‹ L'habitation byzantineChapitre 29 sur 58 · ABSIDE DE LA CATHÉDRALE DE TORCELLO · texte numérisé non relu

ABSIDE DE LA CATHÉDRALE DE TORCELLO

XI" SIÈCLE

DU Vl'^ AU XV° SIÈCLE II9

Au nord du Triconque se trouvaient diverses pièces et l'appartement d'été de l'empereur Théophile ; à l'est, à droite et à gauche d'unegalerie, les bureaux et des cuisines ; au sud, les appartements d'hiver de l'empereur et de l'impératrice.

Synthronon de l'église de Melnic (Dessin de M. Chesnay)

L'appartement d'été de Théophile formait une petite aile détachée ayant un rez-de-chaussée et un premier étage. A cet étage se trouvaient une chambre à coucher et un salon. Ces deux pièces donnaient sur une terrasse. Le plafond de la chambre à coucher était voûté et doré, et soutenu par quatre colonnes. Le plafond du salon était soutenu par huit colonnes de marbre. Les murs étaient couverts de mosaïques de marbre représentant des animaux. Le sol était pavé de marbres de couleur.

Les appartements d'hiver (un rez-de-chaussée et un étage) donnaient au sud et se composaient d'un pavillon central et de deux ailes. Le pavillon central, plus long que les deux ailes, dont l'une, celle du nord, était contigue

au Triconque et faisait corps avec lui, était pourvu d'une terrasse sur laquelle s'ouvraient les appartements. L'empereur Théophile habitait l'aile nord, c'est-à-dire la partie sud du bâtiment du Triconque ; l'impératrice habitait l'aile sud. Les appartements des deux souverains se trouvaient donc séparés par toute l'étendue du pavillon central. Il y avait plusieurs chambres à coucher, deux ou trois salons, une salle à manger, une bibliothèque, un vestiaire, un oratoire, des chambres d'eunuques. Les pièces étaient ornées de mosaïques de marbre.

Les chambres de l'impératrice se trouvaient au rez-de-chaussée, au niveau du jardin.

Une miniature de Skylirzcs y figure Théodora, la femme de Théophile, baisant un icône et surprise par un bouffon. ■'

.ERIS SURPREND ThÉODOBA I

(Manuscrit de Skylitzès)

En principe, on peut affirmer que la plupart des chambres à coucher se composaient d'une chambre à colonnades et d'une abside en cul-de-four. L'une des salles, au dire de Lebeau, s'appelait le salon de la pourpre, (( parce que, au commencement de l'hiver, l'impératrice y rassemblait les dames de sa cour et leur distribuait des robes de pourpre et d'écarlate ». Luitprand nous a parlé d'une cérémonie semblable et fort curieuse à laquelle il assista la veille du dimanche des Rameaux et qui concernait, cette fois, le sexe fort :

« On dressa une table de quinze pieds de long sur six de large, on la

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(( couvrit de petites boîtes étiquetées contenant des pièces d'argent. L'em- « pereur se plaça au bout de la table. Un officier appela l'un après l'autre (( ceux qui devaient recevoir un cadeau. Le premier appelé fut le grand a maître du palais. On lui mit non pas dans la main mais sur l'épaule « sa boîte avec quatre de ces manteaux qui couvraient tout le corps et que « les gens de guerre portaient en temps de pluie. Ensuite vinrent le grand « domestique qui commandait les troupes de terre, et le grand amiral. « Ils reçurent le même présent, parce que leur dignité était égale à celle du (( grand maître. Après eux entrèrent vingt-quatre maîtres qui eurent chacun « vingt-quatre livres d'or et deux manteaux. Ils furent suivis des patrices « auxquels on donna deux livres d'or et seulement un manteau. Enfin, <( parurent à la file un grand nombre d'écuj-ers et d'autres officiers qui « marchaient suivant leur grade et recevaient un présent en proportion. »

Cette distribution annuelle ou semestrielle d'argent de poche et de vêtements imperméables aux plus grands dignitaires de la cour (x° siècle) ne semble pas indiquer un luxe bien raffiné. Luitprand nous raconte, du reste, que l'aspect des fêtes officielles se ressentait de cette pénurie de costumes.

Dans une cérémonie à laquelle il assista, l'empereur Nicéphore Phocas, qui n'était pourtant pas le premier venu, se rendit à Sainte-Sophie entre deux haies de miliciens des factions, c'est-à-dire de la garde nationale locale, misérablement vêtus, armés de javelots et de boucliers ébréchés et rouilles. L'empereur portait seul des pierreries sur ses vêtements, mais ceux-ci, ayant été faits pour son prédécesseur, étaient trop grands pour lui . Les autres dignitaires portaient des effets usés, sans ornements, approchant du terme de leur durée normale. Dans une autre circonstance, Luitprand nous dit que les vêtements de l'empereur étaient usés. Nous sommes loin de l'époque de Théodose. . .

Ces racontars de Luitprand ont paru, avec raison, entachés de partialité, car cet évèque, fort mal reçu lors de sa seconde mission en Grèce par l'empereur Nicéphore Phocas, a voulu se venger de ses petits déboires en dénigrant systématiquement auprès de son souverain les personnages et les usages de la cour.

Nous sommes forcé d'avouer, toutefois, que les assertions de Luitprand sont assez conformes à ce qui se passe encore dans certaines parties de l'Orient et dans tout l'Extrême-Orient, et nous ne saurions non plus dissimuler que les miniatures du manuscrit de Skylitzès, où tous les personnages de la cour sont toujours revêtus de costumes fort simples, semblent également donner raison au narrateur.

Chrysotriclinos. — Le Chrysotriclinos, ou salle du trône, qui constituait, avec ses annexes et ses dépendances, la dernière partie du Palais sacré, était séparé de l'ensemble des bâtiments dont nous venons de parler par une immense galerie qui devait avoir quelque analogie avec la grande galerie du Louvre et qui portait le nom de Lausiacos. Là se trouvaient encore des gardes. L'empereur y recevait parfois des fonctionnaires et y rendait aussi la justice.

Le Chrysotriclinos était un bâtiment octogonal avec huit absides à demi-coupoles surmontées d'une coupole centrale à pendentifs. Chaque abside était fermée par une draperie attachée à une tringle d'argent, et au-

Chrysotriclinos. — LÉON l'a

dessus de l'arc de chaque abside, à la naissance de la coupole, se trouvait une large corniche formant galerie et pourvue d'une balustrade qui faisait le tour de la salle. La coupole était percée de seize fenêtres vitrées.

Le miniaturiste de Skjditzès a beaucoup simplifié cette architecture : il a figuré un édifice rond avec une porte ouverte sur le devant. On voit, au fond, une autre porte fermée. Les portes et la toiture sont en or. La porte d'arrière se détache sur un fond rouge. Auprès, Léon l'Arménien, qui vient d'être proclamé empereur, revêt la pourpre et remet son ancien costume à Michel le Bègue. Plus loin, Léon et sa femme, assis sous un édifice tout semblable, font enchaîner ce même Michel le Bègue, dont la reine vient d'obtenir la commutation de peine.

Les murs et le sol étaient couverts de mosaïques. Un lustre énorme pendait au centre.

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HELIACON- DU PALAIS IMPÉRIAL DE CoNSTAN'TINOPLE

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GALERIE ET JARDIN DU Lausiacos précédant à l'ouest le Chrj'SOtriclinos (Palais impérial de Constantinople)

MANUSCRIT DE SKYLITZES

DU VI' AU XV' SIÈCLE

Le trône de l'empereur se trouvait dans l'abside du fond ; celle-ci était fermée par des portes revêtues de lames d'argent.

Une miniature de Skylitzès figure l'empereur assis dans cette abside.

Prisonniers sarrazins ame (Manuscrit de Skylitzès

Le Chrysotriclinos servait aux réceptions d'ambassadeurs et à l'exposition des joyaux de la couronne.

(Manus

de Sliylitzès)

C'est là, sans doute, que l'on voit Romain Argyre recevant soit des prisonniers sarrazins, soit une reine de Géorgie, soit la lettre du Christ à Abgar que Maniakés a recueillie à Edesse.

Jean Tsisiiscès commence a ré( (Manuscrit de Skylitzès)

DU Christ a Abgar

DU VI'' AU XV'' SIÈCLE Ï2'j

En rendant compte de la manière dont le palais avait été décoré le jour de la réception que fit l'empereur Constantin Porph3-rogénète des ambassadeurs sarrazins, l'auteur du cérémonial, qui n'est autre que l'empereur lui-même, s'exprime ainsi : « On avait suspendu, dans les huit absides du « Chrysotriclinos.les couronnes du Temple de la Très Sainte Mère de Dieu « du Phare, les différents ouvrages en émail tirés du Trésor et les chlamj-des « des empereurs et des impératrices.... Sur le grand entablement du « même Chrj'sotriclinos, dans les galeries qui sont là, on avait suspendu

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/Haut) Basile II investit le patriarcf (Bas] Constantin son frère commence (Manuscrit de Skylitzès)

« les missoires et les grands bassins du milieu en argent ciselé qui sont « déposés dans le garde- meuble du Carien. Au-dessus, dans les seize « fenêtres voûtées de la coupole du même triclinium, on suspendit les petits « plateaux des missoires et des bassins du milieu ci-dessus, ils étaient tous « également ciselés. » On lit dans un autre passage : « Dans l'abside « orientale on n'avait suspendu aucun ouvrage en émail ; elle avait pour « tout ornement des couronnes. Il faut savoir que dans les sept autres (( absides du Chrj'sotriclinos, de grands lustres d'argent étaient suspendus « à des chaînes d'argent, le tout emprunté au Naos de la Très Sainte Mère « de Dieu du Phare. »

Au sud du Chr3'SOtriclinos se trouvaient les appartements particuliers de l'empereur Basile et de ses successeurs. Constantin Porphyrogénète en a laissé une description complète. La salle à manger avait seize colonnes de marbre de couleur sculpté. Les sculptures représentaient des ceps de vigne au milieu desquels se jouaient des animaux de toute espèce. Ce genre de colonnes, tantôt torses, tantôt droites, était très apprécié par les Romains et les Byzantins. Elles ont repris leur vogue aux xvi" et xvii" siècles et dans le style dit « Jésuite » qui fleurit sur les maître-autels de presque toutes les églises du xviii" siècle. Dans le modèle païen, c'étaient, en général, des amours qui se jouaient dans les vignes. Les frises de la salle à manger et les voûtes étaient couvertes de mosaïques représentant des batailles. On y voyait Basile entouré des guerriers qui combattirent sous ses ordres, lui présentant comme don les villes conquises. Sur les voûtes étaient représentées les guerres de Basile et les actes importants de son règne. Le jour venait d'en haut.

Après la salle à manger, on rencontrait un vestibule à coupole dont les murs étaient couverts de mosaïques. Au centre de ce vestibule se trouvait une fontaine de porphyre surmontée d'un aigle d'argent étreignant un serpent. Ce vestibule précédait la chambre à coucher de Basile. Le sol était couvert d'une mosaïque. Au centre de celle-ci était représenté un paon ; des aigles prêts à s'envoler étaient aux angles. La mosaïque du bas des murs représentait des fleurs. Les murs, jusqu'au plafond, étaient couverts d'une mosaïque à fond d'or représentant la famille impériale dans des poses hiératiques. Le plafond carré était couvert de mosaïque d'or avec une croix au centre et des étoiles, puis encore la famille impériale priant.

Ce palais s'appelait le Cénourgion. Il résulte de cette description que l'architecture religieuse était parfois tellement confondue avec l'architecture civile, à l'époque bj^zantine, dans certaines salles impériales, sauf les deux exceptions citées plus haut, et la Chalcé, qu'il eût suffi, en bien des cas,

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