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LA DECORATION POLYCHROME

Nous avons vu que des sujets religieux, des motifs profanes et surtout toute une peinture d'histoire décoraient les palais de Constantinople et décorent encore les palais russes. Ces images, figurées en mosaïque dans les palais byzantins, se mêlaient à de riches appliques ou incrustations de marbre, de matières précieuses ou de métaux. Voici comment M. Millet, dans ïHistoire de l'art depuis les temps chrétiens, marque l'origine de ces pratiques :

« La décoration po!3'chrome par appliques, depu is longtemps familière « à l'art oriental, fut introduite par Alexandre et ses lieutenants dans les « usages helléniques. Dans la construction des palais et des maisons, ils « substituèrent la brique à la pierre et empruntèrent à la Perse les revête- « ments métalliques, la tapisserie et la mosaïque qui l'imitait. Les Ptolé- « mées utilisèrent, en outre, les ressources propres de l'Egypte : l'ivoire, « le verre et les marbres précieux. C'est pour rehausser l'éclat de ces « incrustations, suivant la pénétrante théorie de M. Schreiber, que les

« Alexandrins auraient imaginé le bas-relief pittoresque. Au premier siècle « avant notre ère, cette décoration brillante fut imitée en trompe-l'œil à « Pompeï et introduite à Rome. Le palais du Palatin et, au iv' siècle, la « basilique de Junius Bassus en ont conservé des vestiges. Au vi° siècle, « l'abside de Parenzo a emprunté une partie de ses inscrustations, en nacre, « albâtre et pâte d'émail, à un édifice antique.

« Les Byzantins héritèrent de ces goûts fastueux qui fournissaient aux « Pères du iv' et du v' siècle, Astérius d'Amasie, Chrysostome, Cyrille « d'Alexandrie, Théodoret, la matière d'éloquents réquisitoires contre le « luxe de ces demeures décorées de peintures éclatantes, de mosaïque de « marbre et d'or. Les descriptions des palais et des maisons de Constanti- « nople, par Constantin Porphyrogénète et Codin, confirment leurs asser- « tions. C'est ainsi que la maison de Lausos, si riche en chefs-d'œuvre a antiques, avait ses murs couverts de marbres et de petites colonnes. La « mosaïque éclatait partout dans les palais impériaux. L'usage de cette « décoration remontait au début même du iv' siècle. Des fragments de « mosaïque ont été retrouvés dans la rotonde de Spalato.

« On a vu plus haut que la basilique chrétienne dérive probablement de « la maison antique. Les maisons étaient souvent affectées au culte et l'on se « contentait d'y remplacer les images trop païennes, telles que les aventures « d'Aphrodite. Même cette épuration n'était pas toujours nécessaire, car « souvent dans la décoration des maisons prenaient place, soit la croix <( (Constantin en fit attacher une au plafond doré de son palais), soit des « poitraits de saints, tels que Mélétios, les Anargyres, soit même des scènes « comme la Passion. On conçoit donc que les décorateurs des basiliques « aient pris modèle sur les palais et les maisons. A Rome, Sainte-Cons- « tance et la Casa Celimontana procèdent des mêmes méthodes. »

Une miniature de Skylitzès nous montre ces appliques de marbres aux veines symétriques dans une maison privée, celle où la mère de l'impératrice Théodora faisait, en secret, baiser les icônes â ses petites-filles, malgré les édits rigoureux de Théophile (p. 56). On les voit aussi en un coin de l'appartement privé de l'impératrice. Elle s'y livrait à ces effusions illicites, lorsque le bouffon Dendéris la surprit et la dénonça (p. 120). Mais l'adroite dévote fit croire à son mari qu'elle s'ajustait devant son miroir.

Les scènes de chasse et d'hippodrome familières aux décorateurs des vieilles églises, et remises en honneur par les empereurs iconoclastes, décoraient tout naturellement les palais. Voici, en effet, ce que nous raconte Nicolas Choniate :

« Andronic Comnène ( 1 183-1 185) construisit, près de l'église des Qua-

Collection des Hautes Etudes

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