‹ L'habitation byzantineChapitre 42 sur 58 · INCRUSTATIONS ET PLACAGES ROMAINS ET BYZANTINS · texte numérisé non relu

INCRUSTATIONS ET PLACAGES ROMAINS ET BYZANTINS

(Cathédrale de Parenzo)

LA DECORATION ET LE MOBILIER I yy

« rante-Mai-t3Ts, des appartements luxueux où il se tenait lorsqu'il venait « au sanctuaire. Comme ses récentes actions ne lui fournissaient pas une « matière suffisante pour décorer le palais par la peinture ou la mosaïque, « il tourna ses yeux vers ses œuvres antérieures et fit peindre des courses « de chevaux, des scènes de chasse, les cris des animaux, les aboiements « des chiens, les cerfs atteints par les flèches, les lièvres pris, le sanglier « frappé du javelot, le jounibros poursuivi par la lance (animal plus « grand que l'ours et la panthère et qui naît chez les Tauroscy thés), la vie « au milieu des champs et sous la tente, et les repas des chasseurs, lui- « même Andronic partageant et faisant cuire la chair des cerfs et des san- « gliers, enfin tout ce qui indique la vie d'un homme qui quitte son pays « pour vivre avec son arc, son bouclier et ses chevaux'. »

Ce texte nous indique qu'à la fin du xii' siècle la tradition de la peinture était encore vivante à Byzance et met un trait d'union entre les travaux des empereurs Justinien et Basile I" et ceux des tzars".

Nous avons rencontré aussi cette décoration polychrome sur la façade des édifices. Sur ce point, voici comment s'exprime M. Millet :

« Tekfour Serai nous offre un exemple très intéressant de la polychro- « mie extérieure des édifices. C'est là une innovation byzantine dont le (( premier exemple serait, d'après les très ingénieuses inductions de « M. Strzygowski, les propylées de la porte d'or, construits vers 447, où « les incrustations, les colonnes, les piliers et les corniches encadraient « des bas-reliefs hellénistiques. Les restes qu'on attribue au palais de « Théodoric, à Ravenne, montrent encore les trous où se scellaient les « appliques; cet usage fut, d'ailleurs, emprunté à la Syrie. Choricius « vante la polychromie des rues de Gaza et la carte de Medaba fait briller « l'or au fronton des édifices. On sait que la mosaïque décorait la façade (i des églises à Rome et même des absides à Parenzo. L'usage venait « d'Orient, car les Perses se reconnurent sur le fronton de Bethléem, et s'y « est maintenu comme en témoigne l'abside de la Chrysocephalos, à Trébi- « zonde.

' DeAndionico Comneno, 11, 6 (Bonn, p. 433).

- La récente exploration du docteur Aloïs Musil à l'est de Moab a mis également en lumière des monuments de l'époque sassanide de premier intérêt ; le château d'Amra offre, dans ses coupoles et dans ses voûtes, des peintures fort curieuses avec des plantes, des animaux, des sujets de genre et surtout des scènes de chasse analogues à celles qui décoraient, à la même époque, dans les régions grecques, les églises et, sans douteà plus forte raison, les maisons et les palais. Les travaux du docteur Musil sont en cours de publication, mais il y aura intérêt plus tard à rattacher l'étude de l'habitation byzantine à celle de l'habitation orientale, des palais sassanides et des palais arabes anciens.

« La poh'chromie extérieure était exigée par la construction en brique, « la plus ordinaire pendant la première période, mais, plus tard, l'usage « des parements composés de moellons et de briques la fit écarter ou tout au « moins singulièrement restreindre. Ce fut alors la brique qui rompit la « monotonie du parement; les absides de Saint-Luc et de Saint-Nicodème « en fournissent, pour le xi" siècle, d'excellents exemples. Au xiii° siècle, aux « Saints-Apôtres de Salonique, sur la maison seigneuriale de 31elnick, ce « sj'Stème atteint un développement remarquable. Dès le milieu du xii% « les églises de Nauplie montrent des éléments nouveaux : la brique taillée « sur tranche, la fa'ience, la pierre sculptée, qui feront fortune au temps « des Paléologues. Toutefois, au xv' siècle, à 3listra, la pohxhromie primi- « tive réapparaît avec des revêtements de stuc peint. »

Nous donnons la restauration, par M. Strzj'gowski, des propylées de la Porte d'Or à qui 3L Millet fait allusion et qui rappellent de près, même parle plan, la Porte d'Or du palais de Dioclétien.

Cette restauration est basée sur des documents assez sérieux et sur l'inspection des fondations et des ruines. Les propjlées se composaient d'une grande arcade centrale et de deux portiques à étages à droite et à gauche, se détachant légèrement du mur et garnis de bas-reliefs. Une cour

fi

\ îf

Propylées de la Pohte d'Or (D'après Strzygowski, Ijfirbuck des A", d. Arch. Justiivts]

fermée séparait cette première porte de la porte dorée proprement dite, qui se trouve aujourd'hui encastrée dans le rempart.

Le manuscrit de Skjditzès nous donne de cet édifice, pour figurer l'en-

LA DÉCORATION ET LE .MOBILIER 1 79

trce triomphale de Xicéphore Phocas. une vue plus fantaisiste, mais fort curieuse.

Les maisons représentées dans les miniatures des manuscrits sont toutes multicolores; les tons les plus répandus sont : le jaune, le bleu et le gris bleuté.

Les coupoles sont dorées ou de couleur verte ou rouge. Des tons plus vigoureux soulignent les corniches. Or, de nos jours encore, les coupoles russes sont dorées ou vertes et beaucoup de maisons sont jaunes, rose pâle, vert pâle. Enfin, aux Indes, qui ont eu, par l'art persan, une si certaine action sur 1 art décoratif bj^zantin, tous les palais sont peints lorsqu'ils sont construits en briques.

Au xiii= siècle, lorsque les Persans commencèrent à couronner de faïences leurs façades, les Byzantins suivirent l'exemple.

Entrée de Nicéphore Phocas par la Pone d'Or (.Manuscrit de Skylitzès^

Page 1