, les enfunts, même ceux établis hors du foyer, se font un devoir de venir demander aux parents leur bénédiction.
C'est encore l'abondance du sol disponible jointe uu voisinage des centres industriels des Etats-Unis, qui me semble fournir l'explication la plus satisfu'sante des différences que l’on relève sous le rapport de la régie intérieure entre ces familles de Saint-Justin et celles de leurs ancêtres français, D'immenses étendues inoccupées ont fourni à l’origine la matière première de deux grandes industries fondées sur la simple récolte de productions spontanées : d'abord la traite des fourrures, qui fut dès le début de la colonie française le moyen d'existence principal, ou au moins accessoire, de toute la population ; puis à partir des premières années du dixneuvième siècle, l'abatage et le flottage du bois, qui se poursuivent encore activement aujourd'hui, Ces industries primitives exercées sur de vastes espaces, à de grandes distances des établissements agricoles, ont tenu les chefs de famille dans les paroisses nouvelles éloignés pendant de longues périodes de leurs foyers. La mère de famille s'est trouvée pendant tout ce temps chargée de le direction non seulement du ménage, mais aussi de l'exploitation agricole. Elle a vu dès lors son influence grandir.
Ces grandes industries ont d'autre part offert aux jeunes gens l'occusion de gagner de forts salaires en dehors du foyer. La construction des chemins de fer et le rapprochement virtuel des centres d'extraction et de fabrication du Canada et des Etats-Unis qui s’en est suivi, ont ouvert à la
jounenso de nouveaux débouchés, occasionné dans les campagnes une rareté do main-d'œuvre, et rendu pur 14 même les enfants en âgo de travailler moins dépendants de ln famille, plus exigonnts,
Non seulement la hiérarchie familiale s'est-olle ainsi nivelée, mais on observe on action au foyer une influence dans bien des choses manifostement aupériouro à colle du père: l'autorité du curé. Un petit fait, mais bien significatif, c'est qu'on so sort fréquemment du nom du curé comme épouvantail pour mettre à lu raison les enfants turbulents ou indociles, Lo curé de Saint-Justin a cherché vainement à faire cesser cotte pratique, qu'il désapprouve, On voit, on outre, que les procédés d'éducation sont toujours autoritaires, bien que le principe d'autorité soit moins le père que le ministre de ln religion, Is sont aussi plutôt répressifs quo stimulants : on cherche à former des hommes bons, dociles, religieux, plus que des hommes hardis et d'initiative,
Enfants mariés au foyer.—liw soul des enfants marié et vivant au foyer est Charles, le second des fils ot l'héritier-associé du père. C'est le 19 février 1883, devant M° Galiponult, notaire public de Maskinongé, que fut rédigé lo testament pur lequel le père Louis Casaubon instituait Charles son héritier, Celui-ci, lo 9 janvior précédent, avait épousé Adeline, fille de François Gagnon dit Jeannotte, cultivateur du voisinage, Observez ln connoxité de ces deux événements: c'est que, en effet, le caractère et les vertus domestiques de celle que le fils se choisit pour femme, ont une grando influence sur les parents dans le choix de l'héritier, On m'a donné à entendre que Louis, l'aîné des enfants, avait perdu toute chance d'être choisi comme héritier, lorsqu'il contracta uno union qui n'était pas au goût de ses parents, D'autre part, Charles avait fait preuve d'esprit de travail et de prévoyance. Au moment de son mariage, il y avait un peu plus d'un an qu'il était revenu des Etats-Unis, d'où après un séjour d'à pou près trois années, il avait rapporté 300 dollars d'économies, Casaubon avait cinquanto-huit ans lorsqu'il tit son testament, Les parents, en général, attendent qu'ils aient senti les premières atteintes de la vieillesse pour se décider à disposer de leurs biens, Et comme les mariages sont hâtifs, il se trouve d'ordinaire, lorsque les parents songent à faire le choix de l'héritier, que leurs garçons les plus âgés sont déjà mariés et établis à leur compte hors du foyer, C'est pourquoi l'héritior-associé est si souvent sinon le dernier des garçons, du moins un des plus jeunes,
Par ie contrat de mariage, rédigé on bonne et due forme, le père prend des mesures pour que le bien de famille ne puisse par la mort prématurée de l'héritier et le mariage subséquent de la bru, passer pour partio en mains étrangères, Du mariage de Charles Casaubon et d'Adeline Gagnon, il n'est pas survenu d'enfants; cela amènera probable.
ment l'héritier À s'associer un de ses frères, L'héritier ainsi choisi est avantagé : le père lui laisse la ropriété du foyer et d'une étendue de terre suffisante pour subvenir à la subsistance
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du groupe, ce qui souvent, comme dans le cas des Casaubon, constitue de beaucoup la plus grande part du patrimoine, Mais en même temps les charges imposées à l'héritier sont nombreuses et lourdes. Elles se résument à ceci: à toutes fins, l'héritier remplace le père. Il doit pourvoir à la subsistance des vieux parents et de ceux des enfants qui ne s'établiront pas au dehors, A ceux des enfants qui s'établissent au dehors, l'héritier doit payer les soultes, les “droits ” accordés par le père. Enfin, il lui faut supporter les frais de sépulture des vieux parents, les frais de messes pour le repos de leur âme, les frais de réunions de famille, et autres,
Émigrants dans leurs rapports avec le foyer.—Les émigrants, c'est-àdire ceux des enfants qui s'étublissent hors du foyer familial, reçoivent des subventions, lesquelles varient en importance suivant l’aisance plus ou moins grande des parents. Ainsi les familles de petite ou de moyenne condition, dans leur désir d'assurer la conservation du domaine ancien, ne subventionnent que faiblement leurs enfants, garçons ou filles, qui s'établissent au dehors, Même dans les familles de cultivateurs aisés, les filles ne recoivent qu'une dot mobilière assez modeste, On considère, en effet, qu'elles ne seront pas appelées à fonder de nouvelle communauté familiale, mais qu'elles devront simplement s'adjoindre à titre d’auxiliaires à queique communauté préoxistante ou en voie d'établissement,
En revanche, ces familles aisées pourvoient libéralement ceux des garçons qui émigrent, particulièrement ceux qui se destinent au défrichement et à la culture. Reportons-nous au testament de Gagnon, qui représente, comme nous savons, l'habitant arrivé, et qui, de plus, jouit dans le pays d’une réputation de sagesse. On se rappelle que, par ses dispositions testamentaires, Gagaon, non seulement assure la conservation du foyer et du domaine plein dans son essence, mais coopère dans une grande mesure à l’établissement de plusieurs de ses fils, Et comme tout est ici pesé, calculé! Arthur, qui est parti jeune de la maison pour faire ses études et devenir commis dans une librairie de Montréal, ne recevra que 700 dollars; ilenri, qui, un peu plus âgé, est allé dans l'Ouest américain, où, aux gages d'un oncle, cultivateur là-bas, il s'est amassé 1,500 dollars d'économies, ne recevra que 1,800 dollars, quelques instruments de travail et quelques animaux domestiques. Avila, à l'exemple de ses aînés François et Hormisdas, a travaillé sur la terre paternelle jusqu'à un âge assez avancé; aussi, comme eux, aura-t-il en terres, en meubles et en argent, l'équivalent de 3,000 dollars. Enfin, Alfred, qui n'a que douze ans, est appelé à partager avec l'héritier, presque à parts égales, le résidu de la succession, mais avec l'entente formelle que, jusqu’à vingt-deux ans, il continuera à demeurer avec l'héritier et à travailler à son profit. En un mot, chaque garçon est avantagé par le père dans la mesure des services qu'il a rendus à la communauté. Nous sommes loin du cas des Casaubon, où les enfants émigrants, nous l'avons vu, n'ont reçu en partage
Sec. I, 1898, 12.
que quelques objets mobiliers d'une mince valeur, Là, ce sont les enfants qui s'imposent des sacrifices en vue de la prospérité du foyer ancien. Dans le cas des “Gagnon, au contraire, c’est la communauté familiale, devenue riche, qui s'impose des sacrifices pour assurer l'avenir de ses émigrants, Mais l'esprit communautaire est manifeste dans un cas comme dans l’autre.
Ces émigrants, lors même qu'ils ne reçoivent de la famille paternelle que de faibles subventions au moment «le leur établissement, continuent à avoir avec celle-ci des relations étroite, et en retirent sous diverses formes assistance’et direction. Joseph, le troisième des fils de Casaubon, a quitté la maison paternelle en 1882, à l’âge de dix-huit ans, pour aller travailler à la journée dans une ville du Michigan. Dans l'été de 1886, je me trouvais par hasard chez Casaubon, lorsqu’arriva une lettre de Joseph. Il envoyait son portrait à la famille, et exprimait son intention de quitter les Etats-Unis pour revenir se fixer au pays. En réponse à la proposition que ses parents lui avaient faite dans une lettre précédente, de l'aider à faire l'acquisition d'une terre s'il vouiait de son côté amasser quelques épargnes, il se déclarait prêt à entrer dans ces vues.
L’aîné des fils Casaubon, Louis, s’est de bonne heure marié et établi à son compte, Aujourd’hui, âgé de quarante ans, père de famille, il n'est encore que simple journalier, et ne possède même pas la maisonnette qu'il occupe au village. Mais il existe entre lui et la famille paternelle un continuel échange de services, fort à l'avantage du fils. Dans les moments pressés des récoltes ou des battages, Louis vient prêter main-forte à la famille, et lui procure l’appoint de son cheval de travail. Mais, à son tour, la famille laisse, à l'occasion, le libre accès de ses pâturages aux quelques animaux domestiques de Louis, lui accorde souvent une part dans‘les denrées qu'elle récolte, ou dans les articles de sa fabrication, bref, le fait participer au bien-être commun.
Sous ce rapport, les mœurs imposent à l'héritier des obligations souvent beaucoup plus étendues que celles consignées par le notaire. On me cite le cas de Doucet, qui a recueilli sans hésiter sa sœur devenue veuve et ses quatre enfants, quoiqu'il fût chargé déjà de son père, de sa mère et de deux sœurs en bas âge, Trotockaud, après avoir retiré sa part de l'héritage paternel, alla tenter fortune aux Etats-Unis ; plus tard, ruiné et malade, c'est chez son frère, l'héritier, qu’il tint se réfisier et rétablir sa santé. Ce sont là des faits d’occurrence journalière,
Célibataires demeurant au foyer.—La position faite aux célibataires de la famille varie également avec le degré d'aisance de celle-ci. Ainsi Jean- Baptiste Casaubon, père du chef actuel de la famille, n'était pas arrivé à constituer un plein domaine d'habitant. Par donation, il laissait à son fils Louis, tout ce qu’il possédait : une terre de 40 arpents avec ses dépendances et son roulant, à charge de pourvoir à la subsistance des vieux parents, et de payer à ses frères et sœurs des soultes assez minimes sous
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forme d'animaux domestiques et d'instruments de travail. Et, en vertu de cette donation, les frères et sœurs de l'héritier étaient censés devoir quitter le foyer paternel dès qu'ils, ou qu'elles, seraient en état de gagner leur vie au dehors. Le père recommandait bien ses deux filles Marguerite et Julie à la bienveillance du donataire, leur frère, mais il n’imposait pas formellement à celui-ci l'obligation de les recueillir et de pourvoir à leurs besoins. A la génération suivante, il y a progrès: Louis Casaubon arrondit le patrimoine et l'élève au rang de domaine plein ; aussi, par son testament, est-il en état d'imposer à son héritier, outre les obligations dont lui-même avait été chargé, celle d’héberger et de garder auprès de lui, tant qu'elles ne se marieront pas, ses sœurs Philomène et Eulalie. Toutefois, encore ici, les garçons devront quitter le foyer dès qu'ils seront capables de se pourvoir. Mais passons chez le voisin Gagnon ; non seulement les sœurs, mais les frères non encore établis, continueront à faire partie de la communauté aussi longtemps qu'ils le désireront.
Voici en quels termes larges, le testament de Gagnon établit leur droit: ‘ Ces legs sont consentis en faveur dudit Philorome à la charge par lui de loger et nourrir avec lui, coucher, chauffer, éclairer, vêtir, blanchir et entretenir lesdits Henri, Avila, Alfred, Arthur et Marie-Louise Gagnon, d'avoir soin d’eux tant en santé qu'en maladie, de manière à ne jamais les laisser manquer de rien. Le tout d’une manière convenable et en rapport avec les moyens et la position de mondit légataire universel ; et ce tant que lesdits Henri, Avila, Alfred, Arthur et Marie-Louise Gagnon voudront ainsi demeurer avec mondit légataire universel. Mais pendant tout le temps que lesdits enfants demeureront avec mondit légataire universel, ils seront tenus de travailler pour lui et à son profit, suivant leurs forces, santé et capacités, comme des enfants ont coutume de faire chez leurs parents.”
Toutefois s’il est assez commun de voir les sœurs de l'héritier continucr à vivre au foyer paternel sous la dépendance de leur frère, le cas est extrêmement rare pour les garçons. On peut dire qu'il est de règle absolue que tous les garçons, hors l'héritier, s'étab:issent chacun à son compte. Sous ce rapport nos familles rurales paraissent être sensiblement moins communautaires que les familles rurales de la plupart des provinces de la France, et cela peut s'expliquer encore par les facilités plus grandes d'établissement en un pays neuf.
Lors de mes visites chez Casaubon, j'ai été frappé de l'accord qui régnait entre tous les membres de cette nombreuse famille, et particulièrement des attentions dont les deux tantes, Marguerite et Julie, étaient l'objet. Leur père les avait laissées dans une situation assez difficile, puisqu'il se contentait de les recommander à la bienveillance de leur frère Louis, son héritier, et il n'avait légué à chacune d’elles qu'une brebis. Du reste, aux yeux de Marguerite et de Julie, c'était bien là ce que leur père devait faire. ‘Notre père, disent-elles, nous à donné suivant ses moyens ;
dans le temps nous n'étions pas riches, et il avait plusieurs enfants. Nos nièces, Philomène ot Eulalio, vont recevoir davantage, parceque leur pèro est plus riche que lui” Heureusement, Louis a prospéré, et il a pu continuer à héberger ses deux sœurs et à utiliser leurs services, En 1886, année que je commençai mes observations, les deux tantes se rendaient encore très utiles, surtout dans Ju préparation des repas, les soins du ménage ot l'exercice de diverses fabrications domestiques. Mais In mère Casaubon ne souffrait pas quelles so livrassent à des travaux pénibles, La tanta Marguerite, dès cette époque, avait cessé de prendre part au travail de la boulangerie, au tissage de la laine et du lin, En même temps, je pus constater comme tous étaient attentifs à éviter à lu tante Marguerite, déjà très âgée, et à la tante Julie, qui est bosauo, toute besogne fatigante,
La brebis que chacune d'elles reçut en héritage « été le commencement d'un petit troupeau resté eu propriété particulière. En 1886, Julie possédait trois brebis, Marguerite quatre, et elle en avait eu dans les années précédentes jusqu'à dix, Ces brebis étaient mises en pacage chez des voisins, et parfois chez Casaubon même, et exploitées à mi-fruits pour le bénétice des deux vieilles filles. Mais il est arrivé assez fréquemment que la part revenant à celles-ci sur le croît et le produit annuel de leur petit troupeau (laino et agneaux) s'est trouvée finalement être consommée ou utilisée par la famille.
Classijication.—Les observations sociales faites méthodiquement jusqu'à ce jour, ont permis de répartir les divers types de familles humaines en quatre catégories : patriarcale, quasi-patriarcale, particulariste, instuble,
La famille patriareule, dont un bon exemple dans la culture est fourni par le type nord-slave, décrit par M. Demolins, dans {a Scienrve sociale (t. XVI, pp. 248-71), est caractérisée par le groupement au même foyer de plusieurs ménages comprenant un grand nombre de personnes, par l’autorité très grande dévolue au chef de famille, au patriarche, et par le très faible développement de l'initiative chez ses membres. Les mêmes caractères se retrouvent, plus ou moins atténués, dans la famille quasi-patriarcale, dont le prototype est fourni par le Béarnais, décrit par M. Butel (la Vallée d'Ossau, Paris, 1594). La famille particulariste, fortement constituée chez l'Anglo-Saxon, se distingue de Ja quasi-patriarcale, en ce que d'une part son action tutélaire se fait peu sentir, et que d'autre part l'initiative individuelle s'y trouve fortement stimulée. Enfin, la famille instable, résultat de la désorganisation des autres types (et plus particulièrement des deux premiers), est signalée par son inaptitude à pourvoir àses besoins matériels, à se maintenir dans la concorde et à former des sujets capables de s'élever,
Dans laquelle de ces catégories faut-il ranger la famille rurale canadienne-française telle qu'on l’observe à Saint-Justin? Elle n'appartient pas évidemment au type patriarcal pur, puisque normalement elle se trouve réduite à deux ménages, que l'autorité du père y est relativement
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limitée, et que tous les garçons en âge de se marier et la plupart des filles s'étublissent au dehors, D'autre part, lu permanence de cette famille et l'étroitesse chez elle des liens de parenté, permettent facilement de lu distinguer du type instable. Mais cette famille canadienne développe trop chez ses membres la tendance à s'appuyer sur les autres, elle ne développe pas assez en eux l'initiative individuelle, pour qu'il soit possible de la classer avec la particulariste. Reste le type quasi-patriarcal., C’est, en effet, düns cotte catégorie qu'il faut ranger la famille rurale observée à Sainte Justin ; mais elle ÿ représente une variété bien marquée, moins patriarcale, moins communautuire,que le type béarnais, et même, à beaucoup d'égards, que le type observé dans nombre des provinces de l'Ouest et du Nord de la France, d'où sont venus les premiers colons du Canada français.
Le MODE D'EXISTENCE: VIE SIMPLE, RUSTIQUE, MI-TRADITIONNELLE.
Nourriture.—Lu famille fait trois repas par jour: le déjeuner, à 6 heures du matin ; le dîner, à midi ; le souper, à 6 heures (et dans le temps des moissons, à 7 heures) du soir, In 1886, les deux tantes Margucrite et Julie étaient chargées spécialement de la préparation des repas : Julie s'occupait du déjeuner, Marguerite du dîner, et les deux du souper. Les aliments dont il se fait la plus forte consommation sont le pain, la soupe aux pois, le lard, les pommes detesre ; les breuvages sont le lait et le thé,
Chez Casaubon, comme chez la plupart des habitants du voisinage, le pain consommé est de confection domestique, Il y a bien un boulanger établi au village, mais il ne fournit que les familles d'artisans et les rares ménages de cultivateurs où il n’y a qu'une femme pour faire toute la besogne de la maison. Aussi, le four, construction basse en pierre,à toit arrondi, parfois isolé dans la cour ou le jardin, parfois annexé à la cuisine. est-il ici un trait saillant de presque toutes les fermes. Le mobilier usité pour cette fin au foyer de Casaubon comprend deux huches en bois, huit casseroles en tôle (outre un cotfre où l’on met sécher le maïs).
Le travail de boulangerie est exécuté par la famille. La mère, la tante Julie et Philomène se partagent la tâche. Le pain est fait de farine de froment à laquelle on ajoute quelquefois un peu de farine de maïs, qui rend le pain plus friable, Pour levain on se sert de farine de maïs détrempée dans une eau saturée de houblon puis laissée à reposer quelques jours. On boulange une fois par semaine, rarement deux fois dans la semaine, et chaque fournée comprend de dix à douze gros pains. La farine de froment se consomme, en outre, sous forme de crêpes, de croquignoles et de pâtisseries diverses, ce qui entraîne une dépense totale d'environ 200 livres de farine de froment par mois.
Nous venons de voir que la farine de maïs est mêlée en petite quantité à la farine de froment pour la fabrication du pain et sert aussi à la préparation du levain. Le maïs est consommé encore à l'état de grain lessivé et ajouté à la soupe aux pois, ou bien bouilli dans le lait, Ce dernier mets est ce qu'on appelle la “sagamité” (de l’algonquin). Enfin, le maïs se consomme sur l'épi qu'on a fait bouillir et qu'on assaisonne de sel et de beurre, Avec la farine de sarrasin on fait comme en Bretagne (Babeau, la Vie rurale dans l'ancienne France, p. 107) des galettes qui sont très goûtées, mangées chaudes au beurre ou à la mélasse,
La soupe figuré au repas du midi. Celle qui revient le plus fréquemment est faite aux pois. C'est la soupe par oxcellence. On fait aussi assez fréquemment de la soupe au riz (seule céréale que la famille se procure par voie d'achat, et dont elle consomme environ 30 livres par année). La soupe aux choux remplace quelquefois, le dimanche, celle au riz.
On peut juger de la quantité de viande consommée par la famille dans l'année par l’état qui suit :
Abattu à la veille des récoltes (commencement d’août),....1 cochon de 250 à 300 livres ; Abattu à la veille des battages
(commencement d'octobre),.2 moutons ;
Abattu à Noël,.......................2 cochons de 250 à 300 livres chacun ;
1e sssosssssoreesssses 2 COChons de 100 livres chacun ;
# HE ssssssssssssssssss L bœuf de 300 à 400 livres ;
‘dans le cours de l’année....4 ou 5 poules.
Comme la famille n’obtenait qu'un petit nombre d'œufs de ses poules, elle n’en faisait en 1886 qu'une bien faible consommation. Suivant leur expression, on en recueillait à peine assez pour fournir aux ‘“quêteux ” (mendiants). De beurre, la famille dépense environ 140 livres par année.
Les pommes de terre, désignées sous le nom de ‘“ patates ”, sont le complément obligé de tous les repas, ainsi que le lait. Charles et sa femme ont le lait pour tout breuvage.' Edmond, l'été s'en nourrit au lieu de viande, I s’en consomme environ 10 livres par jour, Le lait se consomme aussi caillé et assaisonné de sucre d'érable. Ilse dépense environ 10 livres de thé par année. Charles, sa femme, Philomène, Eulalie, n’en boivent jamais, Ovide rarement; mais les autres membres de la famille en font une forte consommation. Les jours maigres, le père en boit même au repas du midi.
Les desserts, qui figurent sur la table les dimanches, jours de fête, de réjouissance ou de grands travaux, consistent principalement en diverses pâtisseries et confitures (fraises, framboises, bluets, groseilles, pimbina), sucre et sirop d'érable,
On fait à la maison, avec l'orge récoltée sur la terre, deux ou trois barils de bière dans l’année. Il s’y dépense également environ deux gallons de whisky acheté au dehors. Ces boissons ne sont pas consommées au repas, mais le whisky scrt parfois de coup d’appétit.
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[GéRiN] L'HABITANT DE SAINT-JUSTIN 188
Les abstinences et jeûnes de l'Eglise sont rigoureusement observés. Les jours maigres, si le marchand de poisson ne s’est pas présenté, on se contente de pain et de beurre, de pâtés de pommes de terre et de mélasse, à moins que la provision d'œufs ne soit assez abondante pour faire une omelette.
Le mobilier pour la préparation et la cuisson des aliments, se compose chez Casaubon de :
Un poêle à deux fourneaux ; 1 ‘canard ”(bouilloire) en fonte ; 2 chaudrons en fonte, à couvercles ; 1 poêlon ; 4 théières (1 de ferblanc, 2 de faïence, 1 de porcelaine) ;
2 bassins en ferblanc ; 2 seaux à l’eau, à douves, cerclés en fer ; 2 seaux creusés et cerclés en fer.
Voici la vaisselle et les ustensiles de table dont j'ai fait le relevé chez Casaubon en 1886 :
l'aïence : Assiettes creuses, 14 douzaine ; assiettes plates, 2 douzaines ; tasses et soucoupes, 1 douzaine ; bols, & douzaine ; 4 grands plats en faïence ; 1 sucrier en faïence ; 1 tasse en porcelaine,
Verrerie : Verres à pied, 4 douzaine ; tuwmblers (grands verres) 4 douzaine ;
petits verres, 4 douzaine ; 2 pots à l’eau ; 2 beurriers ;,2 sucriers ; 1 confiturier ; 1 plat. Couteaux de tables, 1} douzaine (fer, os et corne); fourchettes de table,
14 douzaine (fer, os et corne) ; cuillers à soupe, 1 douzaine (ferblanc) ; & douzaine de
vases en ferblanc et 24 douzaines de bols en faïence, pour le service de la laiterie,
Le linge de ménage comprend, entre autres articles, 20 nappes en toile,
On voit que l'habitant de Saint-Justin a un dressoir assez bien fourni, et qu'il n’est pas contraint de manger à la gamelle, comme le paysan de certaines provinces de France,
Habitation.—La maison d'habitation est située sur le bord du chemin public—le chemin du roi, comme on l'appelle—qui coupe le domaine principal vers son extrémité ouest. C’est une construction rectangulaire en bois, mesurant 34 x 24 pieds et 10 pieds de hauteur entre la fondation et la sablière. Elle présente le pignon au chemin et regarde le sud. A droite, de l’autre côté d” chemin public, est un petit pré aboutissant au ruisseau de l'Ormière. En arrière de la maison passe un ravin. En avant est le jardin potager, dans un coin duquel est le four. Enfin, à gauche, s’alignent les nombreuses constructions rurales, grandes et petites. En arrière, vers le nord, on voit s'élever, à quelque distance, le profil rectiligne de la montagne laurentienne ; en avant, vers le sud, se déroule le double rang de l'Ormière qui aboutit au village. La maison est blanchie extérieurement à la chaux ; la toiture est en bardeaux de cèdre, comme celle des bâtiments, On a renoncé depuis assez longtemps à la pratique de couvrir les bâtiments en chaume d'herbes à liens (calamagrostides). Sur la façade de la maison court une plate-forme étroite à quelques pieds du sol, et audessus de laquelle la toiture surplombe. L’unique porte de la maison, vers le milieu de la façade, donne sur la plate-forme. Cette construction existe depuis soixante-sept ans (1832) ; mais elle a subi des réparations il y a quelques années.
A l'intérieur les murs sont crépis. Le rez-de-chaussée de la maison, comme l'indique le plan ci-joint, est divisé en quatre. La porte que j'ai
mentionnée donne accès sur la plus grande de ces chambres ; celle-ci s'étend sur toute la profondeur de la maison (24 pieds), et couvre en largeur 19 pieds en avant, 15 pieds à l'arrière. Elle est éclairée par trois fenêtres, l'une dans le mur de façade, à droite de la porte d'entrée, une autre dans le pignon, et la troisième dans le mur de derrière. Cette chambre sert à la fois de cuisine, de salle à manger, de lieu de travail et de réunion. C'est ici que les femmes cousent, tricotent, tilent ; c'est ici que se prennent les repas et que se passent les heures de repos. C'est ici