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RAVENNE ET LE PALAIS DE THÉODORIC

Le palais de Théodoric. — Théodoric, roi des Goths, s'empara de Ravenne, capitale de l'Italie, en 493, il y mourut en 526 après l'aA^oir embellie de nombreuses églises encore existantes et d'un palais dont il ne reste malheureusement que la porte d'entrée (p. 150).

Ce palais, de même que le palais impérial de Constantinople dont l'imitation semble être voulue, contenait de nombreux édifices, pavillons, salles de réception, etc., et une église, Sant'Apollinare Nuovo, qui est bien conservée et se trouve à une centaine de mètres de la porte. Les jardins s'étendaient jusqu'à la mer qui baignait alors les murs mêmes de la ville.

En 784, l'empereur Charlemagne fit transporter à Aix-la-Chapelle les colonnes, statues et même les mosaïques du palais. Certains auteurs pensent qu'il enleva les mosaïques par panneaux, mais il est plus probable, étant donnée la description faite à l'époque, des sujets de mosaïques d'Aix-la- Chapelle, qu'on enleva surtout les cubes de verre pour en constituer de nouveaux tableaux. Charlemagne fit également copier l'église de Saint- Vital et construisit sur ce modèle, avec quelques modifications légères, la chapelle du palais d'Aix-la-Chapelle. Le monument existe encore.

On conçoit qu'après un pareil traitement il ne restât pas grand'chose du palais de Théodoric que les exarques b}fzantins avaient habité jusqu'en 751. Il est curieux de comparer la conduite du goth Théodoric, qui avait été élevé à Constantinople, mais qui ne savait ni lire ni écrire, avec celle du puissant Charlemagne, restaurateur des arts et des lettres.

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Théodoric fit construire son palais d'après les principes de l'architecture romaine — il le crut tout au moins — et restaura, dans la mesure de ses mo3^ens, tous les palais et édifices importants de l'Italie. Charlemagne, qui se piquait de belles-lettres, démolit en partie l'œuvre du roi barbare et chargea sur ses chariots pacifiques tout ce qu'il put emporter.

Théodoric a Ravenne, vue intérieu (.Mission Gabriel .Millet)

Ces palais devaient être fort beaux, car en fouillant le sol des jardins potagers qui couvrent l'emplacement des anciens édifices, on a trouvé de nombreuses mosa'iques dont les restes sont conservés dans les musées et dans les maisons du voisinage. Ce sont généralement des mosa'iques de marbre dont les dessins géométriques alternent avec les reproductions d'animaux, oiseaux, etc., de couleur peu vo3'ante. Nous avons remarqué, au Musée, une mosa'ique avec un paon comme motif central, rehaussé de tons d'or obtenus au moyen de cubes de verre dorés, lesquels provenaient, du reste, d'une restauration.

Le bâtiment que nous appelons la porte extérieure et que beaucoup de personnes, on ne sait trop pourquoi, appellent la façade du palais, bien qu'elle ne ressemble en aucune façon à la façade représentée dans la célèbre mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo, dont nous donnons une reproduction, et qu'elle soit conçue sensiblement dans le même esprit que la porte dorée du palais fortifié de Dioclétien, à Spalato, est entièrement en briques

ÏH

PALAIS DE THÉODORIC, A RAVENNE, vi' siècle

PORTE DE l'enceinte DU PALAIS

LES PALAIS BYZANTINS EN DEHORS DE LA GRECE

avec colonnes en marbre :

sans doute cette porte étaitelle autrefois entièrement revêtue de marbre.

Certains auteurs italiens pensent qu'elle a été construite au viii' siècle par les exarquesb3^zantins; des fouilles bien ordonnées pourraient seules nous fixer sur ce point.

Cette porte possède un rez- p de-chaussée et un étage. Le rez-de-chaussée se compose d'une galerie voûtée ayant une porte centrale et deux doubles arcades donnant sur la rue. En arrière et de chaque côté de l'entrée se trouvent deux salles voûtées à arêtes et prenant jour, chacune par deux petites fenêtres, sur le portique de la façade. On débouche ensuite sur une cour limitée aujourd'hui par des habitations particulières sans caractère et sans aucune prétention historique, mais qui servait très probablement autrefois d'atrium.

Nous possédons un autre document fort important et qui nous donne une idée de la façade principale intérieure du palais de Théodonc : c'est la

M. Gabriel Millei)

At.Ais DE Théodoric, \ Ravenne, vi= sièclc (Mosaïque de Sani'Apollinare Nuovo)

célèbre et superbe mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo. Cette mosaïque, dont nous donnons un dessin, représente soit les divers édifices compris dans l'enceinte du palais, soit la ville de Ravenne elle-même, S3^mbolisée par plusieurs monuments et une enceinte fortifiée, et au premier plan la façade du palais (p. 151). C'est une galerie à portique surmontée d'un étage Les

Port de Classis, a Ravenne, vi" siècle (Mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo)

colonnades du rez-de-chaussée sont fermées par des portières soutenues par des tringles ; la galerie de l'étage supérieur est vitrée dans le haut et couverte d'un toit à tuiles rouges. Les arcades, dans la partie située au-dessous du cintrage vitré, sont fermées par des volets en bois qui ne sont pas indiqués sur le dessin. Ces détails sont très visibles sur la mosaïque. Les vitrages sont gris clair, les volets sont bruns. Nous rappellerons qu'au vi" siècle les églises étaient vitrées et qu'elles l'étaient déjà au iv° siècle. Il est donc tout naturel qu'un palais impérial fût également pourvu de vitres.

Dans le milieu de la galerie se détache un péristyle à trois arcades surmontées d'un fronton triangulaire ; la saillie de ce péristjde est très sensible sur la mosaïque.

La mosaïque qui fait face à celle-ci dans l'église de Sant'Apollinare représente le port de Ravenne qui formait une ville à part, du nom de Classis. On y remarque un bâtiment circulaire dodécagone, un amphithéâtre, des portiques, une basilique et une maison avec portique au rez-de-chaussée. Dans les deux mosa'ïques, les bâtiments à coupole dominent.

Il existe à Ravenne seize édifices byzantins des v", vi" et vu" siècles consacrés au culte et ayant subi, plus ou moins, des réparations malheureuses. Mais la description de ces remarquables monuments, tous religieux, nous conduirait au delà des limites de cet ouvrage.

Nous dirons, toutefois, quelques mots du mausolée de Théodoric. Ce

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mausolée a été construit par le roi goth lui-même, vers 520. C'est une rotonde décagonale dans le bas, surmontée dans le haut d'une calotte plate et monolithique de onze mètres de diamètre. Il y avait au premier étage une galerie circulaire dont il existe quelques débris et qui devait, à en juger par deux restes de colonnes, donner à l'ensemble du monument l'aspect de l'abside de la cathédrale de Pise [xf et xu^ siècles) vue de l'extérieur, ou de celle de Torcello qui est du x" siècle. Les deux escaliers qui figurent sur la photographie que nous reproduisons ont été ajoutés au xviii" siècle. Le rezde-chaussée a dix arcades ; il est presque toujours sous l'eau.

Le mausolée était certainement recouvert d'un placage en marbre qui a disparu. Nous appellerons l'attention du lecteur sur les campaniles qui accompagnent les églises de Ravenne et qui datent tous de l'époque bj^zantine (voir celui de Sant'Apollinare Nuovo) et sont munis de fenêtres dites 'à l'italienne, c'est-à-dire à trois compartiments en arcades verticales supportés par des colonnettes. Ces arcades, nettement byzantines, ont été adoptées dans toute l'Europe jusqu'au xi^ siècle et ont formé avec la coupole une des caractéristiques de l'époque.

Nous respectons le sentiment patriotique qui fait considérer par une partie du public de France, d'Allemagne et d'Italie, que les divergences de détail qui existent dans les différents édifices religieux de ces paj^s construits du vi' au xii" siècle, constituent un art complet, purement local et ne devant rien à personne ; mais nous estimons que ces théories sont plus sentimentales que scientifiques. L'art romain de la décadence, puis l'art bj^zantin, qui n'est luimême qu'un amalgame des formes grecques, romaines et asiatiques, ont inspiré, plus ou moins directement, tous les arts des nations civilisées de l'Europe jusqu'au moment de l'éclosion de l'art ogival. Cet art a été mis en œuvre par des artistes locaux, mais il a toujours conservé des marques d'origine, spécialement au point de vue de la décoration.

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