‹ L'habitation byzantineChapitre 31 sur 58 · ATION EMPOISONNÉE A CONSTANTIN PORPHYROGÉ · texte numérisé non relu

ATION EMPOISONNÉE A CONSTANTIN PORPHYROGÉ

(Manuscrit de Skylitzès)

serviteur préserva Michel le Paphlagonien. Ailleurs, nous voyons dans ce même appartement Romain Argyre amené à Constantin mourant (p. 128). Au sud de tous ces palais, et dominant les jardins qui descendaient jusqu'à la mer, s'étendait une longue galerie fermée dont les fenêtres avaient vue sur le Bosphore et la mer de Marmara. Il y avait au palais plusieurs galeries de ce genre aj^ant de 100 à 300 mètres de long. La galerie

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Romain Akgyre amené a Constantin mourant (Manuscrit de Skylitzês)

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FOISONNER Michel le Calfat au moyen d'une purgation (Manuscrit de Skylitzês)

DU Vr AU XV° SIÈCLE

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Jean, fréee de Michel le Calfat, voit en songe saint Nicolas qui lui prédit sa guérison (Manuscrit de Skylitzés)

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NiCÉPHORE COMN

(Manuscrit de Skylitzés)

du sud OU galerie de Justinien était supportée probablement par des portiques pour compenser la déclivité du sol, et peut-être avait-elle l'aspect de l'une des galeries représentées dans la miniature du manuscrit de Skylitzès, ou encore de la galerie du bord de l'eau du palais de Dioclétien, à Spalato (pp. 20-23).

Palais de la Magnaure. — Il nous reste à décrire le grand Triclinium de la Magnaure qui se trouvait au nord du palais et au dedans de l'enceinte. Il datait de Constantin: c'était une belle basilique à nef centrale et deux bas-cotés, précédée d'un portique ouvert. Le plafond était soutenu de chaque côté par six colonnes; au fond de la salle s'élevait une estrade qui en occupait toute la largeur. On y accédait par un escalier de plusieurs marches. Le trône de l'empereur était placé dans un hémicycle voûté en demi-coupole. Quatre colonnes, disposées par deux à droite et à gauche de l'hémicyle et soutenant de grands rideaux, form:uent la décoration du fond de la salle. Au premier étage, au-dessus des bas-côtés, se trouvaient des galeries où se tenaient les dames de la cour.

Une miniature de Skylitzès nous montre Aléonare déposant Enth}'mius dans le palais de la Magnaure.

La grande richesse du Triclinium de la Magnaure, destiné aux réceptions des ambassadeurs, résidait surtout dans son mobilier. « Auprès du (( trône, dit Labarte, s'élevait une « très grande croix d'or couverte en « pierreries. Au-dessus étaient pla- « ces des sièges d'or pour les mem- « bres de la famille impériale. Au « bas des marches de l'estrade, sur « laquelle le trône était établi, se (( trouvaient deux lions qui se dres- « saient sur leurs pattes et émet- « talent des rugissements de véri- « tables lions. Non loin du trône, « des arbres d'or portaient sur leurs « rameaux des oiseaux de diffé- « rentes espèces qui imitaient les (( chants harmonieux des oiseaux

par Guillaume le Boucher (

iiècle)

Musie de Grenoble [CotUct. L. de BevliI^^

ARBRE NAIN (Laque d'or, ivoire et verroterie)

DU VI' AU XV SIÈCLE 13

« dont ils imitaient la forme. » Ces arbres devaient être à la mode un peu partout en Orient, car, au x' siècle, dans une visite que fit un ambassadeur grec au calife de Bagdad, il est question « d'un grand arbre, partie d'or, « partie d'argent, qui se divisait en dix-huit grosses branches, sans « compter les petites, couvertes de feuilles et chargées d'oiseaux de l'un et « l'autre métal ». Les branches s'agitaient par des ressorts, les oiseaux rendaient un ramage. Cet arbre se trouvait au milieu d'une salle immense. Nous donnons, d'après l'ouvrage de M*' Favier sur Pékin, le croquis d'un arbre de ce genre exécuté au xiu" siècle par le bijoutier parisien Guillaume Boucher, à Karakoroum, pour le grand Khan des Tartares. Cet arbre versait à volonté du lait de jument ou de l'hydromel. Au sommet était un ange tenant une trompette. Il la portait à sa bouche quand le premier échansbn donnait l'ordre de verser à boire. Encore de nos jours, en Extrême-Orient, les riches Chinois et les Annamites ont volontiers dans leur salon des arbres en laque d'or, jade, ivoire et pierreries fausses, de 40 à 50 centimètres de hauteur. Des boîtes à musique les complètent souvent très heureusement, au gré du propriétaire. C'est, en somme, la manifestation d'un même état d'esprit.

Un très grand orgue, enrichi de pierres précieuses et d'émaux, était également placé là. C'est l'empereur Théophile qui avait fait exécuter tous ces beaux travaux d'orfèvrerie. Le brave évêque Luitprand affirmait, peutêtre à tort, que ce mobilier était en cuivre doré. Il est admis qu'il exagérait, mais nous nous en voudrions de ne pas narrer au lecteur une aventure vraiment comique arrivée à notre héros au cours de sa réception solennelle dans le Triclinium de la Magnaure : « Luitprand, dit Lebeau, fut porté à « l'audience sur les épaules de deux eunuques. A son approche, les lions se « mirent à rugir et les oiseaux à faire leur ramage. Le trône se haussait et « se baissait par ressort. Luitprand se prosterna aux pieds de l'empereur, <( qui était d'abord fort peu élevé de terre. Comme il demeura quelque « temps dans cette posture, selon l'ordre du maitre des cérémonies, lorsqu'il « releva la tête, ne voyant plus rien devant lui, il aperçut le prince revêtu « d'autres habits et guindé sur le trône jusqu'aux lambris de la salle. L'em- « pereur ne dit mot, la conversation aurait ajouté le ridicule de la situation (( au ridicule du mécanisme. Mais le chancelier, qu'on nommait alors « questeur, interrogea Luitprand sur la santé de Bérenger (marquis « d'Ivrée). Le chancelier fît signe à Luitprand qu'il pouvait se retirer. Il « fut conduit à l'auberge qu'on lui avait préparée. » Nous ne pensons pas que les auteurs des Pilules du Diable ou de la Poudre de Perlimpinpin aient jamais rien trouvé de mieux. Ces changements à vue pouvaient

cependant avoir leur utilité pour frapper l'imagination des députés des nations barbares disposés à voir du merveilleux dans les phénomènes les plus simples. Le grand prince russe Vladimir le Grand se convertit, au x' siècle, parce qu'il avait pris pour des anges les enfants de chœur qui servaient dans une grande cérémonie à Sainte-Sophie. Il est probable, toutefois, qu'à cette raison vinrent s'ajouter d'autres raisons plus pratiques.

Fontaine Mosaïque de Saint-Vital

vr siècle

Fontaine de la Nouvelle Basilique. — Avant de quitter définitivement le palais impérial, nous dirons deux mots d'une fontaine de l'atrium d'une église appelée la Nouvelle Basilique, située dans l'intérieur du parc, à l'est du palais, et ensuite du palais fortifié de Boucoléon, situé sur le bord de la mer.

La fontaine du nord était en marbre. Au milieu de la vasque se dressait une tige terminée par une pomme de pin en marbre blanc percée de trous. Sur la corniche qui bordait le sommet du bassin se trouvaient des coqs, des boucs, des béliers de bronze, qui vomissaient de l'eau dans le fond du bassin. Une autre fontaine était entourée de dragons. Ce genre de fontaines était assez répandu à cette époque. Nous citerons celle qui ornait la salle des khalifes à l'Alcazar Zahra, prés de Cordoue, et qui avait été faite à Constantinople. La vasque était de jaspe surmontée d'un c^-gne d'or. Au-dessus était suspendue, au plafond, la fameuse perle qu'Abderam avait reçue en présent d'un empereur grec. Dans le jardin se vo}'ait une fontaine ciselée et décorée de figures humaines.

Nous avons, guidé par Labarte, parcouru les salles et les appartements multiples du palais en arrêtant nos regards distraits sur les mille curiosités de la décoration et de la mise en scène et parfois sur les scènes tragiques qui ont si souvent arrosé ces marbres du sang impérial. Mais le plan général de ce vaste ensemble nous a échappé. Pour en saisir l'idée directrice, nous emprunterons à M. Millet une hj^pothèse qu'il a proposée dans VHistoire de l'art depuis les temps chrétiens :

« A Constantinople, le grand palais se développait « dans l'angle droit que dessine l'Hippodrome et l'Au- « gusteon; ses dépendances et ses jardins atteignaient « la courbe du rivage à l'entrée du Bosphore. L'en- « ceinte, construite par Nicéphore Phocas,au x° siècle, « enfermait une surface de 400,000 mètres.

DU Vl" AU XV^ SIÈCLE I33

« Rien n'en reste, rien n'en restait encore au xiv' siècle, et les essais de « restauration tentés par Labarte, Paspatis et Bjelajev ne reposent que sur « des textes dont le principal est le Livre des cérémonies,, de Constantin « Porphyrogénète. Le plan de ce vaste immeuble n'apparaît pas nettement « et l'on est porté à n'en pas plus chercher qu'au Kremlin. Mais on ne « peut croire que Constantin ait construit au hasard. Le palais de Dioclétien « peut nous aider à ressaisir l'ordonnance primitive. Sur l'Augusteon « s'ouvrait un premier palais appelé « la Chalcé », puis une longue galerie, « bordée d'édifices, conduisait, par le Consistoire, à celui de Daphné. On y « entrait par un petit portique, « la 3lain d'or », dans une vaste salle du « trùne, l'Augusteus, qui devait constituer le centre de l'édifice, comme à « Spalato le vaste atrium rectangulaire que l'on a supposé faire suite au (i vestibule. De l'Augusteus on se rendait du côté de l'Hippodrome par « l'Octogone à l'église de Saint-Étienne, voisine du palais du Cathisma où « se dressait la tribune impériale et, à l'opposé, dans les appartements du « prince. D'autres palais indépendants, la Magnaure, près de Sainte- « Sophie, le triclinium des dix-neuf Hts, près de l'Hippodrome, complétaient « cet ensemble.

« Constantin, comme Dioclétien, composa son palais de salles basili- « cales, de rotondes et d'octogones. Ses successeurs y joignirent les nou- « velles formes architecturales propres à l'art bj^zantin. Justinien, après la « sédition de Nika, refit la Chalcé en posant une coupole sur quatre arcs et « quatre colonnes entre deux berceaux. Justin H, son neveu, élève, à « l'extrémité orientale de Daphné, un octogone à huit absides, nouvelle « salle du trône, le Chrysotriclinos. Entre le Chr5-sotriclinos et l'Augusteus « les appartements impériaux finirent par disparaître, et Théophile, dans le « deuxième quart du ix"" siècle, relia les deux salles au moyen d'une cons- « truction fort originale, imitée, raconte-t-on, des palais arabes, le Tri- « conque, flanqué de trois absides, à l'est, au nord et au sud, et s'ouvrant « par trois portes sur une terrasse semi-circulaire, bordée d'un périst^'le, le « Sigma. On descendait du Sigma sur la place de la Phiale, puis après '« une autre grande place, l'Abside, une longue galerie, bordée d'ora- « toires, menait à l'Augusteus. C'est autour de ces constructions que se « dressèrent les nouvelles demeures impériales dont la dernière et la plus « opulente fut le Cénourgion de Basile l, au sud du Chrysotriclinos.

« Ainsi se déplaça, vers le Bosphore, le point de départ des processions « et le centre vivant des palais. Basile I couronna l'œuvre par la cons- « truction d'un oratoire plus proche que celui de Saint-Étienne, la nouvelle 'c église célébrée par Photius. Au sud, les accroissements se bornèrent au

« Justinianos, œuvre de Rhinotmète, qui s'allongeait sur les derrières de (( Daphné. »

Palais de Hormisdas ou Boucoléon, d'après une photographie

Le lecteur pourra, grâce à cette h3-pothèse, rectifier par la pensée le plan très sommaire que nous avons établi d'après Labarte.

Château de Hormisdas ou de Boncoléon. — Ce château qu'habita Justinien avant son avènement, se trouvait en bordure du petit port du palais. 11 avait un portique et une colonnade de façade. Son nom d'Hormisdas lui vint d'un prince persan de ce nom réfugié à Constantinople du temps de Constantin. Au x" siècle, suivant M. Van Millingen, ce château fut remanié et embelli par Constantin Porphyrogénète, qui y apporta des statues, des représentations d'animaux, entre autres un groupe représentant

(D'apiès Va

tantinopU)

un taureau terrassé par un lion, d'où le nom de Boucoléon. Ce groupe se trouvait près du port. Nicéphore Phocas fortifia le château et y joignit' une villa dont les vestiges, détruits en 1871, présentaient une sorte de loggia à

trois arcades avec deux lions sur la terrasse. Il enferma ce groupe d'habitations dans l'enceinte du grand palais. Plus tard, les croisés étendirent le nom de Boucoléon atout le palais impérial. Quant aux deux lions qui ornaient

Boucoléon interkoc (Manuscrit de Skylii

les deux portiques du Boucoléon, ils se trouvent actuellement au pied de l'escalier de l'Lcole des Beaux-Arts, à Constantinople.

Nous donnons un croquis d'après une photographie de ruines existantes du même groupe d'habitations, un croquis des ruines du Boucoléon aujourd'hui disparu, d'après Choiseul-Gouffîer et Canon-Curtis, reproduit par M. Millingen, et plusieurs miniatures de Sk)-litzès.

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DU BOUCOLÉON

rÏL de SUyliuès) *

Ces miniatures reproduisent plusieurs fois le Boucoléon. D'abord l'ancien palais avant que Nicéphore Phocas 3- eût ajouté la villa où il fut assassiné: Michel Rhangabé avait une servante lunatique ; celle-ci, arrivée à l'endroit où sont placés un bœuf et un lion de pierre et qui, en conséquence, est appelé Boucoléon, cria à l'empereur : « Descends, descends, c'est à des étrangers ! » Zoé, mère de Constantin Porph3'rogénète , interroge les compagnons de son fils (p. 135).

Puis vient l'assassinat de Nicéphore. Là, ni le texte, ni les rubriques des miniatures ne nomment expressément le Boucoléon.

On voit Théophano faisant hisser sur un balcon les conjurés qui doivent assassiner l'empereur. Ceux-ci, après l'assassinat, montrent sa tète au peuple (p. 137). Toutes ces images ne se ressemblent guère. La première, dont l'aspect se rapproche le plus du dessin des ruines, doit être la plus fidèle, mais il est probable que, par une sorte d'anachronisme, elle figure la villa de Nicéphore.

Palais de Constantin Porphyrogénèfe. — Ce palais, qu'on a successivement appelé palais de Constantin, palais de l'Hebdomon, palais de Bélisaire, palais des Eléphants, est enclavé dans les fortifications de Byzance du côté de terre et offre un puissant intérêt au point de vue archéologique.

D'après Gilles, ce palais aurait fait partie du palais du grand Constantin à l'Hebdomon, hors les murs, mais les études de M. Mordtmann (Esquisse topographique de Conslantinople) , et celles de M. VanMillingen établissent que ce palais est celui qu'occupa Constantin Porphyrogénète et qu'il dépendait du palais des Blachernes. « La manière dont la bâtisse est enclavée « dans les deux lignes des murs théodosiens, dit M. Mordtmann, prouve « qu'elle existait déjà à l'époque de Théodose II et qu'elle formait la partie « supérieure du palais des Blachernes. » Dans ce cas, il pouvait même être du V siècle, mais ce serait aller un peu loin. Les recherches de M. Van iVlillingen porteraient plutôt à attribuer le palais à Michel Paléologue, au

^ Dans le croquis que nous donnons nous avons supprimé les personnages; la reine se lient sur le balcon de gauche. Les conjurés sont dans une barque.

DU Vf AU XV" SIÈCLE

( A^Hlloi.««CcL|TUi5<lCl/

(Manuscrit de SUylitzès)

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